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Carcassonne, pays des Cathares !

Carcassonne, pays des Cathares. Photo Réveil FM International

Au mois d'octobre dernier, Réveil FM International étions à  Carcassonne, à  la découverte de ce pays des Cathares. Mythe ou réalité ? Au détour de l`an mil, un peu partout en Europe, en réaction aux tentations du pouvoir et de l`argent qui travaillaient l`Église catholique, de nombreuses hérésies ont trouvé des oreilles attentives et des cœ“urs prêts à  s`enflammer. `` Nous sommes bons chrétiens », clamaient ceux que leurs adversaires appelleront plus tard Cathares et qui prétendaient revenir à  `` l`Eglise des Apà´tres » et remettre en cause le système féodal. Pris de peur devant leur succès, le pape appelle au secours le roi de France qui, alors en conflit avec l`Angleterre, fait d`abord la sourde oreille.

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Le pape essaie alors de contenir l `hérésie en envoyant des missionnaires -citerciens puis dominicains. C`est un échec. Un assassinat va mettre le feu aux poudres : en 1209, Pierre de Castelnau, légat du pape, est assassiné par un écuyer de Raimond, Comte de Toulouse. Le pape Innocent III appelle à  la croisade contre ceux que l`on appellera désormais les `` Albigeois ». Les seigneurs du nord de la France prennent la croix et dévalent vers le Sud. Ce sera le sac de Béziers et son massacre (20 000 morts). A son propos, une phrase -dont on ne sait pas si elle est authentique, est restée dans les mémoires méridionales : `` Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! ». Dans la foulée, ce sera la prise de Carcassonne, suivis par bien d`autres violences et exactions.

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A raison ou à  tort, beaucoup de seigneurs occitans ont été accusés d`être partisans ou au moins tolérants vis à  vis de l`hérésie  : Guilhem de Peyrepertuse, Raymond de Péreille, Chabert de Barbaira, Olivier de Termes, Pierre Catala, Pierre de Fenouillet, Bernard de Congost, Roger-Bernard de Foix, Raimond comte de Toulouse, Raymond-Roger de Foix ou encore Raimond Trencavel de Carcassonne. Après avoir joué des jeux d`alliance complexes et parfois temporisé, ils se rebelleront souvent devant ce qui ressemble de plus en plus à  une occupation. Les uns devront fuir, d`autres accepteront des traités et des mariages désavantageux. Au final, les `` barons du Nord », au premier rang desquels Simon de Montfort, chef de l`armée croisée, feront main basse sur leurs fiefs. C`est d`ailleurs ce qui se passe à  Carcassonne : c`était la ville des comtes de Trencavel, une dynastie parmi les plus puissantes du Midi au XIIe siècle. Son suzerain était jusque là , le roi d`Aragon. Et beaucoup de petits seigneurs locaux -ou des membres de leurs familles- parmi ses vassaux avait adhéré à  la foi cathare. Assiégée par l`armée croisée, la ville va capituler le 15 aoà»t 1209. Raimond Trencavel est emprisonné. Il mourra en novembre 1209. Il avait à  peine 24 ans.

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Ici c`est impossible de manquer la publicité du Bureau de Tourisme du Département de l`Aude qui vous accueil au centre du "Pays Cathare". L`histoire du Languedoc au temps des Cathares est bien connue - la croisade contre ces "hérétiques", l`imposition de l`Inquisition, et la destruction de l`indépendance et culture du Languedoc par les armées de la France, font l`histoire, même ci c`est plutà´t raconté du point de vue des vainqueurs. Mais moins comprise, et moins connue, est la vision et la croyance du mouvement spirituel au centre de cette histoire - à  savoir le Catharisme.

Carcassonne, pays des Cathares. Photo Réveil FM International

Le première chose à  dire sur les Cathares c`est que le Tourisme de nos jours, et l`Inquisition du 12ème siècle ont beaucoup recréer l`histoire pour leurs propre fins. D`abord cet nom - "Cathar" est un nom donné par les autres, tout comme celui des Quakers. Alors que nous Quaker, avons accepté cette diffamation, les Cathares, eux, n`ont jamais utilisé ce nom pour eux-mêmes. Ils étaient partiellement connus sous le nom ‘Albigensians` comme Albi était un des centres du mouvement, mais ils étaient plutà´t connus dans leur temps comme "Les Bons Chrétiens" - les "Bons-hommes" et les "Bonnes-femmes". Au commencement du 13ème siècle ce mouvement spirituel était profondément ancré dans la société du Languedoc, mais aussi dans le Nord de l`Italie, l`Est de l`Espagne et ailleurs, avec un appui de bien plus que la moitié de la population ici.

