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Rétro: Rencontre de Manuel Valls avec les étudiants à  l`université de Belgrade Vendredi 7 novembre 2014

Jeudi 6 novembre 2014, arrivée de Manuel Valls à  Belgarde. Photo Réveil FM International

``Aimons la France comme elle nous a aimés». Vendredi 7 novembre 2014 matin, au terme de sa visite officielle de deux jours en Serbie, Manuel Valls s'inclina devant le Monument baptisé Reconnaissance à  la France, installé à  l'entrée du parc du Kalemegdan, au cœ“ur de la vieille ville de Belgrade. Oeuvre du sculpteur croate Ivan Meœ¡trović, cette sculpture monumentale fut inaugurée en 1931 pour que jamais les habitants de la Ville Blanche, comme ceux de tout le Royaume de Yougoslavie, qui avait succédé en 1929 au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes né au lendemain des traités de paix, n'oublient leur dette à  l'égard du pays qui, treize ans plus tà´t les avait libérés de l'occupation germanique et bulgare.

Oeuvre du sculpteur croate Ivan Meœ¡trović ``Aimons la France comme elle nous a aimés». Photo Réveil FM International

Belgrade, Manuel Valls et son homologue serbe, Aleksandar Vucic devant le monument de la reconnaissance à  la France. Photo Réveil FM International

Deux Saint-Cyriens avec le gerbe de la France. Photo Réveil FM International

Jovan Skerlić, fondateur de la revue du Messager littéraire serbe, infatigable promoteur de la francophonie dont les mots prononcés en 1906 résonnent de manière étrangement douce et familière à  nos oreilles contemporaines: ``Certains présentent volontiers la France comme un pays au bord de la faillite dont la gloire appartient au passé.... Ce ne sont que des phrases dépourvues de sens et de contenu: la France reste toujours à  la tête du progrès spirituel de l'humanité. Sa littérature sera toujours un modèle pour toutes les autres littératures. La France est la patrie de Voltaire et demeurera toujours le vieux berceau des idées, l'éternel ``soldat des droits», guide des peuples dans leurs lutte pour les vérités sacrées et les idéaux humains».

Amitié franco-Serbe bien réelle et vivante. Photo Réveil FM International

Une famille serbe. Photo Réveil FM International

Manuel Valls quitte le parc du Kalemegdan. Photo Réveil FM International

Rencontre avec les étudiants à  l`université de Belgrade Vendredi 7 novembre 2014

Allocution de Manuel Valls, Premier ministre

Monsieur le ministre de l`Education, Monsieur le Recteur, Mesdames, messieurs, Mes chers amis,

Je viens à  l`instant d`achever, dans le parc de Kalemegdan, un moment particulièrement riche en émotion. Là , aux cà´tés d`Aleksandar Vucic, j`ai souhaité, nous avons souhaité, rendre hommage à  la fraternité d`armes qui, au travers du temps, unit la France à  la Serbie.

Aussi surprenant que cela puisse vous paraître, il y a un lien entre ce monument et notre rencontre ici, dans cette prestigieuse, dans cette belle, Université de Belgrade.

Vous le savez peut-être : le monument en reconnaissance à  la France a été érigé à  l`initiative d`anciens élèves et étudiants serbes, ceux-là  mêmes qui avaient étudié en France au lendemain de la Première guerre mondiale.

Manuel Valls à  l'université de Belgrade. Photo Réveil FM International

Le recteur de l'université et Manuel Valls. Photo Réveil FM International

C`est à  cette époque que, grà¢ce au grand nombre de jeunes serbes venus étudier en France, une longue histoire d`échanges universitaires est née ; une longue histoire aussi d`amitié entre les jeunesses de nos deux pays. C`est à  ce moment qu`a été créé le premier Institut français, ici-même, à  l`université de Belgrade, et il annonçait déjà  celui que vous connaissez aujourd`hui, rue Zmaj Jovina [Zmaï Yovina]. En cette année de commémoration, le grand dessinateur Jacques Tardi, qui y est actuellement exposé, offre au public belgradois un regard nouveau et saisissant, comme il sait le faire, sur ce que l`on appelle la `` Grande Guerre ».

Cette tradition d`échanges entre nos deux pays s`est poursuivie, malgré les aléas, jusqu`à  nos jours. Tout d`abord, par la présence d`étudiants serbes dans les universités françaises et par l`existence, ici, à  Belgrade, de l`école française et de classes bilingues dans les lycées du pays. Ensuite, par des mobilités et une curiosité de plus en plus marqués de la part de nos jeunes Français à  l`égard de la Serbie, et j`espère que mon déplacement ici va y contribuer encore davantage.

