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Angers, la tapisserie de l'Apocalypse de l'Apà´tre Jean

Chà¢teau d'Angers, la tapisserie de l'Apocalypse de l'apà´tre Jean mesure 103 mètres de long sur environ 4,5 mètres de haut. Photo Réveil FM International

Il faut être très fort mentalement pour visiter et suivre toutes les explications du guide sur la tapisserie de l'Apocalyse de l'Apà´tre Jean à  Angers ! La visite avait duré 1h20 et à  deux reprises le guide m'avait interrogé si je voulais continuer, ma réponse fut oui, mais j'ai eu du mal parfois à  écouter les explications de certains tableaux. Je suis sorti de ce musée ruminant à  l'intérieur de moi le cantique des cantiques: "Vanité de vanité, tout est vanité !" Moi qui ne suis pas calviniste, fallait-il que je crois à  la prédestination calvinienne ? Et la grà¢ce de Dieu pour tous les hommes dans tout cela ? J'ai apprécié à  sa juste valeur, les textes majeurs de la Bible : l'Apocalypse de l'apà´tre Jean avec, en regard, la reproduction intégrale de la fameuse tapisserie d'Angers, ce chef-d'oeuvre de l'art médiéval que fit tisser, par des mains angéliques, Hennequin de Bruges afin de donner chair et couleurs aux paroles prophétiques de l'apà´tre.

Dernier fleuron du Nouveau Testament, l'Apocalypse a été écrite à  la fin du premier siècle alors que l'apà´tre Jean, condamné à  l'exil par l'empereur Domitien, se trouvait à  Patmos, une île de la mer Egée. C'est là  qu'il fut visité par la grà¢ce et qu'il tira de ses visions ce texte à  la fois poétique et messianique, qui est une sorte d'allégorie sacrée : ponctué de scènes spectaculaires - toutes sortes de fléaux et de déluges, en particulier -, son récit s'adresse à  une humanité souffrante, égarée, soumise aux puissances du Mal et à  la folie meurtrière, afin de lui transmettre un message d'espérance et de plénitude en annonçant sa renaissance spirituelle sous la protection du Christ ressuscité.

A l'époque de saint Jean, le mot "apocalypse" n'était pas synonyme de "chaos" mais au contraire de "révélation", et c'est bien de cela qu'il s'agit dans les multiples versets de l'évangéliste : même s'ils sont hantés par les ténèbres, c'est vers la lumière céleste qu'ils se tournent peu à  peu, parce qu'ils sont une quête prophétique du bonheur.

Et malgré ses excès et sa fureur, malgré sa complexité symbolique - "sous chaque mot se cachent plusieurs sens", l'Apocalypse ne tarda pas à  être diffusée à  travers toute l'Asie Mineure, pour devenir un des textes canoniques de la chrétienté. Il a inspiré Dà¼rer, Blake, Hugo, Lurçat ou Claudel et, bien avant eux, au XIVe siècle, Hennequin de Bruges-un travail titanesque, une pure merveille - les soixante-huit tableaux exposés au chà¢teau d'Angers, et restitués dans leurs couleurs d'origine.

La tenture de l'Apocalypse (ou tapisserie de l'Apocalypse, ou encore Apocalypse d'Angers) est une représentation de l'Apocalypse de Jean réalisée à  la fin du XIVe siècle. L'ensemble, initialement composé de sept pièces, dont six sont conservées, est exposé à  Angers, dans le musée de la Tapisserie de l'Apocalypse situé dans une très longue galerie du chà¢teau d'Angers.

La tapisserie de l'Apocalypse s'inspire de manuscrits à  miniatures illustrant le texte de l'Apocalypse de Jean, d'après des cartons de Hennequin de Bruges, peintre attitré du roi de France Charles V. C'est le plus important ensemble de tapisseries médiévales existant au monde.