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C`était un mouvement assez charismatique, bien connu pour ses prêcheurs et guérisseurs, bien respecté pour sa simplicité et son engagement dans la communauté, au grand contraste d`une Église Catholique plutà´t riche, dogmatique et éloignée du peuple.

On peut parler d`un "Pays Cathare", car pendant deux ou trois générations ce mouvement des Bons Chrétiens était bien la croyance majoritaire dans ce Pays, mais parler des Chà¢teaux Cathares est un peu trompeur. Presque toutes les grandes familles et propriétaires des Chà¢teaux étaient des croyants Cathars ou au moins très tolérants envers eux avant la croisade, mais Les Bonshommes mêmes n`avaient pas d`immeubles, pas d`églises, pas de Chà¢teaux, et dans le cas des Parfaits, pas de possessions personnelles du tout.

Comme les Troubadours, qui sont issues de la même culture et à  la même époque, ils étaient les bienvenus aux hauts chà¢teaux, comme dans les maisons de campagne, et pendant la croisade quelques haut lieux et chà¢teaux sont devenues leur refuges. Mais les murs qu`on voit de nos jours, sont pour la plupart des fortifications bà¢ties par les vainqueurs après cette guerre de conquête.

Carcassonne, pays des Cathares. Photo Réveil FM International

Le nom ‘Cathare`, dans son origine en Grecque : ‘katharoi`, signifie ‘pur`, et cet mot a une histoire intéressante en tant qu`appellation des communautés spirituelles. Donné au sens positif aux initiés des rites Orphiques, quatre cents ans avant notre ère, et aux Manichéens, au troisième siècle, c`est tout abord St Augustin qui a tourné le nom dans un sens péjoratif contre les dissidents de l`église, comme les Novatiens et Donatiens. Le mot cathare, ‘pur`, est alors utilisé pour parler hérétiques.

Mais, le mot hérétique, demande aussi à  ce qu`on s`y attarde un peu. Dérivé du Grecque "hairesis" qui signifie ‘qui choisit`, il dénote quelqu`un qui est libre penseur, qui ne suit pas un dogme imposé par une église ou autre maître que soi même. Donc d`une certaine, façon toute religion qui crée une hiérarchie, un dogme, qui essaie d`avoir un monopole de spiritualité, va stigmatiser les autres religions et surtout les vrais chercheurs de l`Esprit, en les appellent des hérétiques.

Le Pape, Innocent III, en lançant sa croisade contre les Cathares, a déclaré que ces Bons Chrétiens, ces hérétiques pas obéissants vis à  vis du pouvoir de l`Église, devaient être attaqués avec intrépidité comme s`ils étaient plus diaboliques que les Sarrasins.

Carcassonne, pays des Cathares. Photo Réveil FM International

Ce Pape, et ses prédécesseurs du 11ème siècle, ont lancé quatre croisades contre ces Sarrasins, contre l`Empire Musulman au Moyen Orient, afin de conquérir Jérusalem et la Terre Sainte. Ils ont même inventé un nouveau style de guerre sanglante - les croisades - avec un jeu de corruption qui engageaient les seigneurs féodaux et leurs armées pour leur cause. Plus qu`une obligation due à  l`Église, participer aux croisades donne aux seigneurs une remise de pêchés, une remise de dettes et la promesse de butin de leur pillage. Pour bénéficie de tout cela, l`engagement dans une croisade doit être de quarante jours - c`est devenu une offre saisonnière pour les chasseurs de gloire et trésor.

