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samedi 20 janvier 2018

Francophonie: Après Alain Mabanckou, vague de démissions à  l'Alliance française !

L'Alliance Française, une institution de la République

Après le refus de l'écrivain Alain Mabanckou de contribuer aux travaux de réflexion autour de la langue française, c'est au tour de la Fondation Alliance française de fragiliser un peu plus le projet de redynamisation de la francophonie voulu par Emmanuel Macron. Plus du tiers de ses administrateurs, dont son président, ont annoncé jeudi 18 janvier leur démission, plongeant dans une crise profonde ce garant d'un réseau de plus de 800 alliances dans le monde consacré à  l'enseignement du français.

Les Alliances françaises dans le monde

Le Conseil d`administration de la Fondation Alliance Française s`est réuni le 17 janvier 2018 et a émis le communiqué suivant : "Constatant que la situation financière de la Fondation ne permet pas d`établir un budget 2018 conservant à  celle-ci les moyens de poursuivre ses activités, le Président, Jérà´me Clément, ainsi que cinq autres administrateurs, personnalités qualifiées, Alain Juppé, ancien Premier ministre, Maire de Bordeaux, Jean-Hervé Lorenzi, Economiste, Michel Lucas, ancien Président du CIC, Jean-Claude Meyer, Vice chairman international de Rothschild and Co et Francis Morel, Président directeur général du Groupe Les Echos le Parisien ont remis leur démission. Trois autres membres suspendent leur démission jusqu`au 30 avril 2018.

Destination francophonie

C'est une annonce qui fait tache d'huile à  un mois du vaste plan pour la promotion de la francophonie promis par Emmanuel Macron. Plus du tiers des administrateurs de la Fondation Alliance Française ont annoncé leur démission. Parmi eux, l'ancien Premier ministre de droite Alain Juppé.

C'est une annonce qui fait tache d'huile à  un mois du vaste plan pour la promotion de la francophonie promis par Emmanuel Macron. Plus du tiers des administrateurs de la Fondation Alliance Française ont annoncé leur démission. Parmi eux, l'ancien Premier ministre de droite Alain Juppé.

Après le refus de l'écrivain Alain Mabanckou de contribuer aux travaux de réflexion autour de la langue française, c'est au tour de la Fondation Alliance française de fragiliser un peu plus le projet de redynamisation de la francophonie voulu par Emmanuel Macron. Plus du tiers de ses administrateurs, dont son président, ont annoncé jeudi 18 janvier leur démission, plongeant dans une crise profonde ce garant d'un réseau de plus de 800 alliances dans le monde consacré à  l'enseignement du français.

``Constatant que la situation financière de la Fondation ne permet pas d'établir un budget 2018 conservant à  celle-ci les moyens de poursuivre ses activités, le président, Jérà´me Clément, ainsi que cinq autres administrateurs, ont remis leur démission», annonce la Fondation dans un communiqué. Parmi les démissionnaires figure notamment l'ancien Premier ministre de droite Alain Juppé.

La Fondation Alliance française, indépendante de l'État et basée à  Paris, est une sorte de ``garde du sceau» de la ``marque» Alliance française, dont dépendent 822 centres dans 133 pays. Ces Alliances, des organismes à  but non-lucratif distincts de la Fondation, organisent plus de 20.000 événements culturels par an et proposent des cours à  plus de 500.000 étudiants dans le monde. ``C'est un réseau crucial pour la diplomatie d'influence» de la France, précise-t-on au ministère des Affaires étrangères.

Des loyers impayés s'élevant à  700 000 euros

La démission en bloc est due au long contentieux qui oppose la Fondation et l'Alliance française de Paris Ile-de-France (AFPIF). Cette dernière, première Alliance créée en 1883, estime avoir été spoliée et refuse de payer le loyer de ses bureaux, qui lui appartenaient avant d'être cédés à  la Fondation lors de sa création en 2007.

De source proche du dossier, on souligne que les loyers impayés depuis 2016 s'élèvent à  700.000 d'euros, sur un budget total de 4 millions d'euros par an. Le président de la Fondation, Jérà´me Clément, avait demandé à  l'État d'accroître sa subvention (1,3 million d'euros par an), mais en vain.

Le ministère des Affaires étrangères a estimé que les difficultés de la Fondation n'étaient pas seulement dues au non-paiement du loyer, mais également à  une ``fragilité structurelle». La Fondation ``n'a quasiment pas levé de fonds depuis dix ans», ce qui était pourtant son objectif. C'est un ``constat d'échec», précise le ministère. Ce dernier refuse de ``prendre parti dans le contentieux» mais, face à  la ``menace de dissolution» de la Fondation, ``s'engage à  continuer à  soutenir les Alliances françaises dans le respect de leur autonomie».

