Réveil FM, la première radio libre et citoyenne de Kinshasa en République démocratique du Congo !

France-Antilles: En tête à  tête avec Victorin Lurel !

Victorin Lurel

Tout en haut, à  l'hà´tel de Région, avec la vue sur la mer. Bref, on a rencontré Victorin Lurel, président de la Région Guadeloupe. Mais aussi, député, et ancien ministre des Outre-mers du gouvernement Ayrault. C'est une interview menée par notre consœ“ur Céline Guiral de France-Antilles. Le conseil régional de Guadeloupe est l'assemblée délibérante de la région française d'outre-mer Guadeloupe, collectivité territoriale décentralisée. Il siège à  Basse-Terre, dans le quartier du Petit Paris à  l'est de la ville sur l'avenue Paul Lacavé. Il est présidé depuis le 2 mai 2014 par Victorin Lurel.

Je dis quoi ? Président, monsieur le ministre, Victorin ? ...

Victorin Lurel: (Il sourit). Toto, on m'appelle Toto. Les gens qui m'appellent Victorin, ce sont des gens qui ne me connaissent pas. Toto, c'est public, c'est officiel. C'est mon nom de savane. C'était aussi le surnom de mon grand-père. Toto, ce n'est ni intime, ni familier. D'ailleurs, j'y réagis davantage que lorsqu'on me donne du `` Victorin ».

Si, pour Platon, `` l'homme est un animal politique par nature » , il y en a tout de même certains plus féroces que d'autres, non ?

Victorin Lurel: (Il rit). Oui, il y a certainement une hiérarchie dans la férocité. à‡a dépend à  quel animal on peut vous associer. Mais l'homme est avant tout un être pensant. Le terme `` animal politique » , qu'il soit d'ordre médiatique, philosophique, je le refuse. La seule chose que je sais, c'est qu'il faut de la volonté, de la détermination et du travail. Et quelques réflexes. Mais plus encore, de la réflexion, de la pensée et des valeurs. Sans valeurs, on ne dure pas en politique.

Est-ce que la phrase de Jaurès, `` C'est à  la réalisation de l'humanité que travaillent tous les socialistes » a encore un sens aujourd'hui ?

Victorin Lurel: Plus que jamais. Le socialisme est encore une idée neuve. Avec la poussée des inégalités, les socialistes travaillent au développement d'une humanité meilleure. On a trouvé quelque véhicule pour faire cela : la République. Jaurès, c'est la République jusqu'au bout.

Qu'est-ce qu'on ressent quand on est nommé ministre ?

Victorin Lurel: Le poids des responsabilités. On s'interroge sur l'ampleur du travail à  accomplir, avec l'obligation de réussir. Il s'agit aussi de mériter la confiance du président de la République. Passé ces premières émotions, on s'attelle à  la tà¢che sans relà¢che pour répondre aux attentes et aux aspirations des populations. Je crois avoir fait du bon travail durant ces deux années passées à  la tête du ministère des Outre-mers.

Justement, après cette parenthèse rue Oudinot, qu'est-ce qui vous a le plus manqué de cette vie-là  ?

Victorin Lurel: De la vie de ministre ? Noooon, rien... ce qui m'a manqué quand j'étais ministre, c'est la Guadeloupe. Ah ça! (Je lui fais remarquer qu'il vient de retourner ma question comme une crêpe. Il rit). Un ministre est distancié, on perd contact avec les populations. On se sent davantage utile dans la proximité. Le ministère, c'est un autre niveau. On légifère, on arbitre, mais on est dans l'éloignement et la distance. Pour répondre à  votre question, le fait d'avoir eu à  ma disposition les grands corps de l'État pour faire avancer les dossiers des outre-mers, oui, ça peut manquer. Mais depuis mon retour au pays, je vous assure que je n'ai guère eu le temps d'y penser.

à‡a ressemble à  quoi l'ivresse du pouvoir ?

Victorin Lurel (Il inspire profondément). Celui qui est ivre de pouvoir n'a pas pris la dimension de la fonction. Je reconnais que vous ressentez de la satisfaction quand, comme récemment, on lance la reconstruction de Baimbridge. Est-ce qu'un ministre aurait pu faire ça ? Non. Un président de région peut le faire. Le sentiment de pouvoir faire, la volonté constante de transformer le réel, de faire preuve d'audace. à€ l'image du Mémorial ACTe. Mais je n'appelle pas ça l'ivresse du pouvoir, c'est néanmoins exaltant d'être en capacité de mettre en marche ses idées.