Le Languedoc, plus grande que notre Occitanie aujourd`hui, au commencement du treizième siècle ne faisait pas partie de la France, mais était un pays avec une langue, une histoire et, surtout, une civilisation bien différente de cette du Nord. Dans l`Empire Romain, l`Occitanie, fait de sept provinces, assez indépendantes, était connue comme "Septimania", avec une croissance commerciale et culturelle, tournée vers la Méditerranée, bien plus sophistiquée que ses voisins les Francs. Après les Romans, les Wisigoths ont permis de continuer cette floraison, avec des gouvernements tolérants envers toutes les religions, ouverts aux développements sociaux, et avec un code juridique respectant le droit d`une autonomie de gouvernance dans les grands villes. Aussi les Wisigoths ont importé leur version de Chrétienté Ariane (nommé pour Arius, un évêque d`Alexandrie du troisième siècle,) qui considère Jésus comme entièrement humain. Il faut noter en parenthèses, que le mythe de la Madeleine, comme épouse de Jésus, réfugiée en Languedoc après sa crucifixion, faisait aussi partie de la croyance de notre région, et selon quelques sources, faisait partie de la croyance Cathare.

Après les Wisigoths, les Mérovingiens Francs du Nord ont vaincu le Sud, interrompant cette paix et ce développement, et introduisant une autre future hérésie - celle de la tradition Nazarite et de la vénération de John. Les Mérovingiens - descendants Judaïques de David, une ligne de "Sang Réal", souverains à  la fois temporel et spirituel, ont donné des suites importantes dans les ambitions dynastiques de la France, et dans les pratiques ésotériques de l`autre grande institution des temps Cathares - les Templiers.

Après les Mérovingiens, l`Empire Arabe, à  son tour, fait la conquête du Languedoc, mais il a plutà´t apporté la paix, et de nouvelles compétences artisanales ainsi que des études académiques. Par exemple, Aristote a été lu pour la première fois dans l`Ouest dans les grands écoles de Montpellier et Toulouse en langue Arabe. Idris Shah note comment les idées Suffi furent répandues dans le Languedoc avant de revenir dans la foi Cathare et dans la poésie Troubadour. De retour à  nouveau, les armées du Nord, maintenant les Carolingians, ont subjugué le Sud au huitième siècle, et c`est grà¢ce à  cette courte période que les grands seigneurs du Sud doivent leur obéissance théorique au Roi de France au temps des Cathares.

Au 13ème siècle nous trouvons l`Occitanie, dans les mains du Comte de Toulouse, Raymond, à  nouveau très indépendant. Lui règne sur un pays bien étrange de la France du Nord : un pays qui a une langue bien différente, et une culture et un commerce bien plus développés. La médecin, astronomie, les mathématiques, le mysticisme, la poésie - un mélange de philosophies et enseignements florissant dans les villes gouvernées plus par un Conseil élu que par un Comte féodal.

Raymond avait les alliances avec les rois d`Angleterre, d`Aragon et de France par mariage. Quelques de ses Vi-Comtes - comme celui de Carcassonne par exemple, avaient une plus forte loyauté au Royaume d`Aragon qu`avec la France. Malheureusement il y avait un autre suzerain titulaire du pays, le Pape, qui a voulu détruire les hérésies de toutes sortes qui menaçaient ses revenues et son monopole de croyance en Languedoc. Il se tourne donc vers le Roi et les Comtes du Nord pour lancer une guerre de reconquête du Sud.

Je vais raconter en version très courte une période de guerre et destruction assez complexe. La formule de croisade est déjà  en place, mais pour la première fois c`est une croisade contre des Chrétiens. Les Rois de France et de Navarre n`ont tout d`abord voulu en faire partie, mais les grands Comtes de Bourgogne et de Nevers, aux auxquelles se sont rajoutés des autres seigneurs et armées en cherche d`absolutions et de fortune, commencent à  descendre la vallée du Rhà´ne en été 1209, avec des routiers et une foule énorme - en gros, une file 6 kilomètres de long, une invasion jamais vu auparavant -le Légat du Pape en tête. Bien sà»r les gros lots du pillage sont les villes et les Chà¢teaux.