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mercredi 17 janvier 2018

Francophonie: Alain Mabanckou refuse de participer au projet d'Emmanuel Macron !

Alain Mabanckou

Il est l`icà´ne d'une jeunesse africaine assoiffée des libertés. A cause de sa liberté d'expression, sa tête est mise à  prix par l'ogre de Mpila et "Hérode" du Congo-Brazzaville: Denis Sassou N'guesso, qui a droit de vie et de mort sur chaque Congolais. Alain Mabanckou, le Franco-Congolais n'a plus droit de mettre ses pieds dans son pays d'origine, la République du Congo. Lorsqu'il ne donne pas ses cours de littérature francophone en Californie, Alain Mabanckou vit dans son appartement parisien, dans le quartier Chà¢teau-Rouge, dans le 18è arrondissement de Paris.

Le président Emmanuel Macron a proposé à  Alain Mabanckou de collaborer avec Leïla Slimani pour ``contribuer aux travaux de réflexion autour de la langue française et de la francophonie». L'auteur de verre cassé lui répond, acerbe, dans une lettre ouverte. L'écrivain congolais Alain Mabanckou a exposé sans faux-fuyant toutes les lacunes qu`il reproche au concept. L`auteur met notamment en lumière le silence coupable de la “Francophonie `` institutionnelle »” face aux “régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d`expression” sur le continent ; mais également “les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine”.

Monsieur le Président,

Dans votre discours du 28 novembre à  l`université de Ouagadougou, puis dans un courrier officiel que vous m`avez adressé le 13 décembre, vous m`avez proposé de `` contribuer aux travaux de réflexion que vous souhaitez engager autour de la langue française et de la Francophonie.»

Au XIXème siècle, lorsque le mot `` francophonie » avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s`agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale. D`ailleurs, dans son ouvrage `` Là¢chons l`Asie, prenons l`Afrique » (1904), dans le dessein de `` pérenniser » la grandeur de la France il se posait deux questions fondamentales : `` Où renaître ? Comment durer ?»

Qu`est-ce qui a changé de nos jours ? La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies. Repenser la Francophonie ce n`est pas seulement `` protéger » la langue française qui, du reste n`est pas du tout menacée comme on a tendance à  le proclamer dans un élan d`auto-flagellation propre à  la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial.

Les meilleurs spécialistes de la littérature française du Moyen-à‚ge sont américains. Les étudiants d`Amérique du Nord sont plus sensibilisés aux lettres francophones que leurs camarades français.

La plupart des universités américaines créent et financent sans l`aide de la France des départements de littérature française et d`études francophones. Les écrivains qui ne sont pas nés en France et qui écrivent en français sont pour la plupart traduits en anglais : Ahmadou Kourouma, Anna Moï, Boualem Sansal, Tierno Monénembo, Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Mariama Bà¢, etc.

La littérature française ne peut plus se contenter de la définition étriquée qui, à  la longue, a fini par la marginaliser alors même que ses tentacules ne cessent de croître grà¢ce à  l`émergence d`un imaginaire-monde en français.

Tous les deux, nous avions eu à  cet effet un échange à  la Foire du livre de Francfort en octobre dernier, et je vous avais signifié publiquement mon désaccord quant à  votre discours d`ouverture dans lequel vous n`aviez cité aucun auteur d`expression française venu d`ailleurs, vous contentant de porter au pinacle Goethe et Gérard de Nerval et d`affirmer que `` l`Allemagne accueillait la France et la Francophonie », comme si la France n`était pas un pays francophone !

Dois-je rappeler aussi que le grand reproche qu`on adresse à  la Francophonie `` institutionnelle » est qu`elle n`a jamais pointé du doigt en Afrique les régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d`expression, tout cela orchestré par des monarques qui s`expriment et assujettissent leurs populations en français ? Ces despotes s`accrochent au pouvoir en bidouillant les constitutions (rédigées en français) sans pour autant susciter l`indignation de tous les gouvernements qui ont précédé votre arrivée à  la tête de l`Etat. Il est certes louable de faire un discours à  Ouagadougou à  la jeunesse africaine, mais il serait utile, Monsieur le Président, que vous prouviez à  ces jeunes gens que vous êtes d`une autre génération, que vous avez tourné la page et qu`ils ont droit, ici et maintenant, à  ce que la langue française couve de plus beau, de plus noble et inaliénable : la liberté.

Par conséquent, et en raison de ces tares que charrie la Francophonie actuelle - en particulier les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine -, j`ai le regret, tout en vous priant d`agréer l`expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à  ce projet.

Alain Mabanckou

Santa Monica, le 15 janvier 2018

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