Une étudiante serbe s'exprimant en français. Photo Réveil FM International

Un étudiant serbe qui a parlé en français. Photo Réveil FM International

Une étudiante serbe. Photo Réveil FM International

Les étudiants de l'université de Belgrade. Photo Réveil FM International

Mes chers amis, A Kalemegdan, nous avons évoqué à  l`instant la force de notre mémoire commune.

Elle fait la force, la solidité de notre amitié et surtout, elle annonce l`avenir. C`est pourquoi j`ai tenu à  ce que l`Ode à  la joie, l`hymne européen, soit joué. Et son interprétation a été, croyez-moi, émouvante. D`autant plus émouvante que nous avons l`intime conviction avec ceux qui m`accompagnent et je les salue - Harlem Désir, le Secrétaire d`Etat aux Affaires Européennes, et Alain Richard, Ancien Ministre, Sénateur, et en charge pour la diplomatie française de la représentation dans les Balkans - nous avons l`intime conviction que dans un avenir prochain, il deviendra notre hymne commun à  nous, Serbes et Français.

Cet avenir vous appartient, jeunes de Serbie. Et, en m`adressant à  vous, je mesure tout le poids du passé récent, de ce conflit meurtrier qui, il y a encore quelques années, a resurgi d`un passé que l`on croyait oublié. On vient d`évoquer Monsieur le Ministre, toute cette jeunesse, qui en Serbie comme en France a été fauchée pendant quatre ans, entre 1914 et 1918. Ce sont des hommes, des femmes, des jeunes, des intellectuels, des poètes, qui ont trouvé la mort. Et Charles Péguy ou Guillaume Apollinaire, deux grands poètes français, sont tombés au cours de la Première Guerre Mondiale. Et je m`adresse donc à  vous qui serez à  jamais marqués par ces moments qui ont vu les missiles, les bombes, s`abattre sur Belgrade, le canon tonner au Kosovo, et des milliers de civils être jetés sur les routes de l`exode.

Il y a quelques années, en Europe, alors que l`Europe se construisait sur la paix, accueillait notamment les pays du Sud qui sortaient de la dictature, s`apprêtait à  accueillir les pays de l`Est qui sortaient du bloc soviétique, il y avait la guerre ici dans l`ex-Yougoslavie, à  quelques heures d`avion - 2 heures et demie - de Paris.

Et je m`adresse donc à  vous qui avez cette responsabilité - peut-être la plus difficile qui soit : ne pas oublier, ne rien oublier du passé, mais savoir aussi avancer. Et alors, dans quelques années, vous pourrez vous retourner et dire à  vos enfants : voilà  ce que nous avons réalisé, voilà  le chemin que la Serbie a parcouru !

Je sais combien vous avez la force et la volonté, je n`en doute pas, d`ancrer votre pays dans la paix, la solidarité, la concorde. Votre pays, mais aussi vos voisins. Ce sont les fondements nécessaires au rayonnement et à  la prospérité d`un peuple, et d`un peuple comme le và´tre qui a une si belle et une si grande histoire.

J`ai foi en la Serbie comme la France a eu foi en 1914, lorsqu`elle a tendu cette main. Aujourd`hui, plus de 100 ans ont passé, et malgré les terribles tourments du 20e siècle qui ont même vu nos pays s`affronter, nous sommes de nouveau cà´te à  cà´te. Notre mémoire commune est vivante. Ensemble, nous regardons le passé avec lucidité, mais surtout nous regardons l`avenir avec confiance.

Ces liens qui unissent nos pays s`expriment de manière très concrète. Lorsque votre pays a été frappé par des inondations terribles au printemps dernier, la France a tenu à  être au plus près des populations touchées. Ainsi, en juillet, à  l`initiative commune des Présidents Tomislav Nikolic et François Hollande, la conférence des donateurs s`est réunie.

L'université de Belgrade. Photo Réveil FM International

L'université de Belgrade. Photo Réveil FM International

L'université de Belgrade. Photo Réveil FM International

Et la France poursuit cet engagement qui passe aujourd`hui par la reconstruction, pour rebà¢tir ce qui a été détruit, notamment à  Obrenovac où je me rendrai tout à  l`heure. Bien sà»r, mon gouvernement a mobilisé des fonds et envoyé, dans les meilleurs délais, des spécialistes de la sécurité civile. Mais, je tiens également à  souligner toutes les initiatives des particuliers, des ONG et des entreprises. Elles témoignent de l`affection des français pour la Serbie.

Je ne suis pas venu seul en Serbie … 35 entreprises, PME et grands groupes m`ont suivi. Ils marquent, ainsi, leur volonté de participer pleinement au développement de votre pays, à  la construction de son avenir.

