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mardi 17 mars 2020

COVID-19: Emmanuel Macron "Nous sommes en guerre" !

COVID-19: Emmanuel Macron "Nous sommes en guerre" !

Freddy Mulongo, Réveil FM International

Freddy Mulongo-Macron Covid19.jpg, mar. 2020

La phrase est martiale et martelée pas moins de six fois. "Nous sommes en guerre" annonce Emmanuel Macron, visage sombre et ton grave. "L'ennemi est là, invisible, insaisissable, il progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale".  6 633 cas de COVID-19 confirmés en France. 148 décès, cinq régions les plus touchées: Ile-de-France 1762; Grand-Est 1543; Auvergne-Rhône-Alpes 618; Hauts-de-France 585; Bourgogne-Franche-C 507. 

ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

SUR LE CORONAVIRUS - COVID19

 

 

Françaises, Français,

Jeudi soir, je me suis adressé à vous pour évoquer la crise sanitaire que traverse notre pays. Jusqu'alors, l'épidémie était peut-être pour certains une idée lointaine, elle est devenue une réalité immédiate, pressante.

Le Gouvernement a pris, comme je vous l’avais annoncé, des dispositions fermes pour freiner la propagation du virus. Les crèches, les écoles, les collèges, les lycées, les universités sont fermées depuis ce jour. Samedi soir, les restaurants, tous les commerces non-essentiels à la vie de la Nation ont également clôt leurs portes. Les rassemblements de plus de 100 personnes ont été interdits. Jamais la France n'avait dû prendre de telles décisions - évidemment exceptionnelles, évidemment temporaires - en temps de Paix. Elles ont été prises avec ordre, préparation, sur la base de recommandations scientifiques avec un seul objectif : nous protéger face à la propagation du virus.

Dans la journée de jeudi, un consensus scientifique et politique s'est formé pour maintenir le premier tour des élections municipales et j'ai pris, avec le Premier ministre, la décision de maintenir le scrutin. Hier dimanche, les opérations de vote ont donc pu se tenir. Je veux ce soir remercier les services de l'Etat, les maires, l’ensemble des services des mairies, tous ceux qui ont tenu les bureaux de vote et qui ont donc permis l’organisation de ce scrutin. Je veux aussi saluer chaleureusement les Françaises et les Français qui, malgré le contexte, se sont rendus aux urnes, dans le strict respect des consignes sanitaires, des gestes barrières contre le virus. Je veux aussi ce soir adresser mes félicitations républicaines aux candidats élus au premier tour. Environ 30 000 communes sur 35 000 ont après ce premier tour un conseil municipal. Mais dans le même temps, alors même que les personnels soignants des services de réanimation alertaient sur la gravité de la situation, nous avons aussi vu du monde se rassembler dans les parcs, des marchés bondés, des restaurants, des bars qui n’ont pas respecté la consigne de fermeture. Comme si, au fond, la vie n’avait pas changé.

A tous ceux qui, adoptant ces comportements, ont bravé les consignes, je veux dire ce soir très clairement : non seulement vous ne vous protégez pas vous - et l’évolution récente a montré que personne n’est invulnérable y compris les plus jeunes - mais vous ne protégez pas les autres. Même si vous ne présentez aucun symptôme, vous pouvez transmettre le virus. Même si vous ne présentez aucun symptôme, vous risquez de contaminer vos amis, vos parents, vos grands-parents, de mettre en danger la santé de ceux qui vous sont chers.

Dans le Grand Est, dans les Hauts-de-France, en Île-de-France, nos soignants se battent pour sauver des vies, avec dévouement, avec force. Au moment où la situation sanitaire se dégrade fortement, où la pression sur nos hôpitaux et nos soignants s’accentue, tout notre engagement, toute notre énergie, toute notre force, doivent se concentrer sur un seul objectif : ralentir la progression du virus.

Je vous le redis avec force ce soir : respectons les gestes barrières, les consignes sanitaires. C'est le seul moyen de protéger les personnes vulnérables, d'avoir moins de concitoyens infectés et ainsi de réduire la pression sur les services de réanimation pour qu'ils puissent mieux accueillir, mieux soigner.

Sans signe grave, contactons notre médecin traitant. N’appelons le Samu et ne nous rendons à l’hôpital qu’en cas de forte fièvre, de difficulté à respirer, sans quoi, ils ne pourront faire face à la vague de cas graves qui déjà se profile dans certaines régions.

Faisons preuve au fond d’esprit solidaire et de sens des responsabilités. Chacun d’entre nous doit à tout prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour. Les scientifiques le disent, c’est la priorité absolue. C'est pourquoi, après avoir consulté, écouté les experts, le terrain et en conscience, j'ai décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire. Dès demain midi et pour 15 jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits.

Cela signifie que les regroupements extérieurs, les réunions familiales ou amicales ne seront plus permises. Se promener, retrouver ses amis dans le parc, dans la rue, ne sera plus possible. Il s'agit de limiter au maximum ces contacts au-delà du foyer. Partout sur le territoire français, en métropole comme Outre-mer, seuls doivent demeurer les trajets nécessaires, nécessaires pour aller faire ses courses avec de la discipline et en mettant les distances d'au moins un mètre, en ne serrant pas la main, en ne s'embrassant pas, les trajets nécessaires pour se soigner, évidemment, les trajets nécessaires pour aller travailler si le travail à distance n'est pas possible et les trajets nécessaires pour faire un peu d'activité physique mais sans retrouver, là encore, des amis ou des proches. Toutes les entreprises doivent s'organiser pour faciliter le travail à distance, et quand cela ne sera pas possible, elles devront adapter dès demain leur organisation pour faire respecter ces gestes barrières contre le virus, c'est à dire protéger leurs salariés, ou, quand il s'agit d'indépendants, se protéger eux-mêmes. Le Gouvernement précisera les modalités de ces nouvelles règles dès ce soir, après mon allocution. Toute infraction à ces règles sera sanctionnée. Je vous le dis avec beaucoup de solennité ce soir, écoutons les soignants, qui nous disent : si vous voulez nous aider, il faut rester chez vous et limiter les contacts. C'est le plus important. Evidemment, ce soir, je pose des règles nouvelles, nous posons des interdits, il y aura des contrôles. Mais la meilleure règle, c'est celle qu'en tant que citoyen, vous vous appliquez à vous-mêmes. Une fois encore, j'en appelle à votre sens des responsabilités et de la solidarité.

Dans ce contexte, après avoir consulté le Président du Sénat, le Président de l'Assemblée nationale mais également mes prédécesseurs, j'ai décidé que le second tour des élections municipales serait reporté. Le Premier ministre en a informé aujourd'hui même les chefs de parti représentés au Parlement. Cette décision a fait l'objet d'un accord unanime.

Mes chers compatriotes, je mesure l'impact de toutes ces décisions sur vos vies. Renoncer à voir ses proches, c'est un déchirement ; stopper ses activités quotidiennes, ses habitudes, c'est très difficile. Cela ne doit pas nous empêcher de garder le lien, d'appeler nos proches, de donner des nouvelles, d'organiser aussi les choses avec nos voisins, d'inventer de nouvelles solidarités entre générations, de rester, comme je vous l'ai dit jeudi dernier, profondément solidaires et d'innover là aussi sur ce point. Je sais que je vous demande de rester chez vous. Je vous demande aussi de garder le calme dans ce contexte. J'ai vu, ces dernières heures, des phénomènes de panique en tout sens. Nous devons tous avoir l'esprit de responsabilité. Il ne faut pas que les fausses informations circulent à tout va. En restant chez vous, occupez-vous des proches qui sont dans votre appartement, dans votre maison. Donnez des nouvelles, prenez des nouvelles. Lisez, retrouvez aussi ce sens de l'essentiel. Je pense que c'est important dans les moments que nous vivons. La culture, l'éducation, le sens des choses est important. Et évitez l'esprit de panique, de croire dans toutes les fausses rumeurs, les demi-experts ou les faux-sachants. La parole est claire, l'information est transparente et nous continuerons de la donner. Mais croyez-moi, cet effort que je vous demande, je sais qu'il est inédit mais les circonstances nous y obligent.

Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes : nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. Mais l'ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale.

Nous sommes en guerre. Toute l'action du Gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l'épidémie. De jour comme de nuit, rien ne doit nous en divertir. C'est pourquoi, j'ai décidé que toutes les réformes en cours seraient suspendues, à commencer par la réforme des retraites. Dès mardi, en Conseil des ministres, sera présenté un projet de loi permettant au gouvernement de répondre à l’urgence et, lorsque nécessaire, de légiférer par ordonnances dans les domaines relevant strictement de la gestion de crise. Ce projet sera soumis au Parlement dès jeudi.

J’ai vu tout à l’heure les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat afin que ces textes soient votés le plus rapidement possible, afin aussi que la vie démocratique et le contrôle du Parlement continue dans cette période. Je les en remercie et je remercie tous nos parlementaires en cet instant. 

Nous sommes en guerre. J’appelle tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale qui a permis à notre pays de surmonter tant de crises par le passé.

Nous sommes en guerre. La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. Nous leur devons des masques, du gel, tout le matériel nécessaire et nous y veillons et veillerons. Nous avons décidé avec les scientifiques de réserver les masques en priorité pour l’hôpital et pour la médecine de ville et de campagne, en particulier les généralistes, les infirmières désormais en première ligne aussi dans la gestion de la crise. Des masques seront livrés dans les pharmacies dès demain soir dans les 25 départements les plus touchés. Mercredi pour le reste du territoire national. J'ai aussi entendu le message des spécialistes, en particulier des chirurgiens-dentistes et beaucoup d'autres. Des solutions seront trouvées avec le Ministre de la Santé dans les prochaines heures.

Nous devons aussi aux soignants la garde de leurs enfants : un service minimum de garde est en place depuis ce jour dans les crèches et dans les écoles. Nous leur devons aussi sérénité dans leurs déplacements et repos. C'est pourquoi j'ai décidé que, dès demain, les taxis et les hôtels pourront être mobilisés à leur profit. L'Etat paiera.

Nous sommes en guerre, oui. Le pays accompagnera dans cette période les régions les plus touchées aujourd'hui comme celles qui le seront demain. A ce titre, je veux assurer les habitants et les personnels soignants du Grand Est que nous serons au rendez-vous pour les appuyer face à l'afflux de patients et à la saturation des hôpitaux. Je sais ce qu'ils vivent depuis des jours et des jours, nous sommes avec eux. J'ai décidé pour cela qu'un hôpital de campagne du service de santé des armées serait déployé dans les jours à venir en Alsace. Les armées apporteront aussi leur concours pour déplacer les malades des régions les plus affectées et ainsi réduire la congestion des hôpitaux de certains territoires.

Nous sommes en guerre. Comme je vous l'ai dit jeudi, pour nous protéger et contenir la dissémination du virus mais aussi préserver nos systèmes de soins, nous avons pris ce matin entre Européens une décision commune. Dès demain midi, les frontières à l'entrée de l'Union européenne et de l'espace Schengen seront fermées. Concrètement, tous les voyages entre les pays non-européens et l'Union européenne seront suspendus pendant 30 jours. Les Françaises et les Français qui sont actuellement à l'étranger et souhaitent rentrer pourront bien entendu rejoindre leur pays.

Nous devons prendre cette décision parce que je vous demande ce soir d'importants efforts et que nous devons, dans la durée, nous protéger. Je veux dire à tous nos compatriotes qui vivent à l'étranger que là aussi, en bon ordre, ils doivent se rapprocher des ambassades et consulats et que nous organiserons, pour celles et ceux qui le souhaitent et là où c'est nécessaire, leur rapatriement. Vous l'aurez compris, vous le pressentiez, cette crise sanitaire sans précédent aura des conséquences humaines, sociales et économiques majeures. C’est aussi ce défi que nous devons mener.