Raymond IV de Toulouse commence un long périple pour tenter de sauver son royaume, en prêtant serment à  l`Église, et à  la France, même si ses sympathies allaient plutà´t vers ses Consuls démocratiques dans les grandes villes, et avec sa famille et ses voisins, les Cathares. Narbonne et Montpellier se mettant à  genoux, et, sans s`y attendre, Béziers voir la premier siège. Son Vis-Comte, Raymond-Roger Trencavel assure ses fortifications massives et retourne vers Carcassonne pour préparer une plus grande bataille. Tout le Sud croit pouvoir tenir pendant les quarante jours de croisade et croit que ces envahisseurs vont repartir.

Malheureusement une stupide sortie des soldats de la ville a donné la chance aux routiers, des mercenaires sans pitié, de prendre une porte, d`ouvrir une brèche dans les défenses, et de commencer à  saccager la ville. C`est à  ce moment qu`on a demandé au Légat Papal, Arnauld Aimery, comment savoir qui était hérétique et qui était bon Catholique. L`histoire dit que sa réponse fut : `` tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Et c`est exactement ce qui c`est passé. L`entière population d`environ vingt mille personnes, hommes, femmes et enfants, Cathares, Catholiques, Juifs et toutes autres croyances furent massacrés. Béziers fut brà»lée et complètement détruite. Même les gens réclamant sanctuaire dans les églises furent brà»lées dedans.

Une massacre similaire à  d`autres au cours des croisades précédents en Terre Sainte, mais ici en Languedoc un choc comme une bombe atomique, et une violation du code de toute chevalerie et de ses coutumes. Beaucoup de Chà¢teaux et seigneurs dans le Comté ont tourné leur alliance pour se sauver, et la grande croisade avance rapidement vers Carcassonne, encore réputée imprenable avec sa double enceinte, de même forme que celle ré-bà¢tie, qu`on voit maintenant.

Ici à  Carcassonne c`était : le manque d`eau, un été chaud, une foule de réfugiés entre les murs, et la capture de l`accès à  la rivière qui a rapidement conduit Raymond Roger Trencavel à  négocier, pour se rendre. Trencavel était emprisonné pendant la négociation en dépit des bonnes coutumes. La ville fut prise sans grand massacre, en permettant à  la population de sortir des murs sans aucune possession, laissant cette fois toute la richesse de la ville aux vainqueurs. Catholiques, Juif, Cathars et autres hérétiques comme les Waldensiennes, les riches et les pauvres, ont pris la fuite sans rien d`autre que leurs chemises.

Les grands seigneurs, enrichis, peuvent retourner dans le Nord. Mais un noble mineur, Simon de Montfort, de souche Normande et Anglais, d`une famille ayant participé à  la conquête d`Angleterre cent ans avant, et lui ayant l`expérience des croisades les plus récents, a vu l`opportunité de créer son propre royaume. Il a continué à  siéger et à  prendre d`autres Chà¢teaux forts dans les domaines de Trencavel,même sans une grande armé. Sa cruauté est devenue légendaire et en 1210 il a commencé, dans la ville de Minerve, un série de bà»chés d`hérétiques en masse qui refusaient de se convertir. A Lavaur c`était quatre cents Parfaits Cathares brà»lés vif tous à  la fois dans le plus grand bà»ché de cette sombre histoire.

De Montfort reprend une nouvelle vague de croisés sous son commandement et fait des conquêtes féroces dans un pays incapable de se réunir et de se défendre. Éventuellement, Pedro, Roi d`Aragon rejoint la cause du Languedoc, qu`il considère en partie comme son royaume, mais il est battu au Bataille de Muret en 1213.

Ce n`est qu`à  partir de 1218, quand Simon de Montfort est tué sous les murs de Toulouse, que cette guerre commence a tourné en faveur du Comte Raymond qui essaie toujours de préserver une Languedoc indépendante. Dans les premières quinze années de croisade, le grand historien Cathare, Napoléon Peyrat, estime un million de morts. C`était une bataille à  la morte entre deux civilisations, l`une Français, Catholique, hiérarchique, et l`autre Occitane, libre penseur, plutà´t Cathare et avec fortes idées de démocratie. C`est tentant de vouloir créer la mythe d`une bataille entre illumination et domination.

