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Alfortville : ils vivent dans l'ancienne maison de l`abbé Pierre

Sept ans jour pour jour après la mort de l`abbé Pierre, le 22 janvier 2007, à  l'à¢ge de 94 ans, fondateur des compagnons d'Emmaà¼s de lutte contre l`exclusion -et près de soixante ans après son célèbre appel aux dons (1er février 1954) pour construire des logements d`urgence, a été inaugurée le mercredi 22 janvier une pension de famille à  Alfortville, à  l`emplacement même de la maison où l`abbé passa les dernières années de sa vie. A Alfortville, l'abbé Pierre a laissé une trace indélébile. Logique. Henri Grouès, de son véritable état civil, a passé les dernières années de sa vie dans la commune. Le vieil homme résidait dans un studio, plutà´t spartiate mais rempli de livres, au rez-de-chaussée du 180 bis, avenue Paul-Vaillant-Couturier. Son action auprès des plus démunis a démarré dans le Val-de-Marne. C'est au Plessis-Trévise qu'il a fait construire la première cité d'urgence, dite Cité de la joie, devenue un véritable quartier aujourd'hui, pour héberger les sans-abri après l'hiver 1954.

Alfortville, Michel (à  gauche), Christian et Valérie habitent dans l`ultime demeure du `` petit père des pauvres ».

Sept ans après, personne n`a oublié son sourire malin et sa longue barbe blanche. `` Quand je viens ici, j`ai l`impression de sentir sa présence », témoigne Laurent Desmard, ancien secrétaire de l`abbé Pierre. Ici, c`est le 180 bis, rue Paul-Vaillant-Couturier, à  Alfortville. La maison où le fondateur d`Emmaà¼s a passé les dernières années de sa vie. En 2013, l`association Freha et la Fondation abbé Pierre l`ont transformée en une pension de famille qui regroupe 18 logements dans lesquels des personnes démunies tentent, après des années de galère, de se reconstruire.

Mercredi, pour l`inauguration des lieux et la commémoration de la mort de l`abbé, disparu le 22 janvier 2007, tous avaient une pensée pour le `` petit père des pauvres ».

Michel `` l`appelle toujours Monsieur l`abbé ». `` J`y suis super bien » clame-t-il à  qui veut l`entendre. Michel, 52 ans, s`est installé dans son studio `` où tout est super propre » il y a deux mois. `` J`ai même pu acheter deux mandarins, poursuit-il. Je leur parle, ils me tiennent compagnie. Par rapport à  ce que j`ai connu avant, franchement, ça a changé ma vie. » Michel a vécu pendant trois longues années dans la rue. `` J`ai disjoncté lorsque ma femme est décédée, explique-t-il. J`ai perdu mon logement, et j`ai fini dehors, avec tout ce qui va avec. » Comprendre l`alcoolisme, la violence, la misère. `` C`était quand même une drà´le de vie… » soupire-t-il. `` Ici, tout est différent. Je peux dormir paisiblement. » Comme l`abbé Pierre avant lui. `` Monsieur l`abbé, parce que je l`appelle toujours monsieur, je l`ai vu à  la télé, c`était un grand homme, sourit Michel. Il s`occupait de tout le monde, et aujourd`hui c`est moi qui en profite. Mais ce n`est qu`une première étape, je veux décrocher un emploi, et me réinsérer complètement. »

`` Il serait fier de voir ça », selon Christian. Dans la pension depuis aoà»t, Christian, 50 ans, est l`un des premiers à  avoir investi les lieux. `` L`abbé serait fier de voir ce qu`est devenue sa maison, raconte l`homme, tombé dans la précarité après des problèmes de santé et une séparation. C`est exactement ce qu`il aurait voulu. » Christian, qui a vécu chez sa mère de 89 ans durant les moments difficiles, apprécie d`avoir renoué avec son indépendance. `` On a chacun un studio. Et à  cà´té de ça on peut tisser des liens sociaux avec nos voisins. C`est presque comme un immeuble classique, en fait. Et puis surtout, ça me permet de recevoir mes deux enfants. »

Valérie a `` son visage en tête ». Valérie, 49 ans, est la seule femme parmi les 12 résidents actuels que compte la pension. `` Ici, on est vraiment chez nous, assure-t-elle, le sourire aux lèvres. On a chacun notre espace de vie, et puis grà¢ce aux hà´tesses, on a une structure, qui permet de revenir peu à  peu à  une existence normale. Je me retrouve en tant que femme. Quand on dort sous des porches, comme je l`ai fait, on n`a plus d`intimité. Et pour la première fois depuis 10 ans, j`ai pu passer Noà«l avec mes deux sœ“urs. Je me sens privilégiée. » Et investie d`une mission. `` Quand j`ouvre la porte de cette maison, je vois le visage de l`abbé. Du coup, moi aussi j`ai envie d`aider les autres. L`essentiel, c`est de tendre la main, d`écouter. Il m`arrive de m`asseoir dans la rue pour parler avec des sans-abris. C`est important pour eux, ils sentent qu`ils existent. Les gens me regardent bizarrement, mais maintenant, je m`en fiche. Parce que je vais mieux. »

L'abbé Pierre avait été fait citoyen d'honneur de la ville par le maire en 2000, lors du banquet du Nouvel An. Après avoir vécu dans un deux-pièces, de l'autre cà´té de la rue Paul-Vaillant-Couturier, le religieux s'était installé en 2002 au 180 bis, dans le bà¢timent qui abritait le siège d'Emmaà¼s international. Les dernières années, fatigué, le vieil homme ne sortait plus guère.

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