Je vous demande des sacrifices pour ralentir l’épidémie. Jamais ils ne doivent mettre en cause l’aide aux plus fragiles, la pérennité d’une entreprise, les moyens de subsistance des salariés comme des indépendants. Pour les plus précaires, pour les plus démunis, pour les personnes isolées, nous ferons en sorte, avec les grandes associations, avec aussi les collectivités locales et leurs services, qu’ils puissent être nourris, protégés, que les services que nous leur devons soient assurés. 

Pour la vie économique, pour ce qui concerne la France, aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne sera livrée au risque de faillite. Aucune Française, aucun Français, ne sera laissé sans ressources.

S’agissant des entreprises, nous mettons en place un dispositif exceptionnel de report de charges fiscales et sociales, de soutien au report d’échéances bancaires et de garanties de l’Etat à hauteur de 300 milliards d’euros pour tous les prêts bancaires contractés auprès des banques. Pour les plus petites d’entre elles et tant que la situation durera, celles qui font face à des difficultés n’auront rien à débourser, ni pour les impôts, ni pour les cotisations sociales. Les factures d’eau, de gaz ou d’électricité ainsi que les loyers devront être suspendus. 

En outre, afin que personne ne soit laissé sans ressources, pour les salariés, le dispositif de chômage partiel sera massivement élargi, comme je vous l’avais annoncé jeudi dernier et comme le Gouvernement a commencé à le préciser. Pour les entrepreneurs, commerçants, artisans, un fonds de solidarité sera créé, abondé par l'Etat, et auquel le Premier ministre proposera aux régions aussi de contribuer. Le Gouvernement, dès demain, précisera toutes ces mesures. Elles seront en fonction des besoins, des réalités économiques, des nécessités secteur par secteur, évidemment adaptées. Nous serons au rendez-vous pour que notre économie soit préservée dans cette période si dure et pour que l'ensemble des travailleuses et des travailleurs puissent avoir cette sécurité aussi en termes de pouvoir d'achat, de continuité de leur vie. 

Mes chers compatriotes, la France vit un moment très difficile. Nul ne peut en prévoir précisément la durée. À mesure que les jours suivront les jours, que les problèmes succéderont aux problèmes, il faudra, en lien avec les éclairages donnés par les scientifiques, des expériences de terrain, il faudra nous adapter. Nous allons continuer aussi, pendant cette période, de travailler et de progresser sur les traitements.

Je sais le dévouement de plusieurs équipes partout sur notre territoire avec les premiers espoirs qui naissent, et nous continuerons aussi d'avancer sur le vaccin. Régulièrement, je m'adresserai à vous. Je vous dirai à chaque fois, comme je l'ai fait, comme le Gouvernement le fait, la vérité sur l'évolution de la situation.

J'ai une certitude : plus nous agirons ensemble et vite, plus nous surmonterons cette épreuve. Plus nous agirons en citoyens, plus nous ferons preuve de la même force d'âme, de la même abnégation patriote que démontrent aujourd'hui nos personnels soignants, nos sapeurs-pompiers, l'ensemble des acteurs de la sécurité civile, plus vite nous sortirons de cette vie au ralenti. Nous y arriverons, mes chers compatriotes, en étant unis, solidaires. Je vous demande d'être responsables tous ensemble et de ne céder à aucune panique, d'accepter ces contraintes, de les porter, de les expliquer, de vous les appliquer à vous-mêmes, nous nous les appliquerons tous, il n'y aura pas de passe-droit, mais, là aussi, de ne céder ni à la panique, ni au désordre. Nous gagnerons, mais cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner. Agissons avec force mais retenons cela : le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences, toutes les conséquences.

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vendredi 13 mars 2020

France: Allocution du président de la République, Emmanuel Macron sur le Coronavirus-Covid 19 !


Freddy Mulongo-Emmanuel Macron.jpg, mar. 2020


ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

SUR LE CORONAVIRUS - COVID19

 

 

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

 

Depuis quelques semaines, notre pays fait face à la propagation d'un virus, le Covid-19, qui a touché plusieurs milliers de nos compatriotes. J'ai, bien entendu, ce soir, avant toute chose, une pensée émue et chaleureuse pour les familles et les proches de nos victimes. Cette épidémie qui affecte tous les continents et frappe tous les pays européens est la plus grave crise sanitaire qu'ait connu la France depuis un siècle. Dans l'immense majorité des cas, le Covid-19 est sans danger, mais le virus peut avoir des conséquences très graves, en particulier pour celles et ceux de nos compatriotes qui sont âgés ou affectés par des maladies chroniques comme le diabète, l'obésité ou le cancer.

 

Durant plusieurs semaines, nous avons préparé, agi. Les personnels des hôpitaux, médecins, infirmiers, ambulanciers, les agents des Samu et de nos hôpitaux, les médecins de ville, l'ensemble des personnels du service public de la santé en France sont engagés avec dévouement et efficacité. Si nous avons pu retarder la propagation du virus et limiter les cas sévères, c'est grâce à eux parce que tous ont répondu présents. Tous ont accepté de prendre du temps sur leur vie personnelle, familiale, pour notre santé. C'est pourquoi, en votre nom, je tiens avant toute chose à exprimer ce soir la reconnaissance de la Nation à ces héros en blouse blanche, ces milliers de femmes et d'hommes admirables qui n'ont d'autre boussole que le soin, d'autre préoccupation que l'humain, notre bien-être, notre vie, tout simplement.

 

Je veux aussi, ce soir, saluer le sang-froid dont vous avez fait preuve. Face à la propagation du virus, vous avez pu ressentir pour vous-mêmes, pour vos proches, de l'inquiétude voire de l'angoisse, et c'est bien légitime. Tous, vous avez su faire face en ne cédant ni à la colère, ni à la panique. Mieux, en adoptant les bons gestes, vous avez ralenti la diffusion du virus et ainsi permis à nos hôpitaux et nos soignants de mieux se préparer. C'est cela, une grande Nation. Des femmes et des hommes capables de placer l'intérêt collectif au-dessus de tout, une communauté humaine qui tient par des valeurs : la solidarité, la fraternité.

 

Cependant, mes chers compatriotes, je veux vous le dire ce soir avec beaucoup de gravité, de lucidité mais aussi la volonté collective que nous adoptions la bonne organisation, nous ne sommes qu'au début de cette épidémie. Partout en Europe, elle s'accélère, elle s'intensifie. Face à cela, la priorité absolue pour notre Nation sera notre santé. Je ne transigerai sur rien.

 

Un principe nous guide pour définir nos actions, il nous guide depuis le début pour anticiper cette crise puis pour la gérer depuis plusieurs semaines et il doit continuer de le faire : c'est la confiance dans la science. C'est d'écouter celles et ceux qui savent. Les plus grands spécialistes européens se sont exprimés ce matin dans une publication importante. J'ai réuni aujourd'hui, avec le Premier ministre et le ministre de la Santé, notre comité scientifique de suivi. Nous avons en France les meilleurs virologues, les meilleurs épidémiologistes, des spécialistes de grand renom, des cliniciens aussi, des gens qui sont sur le terrain et que nous avons écouté, comme nous le faisons depuis le premier jour. Tous nous ont dit que malgré nos efforts pour le freiner, le virus continue de se propager et est en train de s'accélérer. Nous le savions, nous le redoutions.

 

Ce qui risque de se passer, c'est que la maladie touchera d'abord les personnes les plus vulnérables. Beaucoup d'entre eux auront besoin de soins adaptés à l'hôpital, souvent d'assistance respiratoire. C'est pourquoi, et j'y reviendrai dans un instant, nous prenons des mesures très fortes pour augmenter massivement nos capacités d'accueil à l'hôpital car l'enjeu est de continuer à aussi soigner les autres maladies. C'est aussi de se préparer à une possible deuxième vague qui touchera un peu plus tard, en nombre beaucoup plus réduit, des personnes plus jeunes, a priori moins exposées à la maladie, mais qu'il faudra soigner également.

 

Dans ce contexte, l'urgence est de protéger nos compatriotes les plus vulnérables. L'urgence est de freiner l'épidémie afin de protéger nos hôpitaux, nos services d'urgence et de réanimation, nos soignants qui vont avoir à traiter, comme je viens de vous l'expliquer, de plus en plus de patients atteints. Ce sont là nos priorités. C'est pour cela qu'il nous faut continuer de gagner du temps et suivre celles et ceux qui sont les plus fragiles. Protéger les plus vulnérables d'abord. C'est la priorité absolue.

 

C'est pourquoi je demande ce soir à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap, de rester autant que possible à leur domicile. Elles pourront, bien sûr, sortir de chez elles pour faire leurs courses, pour s'aérer, mais elles doivent limiter leurs contacts au maximum. Dans ce contexte, j'ai interrogé les scientifiques sur nos élections municipales, dont le premier tour se tiendra dans quelques jours. Ils considèrent que rien ne s'oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes. J'ai aussi demandé au Premier ministre, il l'a fait encore ce matin, de consulter largement toutes les familles politiques, et elles ont exprimé la même volonté. Mais il conviendra de veiller au respect strict des gestes barrières contre le virus et des recommandations sanitaires. Je fais confiance aux maires et au civisme de chacun d'entre vous. Je sais aussi que les mairies et les services de l'Etat ont bien organisé les choses. Des consignes renforcées seront données dès demain afin que nos aînés n'attendent pas longtemps, que des files ne se constituent pas, que les distances soient aussi tenues et que ces fameuses mesures barrières soient bien respectées. Mais il est important, dans ce moment, en suivant l'avis des scientifiques comme nous venons de le faire, d'assurer la continuité de notre vie démocratique et de nos institutions. Voilà, la priorité des priorités aujourd'hui est donc de protéger les plus faibles, celles et ceux que cette épidémie touche d'abord.

 

La deuxième, c'est de freiner l'épidémie. Pourquoi ? Le ministre de la Santé et le directeur général de la Santé vous l'ont expliqué à plusieurs reprises : pour éviter l'accumulation de patients qui seront en détresse respiratoire dans nos services d'urgence et de réanimation. Il faut continuer de gagner du temps, et pour cela, je vais vous demander de continuer à faire des sacrifices et plutôt d'en faire davantage, mais pour notre intérêt collectif.

 

Dès lundi et jusqu'à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés pour une raison simple : nos enfants et nos plus jeunes, selon les scientifiques toujours, sont celles et ceux qui propagent, semble-t-il, le plus rapidement le virus, même si, pour les enfants, ils n'ont parfois pas de symptômes et, heureusement, ne semblent pas aujourd'hui souffrir de formes aiguës de la maladie. C'est à la fois pour les protéger et pour réduire la dissémination du virus à travers notre territoire.

 

Un service de garde sera mis en place région par région, nous trouverons les bonnes organisations pour qu'en effet, les personnels qui sont indispensables à la gestion de la crise sanitaire puissent faire garder leurs enfants et continuer d'aller au travail pour vous protéger et vous soigner. Cette organisation sera travaillée par le Gouvernement dans les prochains jours avec l'ensemble des élus et tous les responsables sur notre territoire.

 

Quand cela est possible, je demande aux entreprises de permettre à leurs employés de travailler à distance. Les ministres l'ont déjà annoncé, nous avons beaucoup développé le télétravail. Il faut continuer cela, l'intensifier au maximum. Les transports publics seront maintenus, car les arrêter, ce serait tout bloquer, y compris la possibilité de soigner. Mais là aussi, c'est à votre responsabilité que j'en appelle, et j'invite tous les Français à limiter leurs déplacements au strict nécessaire. Le Gouvernement annoncera par ailleurs des mesures pour limiter au maximum les rassemblements.

