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Berlusconi chassé du parlement italien

Au centre de la vie politique italienne depuis 20 ans, Silvio Berlusconi a été chassé mercredi du parlement après une infamante condamnation pour fraude fiscale. Avec sa déchéance du Sénat, les affronts ne font que commencer pour le Cavaliere, qui n'est désormais plus à  l'abri d'une incarcération.

La perte de son siège de sénateur met à  dure épreuve l'ego de Silvio Berlusconi. Le Cavaliere, qui se considère, avec de Gaulle et Churchill, comme "le plus grand homme d'État du siècle" et affirme avoir été "effleuré par le Seigneur", a perdu le sommeil depuis sa condamnation pour fraude fiscale le 1er aoà»t dernier. "Berlusconi souffre d'une névrose narcissique, explique dans le quotidien La Repubblica le psychanalyste Luigi Cancrini. Il est entièrement concentré sur sa propre image et, depuis quelques semaines, la réalité des faits ne cesse de contredire cette image." Trois cauchemars occupent les nuits sans sommeil du Cavaliere.

La première épreuve est le vote de mercredi soir sur sa déchéance du Sénat. Berlusconi avait annoncé qu'il serait présent dans l'hémicycle et qu'il y prononcerait un "discours historique". Mais ses avocats lui ont expliqué qu'à  l'issue du scrutin, le président du Sénat prononcerait la phrase rituelle : "Je prie les commis d'accompagner le sénateur Berlusconi hors de l'hémicycle." Plutà´t que d'être expulsé manu militari tel un voleur de poules entre deux gendarmes, l'ancien président du Conseil a donc renoncé à  cette intervention.

"Un parcours de rééducation"

Les affronts ne font pourtant que commencer pour le Cavaliere. Condamné dans les affaires Mediaset et Ruby, Berlusconi devra choisir dans quelques semaines entre les arrêts domiciliaires et les travaux d'intérêt général. Les arrêts domiciliaires sont très contraignants : Silvio Berlusconi ne pourrait pas quitter son domicile et devrait demander une autorisation aux magistrats chaque fois qu'il souhaite rencontrer quelqu'un. Mieux vaut donc opter pour les travaux d'intérêt général s'il souhaite continuer à  diriger son parti Forza Italia. De nombreuses associations se sont déjà  proposées pour accueillir l'ancien président du Conseil, pour cueillir des tomates ou laver des toilettes...

Plus grave encore : Silvio Berlusconi devra rencontrer régulièrement un assistant social désigné par la magistrature et chargé de vérifier que le condamné effectue "un parcours de rééducation". En clair, Berlusconi devra exprimer son repentir pour conserver les avantages des arrêts domiciliaires. Une contrition impensable pour un homme qui clame son innocence et se déclare victime d'un "coup d'État de la magistrature".

Casseroles judiciaires

Mais la plus grande angoisse du Cavaliere est l'incarcération : la voiture de police qui vient le saisir à  son domicile, l'arrivée à  la prison San Vittore dans une nuée de photographes, la photo signalétique et les empreintes digitales, la cellule. "Je sais que plusieurs parquets n'attendent que ma déchéance pour demander mon arrestation", a-t-il confié aux membres de son premier cercle. Silvio Berlusconi ne risque pourtant pas la prison pour sa condamnation à  deux ans pour fraude fiscale. Le code pénal prévoit pour ce délit et pour des condamnés de plus de 70 ans des peines de substitution. Mais mercredi soir, dès que sa déchéance du Sénat sera votée, Silvio Berlusconi perdra son immunité parlementaire (immunité relative, car le Parlement décide au coup par coup d'accorder ou non à  la magistrature l'incarcération d'un parlementaire). En revanche, le coup de grà¢ce pourrait venir des autres casseroles judiciaires du Cavaliere. Le code pénal italien prévoit en effet la prison ferme, quel que soit leur à¢ge, pour les condamnés à  des peines liées à  la mafia, au terrorisme, aux crimes sexuels sur mineurs, et l'incarcération préventive lorsque le prévenu risque de détruire les preuves du procès. Or Silvio Berlusconi a déjà  été condamné en première instance à  sept ans de prison pour prostitution de mineur dans l'affaire Ruby. Dans le même procès, il est fortement soupçonné d'avoir entretenu des jeunes femmes pour les empêcher de témoigner. Deux cas de figure qui pourraient conduire à  son arrestation. Chaque fois qu'une sirène de police retentira près de sa résidence de Arcore, le Cavaliere se demandera si son heure n'est pas arrivée. Le cauchemar ne fait que commencer.

Berlusconi voit dans sa destitution "un deuil pour la démocratie"

Avant le vote au Sénat le concernant, le Cavaliere s'est fendu d'un discours flamboyant à  destination de ses partisans réunis dans une rue de Rome. "C'est un jour amer, un jour de deuil", a déclaré mercredi Silvio Berlusconi, la main sur le coeur, en sortant saluer ses partisans à  Rome, peu avant un vote au Sénat sur sa destitution. "Aujourd'hui, en vous regardant dans les yeux, je vois que l'émotion n'est pas seulement la mienne, mais aussi la và´tre", a-t-il dit en remerciant les milliers de partisans rassemblés pour le soutenir devant sa résidence romaine.

"C'est un jour de deuil pour la loi, le droit, la démocratie. (...) La magistrature communiste a ouvert la route à  la conquête du pouvoir par la gauche", a poursuivi le Cavaliere en s'indignant d'avoir été l'objet de "57 procès" à  son encontre, ce qui lui "a coà»té beaucoup d'argent, beaucoup de temps". "Aucun leader politique n'a jamais subi une persécution comme celle que j'ai vécue", a dit l'ex-chef du gouvernement, évoquant même "un peloton d'exécution". "Le dirigeant du centre droit n'est plus sénateur", mais "même sans être parlementaire, on peut continuer à  combattre pour notre liberté", a-t-il clamé devant ses partisans enthousiastes. "Je ne me retirerai pas dans un couvent, nous sommes ici, vous êtes ici, nous serons là ", a-t-il martelé, tandis que ses partisans criaient "Silvio, Silvio".

Les images de ce discours depuis une scène installée pour l'occasion étaient retransmises sur trois écrans géants dans la petite rue du Plebiscito, où il réside, tout près de la Piazza Venezia, en plein coeur de Rome. Parmi la foule rassemblée devant chez lui figuraient les fidèles d'entre les fidèles ainsi que sa jeune fiancée, Francesca Pascale, 28 ans, tout emmitouflée de noir. "Le Sénat de gauche, avec son pouvoir, a ordonné au temps d'être froid", a plaisanté Berlusconi, soucieux de se montrer toujours combatif et ironique.

Le Sénat s'apprête à  voter l'exclusion de l'ex-chef du gouvernement en raison de sa condamnation définitive à  quatre ans de prison - dont trois déjà  amnistiés - pour fraude fiscale dans l'affaire Mediaset.

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