Cette monumentale tenture à  usage princier, utilisée pour des occasions solennelles, fut commandée entre 1373 et 1377 au marchand lissier Nicolas Bataille pour le duc Louis Ier d'Anjou. Elle fut vraisemblablement fabriquée à  Paris, par Robert Poisson, dans les ateliers de Nicolas Bataille d'après les cartons de Hennequin de Bruges (connu également sous le nom de Jean de Bruges). On date son achèvement aux alentours de 1382. Elle fut donnée par le roi René à  la cathédrale d'Angers au XVe siècle.

Pour la chaîne et la trame, c'est la laine qui fut employée. Laine aux couleurs vives, teinte à  l'aide de colorants végétaux, comme la gaude pour la gamme des jaunes, la garance pour les rouges et le pastel pour les bleus. Cette tapisserie est réversible : le revers est identique à  l'avers, ce qui témoigne de la virtuosité des tisseurs.

L'œ“uvre marque un tournant dans l'art de la tapisserie, puisqu'après cette Apocalypse une importante production de tentures historiées, religieuses ou profanes, est attestée en Europe.

à€ la fin du XVIIIe siècle et au début XIXe siècle, la tenture subit d'importants dommages ; elle est en effet utilisée pour servir de couvertures, de protection pour les arbres en hiver... L'œ“uvre actuellement visible est amputée : sur les 140 mètres de sa longueur d'origine, seuls une centaine sont aujourd'hui visibles. Donnée par le roi René (dernier duc d'Anjou) au chapitre de la cathédrale Saint-Maurice, elle faisait partie du trésor de celle-ci. Lorsqu'elle n'était pas présentée dans la nef, elle était conservée dans des coffres, roulée sur elle même. C'est donc la dernière partie de la tapisserie qui a le plus souffert : Les ensembles 5 et 6. Heureusement elle sera mise à  l'abri puis restaurée, notamment grà¢ce à  l'aide du chanoine Joubert vers 1843 et 1870.

De 1954 à  1956, on construit pour l'accueillir une galerie au chà¢teau d'Angers. Cette galerie a été modifiée en 1998, car elle présentait de larges baies vitrées qui laissaient pénétrer la lumière du soleil et celle de la lune, ce qui dégrada énormément les couleurs. Aujourd'hui la tenture est conservée dans un lieu sombre, à  une température constante, pour mieux la protéger.

Les thèmes de la tapisserie, sur les sept pièces d'origine, six nous sont parvenues. Cet ensemble, présenté au chà¢teau d'Angers dans un espace muséographique prévu à  cet effet, mesure 103 mètres de long sur environ 4,5 mètres de haut. Les 6 pièces comportent, pour les deux qui sont complètes, 14 tableaux où alternent des fonds rouges et des fonds bleus et répartis sur deux niveaux. En tête de chaque pièce, un personnage sous un baldaquin introduit le spectateur à  la lecture allégorique des visions que Jean aurait reçues à  la fin du Ier siècle. En plus d'une illustration du texte de saint Jean, la tapisserie contient des informations (parfois des clins d'œ“il) sur la vie politique et sociale du XIVe siècle.

En italique les pièces disparues ou dont on ne conserve qu'un fragment.

Première pièce (cette partie est incomplète).

Un grand Personnage sous un baldaquin.

En haut :

L'apà´tre Jean à  Patmos.

Les sept Églises. Elles sont représentées matériellement par 7 églises et spirituellement par 7 anges. A gauche du tableau, l'apà´tre Jean porte la main gauche à  sa bouche : il annonce la Révélation contenue dans le livre qu'il porte dans sa main droite.