 

Dans le même temps, notre système de santé, notamment dans les services de réanimation, doit se préparer à accueillir de plus en plus de cas graves de Covid-19 et continuer à soigner les autres malades. Des places doivent se libérer dans les hôpitaux. Pour cela, toutes les capacités hospitalières nationales ainsi que le maximum de médecins et de soignants seront mobilisés. Nous allons aussi mobiliser les étudiants, les jeunes retraités. Des mesures exceptionnelles seront prises en ce sens. Beaucoup, d'ailleurs, ont commencé. Je veux les remercier. J'ai vu il y a quelques jours, au Samu de Paris, une mobilisation magnifique, émouvante, exemplaire, où des étudiants, à quelques mois de leur concours, étaient là pour répondre aux appels, aider, et où des médecins à peine retraités étaient revenus pour prêter main forte. C'est cela que nous allons collectivement généraliser en prenant les bonnes mesures. En parallèle, les soins non essentiels à l'hôpital seront reportés, c'est à dire les opérations qui ne sont pas urgentes, tout ce qui peut nous aider à gagner du temps. La santé n'a pas de prix. Le Gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu'il en coûte. Beaucoup des décisions que nous sommes en train de prendre, beaucoup des changements auxquels nous sommes en train de procéder, nous les garderons parce que nous apprenons aussi de cette crise, parce que nos soignants sont formidables d'innovation et de mobilisation, et ce que nous sommes en train de faire, nous en tirerons toutes les leçons et sortirons avec un système de santé encore plus fort.

 

La mobilisation générale est également celle de nos chercheurs. De nombreux programmes français et européens, essais cliniques, sont en cours pour produire en quantité des diagnostics rapides, performants et efficaces. Nous allons améliorer les choses en la matière, et au niveau français comme européen, les travaux sont lancés. Nos professeurs, avec l'appui des acteurs privés, travaillent d'ores et déjà sur plusieurs pistes de traitement à Paris, Marseille et Lyon, entre autres. Les protocoles ont commencé. J'espère que dans les prochaines semaines et les prochains mois, nous aurons des premiers traitements que nous pourrons généraliser. L'Europe a tous les atouts pour offrir au monde l'antidote au Covid-19. Des équipes sont également à pied d'œuvre pour inventer un vaccin. Il ne pourra pas voir le jour avant plusieurs mois, mais il est porteur de grands espoirs. La mobilisation de notre recherche française, européenne, est aussi au rendez-vous et je continuerai de l'intensifier.

 

Cette épreuve exige aussi une mobilisation sociale envers les plus démunis, les plus fragiles. La trêve hivernale sera reportée de deux mois, et je demande au Gouvernement des mesures exceptionnelles, dans ce contexte, pour les plus fragiles. Enfin, l'épreuve que nous traversons exige une mobilisation générale sur le plan économique. Déjà, des restaurateurs, des commerçants, des artisans, des hôteliers, des professionnels du tourisme, de la culture, de l'événementiel, du transport souffrent, je le sais. Les entrepreneurs s'inquiètent pour leurs carnets de commandes, et tous, vous vous interrogez pour votre emploi, pour votre pouvoir d'achat. Je le sais, c'est légitime. Avec les décisions que je viens d'annoncer ce soir, cette inquiétude économique va évidemment s'accroître.

 

Nous n'ajouterons pas aux difficultés sanitaires la peur de la faillite pour les entrepreneurs, l'angoisse du chômage et des fins de mois difficiles pour les salariés. Aussi, tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu'il en coûte, là aussi. Dès les jours à venir, un mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel sera mis en œuvre. Des premières annonces ont été faites par les ministres. Nous irons beaucoup plus loin. L'Etat prendra en charge l'indemnisation des salariés contraints à rester chez eux. Je veux, en la matière, que nous nous inspirions de ce que les Allemands ont su par exemple mettre en œuvre avec un système plus généreux, plus simple que le nôtre. Je veux que nous puissions préserver les emplois et les compétences, c'est à dire faire en sorte que les salariés puissent rester dans l'entreprise, même s'ils sont obligés de rester à la maison, et que nous les payions. Je veux que nous puissions protéger aussi nos indépendants. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour donner cette garantie sur le plan économique.

 

Toutes les entreprises qui le souhaitent pourront reporter sans justification, sans formalité, sans pénalité le paiement des cotisations et impôts dus en mars. Nous travaillerons ensuite sur les mesures nécessaires d'annulation ou de rééchelonnement, mais je nous connais collectivement, on prend toujours trop de temps à faire cela. Je veux, pour nos forces économiques, des mesures simples. Les échéances qui sont dues dans les prochains jours et les prochaines semaines seront suspendues pour toutes celles et ceux qui en ont besoin. Nous défendrons nos entreprises de toutes tailles. Nous défendrons l'ensemble des travailleurs et des travailleuses. En parallèle, j'ai demandé au Gouvernement de préparer d'ores et déjà un plan de relance national et européen cohérent avec nos priorités et nos engagements pour l'avenir.

 

Nous devons aussi porter une réponse européenne. La Banque centrale a déjà, aujourd'hui, fait part de ses premières décisions. Seront-elles suffisantes ? Je ne le crois pas. Il lui appartiendra d'en prendre de nouvelles. Mais je vais être là aussi très clair avec vous ce soir : nous, Européens, ne laisserons pas une crise financière et économique se propager. Nous réagirons fort et nous réagirons vite. L'ensemble des gouvernements européens doit prendre les décisions de soutien de l'activité puis de relance quoi qu'il en coûte. La France le fera, et c'est cette ligne que je porterai au niveau européen en votre nom. C'est déjà ce que j'ai fait lors du conseil exceptionnel qui s'est tenu hier. Je ne sais ce que les marchés financiers donneront dans les prochains jours, et je serai tout aussi clair. L'Europe réagira de manière organisée, massive pour protéger son économie. Je souhaite aussi que nous puissions nous organiser sur le plan international, et j'en appelle à la responsabilité des puissances du G7 et du G20. Dès demain, j'échangerai avec le président TRUMP pour lui proposer une initiative exceptionnelle entre les membres du G7, puisque c'est lui qui a la présidence. Ce n'est pas la division qui permettra de répondre à ce qui est aujourd'hui une crise mondiale, mais bien notre capacité à voir juste et tôt ensemble et à agir ensemble.

 

Mes chers compatriotes, toutes ces mesures sont nécessaires pour notre sécurité à tous et je vous demande de faire bloc autour d'elles. On ne vient pas, en effet, à bout d'une crise d'une telle ampleur sans faire bloc. On ne vient pas à bout d'une crise d'une telle ampleur sans une grande discipline individuelle et collective, sans une unité. J'entends aujourd'hui, dans notre pays, des voix qui vont en tous sens. Certains nous disent : "vous n'allez pas assez loin" et voudraient tout fermer et s'inquiètent de tout, de manière parfois disproportionnée, et d'autres considèrent que ce risque n'est pas pour eux. J'ai essayé de vous donner, ce soir, ce qui doit être la ligne de notre Nation tout entière. Nous devons aujourd'hui éviter deux écueils, mes chers compatriotes.

 

D'une part, le repli nationaliste. Ce virus n'a pas de passeport. Il nous faut unir nos forces, coordonner nos réponses, coopérer. La France est à pied d'œuvre. La coordination européenne est essentielle, et j'y veillerai. Nous aurons sans doute des mesures à prendre, mais il faut les prendre pour réduire les échanges entre les zones qui sont touchées et celles qui ne le sont pas. Ce ne sont pas forcément les frontières nationales. Il ne faut céder là à aucune facilité, aucune panique. Nous aurons sans doute des mesures de contrôle, des fermetures de frontières à prendre, mais il faudra les prendre quand elles seront pertinentes et il faudra les prendre en Européens, à l'échelle européenne, car c'est à cette échelle-là que nous avons construit nos libertés et nos protections.

 

L'autre écueil, ce serait le repli individualiste. Jamais de telles épreuves ne se surmontent en solitaire. C'est au contraire en solidaires, en disant nous plutôt qu'en pensant je, que nous relèverons cet immense défi. C'est pourquoi je veux vous dire ce soir que je compte sur vous pour les jours, les semaines, les mois à venir. Je compte sur vous parce que le Gouvernement ne peut pas tout seul, et parce que nous sommes une nation. Chacun a son rôle à jouer. Je compte sur vous pour respecter les consignes qui sont et seront données par les autorités, et en particulier ces fameux gestes barrières contre le virus. Elles sont, aujourd'hui encore, trop peu appliquées. Cela veut dire se laver les mains suffisamment longtemps avec du savon ou avec des gels hydroalcooliques. Cela veut dire saluer sans embrasser ou serrer la main pour ne pas se transmettre le virus. Cela veut dire se tenir à distance d'un mètre. Ces gestes peuvent vous paraître anodins. Ils sauvent des vies, des vies. C'est pourquoi, mes chers compatriotes, je vous appelle solennellement à les adopter.

 

Chacun d'entre nous détient une part de la protection des autres, à commencer par ses proches. Je compte sur vous aussi pour prendre soin des plus vulnérables de nos compatriotes, ne pas rendre visite à nos aînés. C'est, j'en ai bien conscience, un crève-cœur. C'est pourtant nécessaire temporairement. Écrivez, téléphonez, prenez des nouvelles, protégez en limitant les visites. Je compte sur vous, oui, pour aussi aider le voisin qui, lorsqu'il est personnel soignant, a besoin d'une solution de garde pour ses enfants pour aller travailler et s'occuper des autres. Je compte sur les entreprises pour aider tous les salariés qui peuvent travailler chez eux à le faire. Je compte sur nous tous pour inventer dans cette période de nouvelles solidarités. Je demande à ce titre au Gouvernement de travailler avec les partenaires sociaux, avec les associations dans cette direction. Cette crise doit être l'occasion d'une mobilisation nationale de solidarité entre générations. Nous en avons les ressorts. Il y a déjà des actions qui existent sur le terrain. Nous pouvons faire encore plus fort tous ensemble.

 

Je compte évidemment aussi sur tous nos soignants. Je sais tout ce qu'ils ont déjà fait, je sais ce qu'il leur reste à faire. Le Gouvernement et moi-même serons là, nous prendrons toutes nos responsabilités pour vous. Je pense à tous nos soignants à l'hôpital, qui auront les cas les plus graves à traiter mais aussi beaucoup d'urgences. Je pense aux médecins, aux infirmiers, aux infirmières, à tous les soignants qui sont aussi hors de l'hôpital qui se sont formidablement mobilisés et que nous allons de plus en plus solliciter dans les semaines à venir.

Je sais pouvoir compter sur vous. Le ministre de la Santé aura l'occasion aussi de préciser, dans les prochaines heures, les règles pour que nous vous aidions à bien vous protéger contre le virus. C'est le respect que nous avons envers vous, et c'est évidemment ce que la Nation vous doit. Les règles seront claires pour chacun, elles seront là aussi proportionnées et expliquées.

 

Je compte sur vous toutes et tous pour faire Nation au fond. Pour réveiller ce qu'il y a de meilleur en nous, pour révéler cette âme généreuse qui, par le passé, a permis à la France d'affronter les plus dures épreuves.

 

Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai.

 

Mais le temps, aujourd'hui, est à la protection de nos concitoyens et à la cohésion de la Nation. Le temps est à cette union sacrée qui consiste à suivre tous ensemble un même chemin, à ne céder à aucune panique, aucune peur, aucune facilité, mais à retrouver cette force d'âme qui est la nôtre et qui a permis à notre peuple de surmonter tant de crises à travers l'histoire.

 

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mardi 31 décembre 2019

France: Voeux 2020 de Macron aux Françaises et Français !

Emmanuel Macron, président de la République !

Le président Emmanuel Macron a présenté ses vœ“ux 2020 aux Françaises et français:

Françaises, Français,

Mes chers compatriotes de l`hexagone et d`Outre-mer,

Pour la troisième fois depuis le début de mon mandat, j`ai l`honneur de m`adresser à  vous le 31 décembre.

En ce moment de fêtes de fin d`année où, pour la plupart, vous êtes réunis en famille ou avec vos proches, je veux d`abord avoir une pensée chaleureuse pour celles et ceux qui sont malades ou qui sont seuls.

Je tiens à  saluer nos compatriotes qui, ce soir encore, sont à  la tà¢che. Nos militaires, nos gendarmes, nos policiers, nos sapeurs-pompiers, nos personnels soignants, fonctionnaires comme salariés du secteur privé ou associatif, veillent sur nous, ce soir encore, afin que nous puissions vivre ces quelques heures dans la tranquillité.