Mais, je l`ai dit aussi bien au Président de la République qu`au Premier Ministre, il faut être honnête : la présence économique de la France en Serbie n`est pas à  la hauteur ni de notre amitié, ni de nos ambitions communes. Le succès du forum des affaires franco- serbe que nous avons ouvert avec Aleksandar Vucic m`a convaincu que nous pouvions y remédier. Par de grands projets, bien sà»r, mais aussi à  travers des investissements moins visibles mais tout aussi durables, qui renforceront davantage encore nos liens économiques. La jeunesse serbe sera appelée à  participer à  ce renouveau, car toutes ces entreprises auront besoin de votre énergie et de vos compétences.

Aujourd`hui, Monsieur le Ministre, 650 jeunes serbes seulement étudient en France. Et pourtant, les français connaissent bien la Serbie. Ils connaissent votre pays, ils connaissent de grands cinéastes, comme Kusturica, et ils connaissent évidemment un grand joueur de tennis qui ne cesse de gagner à  chaque fois qu`il est à  Paris, Djokovic. C`est à  la fois beaucoup, ces étudiants, et pas assez au regard des 280 000 étudiants étrangers que compte la France. Nous souhaitons avec le gouvernement faire en sorte qu`il y ait encore davantage d`étudiants qui viennent de partout dans le monde et que nous puissions accueillir dans les meilleures conditions possibles.

Freddy Mulongo à  Belgrade. Photo Réveil FM International

Accréditation de Freddy Mulongo. Photo Réveil FM International

Aussi, je souhaite que, d`ici la fin de la décennie, le nombre d`étudiants serbes en France ait triplé. Voilà  un investissement crucial, sur le long terme, dans l`intérêt de nos deux pays.

Pour vous aider à  être plus mobiles, vers la France, vers l`ensemble de l`Europe, le programme Eramus Plus viendra appuyer cet engagement. Vous le savez : s`il y a un projet européen qui fait l`unanimité, que tous citent comme un succès incontestable de l`Union européenne, qui rend d`ailleurs l`Union Européenne pleinement concrète et utile, c`est bien ce programme. Il aide les étudiants à  diversifier leurs parcours, à  s`enrichir de la connaissance des autres et puis - c`est aussi important - à  faire la fête avec leurs voisins. Mais au-delà , le programme Erasmus, c`est un formidable moyen de bà¢tir une identité commune, une culture commune.

L`Europe est née de la guerre, de cette pulsion terrible qui a consisté à  vouloir anéantir l`autre. Mais l`Europe est née surtout du dépassement des haines, des antagonismes, des ressentiments. Bien sà»r, il y a eu, au départ, la détermination de quelques hommes d`Etat exceptionnels. Mais la réconciliation n`aurait pas été aussi profonde, aussi solide, sans la volonté des peuples, sans les quelques huit millions de jeunes Français et de jeunes Allemands qui se sont rencontrés grà¢ce à  l`Office Franco-Allemand pour la Jeunesse, créé il y a cinquante ans.

Oui, c`est la jeunesse qui doit permettre cette paix durable, profonde, entre tous les peuples d`Europe. Ces peuples, ne perdent pas leurs identités, il n`y a pas plus patriote qu`un serbe ou un français. Nous sommes fiers de notre Histoire, de notre culture, de notre langue, et en même temps, nous voulons partager un destin commun.

Oui c`est donc pour une bonne part la jeunesse qui a permis de construire l`Europe d`aujourd`hui. Et l`Union européenne, qu`on critique souvent - c`est vrai en France, c`est vrai en Serbie, notamment ceux qui ont une vision étroite - l`Union européenne le lui rend bien, pourtant, à  cette jeunesse, en favorisant la mobilité des étudiants à  l`intérieur de ses frontières ; des étudiants qui ont souvent une conscience européenne plus marquée que leurs aînés.

Si je vous dis cela, c`est parce que je pense que vous, jeunes de Serbie, vous avez une mission. Je sais que beaucoup d`entre vous croient en l`avenir européen de la Serbie. Mais, je sais aussi vos doutes. Des doutes qui sont, malheureusement, ceux de l`ensemble de la jeunesse européenne - et la jeunesse française n`échappe pas à  ce questionnement : le chà´mage, la précarité, l`expérience brutale de la crise économique et sociale qui alimentent un très grand scepticisme à  l`égard de la politique.

Des doutes qui tiennent certainement aussi à  l`histoire de votre pays et de la région, au souvenir encore très présent, très vivace, des guerres qui ont déchiré la Yougoslavie.