Est-ce que la trahison, en politique, a toujours un goà»t amer ?

Victorin Lurel: Ah toujours! Mais les cyniques disent qu'en politique, la trahison n'existe pas, que les engagements ne tiennent pas et n'engagent, justement, que ceux qui leur donnent crédit. Et que ceux qui parlent de trahison sont des naïfs, car cela relève davantage de l'amour. Or, oui, ça fait mal. Surtout quand ça vient de vos amis, et qu'ils vous assassinent. Dans la méchanceté, on peut y mettre la forme, mais quand c'est fait vulgairement pour essayer de convaincre, c'est pénible.

Le jour où vous avez été profondément déçu politiquement ?

Victorin Lurel: Il y en a eu beaucoup. J'ai connu 15 ans d'échecs avant de devenir maire de Vieux-Habitants. à‡a m'a formé. à‡a m'a rendu plus humble. Contrairement à  ce que les gens pensent, que je crois tout savoir, non, c'est faux. Je suis quelqu'un de timide, je me suis forcé à  parler publiquement, j'ai appris à  respirer. Longtemps, je me suis demandé pourquoi les gens ne votaient pas pour moi... J'ai ensuite appris à  changer.

Votre meilleur ennemi ? Victorin Lurel: Moi-même. Je me dis constamment, `` Tu as tort, retiens-toi, pense à  ce que ta vieille mère te disait, maîtrise les choses, maîtrise-toi » . Constamment. Je l'avoue. Il y a des périodes où il faut être dans l'introspection. Parfois, on peut avoir des mots durs avec son équipe, il faut trouver des moments pour s'en excuser. Mais en même temps, on a une exigence de résultats. Il faut donc de l'autorité, sans autoritarisme. Il faut être sa propre vigie. Si vous écoutez vos réflexes, vous devenez votre propre ennemi.

Une phrase que vous avez souvent en tête ?

Victorin Lurel: C'est une phrase de Victor Hugo : `` Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ».

La seule chose qui peut vous faire oublier une journée difficile ?

Victorin Lurel: Un beau morceau de musique. Quel que soit le style. J'oublie tout, ah ouais! Mais j'ai aussi cette capacité de m'extraire, de prendre des coups et de me dire, le soir, demain sera un autre soleil. Il faut continuer.

La petite phrase que vous avez un jour là¢chée et que vous regrettez ? Victorin Lurel: J'ai dit quelques conneries... (Il rit) Il y a une chose que je ne regretterai jamais, c'est sur Chavez. J'assume. C'est quelqu'un dont je n'ignorais pas les faiblesses, mais je savais ce qu'il faisait, et le courage qu'il fallait.

... et celle qui vous fait encore sourire en y repensant aujourd'hui ?

Victorin Lurel: à€ une femme politique qui prétendait être un monument, j'ai répondu que j'étais une pyramide d'Égypte. J'ai entendu quelques jours plus tard Usain Bolt là¢cher : `` Je suis une légende ».

Votre livre de chevet ?

Victorin Lurel: L'imitation de Jésus Christ. Lisez ça! C'est écrit par un moine hollandais. C'est de la beauté, c'est de la foi et c'est de la méditation.

La chose la plus idiote qu'on ait écrite sur vous ?

Victorin Lurel: Les gens vous jugent un peu rapidement. Parce qu'on laisse voir ce qu'il y a de superficiel. On dit Lurel est autoritaire, Lurel n'a pas le sens du compromis. C'est un stéréotype qui me suit. C'est vrai que parler sans cesse de sujets techniques, ça peut dessécher un homme! D'où l'idée d'aller sur le terrain et de donner sa véritable mesure.

à€ vous, posez-moi une question!

Victorin Lurel: à€ vous ? Une question ? C'est la première fois qu'on me fait ça! Qu'est-ce que vous trouvez à  tenter de creuser l'à¢me de votre interlocuteur, quelle satisfaction vous y trouvez ? à€ faire parler vos invités ? à€ les installer dans le canapé ?

Partager sur : Partager