Nous en avons tous besoin. Car durant l`année qui vient de s`écouler, nous avons vécu des moments d`épreuve - la mort de nos soldats dans la lutte contre le terrorisme, l`assassinat de nos policiers à  la Préfecture de Police de Paris, les violences qui ont bousculé la vie de notre pays, les catastrophes naturelles ayant touché la France en hexagone comme Outre-mer ; des moments d`émotion aussi - la disparition du Président Chirac ou l`incendie qui a embrasé Notre-Dame.

Avec le Grand Débat National, face aux colères exprimées par le mouvement des gilets jaunes, nous avons su instaurer un dialogue respectueux et républicain, sans précédent dans une démocratie, et prendre des décisions marquantes.

En même temps, nous avons commencé à  percevoir, dans le concret de nos vies, les premiers résultats de l`effort de transformation engagé depuis deux ans et demi.

Plus de 500 000 emplois ont été créés depuis mai 2017 et bénéficient souvent à  des personnes éloignées du monde du travail depuis longtemps ; des créations d`entreprises toujours plus nombreuses ; des investissements internationaux dans notre économie supérieurs à  ceux qu`enregistrent nos voisins ; des usines qui rouvrent et permettent à  des territoires en difficulté de renouer avec l`espoir : la France n`avait pas connu un tel élan depuis des années.

Tout cela, nous l`avons fait ensemble. Car ces bons chiffres qui font chaque jour la France plus forte sont d`abord les và´tres, le fruit de votre travail, des risques pris par nos entrepreneurs, nos artisans, nos commerçants, nos agriculteurs, du génie créatif de nos inventeurs et de nos artistes, de l`engagement des ouvriers, des salariés, des ingénieurs.

Ces chiffres constituent aussi un encouragement à  poursuivre le mouvement engagé.

Je vous le disais, ce sont les troisièmes vœ“ux que je vous adresse. D`habitude, c`est le moment du mandat où on renonce à  agir avec vigueur, pour ne surtout plus mécontenter personne à  l`approche des futures échéances électorales - municipales, sénatoriales, départementales, régionales puis présidentielles.

Nous n`avons pas le droit de céder à  cette fatalité. C`est l`inverse qui doit se produire.

Je prends ce soir devant vous l`engagement de consacrer toute mon énergie à  transformer notre pays pour le rendre plus fort, plus juste, plus humain.

J`ai conscience que les changements bousculent souvent. Mais les inquiétudes ne sauraient pousser à  l`inaction. Car il y a trop à  faire.

Je mesure aussi combien les décisions prises peuvent parfois heurter, susciter des craintes et des oppositions. Faut-il pour autant renoncer à  changer notre pays et notre quotidien ? Non. Car ce serait abandonner ceux que le système a déjà  abandonné, ce serait trahir nos enfants, leurs enfants après eux, qui alors auraient à  payer le prix de nos renoncements.

C`est pour cela, que la réforme des retraites à  laquelle je me suis engagé devant vous et qui est portée par le Gouvernement sera menée à  son terme.

Parce qu`il s`agit d`un projet de justice et de progrès social.

Un projet de justice et de progrès social parce qu`il assure l`universalité : il s`agit de faire en sorte qu`un euro de cotisation versé ouvre les mêmes droits pour tous dès la première heure de travail. C`est loin d`être le cas aujourd`hui. Un projet de justice et de progrès social parce qu`il se traduit par plus d`équité : nous prendrons en compte les tà¢ches difficiles pour permettre à  ceux qui les exercent de partir plus tà´t sans que pour autant cela soit lié à  un statut ou une entreprise. Nous voulons que chacun puisse bénéficier d`une pension digne, notamment les oubliés du système actuel, les femmes dont les retraites sont presque deux fois inférieures à  celles des hommes, ceux qui ont des carrières hachées, les commerçants, les artisans, les agriculteurs qui nous nourrissent mais après une vie de travail ne touchent que quelques centaines d`euros par mois de pension, ou bien enfin, les millions de Français qui aujourd`hui sont contraints de travailler au-delà  de 64 ans pour avoir toute leur retraite.

Un projet de justice et de progrès social enfin, parce qu`il repose sur un principe de responsabilité : il s`agit de garantir l`équilibre du système par répartition qui est le nà´tre depuis le Conseil National de la Résistance, et donc sa solidité à  travers le temps. C`est la base de la solidarité entre générations. à‡a veut dire s`assurer que ceux qui travaillent soient en mesure de payer à  nos aînés leur juste retraite, dans un monde - et c`est une chance - où l`on étudie de plus en plus tard et où l`on vit de plus en plus longtemps.

Alors, ne vous y trompez pas, j`entends sur ce sujet si important, qui tient au cœ“ur-même de l`identité française, les peurs, les angoisses qui se font jour. J`entends aussi beaucoup de mensonges et de manipulations.

L`apaisement toujours, doit primer sur l`affrontement. Apaiser ne veut pas dire renoncer mais nous respecter dans nos désaccords. Ma seule boussole est et sera l`intérêt de notre pays, notre capacité à  assurer la meilleure retraite possible à  nos aînés, la défense de ceux qui n`ont pas toujours la faculté de s`exprimer c`est-à -dire nos enfants.

C`est pourquoi, pour vous, avec les organisations syndicales et patronales qui le veulent, j`attends du Gouvernement d`Edouard Philippe qu`il trouve la voie d`un compromis rapide dans le respect des principes que je viens de rappeler.

Mes chers compatriotes, dans quelques heures, une nouvelle décennie s`ouvrira.

Je vois les attentes, les impatiences et je suis moi aussi comme vous impatient de voir la situation s`améliorer plus vite pour nous tous et en particulier pour les plus fragiles d`entre nous. Nous changeons les choses mais il faut rattraper parfois beaucoup de retard. Cela ne se fait pas en un jour.

Alors à  l`aube de cette nouvelle décennie, je veux vous assurer que je ne céderai rien au pessimisme, ou à  l`immobilisme. Je suis le garant de ce qui fait notre pays, la France : nos institutions, nos forces vives, notre sécurité sociale, notre culture, notre laïcité, l`égalité entre les femmes et les hommes, notre solidarité. Je tiens comme vous à  ce qui nous lie, ce qui nous unit, à  ce que nous sommes. Nous n`avons pas à  nous adapter au cours des choses - ce n`est pas la France ! mais à  rester fidèle à  ce que nous sommes en bà¢tissant une société nouvelle qui répond selon nos choix aux bouleversements en cours.

Plus que jamais il sera essentiel de mettre le travail et le mérite au cœ“ur de notre action. Beaucoup a été fait par le Gouvernement pour que plus de Français travaillent et pour que le travail paye mieux. Nous devons poursuivre sur cette voie. La baisse de l`impà´t sur le revenu, la suppression complète de la taxe d`habitation pour une large majorité d`entre vous seront des réalités de 2020.

Je veux que nous continuions à  favoriser l`initiative, à  simplifier, à  permettre davantage d`innovations, à  permettre de travailler mieux, de partager la richesse créée dans toutes les entreprises, à  aider nos agriculteurs et nos pêcheurs à  vivre dignement de leur travail comme à  tous les entrepreneurs et salariés. C`est la condition pour une Nation forte et indépendante.

Si nous voulons lutter efficacement contre les injustices, contre le fait que dans notre République trop d`enfants voient leur destin décidé le jour de leur naissance, nous devons continuer d`investir davantage dans l`Education et la Santé. Éduquer, instruire, former, soigner, accompagner sont des missions essentielles. Nous continuerons de faire de l`école, de l`apprentissage et de la formation tout au long de la vie, le socle de notre société. Nous entamerons la revalorisation et la transformation des carrières des enseignants, des professeurs, des soignants. Nous mènerons une politique ambitieuse pour l`hà´pital auquel je tiens tant et pour une médecine plus humaine centrée sur le patient.

Nous aurons aussi cette année à  prendre des décisions essentielles pour nos concitoyens en situation de handicap comme pour nos aînés en situation de dépendance.

2020 sera aussi l`année où un nouveau modèle écologique doit se déployer. Nombre de décisions ont été prises en la matière : fermer les centrales à  charbon, arrêter les nouveaux forages, et je ne citerai pas tout ici. J`attends beaucoup des propositions que préparent 150 de nos compatriotes qui se sont engagés dans la Convention Citoyenne et travaillent depuis plusieurs semaines d`arrache-pied. Il nous reviendra au printemps prochain d`affirmer des choix nouveaux et forts, une stratégie sur plusieurs années pour réduire nos émissions de gaz à  effet de serre et lutter contre le réchauffement climatique mais aussi pour œ“uvrer en faveur de la biodiversité. Cette stratégie nationale doit être écologique et économique : c`est-à -dire que nous devons préserver la planète en créant des emplois nouveaux. Elle doit être écologique et sociale : nous devons changer nos habitudes en aidant les plus modestes à  se déplacer, se loger en dépensant moins et en émettant moins. Elle doit être écologique et culturelle : cela doit être une politique nouvelle d`aménagement de nos paysages, de redécouverte du beau, de réinvention d`une qualité de vie à  la française. Vous n`avez pas attendu le Gouvernement pour vous engager en la matière, vous êtes à  l`avant-garde de tous ces combats : au quotidien à  travers vos choix en matière d``alimentation, par les gestes simples et essentiels que vous pratiquez, comme la jeunesse nous a montré l`exemple, par une mobilisation inédite. Nous devons amplifier ce mouvement et accélérer à  toutes les échelles : locale, nationale, européenne, internationale.

Enfin, 2020 doit ouvrir la décennie de l`unité retrouvée de la Nation.

Je vois trop de divisions au nom des origines, des religions, des intérêts. Je lutterai avec détermination contre les forces qui minent l`unité nationale et dans les prochaines semaines je prendrai de nouvelles décisions sur ce sujet.

L`Etat et les services publics ont un rà´le essentiel pour renforcer cette unité française. Je sais, en la matière, aussi pouvoir compter sur tous les élus. Je veux ce soir avoir une pensée chaleureuse pour les Maires de France. Dans quelques semaines, nombre d`entre eux s`arrêteront après un ou plusieurs mandats, d`autres solliciteront votre confiance. Qu`ils soient ce soir à  nouveaux, tous remerciés, ils sont les piliers de la République du quotidien, des territoires. Nous en avons tant besoin.

Et je sais aussi pouvoir compter sur vous, mes chers compatriotes, oui, pour assurer l`unité de la Nation, rappelons-nous toujours que nous avons à  l`égard de la France plus de devoirs que de droits. Notre engagement, notre sens du devoir, notre sens du respect à  l`égard des autres citoyens sont des valeurs indispensables à  notre unité, notre concorde. Ces valeurs sont au cœ“ur du service national universel qui se déploiera durant l`année qui vient et auquel j`attache la plus grande importance.

Je me souviens de ces jours de printemps qui ont vu la flèche de Notre-Dame brà»ler avant de s`effondrer. A la vague d`émotion, a immédiatement succédé une vague d`enthousiasme pour reconstruire rapidement ce joyau national pour les mille ans à  venir. Parce que chacun a vu en Notre-Dame l`empreinte de l`esprit français, quelque chose qui nous dépasse.

Nous sommes un peuple de bà¢tisseurs, conscient de sa vocation universelle. Un peuple de temps long qui, parce qu`il sait d`où il vient, sait se projeter. Un peuple qui toujours sait se hisser à  la hauteur des circonstances.

Ce sens de l`Histoire, cette unité maintes fois éprouvée, seront nos plus solides atouts pour affronter les temps qui viennent.

Quand l`Histoire s`accélère, l`esprit français ne cède rien à  la fatalité.

Nous l`avons démontré en préservant l`accord de Paris sur le climat, en pesant sur la résolution des crises qui, en Ukraine, en Iran, en Libye, en Syrie, ont un impact direct sur notre sécurité, en nous engageant avec détermination contre le terrorisme au Sahel.

Nous aurons à  le démontrer à  nouveau dans les semaines et les mois à  venir.

