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lundi 22 mars 2021

RDC: Arrêté mineur à 12 ans, Kongawi Bini Kombo croupit depuis 10 ans à Makala!

RDC: Arrêté mineur à 12 ans, Kongawi Bini Kombo croupit depuis 11 ans à Makala!

Freddy Mulongo Mukena, Réveil FM International

Freddy Mulongo-mineur 9.jpg, mar. 2021

Etat de droit ? La RDC respecte-t-elle les droits humains ? Le jeune Kongawi Bini Kombo arrêté en 2010 à Dongo dans le Sud-Ubangi alors qu'il n’avait que 12 ans croupit « sans dossier » en prison de Makala à Kinshasa depuis 10 ans/5 mois sans être entendu par un magistrat. A Makala, Kongawi Bini Kombo a été interné à deux reprises au pavillon 7 pour malnutrition: 16 grains de maïs et haricots


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Avec son chapelet en mains en prison de Makala, victime d'un emprisonnement arbitraire et sauvage de 10 ans et 5 mois, de la part d'un Etat tortionnaire qui foule aux pieds, la convention des droits de l'enfant dûment signée, la République démocratique du Congo est-un un Etat démocratique ? Le jeune fervent catholique Kongawi Bini Kombo, nous rappelle Isidore Bakanja (1885-1909), ce Congolais né à Bokendela-Mbilankamba, dans la région de Mbandaka, province de l'Équateur à l'époque, chez les Boangi, fraction de la grande ethnie Môngo, qui vécut brimades et persécutions uniquement à cause de sa foi sous l'esclavage. Fouetté jusqu'au sang, il meurt des suites de ses blessures le 15 août 1909. Isidore Bakanja  est reconnu par l'Eglise catholique romaine comme étant un martyr de la foi. Le pape Jean-Paul II  le béatifie en 1994.

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En plein 21è siècle, au Congo-démocratique, c’est l’histoire révoltant et abracadabrantesque d’un jeune équatorien dénommé Kongawi Bini Kombo Yangamo arrêté sur la route de son école. Mineur d’âge à l’époque, il est soupçonné d’appartenir au mouvement insurrectionnel Enyele. Il va être arrêté et conduit manu militari en 2010 à la prison centrale de Makala à Kinshasa. Reste que depuis lors, aucun acte d’instruction n’a été posé ni aucun dossier ouvert à sa charge devant le Parquet. Joint par notre rédaction, son avocat, Me Guy Kabeya Muana Kalala parle d’un cas flagrant de violation des droits humains. Tant la détention n’est pas justifiée et toutes les démarches faites par lui, sont restées sans réponse. D'après Me Guy Kabeya  Muana Kalala, le parquet de Kinshasa-Gombe et auditorat militaire ont eu à rendre visite au mineur devenu adulte en prison, au lieu de libérer le jeune, ils se sont fourvoyés avec des questions incompréhensibles: Qui t'a mis en prison ? Pourquoi es-tu en prison ? Par humanisme, Me Guy Kabeya Muana Kalala qui est père d'une fille de 22 ans, le même âge que Kongawi Bini Kombo aujourd'hui, privé de l'éducation, du lien familial, privé de sa jeunesse, privé de tout...porte à bout de bras le cas du jeune homme.

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Les autorités congolaises sont tétanisées face à la gravité du cas Kongawi Bini Kombo Yangamo. L'Etat congolais tortionnaire et fautif doit se préparer à payer des indemnités à la hauteur des préjudices que Kongawi Bini Kombo Yangamo a subit pour détention arbitraire :

Kongawi est un jeune garçon de 12 ans, orphelin de mère,  vivant dans la région de Gbadolite.

Peu après la rentrée scolaire, en 2010, il se rend chez sa tante maternelle vivant à Dongo pour lui demander de l'argent afin de payer son minerval.