Mais le pays était trop affaibli pour récupérer. Les possessions de Montfort sont passé au Roi Philippe Augustus de France, et à  sa mort, sa femme, Blanche de Castille, régente pour le jeune Louis IX, relance la guerre avec une nouvelle stratégie de terre brà»lée dans les pays de la Garonne afin d`écraser toute opposition à  sa domination. Au Traité de Meaux, en 1229, le Comte Raymond a dà» prêter alliance à  la couronne Française et à  l`Église Catholique, la terrible croisade prend fin, et le Languedoc perd son indépendance, tant politiquement, que au niveau de l`esprit.

Mais en même temps une autre force encore plus destructive se lance. Dominic de Guzman, envoyé par le Pape, obtient l`autorisation de faire l`Inquisition, une méthode plus ou moins inventée ici, façonnée pour combattre les Cathares et autres hérétiques. Des Inquisiteurs font enregistrer tout le monde, forcent les confessions d`hérésie et de connaissance des hérétiques, avec des rémunérations pour ceux qui parlent et la confiscation des biens et punitions pour les coupables. Et toujours le bà»ché pour ceux qui tiennent à  leur foi. L`Inquisition était efficace dans la destruction de toute confiance et liens de communauté, et a crée un enfer de peur sur terre. La torture était admise.

L`opposition des Seigneurs Occitans maintenant sans terres - les ‘faidits` - et les Cathares clandestins ont perduré un peut partout, mais le siège de Montségur en 1243 peut être vu comme un dernier et emblématique échec. Montségur, en Ariège, était fortifié pour être un refuge par des familles Cathares, et avant sa chute c`était un village de cinq cents à¢mes perché sur ce rocher forteresse. Il y avait une forte concentration des Parfaits réfugiés.

Parfaits - ces initiés œ“uvrant comme un clergé, hommes et femmes égaux, dédiés au service de la communauté, et avec une vision spirituelle extraordinaire. Et nous voyons ici une bon exemple. Après plus d`un an de siège, comme le Chà¢teau était bien fourni par ses sympathisants du pays, les forces de la France ont enfin forcé sa capitulation en mai 1244. Les Cathares avaient négocié quinze jours de trêve avant de sortir pour faire face à  leur destin. Toute personne prête à  renoncer à  son hérésie et à  plier le genou face à  l`Église de Rome et de Roi de France peuvent partir vivante, les Cathares fermes seront brà»lés vif.

Pendant ces deux semaines, onze soldats qui auraient pu partir et rendre leurs armes, ont, au contraire, choisi de se convertir en Cathare Parfait, ainsi qu`une dizaine des femmes des familles Cathares. Donc les Parfaits destinés au bà»ché a augmenté, et deux cents dix personnes sont descendues de leur propre volonté vers l`énorme bà»ché, en chantant et sans peur. Leur dévouement, leur assurance d`où ils vont au-delà  de la mort, et l‘accueil de la destruction de leur chair, fut reconnu par tous. Cette foi et cette vision, ici et à  plusieurs autres horribles auto-da-fé, est remarquable.

Pour entrer dans cette état de grà¢ce les Cathares avaient un sacrement - le seul, dans le mesure qu`ils n`observent pas ni la Messe ni le baptême. Ce sacrement était le Consolomatum. La plupart des Cathares étaient des ‘croyants` ou sympathisants. Seulement les Parfaits pouvaient donner le Consolomatum. Cette grà¢ce était réservée pour les mourants, ou aussi les initiés qui avaient fait une longue préparation pour devenir Parfait.

Devenir Parfait était une espèce de mort. On meurt à  la vie normale et on se consacre à  une vie en pleine conscience du monde de l`esprit. Après avoir reçu le Consolomatum, notre Parfait ne peut plus manger de produits animaux, doit renoncer à  ses possessions personnelles, faire quatre longs jeunes dans l`année, s`abstenir de sexe et vivre au service de la communauté. Mais plus que ces obéissances externes, ce sacrement était un passage vers l`illumination, une entrée dans un état de grà¢ce, une conversion vers une vie en pleine connaissance de la divinité.

Et donc, le mourant est préparé pour son passage vers cet autre monde, la porte était ouverte pour qu`il voit son chemin; et le Parfait, qui peut continuer sa vie, vit dans les deux mondes - un vrai Fils de Dieu, en complet communion avec le Christ. Donc, perdre le corps dans le bà»ché n`était pas vu comme une souffrance mais comme une délivrance. Ces Parfaits étaient reconnus pour être lumineux, rayonnants.