En particulier, pour que se construise une Europe souveraine sur le plan de la défense, de la sécurité, du climat, du numérique, une Europe qui, fière de son modèle démocratique alliant liberté et solidarité, sera tout à  la fois notre bouclier et notre porte-voix. A cet égard, la sortie du Royaume-Uni de l`Union européenne est une épreuve. J`œ“uvrerai pour maintenir entre nos deux pays une relation solide.

Mes chers compatriotes, si nous le choisissons et si nous nous rassemblons, la décennie qui s`ouvre peut-être la nà´tre, notre Nation peut devenir celle qui invente les moyens de vivre forts et heureux en ces temps de grands bouleversements.

Il nous faudra savoir faire des choix clairs, investir dans l`avenir, dans notre jeunesse, dans notre recherche, dans de nouveaux modèles et nous projeter à  l`horizon de cette décennie.

Oui, je crois en nous, en notre capacité à  bà¢tir la France en commun.

Ensemble faisons de la décennie qui s`ouvre une décennie française et européenne !

Chacun d`entre vous a son rà´le à  jouer, chacun d`entre vous est essentiel pour y parvenir.

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lundi 9 juillet 2018

Congrès de Versailles: Le discours du Président Macron!

Emmanuel Macron à  Versailles

Pour la deuxième fois de son quinquennat, Emmanuel Macron a réalisé ce lundi un discours de 90 minutes devant les députés et les sénateurs réunis en Congrès à  Versailles pour rappeler le cap de son quinquennat: voici son discours.

Monsieur le Président du Congrès,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Je n`ai rien oublié et vous non plus du choix que la France a fait il y a une année : d`un cà´té, toutes les tentations de la fermeture et du repli, de l`autre, la promesse républicaine ; d`un cà´té, tous les mirages du retour en arrière, de l`autre, les yeux ouverts, le réalisme et l`espérance assumée. Et je n`ai rien oublié des peurs, des colères accumulées pendant des années, qui ont conduit notre pays à  ce choix. Elles ne disparaissent pas en un jour, elles n`ont pas disparu en une année.

Je n`ai pas oublié la peur du déclassement pour soi-même et pour ses enfants, la rage devant l`impuissance publique, le pays qui se sent coupé en deux, non pas seulement entre partis opposés, mais plus grave encore, entre sa base et son prétendu sommet. A la base, les femmes et les hommes au travail ou qui cherchent du travail sans en trouver, tous ceux qui ont du mal à  boucler les fins de mois. Et au sommet, ceux qui sont au pouvoir, leurs discours de soi-disant puissants qui ne changent jamais rien et auxquels en plus on ne comprend plus rien, l`impression du citoyen d`être ignoré, méprisé, surtout de ne pas voir, de ne plus voir, où nous devons et pouvons aller ensemble.

La colère enfin, née de la fin des ambitions collectives et de la fin des ambitions familiales et personnelles. Je n`ai rien oublié de ces colères, de ces peurs, rien. Peur aussi de l`autre, des grands changements, du fracas du monde : les tensions avec l`Iran, la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis, les divisions de l`Europe. Je n`ai pas oublié, je n`oublie pas et je n`oublierai pas. C`est pourquoi je suis devant vous, dans ce rendez-vous que j`ai voulu annuel, humble mais résolu, porteur d`une mission dont je n`oublie à  aucun moment qu`elle engage le destin de chaque Française, de chaque Français et donc le destin national.

J`ai dit humble mais résolu, et je veux vous faire une confidence : il y a une chose que tout président de la République sait, il sait qu`il ne peut pas tout, il sait qu`il ne réussira pas tout. Et je vous le confirme, je sais que je ne peux pas tout, je sais que je ne réussis pas tout. Mais mon devoir est de ne jamais m`y résoudre et de mener inlassablement ce combat. Tout président de la République connaît le doute, bien sà»r, et je ne fais pas exception à  la règle mais j`ai le devoir de ne pas laisser le doute détourner ma pensée et ma volonté. C`est une fonction qui, si l`on est réaliste, porte à  l`humilité à´ combien, mais à  l`humilité pour soi, pas à  l`humilité pour la France. Pour la France et pour sa mission, le président de la République a le devoir de viser haut et je n`ai pas l`intention de manquer à  ce devoir.

De ce destin national, nous sommes, vous comme parlementaires, le Gouvernement sous l`autorité du Premier ministre, moi comme président, conjointement chargés. Vous êtes la représentation nationale. C`est une grande tà¢che que de représenter le peuple souverain, pas seulement un peuple de producteurs et de consommateurs animés d`attentes économiques et sociales, non, un peuple de citoyens, des femmes et des hommes qui veulent, les yeux ouverts, façonner leur destin collectif. Durant cette année, le Parlement a beaucoup travaillé. La mission que les Français nous ont assignée il y a un an, vous ne l`avez jamais perdue de vue : renforcer notre économie, définir un modèle social juste et équitable, conforme aux aspirations de notre siècle, restaurer l`autorité de l`Etat et lui donner réactivité et efficacité, relancer l`Europe.

Et vous avez jour après jour œ“uvré en ce sens. Vous avez œ“uvré dans l`urgence pour tourner la page des politiques et des blocages qui handicapaient lourdement notre pays. Votre action a permis que l`investissement reparte, que le scandale du tirage au sort à  l`université prenne fin, que l`école retrouve sa place et la transmission sa dignité, que la lutte contre le terrorisme soit inscrite dans notre droit sans avoir plus recours à  l`état d`urgence, que le travail paie davantage, que la France se dote d`un budget sincère, efficace et ambitieux et repasse sous les 3 % de déficit. Vous avez rendu à  la France ses capacités militaires à  travers une loi de programmation d`une ambition nouvelle et inédite. Vous avez levé les blocages du marché du travail créés par un Code devenu obsolète et inadapté. Vous avez sauvé d`une faillite certaine notre service public du transport, la SNCF, par une réforme sans précédent.

Par là , vous avez démontré qu`il n`existe pas de fatalité de l`enlisement et de l`échec lorsque prévaut une volonté politique sans faille guidée par l`intérêt général. Vous avez engagé des chantiers d`une ampleur jamais vue, notamment le chantier de la formation professionnelle, de l`apprentissage, du logement. Qui peut, sur tous ces sujets, oublier la situation dans laquelle était le pays il y a un an ? Qui peut oublier que sur chacun de ces sujets, il était dit que ces réformes étaient impossibles il y a un an ? Et le chantier institutionnel, bien sà»r. Ce dernier, à  certains, peut tarder et nous assumons ce retard car il n`est dà» qu`au choix délibéré de donner la priorité au quotidien des Français. Le Premier ministre en présentera demain le contenu devant l`Assemblée nationale. Je sais d`ores et déjà  tout le travail qui a été fait en cette enceinte.

Au cœ“ur de cette réforme institutionnelle, se trouve la volonté d`une liberté plus grande. Liberté des collectivités territoriales appelées à  mieux exploiter leurs atouts, leurs spécificités, en permettant une véritable différenciation. Liberté des citoyens grà¢ce à  une Justice indépendante. Liberté du Parlement que je veux plus représentatif des Français, renouvelé, doté de droits supplémentaires, animé par des débats plus efficaces.

Je crois au bicamérisme qui garantit une démocratie mieux équilibrée et je salue ici le travail accompli cette année par le Sénat pour permettre que les transformations engagées soient adoptées rapidement.

C`est donc une réforme de confiance, de renforcement de la représentation nationale. Le Parlement ainsi rénové aura le pouvoir de mener, avec le Gouvernement, des échanges plus constructifs car l`esprit de dialogue et d`écoute nous est essentiel. Et c`est d`ailleurs cet esprit qui a présidé à  tous vos débats et à  tous vos travaux dans l`année qui vient de s`achever. Je remercie ici très vivement le Premier ministre, Edouard PHILIPPE, et son Gouvernement d`avoir inlassablement consulté, discuté, échangé pour mener les transformations nécessaires au pays.

J`entends bien sà»r que l`engagement que j`avais pris devant les Français peut contrarier certains. L`idée de venir chaque année rendre compte devant la représentation nationale du mandat que les Français m`ont donné. Ce reproche est étrange qui consiste tout à  la fois à  respecter ses engagements et les termes de la Constitution. La révision de 2008 a permis ce Congrès sous la forme aujourd`hui décidée et j`entends qu`on fait les pires reproches, souvent par facilité, à  cette procédure.

C`est pourquoi j`ai demandé au Gouvernement de déposer dès cette semaine un amendement au projet de loi constitutionnelle qui permettra que, lors du prochain Congrès, je puisse rester non seulement pour vous écouter, mais pour pouvoir vous répondre.

L`année écoulée, oui, aura été celle des engagements tenus. Ce que nous avons dit, nous l`avons fait, dans le dialogue en acceptant les désaccords, mais souvent aussi dans l`unité nationale. Qui l`aurait parié là  aussi il y a un an ? Cette volonté d`action était au cœ“ur de notre promesse, les Français en voient les premiers fruits à  l`école, sur leur feuille de paie, sur le marché du travail, mais ce sont seulement les premiers fruits. Je suis parfaitement conscient du décalage entre l`ampleur des réformes engagées et le résultat ressenti. Il faut du temps et parfois un long temps pour que la transformation initiée s`imprime dans la réalité du pays et je suis conscient, pleinement conscient qu`il me revient, chaque fois que nécessaire, de rappeler le cap, de le rendre plus clair pour tous afin que se rejoignent et travaillent ensemble autant que possible et dans la clarté toutes les forces disponibles du pays.

C`est un effort jamais achevé, nécessaire, en particulier pour le président de la République, que de reprendre sans cesse, de reformuler sans cesse, tant le tohu-bohu de l`actualité toujours en mouvement, toujours en ébullition, fait courir le risque d`en troubler et d`en perdre le sens car notre action est un bloc ! Elle est une cohérence !

Il n`y a pas d`un cà´té une action intérieure et de l`autre une action extérieure, c`est la même action s`adressant aux Français ou s`adressant au monde, c`est le même message : nous protéger et porter nos valeurs. Il n`y a pas d`un cà´té une action économique et de l`autre une action sociale, c`est le même trait, la même finalité : être plus forts pour pouvoir être plus justes.

C`est au fond l`affirmation et la proposition du projet français pour le XXIe siècle. Après tant de doutes, tant d`incertitudes, il s`agit que s`exprime le projet de la France. Le projet de la France pour les Français, femmes et hommes dans leur vie comme elle est, souvent difficile, dans le monde comme il est, que nous voulons changer chaque fois qu`il le faut. Le projet de la France pour notre Europe en danger et pour le monde dans lequel l`Histoire a donné à  notre pays des responsabilités éminentes et désormais uniques puisque le Royaume-Uni qui siège avec nous au Conseil de sécurité des Nations unies a décidé de quitter l`Union européenne. Ce projet nous impose d`être forts.

C`est pourquoi nous savons qu`il nous faut redresser notre économie, libérer et soutenir nos forces de création.

Il nous faut la meilleure école, la meilleure université, la meilleure recherche.

C`est pourquoi il nous faut la meilleure armée, les meilleurs systèmes de défense possibles. Dans un monde dangereux, la sécurité et les valeurs de civilisation doivent pouvoir se défendre lorsqu`elles sont menacées.

Ce projet nous impose d`être solidaires. Un peuple qui se défait, qui se disloque se condamne lui-même à  échouer. Ce projet nous impose d`être justes, justes au sein des nations, n`ayant pour nous ni pour notre Union européenne aucun projet de domination, mais un projet d`équilibre où seront promus nos valeurs et le respect des droits, des droits humains et du droit des nations. Cette voix française du progrès, c`est celle que nous voulons apporter. Face aux peurs du déclassement économique, à  la peur culturelle, civilisationnelle, nous devons répondre par un projet fort, économique, social, national et européen.

Mettons les choses dans l`ordre, ce projet ne peut être porté que si nous sommes forts et dotés d`une économie solide. C`est la réponse que nous devons apporter à  la peur du déclassement économique et social. Or, la clé d`une économie forte, c`est l`investissement. C`est pourquoi dès les premières semaines, nous avons revu la taxation des produits de l`épargne et réformé l`impà´t sur la fortune, non pas, comme je l`entends parfois, pour favoriser les riches, mais pour favoriser les entreprises.

