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Jean-François Copé : la chute d'un ambitieux

Jean-François Copé le 5 mars à  Strasbourg.


La chute de Jean-François Copé en 3 minutes par lemondefr

Enquête. Le 5 mai, Jean-François Copé a eu 50 ans, un bel à¢ge en politique, celui où l'on sait si un destin devient possible ou s'il vaut mieux renoncer aux plus hautes ambitions. Cette décennie qui s'ouvrait, le président de l'UMP était convaincu qu'elle serait la sienne, malgré son effroyable cote de popularité et la détestation qu'il suscitait dans son propre camp. Sà»r de lui, de la supériorité de son talent et de son sens tactique, il soulignait à  l'envi qu'il avait dix ans de moins que Nicolas Sarkozy et François Fillon et que les quadras n'étaient pas encore prêts à  le concurrencer pour la conquête de l'Elysée.

`` J'ai construit les fondations, il ne me reste plus qu'à  bà¢tir la maison et à  m'occuper, le jour venu, de la décoration », confiait-il au Monde il y a quelques semaines avec cet aplomb dont il ne s'est jamais départi, y compris dans les moments les plus difficiles. Les murs de sa maison rêvée se sont effondrés, mardi 27 mai, dans une coulée de boue nauséabonde et destructrice pour l'ensemble de son camp.

C'est un homme à  terre qui a dà» renoncer à  un poste durement acquis, celui de la présidence de l'UMP, assassiné par les siens dans un huis clos d'une brutalité inouïe comme seules peuvent en produire les familles. Un homme politique brisé par un scandale politico-financier majeur, dont la justice décidera s'il a été malhonnête ou simplement inconséquent. `` Il s'est flingué tout seul, il a creusé sa propre tombe », là¢chait à  la sortie un ancien ministre, visiblement éprouvé par le lynchage auquel il venait pourtant de participer lors du bureau politique de l'UMP. `` Il y a six mois, je l'avais alerté sur la nécessité de la transparence et de l'exemplarité, c'est dommage qu'il ne l'ait pas entendu », faisait mine de regretter Laurent Wauquiez, un autre de ses adversaires. Il ne veut pas en dire plus.

`` UN JOUR, JE SERAI PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ! »

Les meurtres laissent toujours des traces, même sur ceux qui les commettent avec préméditation, même en politique ou le sang-froid et le chacun pour soi sont la règle et où la pitié n'a guère de place. Mardi, après avoir obtenu la tête de leur ennemi juré, les opposants au maire de Meaux (Seine-et-Marne) ne souhaitaient plus parler de `` Jean-François », ce compagnon de route depuis vingt ans, dans un mouvement où le tutoiement est de rigueur et les amitiés aussi fortes qu'éphémères, comme embarrassés par une mise à  mort qui rejaillira d'une façon ou d'une autre sur chacun d'entre eux. `` à‡a ne sert plus à  rien de l'enfoncer, il a démissionné, tournons la page », résumait ainsi une ancienne ministre encore incommodée par l'odeur du sang. Une page qui se tourne ? Pas sà»r, l'on n'est jamais vraiment mort en politique. Une chute dans le vide, certainement, pour un homme qui pensait avoir le cuir solide. Lorsqu'il s'est engagé dans les rangs gaullistes il y a trente ans, Jean-François Copé avait tout pour réussir : de brillantes études (Sciences Po, ENA), une famille aimante et protectrice qui a toujours cru en son destin, une ambition hors normes. Ses anciens camarades du lycée Victor-Duruy, à  Paris, se souviennent encore de ses proclamations - à  l'à¢ge où la plupart ne pensaient qu'aux filles ou aux soirées dans les beaux quartiers : `` Un jour, vous verrez, je serai président de la République ! » Une obsession qui ne l'a jamais quitté.

C'est auprès de Jacques Chirac qu'il s'engage au début des années 1990, le soutenant en 1995 contre Edouard Balladur, ce qui rendra, d'emblée, ses relations avec Nicolas Sarkozy empreintes de méfiance réciproque. Mis en selle par Guy Drut, il devient député la même année et maire de Meaux, où il sera réélu confortablement mandat après mandat. Sa carrière politique décolle en 2002 avec la réélection de Jacques Chirac. Il devient alors porte-parole du gouvernement, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, puis ministre délégué à  l'intérieur avant de décrocher le budget.

METTRE LA MAIN SUR L'UMP

Après cinq ans de gouvernement, il pense que son heure est venue de gravir une marche de plus, de s'imposer en futur présidentiable et n'hésite pas à  le faire savoir. C'est compter sans la défiance de Nicolas Sarkozy à  son égard, qui refuse de le nommer au gouvernement après sa victoire de 2007. Jean-François Copé ne se démonte pas et se bunkérise au groupe parlementaire dont il prend la tête. Puisqu'on ne veut pas de lui par la grande porte, il entrera par la fenêtre.

C'est au Palais-Bourbon qu'il se crée des réseaux, organise sa garde rapprochée et qu'il active son microparti, Génération France, aidé par ses deux fidèles lieutenants. Bastien Millot, d'abord, qu'il a repéré à  Sciences Po en 1995 et qui, après avoir travaillé dix ans pour lui, vole de ses propres ailes et deviendra le patron de la désormais célèbre agence Bygmalion. Bastien Millot, le spin doctor, le complice, l'ami, celui à  qui il prête son appartement personnel quand, en 2005, il est épinglé pour occuper un logement de fonction beaucoup plus grand que la norme autorisée.