Un Parfait, homme ou femme, peut être un jeune appelé par l`esprit, mais souvent il est plus à¢gé, une fois que les responsabilités de famille et travail ont été assumées. Comme la tradition Brahmane des Hindous, il consacre le dernier volet de sa vie à  ce dévouement et au service. Plusieurs Chà¢telaines, femmes des nobles, sont devenues Parfaits. Dans la plupart des Chà¢teaux, les Parfaits étaient les bienvenus comme les Troubadours. Les Cathares étaient appelés ‘L`Église d`Amour` et les Troubadours chantaient le même esprit d`amour.

Les Parfaits étaient les prêcheurs et les guérisseurs. Avant cette croisade il y avait plusieurs grands débats publics organisés par les Catholiques afin de discuter de la théologie. Ces longs débats, bien populaires, n`ont guère changé l`opinion publique massivement favorable aux Bons Chrétiens. Dominic, avant de lancer l`Inquisition, a adopté le style de pauvre prêcheur sans grand succès, avant de dire que, si les mots ne suffisent pas, il doit prendre le bà¢ton.

Les Bonnes-femmes étaient connues pour leur connaissance de la médecine par les herbes, et de la guérison par l`imposition des mains. L`imposition des mains était aussi une partie importante du Consolomatum, que les Parfaits réclamaient en ligne direct des première apà´tres. Cette revendication d`être la vraie église du testament de Jésus et que l`église de Rome était un imposteur malin, était renforcée, en effet, par la haine et la violence montrées par les forces catholiques. Un autre indice de leur authenticité comme vrais chrétiens vient des études modernes des manuscrits de Nag Hamadhi.

Des professeurs étudiant le peu de textes Cathares qui ayant survécu à  l`Inquisition, revendiquent que ces textes montrent une connaissance des écritures plus récemment ré-découvertes en notre temps - des Évangiles Philippe, Marie, Thomas et le Gnostic Judas. Nous savons bien que, comme les Quakers, ils avaient une place spéciale pour le premier chapitre de l`Évangile de John, mais il est presque certain qu`ils ont aussi gardé d`autres textes très différents de ceux que celles autorisés par l`église à  l`époque. Ces textes étaient leur plus grand trésor.

Ils n`étaient pas pauvres car ils étaient si bien soutenus par les seigneurs et les paysans de partout, mais ils n`accordant pas d`importance à  l`argent. La légende d`un trésor sorti subrepticement de Montségur à  sa capitulation, concernerait, nous pensons, de précieuses copies des Évangiles bien différentes du choix étroit des éditeurs de la Bible actuelle.

Nous savons aussi qu`ils prêchaient des textes de la Bible en Occitan, en langue d`Oc, comme les Waldensians, l`autre grand mouvement hérétique de ces temps, défiant ainsi la doctrine de l`église Romane qui interdisait toute bible en langue courante. Les Wisigoths et les Bulgares avant eux ont déjà  importé ici des traductions de la Bible. L`étude des textes dans les universités de ce royaume de libre penseurs, et le partage parmi les peuples, était une grande menace au monopole de l`église de Rome.

Nous savons bien que le Christianisme est la création de l`Empereur Constantine et le Concile de Nicea au quatrième siècle, et que cette nouvelle orthodoxie a œ“uvré avec zèle pour la destruction de tout autres textes sauf les peu autorisés. Tout autre enseignement et pratique de spiritualité étaient nommés des hérésies, digne d`être éradiquées. Le sac de la grande bibliothèque d`Alexandre plongeait ce monde hétérodoxe dans une sombre ignorance et contrà´le des pensées.