Une politique pour les entreprises, ce n`est pas une politique pour les riches, c`est une politique pour toute la nation, une politique pour l`emploi, une politique pour les services publics, une politique pour ceux qui restent en marge, faute de travail et faute de revenus. Et comment, d`un cà´té, dénoncer les faiblesses de notre modèle économique, le capital qui quitterait les frontières nationales, et de l`autre, créer les conditions de l`impossibilité d`investir en France ?

L`investissement est celui de la nation, celui de l`Etat avec un grand plan d`investissement de 50 milliards d`euros, mais doit aussi être celui de chaque citoyen. C`est pourquoi l`épargne des Français doit se mobiliser au service de l`économie. C`est ce cadre que vous avez construit lors des dernières lois budgétaires. Les Français doivent reconquérir leurs parts dans le capital des sociétés françaises. L`utilisation de leur épargne, mais aussi leur association plus étroite au capital des entreprises dont ils sont salariés sont la clé d`un capitalisme populaire retrouvé.

Cela passe ainsi par l`implication directe des salariés dans la réussite de l`entreprise à  travers un nouvel élan de la participation et de l`intéressement préparé par le Gouvernement et qui vous sera soumis pour entrer en vigueur en 2019. Je n`aime ni les castes ni les rentes ni les privilèges et je crois qu`il existe des réussites qui ne se traduisent pas par l`enrichissement pécuniaire, mais la création de richesse, la prospérité d`une nation sont le socle de tout projet de justice et d`équité.

Si l`on veut partager le gà¢teau, la première condition est qu`il y ait un gà¢teau. Et ce sont les entreprises, rassemblant actionnaires, dirigeants et travailleurs, ce sont les producteurs qui font ce gà¢teau et personne d`autre. Il est mensonger de défendre les salariés si on ne défend pas les entreprises.

Il est impossible de distribuer quand on ne produit pas assez. L`argent qui s`investit, qui circule, qui crée de l`emploi n`est pas celui qu`on thésaurise jalousement. C`est pourquoi ceux qui risquent, qui osent, qui entreprennent doivent nous trouver à  leurs cà´tés. La taxe à  75 % n`a pas créé d`emplois ni amélioré la condition de qui que ce soit en France sauf peut-être parmi les gestionnaires de fortune au Luxembourg, en Suisse ou aux Caïmans.

Libérer l`investissement en France par une fiscalité adaptée, compétitive, c`est ainsi faire revenir dans notre pays les investisseurs étrangers qui l`avaient quitté. L`Etat doit assumer ce choix.

L`Etat doit être pour les citoyens et les entreprises un interlocuteur de confiance qui garantit un ordre mais doit faciliter l`initiative. C`est pourquoi nous avons défini des règles nouvelles qui, en cas d`erreur, offrent des chances de rattrapage et simplifient le quotidien. Pour accompagner ces transformations économiques, libérer l`investissement, réduire la pression fiscale qui pèse sur notre économie, l`Etat doit lui aussi faire des choix car, soyons clairs, il ne saurait y avoir de baisse de la fiscalité ou de développement de l`investissement public sans un ralentissement de la hausse continue de nos dépenses et il ne saurait y avoir une meilleure maîtrise de celles-ci sans des choix forts et courageux.

C`est dans cet esprit que le Premier ministre présentera dans quelques semaines les nouvelles décisions permettant de tenir les engagements de baisse de nos dépenses publiques prises devant les Français. Cela s`accompagnera en particulier d`une réorganisation de l`Etat à  travers plus de présence sur les territoires, plus de souplesse de gestion. D`ici la fin de l`année, le Premier ministre présentera l`ensemble de ses décisions pour la transformation indispensable de l`action publique.

Il s`agit là  aussi sur ce point de nous confronter collectivement à  nos propres contradictions : tout le monde souhaite la baisse des impà´ts ; parfois, d`aucuns les proposaient plus que celles qu`applique à  l`heure actuelle le Gouvernement, mais nul ne veut jamais les assumer lorsqu`elles sont décidées. Mais surtout il faut enrayer un mode d`action publique qui a toujours procédé aux économies en réduisant sa présence sur les territoires. Ce que le Premier ministre présentera et qui sera mis en œ“uvre à  partir de 2019 par son Gouvernement, c`est précisément de repenser sur tous les territoires la présence de l`Etat et de ses services, de réouvrir de l`emprise et de contrarier ce faisant plusieurs décennies que toutes majorités ont mises en œ“uvre pour la réduction des déficits publics.

En cette première année, beaucoup d`instruments ont été mis en place pour soutenir l`investissement et l`innovation à  travers toute l`économie. Je pense, bien sà»r, aux réformes fiscales que je viens d`évoquer, aux réformes du marché du travail qui encouragent la prise de risque en permettant de s`adapter quand un marché disparaît ou se transforme. Nous devons à  présent libérer les freins de la croissance des entreprises. La loi Pacte doit faciliter la création d`entreprises, encourager l`entrepreneuriat et autoriser l`échec pour mieux réussir. Elle doit aussi permettre de faire grandir les entreprises en rendant notre réglementation moins contraignante et nos financements plus abondants. Il importe de poursuivre ce travail de simplification, d`ouverture de notre économe, favorisant l`initiative économique et la création d`emploi.

La France doit aussi renouer avec une politique de filières ambitieuse et choisir des secteurs clés où elle concentrera les efforts publics et privés et ainsi créer les conditions qui feront de notre pays la terre privilégiée de l`économie de demain. C`est ce cap que nous avons commencé à  fixer pour le numérique et l`intelligence artificielle, l`agriculture et l`agroalimentaire et l`industrie. Contre ceux qui pensaient qu`il fallait choisir entre emploi et innovation, nous avons décidé de ne pas manquer les prochaines révolutions technologiques. C`est pour cela que j`ai présenté en février une stratégie nationale, européenne pour le déploiement de l`intelligence artificielle. Cette stratégie s`articule autour de la croissance, des créations d`emplois, de l`identification de nouveaux métiers, mais aussi autour des principes éthiques auxquels nous sommes attachés et que ces développements pourraient fragiliser.

Contre ceux qui pensaient que certaines filières sont condamnées au déclin, nous avons réarmé notre industrie. Grà¢ce aux réformes de cette première année, pour la première fois depuis longtemps en France, des grands groupes étrangers ont décidé de développer dans notre pays des capacités de production, notamment dans l`énergie et l`aéronautique. Il nous faut poursuivre ce travail microéconomique de terrain et poursuivre aussi le travail afin que ce développement industriel puisse se déployer dans un cadre européen loyal. C`est pourquoi la France, avec nombre de ses partenaires, soutiendra la proposition de la Commission européenne d`apporter une taxe sur le chiffre d`affaires sur les géants du numérique qui, aujourd`hui, ne paient pas d`impà´ts dans nos pays.

Contre ceux qui condamnaient l`agriculture française à  la fuite en avant mortifère d`une concurrence dévorante avec les grands pays de production intensive, nous avons engagé un vaste mouvement vers les savoir-faire français, l`excellence, les productions dans leur grande variété, en particulier les plus respectueuses de l`environnement. Vous allez ainsi rebà¢tir une souveraineté alimentaire de qualité pour la santé et le bien-être de nos concitoyens, mais aussi pour permettre à  nos paysans de vivre dignement de leur travail.

Cette politique de filières, que nous allons structurer et amplifier dans l`année qui vient, doit permettre de retisser les réseaux économiques, les solidarités entre entreprises, qui dessinent la géographie de notre pays et que nous avons trop longtemps abandonnés au hasard et au fatalisme. Je crois à  ce volontarisme qui n`est pas un dirigisme mais qui consiste à  rappeler aussi à  nos entreprises qu`elles viennent de quelque part, qu`elles sont parties de quelque part et que nos territoires sont aussi leur avenir.

Contre ceux enfin qui pensaient qu`il fallait choisir entre croissance et transition environnementale et climatique, nous avons décidé d`équiper nos entreprises, notre économie pour ce grand défi du siècle. C`est pour cela que vous avez voté la loi mettant fin à  la recherche et à  l`exploitation d`hydrocarbures en France, qui a fait de notre pays un exemple pour le monde. C`est pour cela que nous avons pris acte des préoccupations en matière de santé de nos concitoyens pour adapter notre modèle productif et le rendre exemplaire en Europe et en France. Je pense, en particulier à  l`arrêt progressif de l`utilisation du glyphosate.

C`est pour cette même raison que dans les semaines qui viennent, le Gouvernement aura à  présenter une stratégie ambitieuse pour réduire la pollution de l`air, adapter nos mobilités comme la production d`énergie à  nos exigences contemporaines. Ce sont là  non seulement des engagements, mais également des opportunités économiques, des filières qui se développeront, des industries qui se structurent - je pense en particulier à  celle de l`économie circulaire ou de l`hydrogène - et donc des choix que notre économie et notre société doivent dès à  présent prendre et que nous devons accompagner.

Je l`affirme devant vous, représentants de la nation, la force de notre économie, quand nous l`aurons pleinement retrouvée, c`est le socle même de notre projet de société, du projet de justice qui est au cœ“ur du projet que je veux porter au nom de la France.

Ce n`est pas un projet pour la réussite matérielle de quelques-uns auquel je crois, c`est un projet pour l`amélioration de la vie de tous car ce n`est pas le petit nombre qui m`importe, mais la communauté de nos concitoyens, de la base au sommet de l`échelle sociale.

Toutes les sociétés qui ont propagé l`idée que la prospérité devait nécessairement se traduire par des inégalités croissantes le paieront, je le crois, au prix fort. Certaines ont déjà  commencé à  le payer lorsque les classes populaires et les classes moyennes se sont réveillées pour rappeler à  leurs dirigeants que le compte n`y était pas.

Mais ne nous y trompons pas, nous aussi, nous avons des inégalités croissantes. Il y a une voie française vers l`inégalité. Elle progresse depuis plus de 30 ans. Il ne s`agit pas, comme chez nombre de nos voisins, d`une inégalité de revenus, même si elle existe. Non, ce qui s`est installé avant tout en France, ce sont les inégalités de destin : selon l`endroit où vous êtes né, la famille dans laquelle vous avez grandi, l`école que vous avez fréquentée, votre sort est le plus souvent scellé. Et ces inégalités de destin durant les 30 dernières années ont progressé dans notre pays, qu`on veuille le voir ou non.

Et pour moi, c`est cela qui m`obsède, le modèle français de notre siècle. Le réel modèle social de notre pays doit choisir de s`attaquer aux racines profondes des inégalités de destin, celles qui sont décidées avant même notre naissance, qui favorisent insidieusement les uns et défavorisent inexorablement les autres sans que cela se voie, sans que cela s`avoue. Le modèle français que je veux défendre exige que ce ne soient plus la naissance, la chance ou les réseaux qui commandent la situation sociale, mais les talents, l`effort, le mérite.

Oui, à  mes yeux, le cœ“ur même d`une politique sociale, celle que nous devons porter n`est pas d`aider les gens à  vivre mieux la condition dans laquelle ils sont nés et destinés à  rester, mais d`en sortir.

Le pilier premier de la politique sociale à  laquelle je crois est une politique de l`émancipation de chacun qui libère du déterminisme social, qui s`affranchit des statuts.

C`est pourquoi depuis un an, nous avons tant fait pour l`éducation. C`est le combat de notre siècle parce qu`il est au cœ“ur de nos transformations économiques, de la société postindustrielle dans laquelle nous vivons. Elle est faite de changements, de ruptures, de mutations qui nous obligent à  mieux former au début de la vie, mais aussi tout au long de la vie. Depuis la naissance de la République, depuis CONDORCET, l`école est la condition même d`une vie de citoyen libre et autonome. Mais alors que nous avions besoin d`elle peut-être plus que jamais, nous avons ces dernières décennies brisé la dignité de la transmission, abîmé le prestige des professeurs, discrédité l`utilité du diplà´me, aggravant en cela la pire des inégalités, celle dont nul n`est responsable, l`inégalité de naissance, l`inégalité de condition sociale.