Jérà´me Lavrilleux, enfin, son directeur de cabinet et exécuteur des basses œ“uvres, organisateur des meetings de Nicolas Sarkozy pendant la campagne, au titre de l'UMP, qui a reconnu, lundi, un `` dérapage » dans la gestion des finances du parti.

Les deux hommes lui conseillent de refuser d'entrer au gouvernement pour mettre la main sur l'UMP après le départ du secrétaire général, Xavier Bertrand, en 2010. Dans sa logique de conquête du pouvoir, Jean-François Copé estime essentiel de contrà´ler le parti. Après la défaite de Nicolas Sarkozy en mai 2012, il affiche clairement ses intentions : s'installer à  la présidence de l'UMP. A n'importe quel prix. Opposé au premier ministre sortant, François Fillon, il se lance dans une campagne droitière, dans la lignée de celle du président sortant, évoquant notamment les pains au chocolat prétendument arrachés à  des enfants par des musulmans pendant le ramadan.

`` RAPPORT LACUNAIRE à€ LA MORALE »

Donné perdant par les observateurs et les sondeurs, il arrive au coude-à -coude avec son rival. C'est inespéré pour lui et il refuse de laisser passer sa chance. Le 18 novembre au soir, il commet un coup de force en proclamant sa victoire à  la tête de l'UMP, que son adversaire revendique également. Il est convaincu d'avoir emporté un point décisif. Cette élection controversée sera, en fait, pour lui, le début d'un long cauchemar qui finira par la mise à  mort de ce mardi 27 mai.

Pour l'opinion publique, il apparaît comme le tricheur et dégringole dans les sondages, y compris auprès des électeurs UMP. Son parti est balkanisé. Sous le couvert de la réconciliation, fillonistes et copéistes continuent de se mener une guerre sourde et délétère. Le patron honni se referme sur son clan et sur une posture agressive, multipliant les attaques contre le pouvoir socialiste, créant des polémiques dont il ressort ridiculisé comme dans le livre pour enfants Tous à  poil !. `` Il ne manque pas de talent, mais il a le don pour se foutre les gens à  dos », soupire alors l'ancien ministre Eric Woerth. `` Son obsession est de gérer son clan, sa logique de pouvoir est une logique de réseau », constate Laurent Wauquiez. `` J'ai toujours assumé mes amitiés », répond Jean-François Copé. Il pense alors encore qu'il peut remonter la pente, reconquérir le coeur des électeurs. N'est-il pas fait pour les plus hautes fonctions ?

Mais ses ennemis ne désarment pas et pointent, sous le couvert de l'anonymat son `` rapport lacunaire à  la morale ». `` Il a une relation problématique à  l'argent », murmure-t-on dans les couloirs de l'UMP. En ligne de mire, ses relations amicales avec Ziad Takieddine, le sulfureux intermédiaire mis en examen dans l'affaire de Karachi, qui lui offrit une Rolex et des vacances à  Venise, à  Beyrouth ou au cap d'Antibes où il fut photographié à  ses cà´tés dans une piscine devenue trop célèbre.

`` UN BOXEUR SONNÉ ET AGRESSIF »

D'autres rappellent son entrée en 2007 dans le cabinet d'avocats Gide Loyrette Nouel (un mi-temps à  20 000 euros par mois) qu'il quittera en 2010 après avoir été suspecté de conflit d'intérêts. L'affaire Bygmalion révélée par le Point en février, enfin, que Jean-François Copé balayera d'un revers de main - `` Le coup d'un patron de presse aigri et haineux. Je ne me suis jamais occupé de tout ça, je n'ai jamais signé un chèque » - avant de changer plusieurs fois de ligne de défense.

Lorsque l'on évoquait son rapport à  l'argent, le député de Seine-et-Marne levait les yeux au ciel d'un air navré : `` Vous n'allez pas me parler de ça ? C'est une obsession de journalistes. » Il ajoutait : `` Je suis quelqu'un de profondément droit, d'honnête. »

Lundi soir, alors que les révélations sur les fausses factures de l'agence de son ami et plus proche conseiller s'accumulaient, il jurait encore à  ses interlocuteurs que jamais il ne démissionnerait. `` Je ne vais pas leur faire ce plaisir », ajoutait-il désignant les `` revanchards » ou les `` jaloux », ces fillonistes en embuscade depuis dix-huit mois.

Mardi matin, en arrivant à  l'Assemblée nationale, il a, une énième fois, tenté d'en découdre jurant de sa `` bonne foi » et de son `` intégrité ». Rien n'y a fait, même ses soutiens, comme le président des députés UMP à  l'Assemblée nationale, Christian Jacob, n'ont pas volé à  son secours. Ses adversaires, comme François Fillon et Nathalie Kosciusko-Morizet, n'ont plus eu qu'à  sonner la charge. `` Barre-toi ! », lui jette alors au visage le député de Savoie, Dominique Dord.

`` Il était comme un boxeur sonné et agressif, lançant ses coups en l'air partout autour de lui, pour finir par se jeter dans les bras de l'adversaire, assommé », raconte un participant. Le soir, Jean-François Copé s'est rendu sur le plateau de TF1 pour redire qu'il ne savait rien, que ses collaborateurs l'avaient trompé : `` Le ciel m'est tombé sur la tête. »

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