Le Christ au glaive. Lors de cette théophanie, un être semblable à  un "fils d'homme", révèle à  l'apà´tre Jean, prosterné à  ses pieds, le mystère des 7 candélabres qui symbolisent les 7 églises d'Asie illuminées par les 7 dons du Saint-Esprit ; et celui des 7 étoiles rouges qu'il tient dans la paume de sa main droite représentant les anges des 7 églises. Dans sa bouche, tenue à  l'horizontale, une épée à  double fil (le glaive de la Parole) symbolise quant à  elle la puissance du Verbe divin. Dieu en majesté. C'est la seconde Vision de Dieu en Majesté. Elle met en scène les quatre `` vivants » ou les quatre animaux du tétramorphe qui entourent le trà´ne de Dieu et que voit saint Jean au début de l`Apocalypse, vision qui fait écho à  celle d'Ezéchiel dans l'Ancien Testament. La divinité qui se tient dans une mandorle cantonnée du lion, du taureau, de l'homme et de l'aigle est entourée des 24 vieillards, six à  chaque angle du tableau.

Les Vieillards se prosternent (ou l'Adoration des vingt-quatre Vieillards). Au centre du tableau, le Seigneur, dans la mandorle et assis sur un arc-en-ciel, est auréolé du nimbe crucifère. Il tient en main le livre ouvert.

La tapisserie ne suit pas en cela le texte de l'Apocalypse : " Je vis ensuite dans la main droite de celui qui était assis sur le trà´ne, un livre écrit dedans et dehors" (V,1). De part et d'autre, les vingt-quatre Vieillards viennent se prosterner et déposent à  ses pieds leurs couronnes d'or. Pour les théologiens du Moyen à‚ge, ces 24 vieillards correspondaient soit aux 24 livres de l'Ancien testament, soit aux 12 prophètes et aux 12 apà´tres (l'Ancienne et la Nouvelle Loi.)

Les larmes de l'apà´tre Jean. Jean est représenté au centre de la tapisserie, et non en marge comme à  l'habitude. à€ sa droite l'ange déployant une banderole, à  sa gauche le vieillard qui, faisant le geste d'entraîner Jean, tient dans sa main gauche un gant, sans doute celui qu'il a à´té pour le toucher. (Ce genre de détail anecdotique étant à  rechercher dans les miniatures à  l'origine de la tenture et non dans l'inspiration personnelle de ses auteurs) Ce tableau illustre le verset 2 :

`` Et je vis un ange fort, qui criait à  haute voix : "Qui est digne d'ouvrir le livre et d'en lever les sceaux ?" Et nul ne pouvait, ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre ; ouvrir le livre ni le regarder. Je fondais en larmes de ce que personne ne s'était trouvé digne d'ouvrir le livre ni de le regarder. Mais l'un des vieillards me dit : "Ne pleure point ; voici le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, qui a obtenu par sa victoire le pouvoir d'ouvrir le livre et d'en lever les sept sceaux. »

L'Agneau égorgé.

`` Je regardais : et je vis au milieu du trà´ne et des quatre animaux, et au milieu des vieillards, un Agneau debout comme égorgé, ayant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu envoyés par toute la terre. »

On remarque en bas :

L'Agneau ouvre le livre.

Premier sceau : le vainqueur au cheval blanc.

Deuxième sceau : le cheval roux et la guerre.

Troisième sceau : le cheval noir et la famine.

Quatrième sceau : le cheval livide et la mort.

Cinquième sceau : les à¢mes des martyres.

Sixième sceau : le tremblement de terre.

Deuxième pièce: Quatrième trompette, l'Aigle de malheur (incomplète)

Quatrième trompette, l'Aigle de malheur. Photo Réveil FM International

Personnage disparu.

En haut

Les quatre vents, dont il ne reste qu'un fragment.

La foule des élus.

Septième sceau : les sept trompettes.

L'Ange à  l'encensoir.

L'Ange vide son encensoir.

Première trompette : la grêle et le feu ; dont il ne reste qu'un fragment.

Deuxième trompette : le naufrage.

En bas

Troisième trompette : l'Absinthe.

Quatrième trompette : l'Aigle de malheur.

Verset 8,13 "Alors je regardai, et j'entendis la voix d'un aigle qui volait au milieu de l'air et disait à  haute voix : `` Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre, à  cause des autres voix des autres anges qui doivent donner de la trompette. » Le triple malheur qu'apporte l'aigle est rendu, sur la tenture, par la ville détruite et les mots de malheur (en latin "Ve, Ve, Ve") tissés sur le phylactère que l'oiseau, de très grande taille, tient dans ses pattes et son bec. (C'est le seul phylactère de la tenture qui porte une inscription.)