C`est des décisions radicales en la matière ont été prises : l`école maternelle obligatoire à  3 ans fait partie de ces mesures dont nous devons être fiers.

Car les enfants déscolarisés à  cet à¢ge ne rattrapent plus leur retard de socialisation et d`apprentissage. Or, ce sont les enfants des milieux modestes qui étaient le moins scolarisés ou qui ne l`étaient pas. Cela entrera en vigueur dès la rentrée 2019. Le dédoublement des classes de CP et CE1 en zone d`éducation prioritaire dites REP et REP+ est une mesure de justice sociale plus efficace que tous les dispositifs de redistribution, parce qu`on y distribue de manière différenciée le savoir fondamental, celui de lire, d`écrire, de compter, de se comporter.

La réforme de l`orientation assure des choix plus judicieux et des trajectoires plus adéquates au talent de chacune et chacun. Cependant que la réforme du baccalauréat sur trois ans recentre les compétences sur l`essentiel, si souvent perdu de vue dans les brumes d`ambition pédagogique peu substantielle, la mise en place de Parcoursup donne aux jeunes gens la faculté de décider plus lucidement de leur formation initiale.

En faisant, à  travers ces décisions fortes, une transformation radicale de notre système éducatif, vous avez permis de former des femmes et des hommes plus sà»rs de leurs compétences, mieux éduqués et ainsi de former des citoyens plus assurés de leur place dans la société et dans la nation française. C`est ainsi que nous renouerons avec cet idéal français des Lumières qui place cette citoyenneté émancipée au-dessus des conditions sociales, des origines, comme du genre.

L`émancipation passe aussi par le mérite et par le travail. Il y a un an, les entreprises n`avaient pas les moyens d`embaucher ; désormais, elles les ont mais elles peinent à  recruter. Il serait absurde que nous passions d`une situation où un chà´meur pouvait occuper un emploi mais où l`entreprise ne pouvait lui offrir à  une situation où une entreprise le pourrait mais il ne pourrait plus l`occuper. Toutes nos politiques d`insertion dans l`emploi doivent être revues à  cette lumière. C`est pourquoi vous serez appelés à  voter bientà´t définitivement une réforme profonde de la formation professionnelle et de l`apprentissage et il appartiendra aux partenaires sociaux et aux entreprises de se saisir des outils nouveaux que nous leur confions. L`apprentissage et l`alternance seront cet accélérateur de mobilité sociale dont nous avons besoin.

Nous mettons ainsi au cœ“ur du système le jeune et son maître d`apprentissage et nous reconstruisons tout autour d`eux avec un seul objectif, en finir avec les ravages du chà´mage de la jeunesse. Nous baissons le coà»t de l`apprenti pour l`employeur, rendons ces filières plus attractives pour les jeunes, simplifions les règles pour les rendre plus adaptées à  la réalité du travail. D`autres pays ont emprunté cette voie et ont réussi. Aussi je demanderai à  tous un effort collectif : aux entreprises pour prendre des apprentis, aux enseignants pour en faire la promotion, aux familles pour soutenir leurs enfants dans cette voie professionnelle épanouissante. Tous, nous devons faire de cette réforme un formidable défi collectif de la nation dans les années qui viennent. Dès cette année, les filières professionnelles et technologiques sont d`ailleurs nettement plus prisées par nos jeunes bacheliers. C`est aussi pour cela que nous avons lancé à  destination notamment des chà´meurs de longue durée et des jeunes décrocheurs un plan d`investissement dans les compétences d`une ampleur inédite : 15 milliards d`euros sur cinq ans pour former 1 million de jeunes et 1 million de demandeurs d`emploi de longue durée.

L`émancipation par le travail suppose en effet cet investissement dans les compétences. Encore faut-il savoir de quel emploi nous parlons. Là  aussi, les inégalités sont profondes. A cà´té de ceux qui bénéficient de contrats stables, une part croissante de nos concitoyens, souvent moins qualifiés, plus fragiles, est de plus en plus condamnée à  enchaîner des emplois toujours plus précaires, de toujours plus courte durée. Comment peut-on se loger, élever une famille quand on enchaîne perpétuellement des contrats de quelques jours ? Les règles de l`Assurance Chà´mage ont pu involontairement encourager le développement de ce qu`on appelle la permittence et de la précarité.

Or, je crois qu`il y a là  aussi une voie française, celle qui permet de conjuguer en même temps le progrès économique et le progrès social. C`est pourquoi je souhaite que les partenaires sociaux révisent les règles de l`Assurance Chà´mage afin que, dans cette période de reprise économique, nous puissions non seulement nous assurer qu`elles récompensent bien davantage la reprise d`activité, mais aussi qu`elles incitent à  la création d`emplois de qualité.

Le projet de loi avenir professionnel sera modifié en ce sens dans les prochains jours et ces règles seront négociées dans les prochains mois par les partenaires sociaux afin qu`une telle réforme puisse entrer en vigueur au printemps 2019.

Ce sont ces transformations et, plus largement, l`agenda des réformes attendues que je souhaite pouvoir partager avec les partenaires sociaux que je recevrai le 17 juillet prochain.

Le Premier ministre structurera ces discussions dès la rentrée mais je veux, dans cette deuxième année qui s`ouvre, redonner corps à  une République contractuelle à  laquelle je crois, celle qui permettra de jeter les bases d`un nouveau contrat social, celui du siècle qui s`ouvre, par une discussion avec l`ensemble des partenaires sociaux, mais aussi des élus. C`est à  son élaboration comme aux détails de sa mise en œ“uvre que je veux les inviter dès le 17 juillet prochain pour discuter des transformations de l`Assurance Chà´mage, comme je viens de le dire, mais également de la santé au travail et de tous les sujets indispensables à  ces transformations, de le faire dans l`esprit constructif avec lequel nous avons su mener ces derniers mois le dialogue sur l`égalité femmes-hommes entre le Gouvernement et l`ensemble des partenaires sociaux.

Nous voulons renouer avec une croissance durable, mais aussi promouvoir une croissance partagée. C`est pourquoi je recevrai les 100 premières entreprises françaises durant ce mois afin de solliciter leur engagement dans les défis qui nous attendent. J`attends d`elles qu`elles s`engagent en termes d`apprentissage, d`emploi dans les quartiers difficiles ou les zones économiques en souffrance car il n`y aura pas de dynamisme économique sans mobilisation sociale de toutes les parties prenantes.

Je ne leur demanderai pas de les engager par la loi mais par un engagement actif, immédiat des engagements de création d`emplois, d`embauche d`apprentis, visibles, par des engagements sur nos territoires. Et je souhaite ainsi dans les prochains mois poursuivre cette nouvelle phase, celle d`une mobilisation pour nos territoires avec l`ensemble des élus concernés, les principales entreprises et les investisseurs. Car nous avons besoin d`un nouvel aménagement économique et d`un aménagement de projet et vous le savez bien, vous qui êtes ici présents.

Je ne reviens pas ce jour sur les réformes territoriales, le Premier ministre y reviendra dès demain et la conférence des territoires aura à  se réunir dans les prochains jours mais la politique territoriale à  laquelle je crois, n`est pas celle d`intérêts particuliers ou de catégories où il faudrait jouer telle collectivité contre l`Etat, non !

La politique territoriale à  laquelle je crois, c'est celle qui est au service de nos concitoyens, celle qui vous évitera de perdre des mois comme nous l'avons constamment fait ces dernières décennies à  délibérer des compétences qu'il faudrait transférer à  l'un ou plutà´t à  l'autre pour le changer le mandat suivant, non ! La réforme constitutionnelle qui vous est soumise, ce sera celle d'une décentralisation de projets par la différenciation et l'aménagement auquel je crois, c'est celui de l'installation de nouveaux projets, d'un rééquilibrage des territoires, par l'installation d'activités économiques, accompagnées, aménagées avec l'ensemble des élus locaux par le gouvernement et celle d'un accompagnement des services de l'Etat dans le cadre de ce projet.

Là  aussi, là  aussi, nous avons le droit de proposer à  nos concitoyens, mieux que le bégaiement des querelles que nous ne connaissons que trop, que trop !

Mais le progrès social, s'il passe par cette émancipation, cette capacité que chacun doit avoir dans la société par l'école, le mérite et le travail de se hisser, le progrès social passe aussi par un élan collectif pour assurer la dignité de chacun, c'est cela la solidarité nationale.

C'était l'intuition fondamentale qui a présidé au sortir de la Seconde Guerre mondiale à  la création de notre Sécurité sociale ; 70 ans plus tard, nous pouvons en être fiers, mais nous devons aussi lucidement regarder en face nos échecs, nos insuffisances ou ce qu'il faut améliorer.

Elle devait être universelle et nous voyons partout des pans entiers de notre population trop peu ou trop mal couverts qui renoncent aux soins ou qui n'y ont pas accès.

Elle devait répondre aux angoisses les plus profondes de l'existence et nous sommes aujourd'hui laissés seuls ou presque face à  des risques majeurs comme celui de la perte d'autonomie, des retraites incertaines.

Elle devait susciter la confiance et nous voyons au contraire complaisamment agitée par ceux qui n'ont que le mot `` assistanat » à  la bouche, la défiance la ronger.

La priorité de l'année qui vient est simple : nous devons construire l'État Providence du XXe siècle. Un État providence émancipateur, universel, efficace responsabilisant, c'est-à -dire couvrant davantage, protégeant mieux, s`appuyant aussi sur les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous.

Universel d'abord. L`Etat Providence du XXe siècle était conçu pour une société de plein emploi. La détention d'un travail et d'un travail continu, permanent, pérenne était ainsi devenue le sésame de l'accès à  la solidarité nationale. Dans une société frappée par le chà´mage de masse, par l'intermittence des parcours professionnels, ce sésame a perdu de sa valeur et est devenu une redoutable barrière. C'est pourquoi notre solidarité est devenue dans son fonctionnement statutaire, elle s'est attachée aux carrières, aux secteurs d'activité et ne correspond plus aux règles d'une économie de l'innovation et de la compétence.

Nous devons donc protéger nos concitoyens non selon leur statut ou leur secteur d'activité, mais de manière plus juste, plus universelle. Dès cette année, nous avons étendu l'Assurance Chà´mage aux travailleurs indépendants et aux démissionnaires selon les règles préalablement négociées par les partenaires sociaux. Dès 2019, nous refondons notre régime de retraite pour protéger mieux ceux dont les carrières précisément sont hachées, instables, atypiques, bien souvent les carrières des femmes d'ailleurs.

Faire croire à  cet égard que nous voudrions supprimer les pensions de réversion est une rumeur malsaine visant à  faire peur.

Je le dis clairement, rien ne changera pour les retraités d'aujourd'hui, rien et pour une raison simple c'est là  que pour la première fois, rien …[huées et applaudissements] c`est que pour la première fois, ce qui a été choisi n'a pas été de faire une économie sur les retraités d'aujourd'hui ou ceux qui s'apprêtent à  partir à  la retraite mais de refonder un système de retraite juste, unique, transparent, un système qui viendra progressivement remplacer la quarantaine de régimes existants !

Car aujourd'hui qui ne croit plus au système de retraite ? Les jeunes parce qu`ils ne pensent pas que ce système permettra de financer la leur et parce que quand j'entends les voix qui s'élèvent tout le monde semble oublier que notre système de retraite auquel je tiens profondément et qui sera au cœ“ur de cette réforme est un système par redistribution, c'est-à -dire un système reposant sur la solidarité entre générations. La retraite n'est pas un droit pour lequel on a cotisé toute sa vie ; la retraite est que les actifs payent pour les retraités.

La refonte de ce système unique, transparent, juste, c'est celle que vous aurez à  discuter, à  travailler et voter au cours de l'année prochaine.

Efficace ensuite, c'est tout particulièrement le cas en matière de santé où les premières réformes engagées sur le reste à  charge 0 ou la prévention seront complétées par la présentation à  l'automne d'une transformation en profondeur de notre organisation de soins sur le territoire national afin de répondre aux nouveaux risques, aux nouvelles pathologies, aux transformations de notre santé dans une société qui vieillit et où les maladies chroniques sont beaucoup plus nombreuses.