Il arrive en pleine flambée du conflit inter ethnique entre les Enyele et les Monzaya. Les deux ethnies sont en conflit depuis de nombreuses années au sujet de la délimitation des terres et des étangs poissonneux qui s'y trouvent (encore une des innombrables carences de l'Etat dans sa capacité à résoudre des conflits et à mettre les acteurs ensemble pour trouver des solutions. L'Etat pèche toujours par son absence et ses insuffisances ndlr).

Des militaires sont envoyés dans la contrée pour "pacifier". Un jour le jeune homme en rentrant d'une balade de jeu avec ses amis est arrêté par les militaires et amené avec de nombreux autres jeunes à Gemena. De Gemena, sans savoir ce qui leur arrive, ils sont transportés comme du betail dans un engin qu'il n'avait jamais vu de sa vie. Après un vacarme assourdissant dans l'engin, ils se sont retrouvés en plein ciel dans les nuages.

Lorsqu'ils descendent de l'avion, ils sont à Ndjili. Ils sont ensuite transportés dans une petite voiture qui les conduit à Makala, où ils sont tous rassemblés et assis sur la pelouse de la cour intérieure à l'entrée de la prison de Makala.

Nous sommes le 7 octobre 2010.

Il est ensuite transféré au Pavillon 5. Il changera plusieurs fois de pavillon.

Les conditions de détention sont indescriptibles. Le Vungule, mélange de maïs et de haricots est sa seule nourriture. L'accès à l'eau est difficile. Il est obligé de vendre une partie de son bol quotidien de Vungule pour acheter de l'eau à 50 francs. Certains jours cela lui permet d'acheter de l'eau à boire. Certains autres jours, cela lui permet d'avoir un peu d'eau pour se laver.

Les conditions sont vraiment inhumaines.

Pour échapper aux agressions de toute sorte, il a pris l'habitude de dormir en hauteur accroché aux bureaux des fenêtres d'aération du pavillon. Pour survivre, il s'efforce de ne jamais être en conflit avec personne et de vivre pieusement.

Les conditions sont vraiment difficiles.

Parfois la ration de Vungule compte 15 grains de maïs et de haricots qui tiennent dans le couvercle d'un bidon de 30 litres.

Pas étonnant que, dans ces conditions, son état nutritionnel se soit dégradé au point d'être transféré dans le Pavillon 7 des malnutris qui bénéficient de supplément alimentaire du CICR. Il a fait 2 séjours au Pavillon 7.

Il a fait 2 séjours au Sanatorium, toujours pour des problèmes de santé, dont une énorme hernie pour laquelle il a failli se faire opérer qui s'est miraculeusement réduite alors qu'il était en salle d'opération.  C'est une religieuse qui est intervenu pour dire, "on ne va quand même pas l'opérer,  on ne voit plus rien. Ramener le en salle".

Et les années ont passé sans jamais être appelé. Il parlait de son problème autour de lui, interpellant qui voulait bien l'entendre, sans succès. La terre entière l'avait oublié.

Nombreux de ceux qui parlaient la même langue que lui sont décédés en prison. Certains se sont évadés en 2017 lors de l'effraction de la prison par les membres de la secte de "Mwana Nsemi".

Il est resté seul, se fiant à la Providence et à son être intérieur,  pour savoir avec qui se lier et de qui se méfier.  Il a vu tant de choses sur les uns et les autres, mais préfère se taire, car dit-il, "il vaut mieux laisser chacun mourir avec ses péchés; je ne veux du mal à personne ni  avoir de problème avec personne".

Et les années ont passé jusqu'à ce jour.

Deux demandes de libération ont été introduites par son avocat en septembre et décembre 2020 auprès du Procureur général près la cour d'appel de la Gombe sans succès.

Me Guy Kabeya a saisi le procureur général près la cour d’appel de Kinshasa - Gombe pour obtenir la levée de la détention irrégulière de Kongawi Bini Kombo ( jeté à la prison centrale en 2010 l’âge de 12 ans). Une copie a été adressée au président Félix Tshisekedi.

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