Cinquième trompette : les sauterelles.

Sixième trompette : les Anges de l'Euphrate.

Les myriades de cavaliers.

L'Ange au Livre.

L'apà´tre Jean mange le Livre.

Troisième pièce: La Bête de la mer (1 grand personnage et 14 tableaux)

La Bête de la mer. Photo Réveil FM International

Un grand Personnage sous un baldaquin.

En haut :

La mesure du Temple.

les deux Témoins.

La mort des deux Témoins.

Joie des hommes devant les Témoins morts.

Les Témoins ressuscitent.

Septième trompette : l'annonce de la victoire.

La Femme revêtue du soleil.

En bas :

Saint Michel combat le Dragon.

La Femme reçoit des ailes.

Le Dragon poursuit la Femme.

Le Dragon combat le serviteur de Dieu.

La Bête de la mer.

`` (13:1) Alors je vis surgir de la mer une Bête ayant sept têtes et dix cornes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des titres blasphématoires. (2) La Bête que je vis ressemblait à  une panthère, avec les pattes comme celles d`un ours et la gueule comme une gueule de lion ; et le Dragon lui transmit sa puissance et son trà´ne et un pouvoir immense. »

Jean de Bruges a représenté le sceptre royal portant une fleur de lys pour signifier clairement la transmission du pouvoir.

L'adoration du Dragon.

L'adoration de la Bête.

Quatrième pièce (1 grand personnage et 14 tableaux.)

Un grand Personnage sous un baldaquin.

En haut :

Nouvelle adoration de la Bête.

La Bête de la terre fait tomber le feu du ciel.

L'adoration de l'image de la Bête.

Le chiffre de la Bête.

L'agneau sur la montagne de Sion.

Le chant du cantique nouveau.

Un ange annonce une bonne nouvelle.

En bas :

Un deuxième ange annonce la chute de Babylone.

Un troisième ange et l'Agneau.

Le sommeil des Justes.

La maison des Élus.

La cuve déborde.

La vendange des réprouvés.

Les sept dernières plaies et les harpes de Dieu.

Cinquième pièce: La chute de Babylone (incomplète)

La chute de Babylone. Photo Réveil FM International

Grand Personnage

En haut :

Les anges reçoivent leurs coupes.

La première coupe versée est sur la terre.

La deuxième coupe sur les eaux.

La quatrième coupe versée sur le soleil (un fragment).

Les cinquième et sixième coupes versées sur le trà´ne et sur l'Euphrate.

Les grenouillles.

La septième coupe est versée dans l'air.

En bas :

La grande Prostituée sur les eaux.

La Prostituée sur la Bête.

La chute de Babylone envahie par les démons.

L'Ange jette une meule dans la mer.

La Prostituée condamnée.

Les noces de l'Agneau.

l'apôtre Jean et l'Ange (important fragment).

https://youtu.be/t8i7hMB9yuw

Sixième pièce, La nouvelle Jérusalem (incomplète)

La nouvelle Jérusalem. Photo Réveil-FM

Personnage disparu.

En haut

Le verbe de Dieu et la Cuve de l'ardente colère de Dieu.

Les oiseaux dévorent les impies.

le Verbe de Dieu charge les Bêtes.

Les Bêtes sont jetées dans l'Étang de feu.

Le Dragon est enchaîné pour mille ans.(fragment)

Les Juges.

Satan assiège la Ville.

En bas:

Le Diable est jeté dans l'Étang de feu.

Le Jugement dernier.

La Jérusalem nouvelle.

La mesure de la Jérusalem nouvelle.

Le fleuve coulant du trà´ne de Dieu.

L'apà´tre Jean devant l'Ange. (fragment)

L'apà´tre Jean devant le Christ. (fragment)

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