Aussi, des traductions en Occitanie montrent des idées bien différentes de dogme Catholique. Les Cathars utilisent ‘Notre Père` dans toutes leurs cérémonies connues, mais pour eux quelques phrases ont un sens plus profond. Par exemple `` donne-nous aujourd`hui notre pain de ce jour », semble une demande toute banale, mais dans la traduction Cathar c`était : `` donne-nous notre pain supra-substantiel »

- une nourriture spirituelle et non physique, et une traduction plus proche de l`originale en Arhamaic. Les Cathares étaient des Chrétiens, mais des Chrétiens bien différents de l`église hégémonique et hiérarchique de Rome. Ann Brennon, une des historiennes de nos jours la plus réputée sur les Cathares, les appelle `` Chrétiens sans la croix ». Pour les Cathares, notre salut ne se trouve pas dans la crucifixion de Jésus mais dans son enseignement, et la transformation personnelle dans une plénitude de connaissance. Donc ils étaient proches des chrétiens de l`hérésie Arian, bien ancrée ici en Languedoc, même avant les Catholiques. Et de cette même manière nous pouvons les décrire comme gnostiques.

D`une façon, tout hérétique est gnostique - la sagesse se trouve dedans, pas dehors, la spiritualité n`est pas rationnelle mais fait d`expériences, donc souvent exprimée en mythe et symbole. Je veux dire que nous, les Quakers, sommes dans cette tradition gnostique de l`église primitive après Jésus, et donc aussi de cette tradition encore plus ancienne qui nous lie, comme les Cathares, aux Esséniens, Manicheans, Zoroastrians, et bien plus loin avant.

Simone Weill dit `` le peu que nous connaissons des Cathares nous montre qu`ils étaient dans une façon les héritiers de la pensée de Platon, de l`enseignement et des mystères de cette civilisation avant les Romans qui ont entouré la Méditerranée et le Moyen Orient. » Donc héritiers de cette quête éternelle d`esprit, éveillés ici dans notre vie sur terre, qui ouvre notre à¢me à  l`esprit pur - au Christ. Pour les Gnostiques, le Christ est le dieu incarné en nous - une vision très Quaker - l`à¢me divine, commune à  tous, même si bien cachée derrière nos désirs et égoïsme. Un Gnostique accepte que Krishna est le Christ des Hindous, et Zoroastre le Christ des Perses, etc.

Et de cette manière nous pouvons comprendre les légendes mystiques du Graal. Ce n`est pas un trésor sur terre, mais le façonnage de notre matière terrestre en coupe pour recevoir le plus haut Esprit, planté sur terre et ouvert au ciel. Parmi les mythologies modernes concernant les Cathares et les Templiers il y a beaucoup de théories sur le Graal, mais la vérité ici est gnostique, le Graal se trouve en soi-même, pas dans un objet ou trésor extérieur.

Les Parfaits, les initiés, ces hommes et femmes, voyageaient par deux pour prêcher la parole de Dieu et servir le peuple, comme les premières apà´tres. Ils n`ont jamais bà¢ti d`églises, préfèrent rencontrer les gens dans les maisons ou sur les places du village, et plus tard en secret dans les forêts. Il y avait des maisons Cathares avant la persécution pour les communautés des croyants - spécialement pour les femmes seules ou pour les artisans - le travail de tisserand est assez commun entre eux - mais bien sà»r la plupart des croyants étaient les paysans des campagnes ou les habitants des villes, des travailleurs de la terre, les artisans, les nobles ainsi que les pauvres.

Comme les Quakers, un Cathare croyant, Cathare ordinaire, pratiquait la vérité, il ne peut pas jurer, il cherche la simplicité, il garde un respect aux autres, et œ“uvrait toujours pour la paix. On voit les familles des Bonshommes prenant armes à  leur défense quand la persécution commence, prenant armes pour défendre leurs prêtres pacifistes, si précieusement respectés. Entre eux fleurissaient cet esprit de démocratie, d`égalité, de fraternité qui est typique de cette période d`ouverture et d`illumination, et que d`autres historiens, plus laïcs, voient comme précurseur des valeurs républicaines bien plus tard. Les croyants n`étaient pas obligés d`être végétarien ou retraité de la vie comme les Parfaits. En effet, ils ont bien suivi les valeurs connues en tant qu`Occitans : ‘Pretz` : noblesse d`esprit, ‘Paratge`: égalité, la divinité de tous, ‘Convivienza` : tolerance et gentillesse. Nous ne pouvons pas séparer cette mouvement spirituel de son environnement culturel, ici dans le Midi, dans ces temps de grande ouverture d`esprit. Et nous ne pouvons pas dire que le Catharisme était un mouvement spirituel bien défini, mais plusieurs communautés avec des croyances un peu différent, unies en effet par cette opposition enragée des catholiques.