Ces plaies, je le sais, nous en avons parlé encore aujourd`hui avec le Président de la République de Serbie, n`ont pas fini de cicatriser. Il suffit de voir ce qui se passe encore parfois dans les stades pendant les matchs de football. Personne n`est dupe. Ceux qui sont à  l`origine de ces incidents n`ont qu`un seul objectif : faire échouer le rapprochement entre les peuples des Balkans, en rouvrant des conflits que l`on pensait disparus.

Le Falcon de la République. Photo Réveil FM International

Le Falcon de la République. Photo Réveil FM International

Des véhicules de la police serbe qui clà´t le cortège. Photo Réveil FM International

Certains d`entre vous se demandent alors s`ils peuvent faire confiance à  l`Union européenne, confiance à  cette Europe dont bien des Serbes, je le sais, ont eu le sentiment qu`elle leur tournait le dos. Cette Europe qu`on dit également `` fatiguée » à  la suite des élargissements successifs et dont on se demande parfois, ici même, si elle veut véritablement accueillir la Serbie en son sein.

L`Europe est un grand dessein. Et c`est aussi notre destin. Mais nous le voyons bien, cet idéal qui a su pacifier un continent, a perdu de sa force aux yeux des peuples. Ils s`interrogent sur l`utilité, les finalités du projet européen. L`Europe doit donc se réinventer, répondre aux attentes concrètes des habitants : la croissance économique, l`emploi, la solidarité, … Car un pays a besoin de progrès social. Elle doit aussi savoir assumer pleinement sa responsabilité historique, face aux dérèglements du monde. Sinon, elle court le risque de sortir de l`histoire. Elle risque aussi de faillir à  sa responsabilité historique, celle de faire coïncider l`histoire de l`Europe et sa géographie. A vos doutes sur l`Europe, je veux apporter deux réponses.

La première, c`est que les difficultés économiques que vous vivez - parfois plus durement que d`autres - représentent précisément une grande raison de croire au projet européen. Aujourd`hui, l`Europe commence seulement à  se relever de la crise économique ; une crise qui a commencé ailleurs, aux Etats-Unis, avant de frapper sévèrement l`Union européenne en mettant en évidence ses propres fragilités.

Cette même crise frappe également votre pays. Ce qui montre bien les liens qui l`unissent à  l`Europe. Et c`est précisément parce que les économies de l`Union européenne et celle de la Serbie sont déjà  si étroitement liées, par le commerce, par les investissements, que la Serbie doit devenir membre à  part entière de l`Union européenne. Cette adhésion sera un accélérateur pour vous de développement économique et de progrès social. Et puis à  cela s`ajoute une raison plus essentielle encore, qui est valable pour la Serbie comme pour tous les pays européens - y compris la France, mon pays - : les réformes !

L`Europe a une grande qualité : être un levier de réforme, dans tous les domaines, économique certes, mais pas seulement. Je pense notamment à  l`Etat de droit, aux libertés publiques, à  la liberté des médias, à  la lutte contre la corruption, à  la lutte pour l`environnement. Nous aurons un grand rendez-vous à  Paris, à  la fin de l`année 2015, le grand rendez-vous sur le climat. L`Europe mène chacun de ses membres à  se remettre en question, à  progresser ensemble. Et c`est là  une force.

J`en reviens donc à  la mission qui est la và´tre. Celle d`être les éclaireurs de votre pays sur la voie de l`Europe. Vous avez pour cela des atouts que d`autres, avant vous, n`ont pas eus. Comme les jeunesses française et allemande, je le disais, d`après-guerre, les conflits sont derrière vous et vous désirez ardemment tourner cette page. Mais, vous toutes et vous tous, avez aujourd`hui des moyens qui n`existaient pas alors, des moyens puissants à  votre disposition : la communication, l`information, les réseaux sociaux, les moyens européens qui vous permettent de vous connaître, de voyager, d`étudier et, qui demain, vous permettront même de travailler ensemble.

Et le message que je suis venu vous délivrer aujourd`hui c`est que vous pouvez croire en vous-mêmes comme votre pays croit en vous. Il y a des doutes, je le disais il y a un instant. Et dans mon pays, beaucoup de Français doutent d`eux-mêmes, de la capacité de leur pays à  préparer l`avenir, oublient que la France est une grande puissance politique, diplomatique, militaire, économique. Nous ne devons pas douter de notre propre pays.

Chaque pays doit donc investir pour sa jeunesse, l`encourager, l`aider à  débuter dans la vie, car la jeunesse, c`est tellement simple à  dire, c`est l`avenir d`un pays. Et vous avez donc une grande responsabilité : vous êtes, chers amis, les bà¢tisseurs de la Serbie et de l`Europe de demain.

Vive la Serbie et vive la France de demain !

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