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OUT OF HOME: Exposition photographique "Visages et témoignages de déplacés du Katanga au CNAM

J'aime bien flà¢ner dans le vieux Paris. Il est 17h hier jeudi 12 novembre, lorsque par hasard je découvre cette exposition photographique "Visages et témoignages de déplacés du Katanga" sur les grilles du CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) au 292 Rue Saint-Martin, 75003 Paris. Le Katanga, c'est ma province d'origine ! Le Katanga, c'est en République démocratique du Congo. Comment les Katangais peuvent-ils devenir de déplacés dans leur propre province ? Le Katanga n'est-il pas riche ? Comment le Katanga qui a voté à  110% pour alias Joseph Kabila, l'imposteur qui règne par défi peut se retrouver dans cette situation ? Que font les autorités Katangaises pour mettre fin à  cette situation de honte ? Les Katangais sont paupérisés autant que d'autres en République démocratique du Congo. Plusieurs questions ont traversé mon esprit...Premier réflexe sortir mon téléphone portable de ma poche et faire ces clichés.

Pendant l`été 2014, le nord du Katanga est devenu le théà¢tre de violents affrontements entre les Pygmées et les Bantous. La recrudescence des tensions entre ces deux communautés a conduit à  la multiplication des violences et des exactions. Déterminées à  fuir cette insécurité grandissante, des milliers de familles se sont exilées. En aoà»t 2014, le Katanga atteignait un pic sans précédent de 607 000 personnes déplacées au sein de la province (source : OCHA, mars 2015).

Pour ces populations déplacées, tant pygmées que bantoues, la survie se conjugue au quotidien. Alors que certains d'entre eux sont accueillis dans des villages, les autres se rassemblent de sites spontanés, où ils sont livrés à  eux-mêmes. Ils se retrouvent sans toit, sans accès à  l`eau potable et sans nourriture, à  la merci des épidémies, dans une zone difficile d`accès.

Alors que certains déplacés réussissent à  se procurer de quoi se nourrir en travaillant pour des agriculteurs locaux dans leurs villages d`accueil, le manque d'argent les empêchent néanmoins de couvrir leurs besoins de première nécessité. Il est ainsi difficile pour eux d'avoir accès à  l'eau potable, à  du charbon de bois pour cuisiner et se chauffer, à  des médicaments et des soins de santé, à  un logement décent, etc.

Monsensa - Les femmes et les enfants de Monsensa rentrent au village après avoir puisé de l`eau à  la rivière Kasibouji. Photo Réveil FM International

Manono - Des creuseurs lavent la cassitérite extraite dans la carrière de l`ex-Géomines. Photo Réveil FM International

A 70 km de Kiambi - Les Pygmées du village de Luela chassent dans la forêt.Photo Réveil FM International

Manono - Makomeno, ancien quartier des dirigeants de la société minière Géomines, aujourd`hui abandonné. Photo Réveil FM International

Mpyana - Une femme prépare les tubercules de manioc pour le repas du soir. Photo Réveil FM International

Manono - Des enfants pêchent dans les ruines du barrage de la ville de Manono, construit par la Géomines en 1932.

Luakato - Denis Mukolay, 32 ans, père de 9 enfants, dans son champ de manioc. Photo Réveil FM International

Forcés de s`exiler pour fuir les exactions, les déplacés du Katanga se retrouvent livrés à  eux- mêmes. Dire qu'à  longueur de journée, on nous bassine à  la RTNC sur les "5 chantiers" et la "Révolution de la modernité" d'alias Joseph Kabila. L'incapacitaire de Kingakati et ses barons apparatchiks connaissent-ils cette réalité ? Les congolais sont devenus de sous hommes dans leur propre pays. Que les fayots, Djaleloïstes qui chantent les louanges du petit bonhomme aillent se rhabiller !

Témoignage d'Etienne Kisamba, 54 ans

Agriculteur et père de 12 enfants. Tous les jours à  6h, Etienne se lève pour se rendre dans ses champs, situés de l`autre cà´té de la rivière Kasibouji. De retour vers 16h, il va ensuite pêcher, ce qui lui permet de nourrir sa famille. Les conflits qui agitent la région lui ont fait perdre une bonne partie de son matériel agricole et de ses récoltes. Bénéficiaire du programme de relance agricole de Première Urgence Internationale, il a reçu des semences et de nouveaux outils.

Témoignage de Kamona, 32 ans

Kamona s`est installée à  Manono il y a cinq ans. Elle cueille des feuilles de manioc dans un champ pour la préparation du sombé, repas traditionnel congolais. L`insécurité des campagnes, entre violences intercommunautaires et exactions de milices armées, l`a obligée à  migrer vers les zones urbaines, comme de nombreuses personnes. Sans travail, celles-ci développent l`agriculture urbaine pour pouvoir survivre.

Témoignage de Kulushi Sifo, 40 ans

Kulushi vient de rentrer dans son village, Monsensa, après presque un an d`absence. Les combats entre groupes Maï-Maï et les forces armées de la RDC (FARDC) l`avaient obligée à  fuir en laissant tout derrière elle. Sa maison a été détruite pendant les combats, et son champ pillé.

A son retour, ses voisins l`ont aidée à  construire un abri temporaire. Aujourd`hui, elle vit de l`agriculture. Elle travaille comme journalière dans les champs d`autres villageois, en échange de quelques pousses de manioc. L`aide de Première Urgence Internationale lui a permis de recevoir du matériel agricole et des semences, qui ont remplacé la houe et les semences perdues, lui permettant ainsi de subvenir de nouveau à  ses besoins. L`insécurité des campagnes, entre violences intercommunautaires et exactions de milices armées, l`a obligée à  migrer vers les zones urbaines, comme de nombreuses personnes. Sans travail, celles-ci développent l`agriculture urbaine pour pouvoir survivre.

C`est cette réalité, brute et incertaine, que Colin Delfosse, envoyé sur le terrain par Première urgence internationale, retranscrit à  travers ses photographies. Plus encore, elles mettent en exergue la capacité d`adaptation de ces personnes forcées de réapprendre le quotidien loin de chez elles pour pouvoir continuer à  vivre.

Colin Delfosse est né à  Bruxelles en 1981. Diplà´mé en journalisme, il se tourne vers la photographie documentaire en 2007 et fonde le collectif Out of Focus. Photographe freelance, il entame ses premiers reportages au Mali puis au Kurdistan irakien. Lauréat de plusieurs prix, son travail a été exposé à  Paris Photo, au Hanovre Photo Festival, et au Festival Circulation(s) ou encore au Musée de la Photographie de Charleroi. Dernièrement, ses projets l`ont conduit en Biélorussie et en République démocratique du Congo, où il se rend régulièrement. Son travail est publié de façon récurrente dans la presse française et internationale. Il collabore entre autres avec : Le Monde, New York Times, Photo Raw, Eyemazing, Les Inrocks, Jeune Afrique.

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