Quand, sur la route, un croyant rencontre un Parfait, la phrase utilisée était souvent : `` faites de moi un bon chrétien, et portez-moi vers une bonne fin ». Témoignage d`un pouvoir de bénédiction des Parfaits et de leur vision que cette vie nous prépare à  la suite. Que nous devrons nous préparer ici dans la beauté et le chaos de la matière, où il y a du bien et du mal, pour la vie d`esprit, la vie plus réelle.

Il y a une tendance à  considérer les Cathares comme dualistes, croyant que la terre est la création de Satan, demi-dieu en conflit éternel avec le bon Dieu, et que notre incarnation est un désastre spirituel que nous devons quitter au plus vite. Mais ça c`est bien une fabrication de l`Inquisition afin d`exagérer l`ascétisme et l`attitude de nos Cathares, nos ‘purs`.

Il y avait quand même un fort héritage Manichean dans leur croyances et pratiques. Mani était un inspiré du troisième siècle qui a uni les grands fleuves religieux de son temps, Bouddhisme, Christianisme, Mithraïsme et Zoroastrisme, Judaïsme et les Esséniens, dans une nouvelle foi, syncrétique, inclusive. Il reconnaît Jésus, Bouddha, Zoroastre, Abraham, Enoch, Platon, Hermès, et Mani lui même, comme étant tous des incarnations du divin.

Cette religion était au troisième siècle la plus répandue dans le monde, la religion universelle de son ère - souvent oubliée dans nos histoires, puis disparue après les féroces attaques du Zoroastriens en Perse et de l`Église de Rome en Europe.

Les Cathares montrent beaucoup de traits Manichean, mais leur dualisme n`était pas plus absolu, pas plus noir et blanc qu`en effet, celui des Catholiques. Le lien plus certain avec ces Manichéistes était en 1187, quand une délégation des Bogomils de Bulgare - direct survivants du Manichéisme, est venue en Languedoc pour organiser cet mouvement des Bons Chrétiens en formant des épiscopats.

Leur organisation montre qu`il existait déjà  un mouvement bien hétérogène en Occitanie, même s`il ne s`est jamais considéré comme Église, et jamais prononcé comme Manichean. Le fait de prendre une démarche initiatique, devenir ‘pur`, s`abstenir du sexe et de viande, voyager en pair pour prêcher, faire circuler des textes mystiques, sont tous une continuité des pratiques de Manichéisme, mais leur engagement dans leur société, l`esprit d`amour qui les associait avec les Troubadours, leur héritage d`illumination, tous témoignaient d`un dualisme bien mitigé.

Pour eux le but de la vie ce n`était pas de s`échapper du monde mais de découvrir le monde de l`esprit dans cet royaume de bien et de mal, de travailler pour l`éveil des esprits humains pour pouvoir entrer pleinement dans notre vie de ciel par la suite.

Et bien sà»r ils croyaient en la réincarnation, comme les premiers chrétiens. Ils croyaient que nous revenons sur terre en plusieurs incarnations afin d`apprendre à  vivre l`esprit dans la matière et redevenir une à¢me éveillée, unie avec le divin et en co-création avec le divin. Bien sà»r, comme Quaker, je sens des fortes sympathies avec ces Cathares. Hommes et femmes d`un autre siècle, fiers d`une vision spirituelle du divin en chacun, un mouvement de liberté de pensés, d`égalité, de pacifisme, une fraternité dédiée à  vivre leur foi dans le service aux autres, pour leur bonne évolution d`à¢me et de corps.

Il y avait une prophétie après Montségur qui dit que `` Au cap des sept cent ans le laurier reverdira ». Sept cent ans après Montségur, à  la fin de la deuxième guerre mondiale, nous voyons une grande résurgence des études, des découvertes et une ré-évaluation de ces hérétiques qui, pendant plus de cent ans, ont été si remarquable dans le Languedoc, ont eu une si fort influence dans son développement, et qui ont laissé un héritage riche en spiritualité engagé, comme notre thème d`aujourd`hui - un bel exemple de `` foi en pratique ».

Kris Misselbrook

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