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Logé au "Giscardium", à  Yamoussoukro, en Côte-d'Ivoire, Blaise Compaoré est un dictateur et traître à  l'Afrique, affublé par ses mentors du pompeux titre de "Grand négociateur"

Personne n'est à  mesure de citer de mémoire les noms de ses ministres ! Où sont passés ses marabouts et féticheurs ? Blaise Compaoré, le putschiste devenu président, 63 ans, a régné sans partage sur le pays depuis son putsch en 1987. Le costume de président qu'il avait enfilé et bien boutonné durant 27 ans était trop grand pour lui. Arrivée au pouvoir par un putsch, Blaise Compaoré aurait voulu faire tripatouiller la Constitution pour se maintenir éternellement au pouvoir. Il a été chassé par la rue. Dans la vie il faut savoir quitter le pouvoir avant que celui ne vous quitte. Depuis vingt ans Blaise Compaoré a montré sa vraie face sans qu'il reçoive des remontrances de ses mentors: Son amitié désintéressée pour le boucher du Liberia Charles Taylor; son soutien armé en 2002, à  la tentative de coup d`Etat en Cà´te d'Ivoire; sa protection pour les trafics d'or, de diamants et de cocaïne. Le Burkina Faso y a joué un rà´le de plaque tournante mentionnée dans des rapports de l'ONU. Sa complicité voire son ambiguïté vis-à -vis des mouvements djihadistes. Le conseiller spécial de Blaise Compaoré, le Mauritanien Chafi, fait l'objet d'un mandat d'arrêt international pour "appui logistique et financier à  des groupes terroristes du Sahel"

Depuis sa fuite le 31 octobre 2014, Blaise Compaoré le putschiste-président déchu vit son exil au ``Giscardium», à  Yamoussoukro, en Cà´te-d'Ivoire, résidence semi-officielle pour dignitaires invités. Contrairement à  ce que nous vous annoncions, le cortège d'une trentaine de 4X4 qui a quitté Ouagadougou le vendredi dernier n'était qu'un convoi en guise de leurre ? En effet, le 31 octobre dernier, le convoi de véhicules officiels a été aperçu, en direction de Pà´, dans le sud du pays, à  la frontière avec le Ghana. Loin, très loin de Yamoussoukro…. Rien qu`entre Ouagadougou et Yamoussoukro, il y a près de 1000 kilomètres. Dans ces conditions, le convoi repéré sur les routes était sans doute un leurre.

Selon une source française proche du dossier, c`est en réalité en avion que Blaise Compaoré a gagné la Cà´te-d`Ivoire. Le plus dur fut sans doute de le convoyer sans encombre du palais présidentiel à  l`aéroport de ``Ouaga». Et c`est peut-être à  ce moment que la France a joué un rà´le aussi discret qu`efficace. Lundi, François Hollande a ainsi déclaré de manière sibylline : ``Il y a eu des attaques, il y a eu des réponses.» La France dispose de forces spéciales à  Ouagadougou, dont le nombre varierait entre 200 et 300 hommes. Dans le même temps, le président français a insisté sur le fait que l`ancienne puissance coloniale n`avait pas procédé elle-même à  l`exfiltration de Blaise Compaoré. Autrement dit, elle a peut-être veillé à  éviter qu`il lui arrive malheur, mais il n`aurait pas pris d`avion ou d`hélicoptère frappé de la cocarde tricolore. ``Comme chacun sait, la Françafrique c`est fini!», ironisait ce mardi matin un responsable français au fait du dossier.

C`est une statue qui vacille, peut-être le premier signe de l`agonie d`un dinosaure diront ses détracteurs. Mais, même si la situation restait jeudi soir très confuse au Burkina Faso, rares sont ceux qui auraient pu imaginer que Blaise Compaoré perdrait si vite le contrà´le de la rue au ``pays des hommes intègres», où il a régné sans partage depuis vingt-sept ans. Réputé rusé, secret, l`inamovible président de cet Etat enclavé d`Afrique de l`Ouest a su se maintenir au pouvoir par un mélange d`autoritarisme et d`ouverture prudente, éliminant les adversaires ou les prétendants qui pouvaient lui faire ombrage et s`imposant sur la scène régionale comme un médiateur incontournable.

Mais à  63 ans, ``Blaise», comme on l`appelle en Afrique, a visiblement joué le coup de poker de trop en tentant une fois de plus de se maintenir au pouvoir par une réforme constitutionnelle pour briguer un cinquième mandat. En 2005, il s`était représenté malgré la limitation à  deux mandats qu`il avait alors déjà  accomplis, en arguant que la loi adoptée en 2000 ne pouvait être rétroactive. Il sera alors réélu avec des scores soviétiques (plus de 80% des voix) en 2005, puis en 2010.

Shakespearien. Pour 2015, le scénario n`a pas fonctionné. Moins à  cause de la ténacité d`une opposition divisée que du ras-le-bol d`une jeunesse qui est déjà  descendue massivement dans la rue en 2011 et 2013 pour dénoncer le maintien au pouvoir de cet ancien officier au visage impassible. Le destin de Compaoré pourrait s`achever dans un chaos qui ne manquerait pas d`avoir des répercussions sur la région tout entière, tant l`homme et sa diplomatie avaient réussi à  s`imposer dans la gestion des crises régionales, notamment en Cà´te-d`Ivoire, mais aussi au Mali, où pourtant il a finalement été écarté au profit de l`Algérie.

Mais personne n`oublie que cette longue carrière au sommet de l`Etat burkinabé avait commencé dans le sang par un véritable drame shakespearien. Le 15 octobre 1987, ce fameux ``jeudi noir», Compaoré prend le pouvoir par la force. Il renverse et assassine son frère d`armes et meilleur ami, le très populaire Thomas Sankara, qui depuis quatre ans expérimentait dans l`ancienne Haute-Volta française le rêve utopique d`une république progressiste teintée de marxisme.

Fantà´mes. Cette trahison originelle ne sera jamais apurée. D`autant qu`il y a d`autres fantà´mes. Comme le journaliste Norbert Zongo, assassiné lui aussi en 1998 alors qu`il enquêtait sur la mort d`un chauffeur de la présidence, dans laquelle était impliqué François, le frère de Blaise. Reste qu`en renversant le régime marxiste et panafricaniste de Thomas Sankara Blaise Compaoré avait rejoint le petit club des présidents africains alliés aux Occidentaux. Au nom de la stabilité régionale, on fermera souvent les yeux sur la gestion parfois musclée de l`ordre intérieur, comme sur les trafics divers auquel se livrait le régime burkinabé avec des amis aussi peu recommandables que le chef de guerre puis président libérien Charles Taylor ou encore le dictateur libyen Muammar al-Kadhafi.

Depuis quelques années, plusieurs ONG avaient pourtant tiré le signal d`alarme sur les risques de dérapage au cas où Compaoré voudrait une fois de plus se maintenir au pouvoir en 2015. Des mutineries, vite réprimées, au sein de l`armée avaient suggéré que la révolte dépassait désormais une jeunesse marginalisée et sans avenir, qui n`a connu que Compaoré. Lequel s`est visiblement laissé aveugler par son rêve d`éternité, comme un monarque retranché dans sa tour d`ivoire.

Avec Blaise Compaoré, le Burkina Faso pointe au 181è rang sur 187 pays au classement du développement humain de l'ONU, avec la durée de scolarisation la plus faible du monde.

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