Plus civique et responsabilisant enfin. La solidarité nationale est de plus en plus financée par l'impà´t, ce que vous avez voté en matière d'Assurance Chà´mage a ainsi supprimé toute cotisation salariale remplacée par la CSG mais il faut bien expliquer l'ensemble de cette réforme, ne pas voir que la CSG qui augmente d'un cà´té, en oubliant que ce sont toutes les cotisations sociales salariales qui ont baissé de l'autre.

Cette réforme a permis d'améliorer le pouvoir d'achat des travailleurs tout en préservant la compétitivité et en garantissant le maintien des droits mais ceci conduit aussi à  transformer la philosophie même de notre solidarité nationale et en quelque sorte d`en retrouver le sel. Cette solidarité est de moins en moins une assurance individuelle, assortie d'un droit de tirage, financée par l'ensemble des contribuables ; elle implique des droits et des devoirs, car chacun est alors comptable de tous et tous de chacun. Par la réforme que vous avez votée, l'Assurance Chà´mage aujourd'hui n'est plus du tout financée par les cotisations des salariés. Elle est financée par les cotisations des employeurs et par la CSG. Cette transformation, il faut en tirer toutes les conséquences, il n'y a plus un droit au chà´mage, au sens où l'entendait classiquement, il y a l'accès à  un droit qu'offre la société mais sur lequel on ne s`est pas garanti à  titre individuel, puisque tous les contribuables l`ont payé.

Et c'est là  que se joue la véritable transformation mais aussi la véritable dignité, tout le monde doit être protégé, mais chacun a sa part de responsabilité dans la société.

C'est en contribuant à  sa mesure, selon ses possibilités que l'on devient citoyen ; c'est pourquoi nous allons transformer notre système de solidarité pour le rendre tout à  la fois plus universel et plus responsabilisant, c'est-à -dire n`accompagner toute personne qui le peut vers une activité professionnelle, même à  temps partiel et exiger de chacun qu'il prenne sa part dans la société à  sa mesure. C'est ce système de droits et de devoirs qui est au cœ“ur du pacte républicain et non la stigmatisation odieuse qui voudrait voir de l'assistanat chez certains.

C`est cette philosophie qui sera mise en œ“uvre dans la réforme de l'Assurance Chà´mage, comme dans celle des minima sociaux.

La solidarité nationale se traduit enfin dans l'aide que nous devons de manière inconditionnelle aux plus fragiles. Ce sont d'abord les enfants. Quelle gloire peut-on tirer de politiques sociales qui ont condamné à  la pauvreté un enfant sur cinq dans notre pays ?

Nous investirons pour sortir les enfants de la pauvreté et de ses conséquences dramatiques. Nous déploierons en particulier une action à  l'endroit des enfants en danger ou maltraités si nombreux dans notre pays. Ces initiatives interviendront dès l'automne.

Ce sont aussi nos concitoyens vivant en situation de handicap. Pour ces derniers, vous avez décidé de l'augmentation de l'allocation adulte handicapé de 100 euros. La politique commencée de réinsertion dans l'école, dans le travail sera poursuivi avec des choix budgétaires clairs et un accompagnement renforcé mais c'est aussi une politique de retour vers la citoyenneté pleine et entière que nous assumerons et celle également pour ces personnes, y compris celles sous tutelle d'un retour au droit de vote.

Ce sont, ensuite, nos concitoyens qui vivent en situation de pauvreté. La stratégie de lutte contre la pauvreté sera présentée en septembre et mise en œ“uvre en 2019, construite avec l'ensemble des acteurs, elle ne se contentera pas de proposer une politique de redistribution classique mais une politique d'investissement et d'accompagnement social, non pas de nouvelles aides en solde de tout compte mais un accompagnement réel vers l'activité, le travail, l'effectivité des droits fondamentaux, la santé, le logement, l'éducation. Je veux que cette action engage toutes les forces vives de la société et au premier chef, celles et ceux qui vivent dans la pauvreté. Je ne veux pas d'une stratégie qui s'imposerait d`en haut dans la torpeur de l'été pour régler un sujet ou cocher une case mais enfin sortir de l'état de minorité civique. Nos concitoyens qui vivent en situation de pauvreté et veulent être les acteurs de leur propre vie et de ce changement.

Je veux d'une stratégie de lutte contre la pauvreté qui ne permette pas à  nos concitoyens pauvres de vivre mieux, mais bien de sortir de la pauvreté, une bonne fois pour toutes !

Ce sont enfin les plus à¢gés vivant en situation de dépendance ; là , se niche l'angoisse des personnes à¢gées et celle de leur famille, nous l'avons laissée s'installer et nous avons permis que les familles trouvent par elles-mêmes les réponses en dehors de tout cadre officiel faisant de la dépendance une détresse inouïe, détresse de celles qui vivent cette situation durant les derniers mois de leur vie, détresse de leurs familles qui vivent dans l'angoisse, souvent celle de ne pas leur offrir la vie qu'elles leur devaient, détresse des personnels soignants qui sont face là  aussi à  une transformation de ce qu`est la dépendance. On rentre de plus en plus tard et dans des situations de plus en plus difficiles et nous laissons des personnels remarquables mais avec des équipements, un taux d'encadrement qui ne permet pas de faire face à  une dépendance de plus en plus médicalisée et à  une transformation de ce grand à¢ge.

Ce que nous avons vu ces dernières années émerger, c'est un nouveau risque social auquel nous serons toutes et tous confronter et une part de l'angoisse que j'entends de nos concitoyens les plus à¢gés n'est pas simplement l'angoisse pour eux-mêmes et leur retraite, c'est l'angoisse pour ce qu'ils vont devenir ou ceux dont ils ont souvent la charge. Il nous faut donc construire pleinement le financement et l'organisation de ce nouveau risque social, nous ne pouvons plus longtemps l'ignorer, faire semblant.

Nous devons donc venir au secours des familles, organiser les choses différemment, répondre aussi aux besoins des personnels des EHPAD qui font ce travail admirable que je décrivais, c'est pourquoi l'année 2019 sera consacrée à  ce travail et je souhaite qu'une loi soit votée durant cette année qui permette d'y répondre.

Il est cependant certain que répondre aux peurs contemporaines n'impose pas seulement une action économique et une action sociale. Nous vivons dans un pays qui ressent sourdement la peur d'un effacement culturel, d'un déclin lent de ses propres repères, des repères historiques qui ont forgé notre nation. Le terrorisme, le fracas du monde, l'immigration, nos échecs en matière d'intégration, les tensions de notre société depuis plusieurs décennies s'entrechoquent bien souvent dans la confusion et font germer une peur culturelle, civilisationnelle, le sentiment sourd que ce monde qui advient imposerait de renoncer à  celui d'où nous venons avec ses fondamentaux et ses valeurs. C'est pourquoi il nous faut restaurer l'ordre et le respect républicain, c'est-à -dire restaurer cette idée que la démocratie n'est pas un espace neutre, ouvert à  tous les relativismes mais d'abord la reconnaissance partagée des droits et des devoirs qui fondent la République même.

De cet ordre républicain, la sécurité est le premier pilier, car l'insécurité frappe avant tout les plus modestes, les quartiers les plus populaires, les classes populaires et moyennes qui n'ont pas forcément choisi là  où elles habitent et en subissent toutes les conséquences. La police de sécurité du quotidien reconstitue cette proximité de la population et de la police qui donne un visage à  l'autorité et qui conjure le sentiment d'abandon ou d'oubli de populations livrées à  des lois qui ne sont plus celles de la République. Ainsi avez-vous commencé à  donner de nouveaux moyens à  nos forces de l'ordre et je vous en remercie.

La réforme de la procédure pénale permettra d'aller plus loin et d'alléger les charges inutiles pour nos policiers et nos gendarmes comme pour nos magistrats. Vous aurez ce texte important à  discuter et à  voter afin qu'il puisse entrer en vigueur au premier trimestre 2019. Nous redéfinirons ainsi aussi le sens de la peine, car ce que nous voulons, c'est une autorité de la République qui fasse respecter les règles avec discernement et équité afin que la prison en particulier retrouve toute sa signification en termes de punition mais aussi en termes de réinsertion.

Pendant ces derniers mois, nous avons aussi mis fin aux occupations illégales du domaine public auquel nous nous étions trop habitués depuis des années à  Notre-Dame-des-Landes comme à  Bure qui laissaient les habitants dans le désarroi.

La sécurité recouvre également la lutte contre le terrorisme. Sur ce point, nous avons poursuivi les transformations indispensables, réarmé notre organisation à  tous les niveaux en particulier grà¢ce à  la loi sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme qui a permis de sortir de l'état d'urgence et d'instituer dans notre droit les instruments indispensables pour lutter contre le terrorisme contemporain.

Nous avons eu à  Marseille, à  Trèbes, à  Paris à  subir de nouvelles attaques d'un terrorisme islamiste dont les formes ont changé, qui ne s'appuie plus sur des organisations internationales fortement structurées mais se love dans nos sociétés elles-mêmes, utilise tous les moyens contemporains. De nouvelles décisions seront prises et le travail doit se poursuivre sans fébrilité mais sans relà¢che, c`est celui d'une génération. Sur ces sujets, le temps est à  l'action déterminée et je veux ici rendre hommage à  l'ensemble de nos soldats qui combattent au Levant et en Afrique, l'ennemi djihadiste, rendre hommage comme à  nos forces de sécurité intérieure qui avec courage et calme assurent la protection de nos concitoyens.

Au-delà  de la sécurité, l'ordre républicain est fondé sur un système de droits et de devoirs dont chaque citoyen est le dépositaire et que nous devons réactiver.

Les droits et les devoirs, c'est bien entendu à  l'école que nous les enseignons de façon plus systématique. C'est pour cela que nous poursuivrons la formation et l'accompagnement des maîtres, en particulier sur la laïcité mais nous le ferons aussi par le service national universel qui sera précisé d'ici la fin de l'année, à  l'issue d'une nécessaire consultation. Depuis quand n'avait-on pas ainsi sondé la jeunesse sur ses aspirations ? Je crois profondément dans ce service universel car c'est en connaissant mieux son compatriote que jamais peut-être on aurait croisé autrement qu'on se met en mesure de le comprendre mieux, de le respecter et de sentir ce lien invisible qui fait la communauté de destin d'une nation. C'est aussi le moyen de comprendre ce qu'est l'engagement, le cœ“ur de notre République et je sais que notre jeunesse saura s`en saisir.

La société républicaine que nous voulons est une société du respect et une société de la considération. Nous l'avons constaté pendant la campagne présidentielle : une forme d'irrespect, voire de violence, s`était banalisé à  l'égard d'une catégorie de Français, les femmes. Qui aurait cru qu`en ce début de XXIe siècle, l'Etat devrait encore se battre pour que cesse le harcèlement du quotidien, l'inégalité des salaires, la violence physique et morale dont les femmes sont victimes ?

Ce combat, souvenez-vous, a d'abord surpris ; à  certains, il avait même peut paraître dérisoire, lorsque dès avant mon élection, je m'étais engagé en faire la grande cause du quinquennat, une loi importante en ce domaine sera ainsi votée prochainement et la mobilisation en matière de droits comme d'égalité salariale se poursuivra dans les mois et les années qui viennent.

Nous avons, ce faisant, précédé un mouvement mondial. La France lorsque ce mouvement a surgi chez nous était prête et consciente. De cela, nous devons être fiers, nous n'avons pas suivi le mouvement. Nous l'avons anticipé parce que le respect et la considération ne se négocient pas dans une société républicaine et lorsqu'ils reculent, c'est toute la société qui recule.

C`est du reste ce qui s'est aussi produit sur des territoires entiers, enfermés dans le mépris et la condescendance. Notre politique pour les quartiers s`est ainsi fondée sur le retour de la considération et cette conviction que naître et vivre dans un quartier ne saurait être un stigmate. Les emplois francs, la généralisation des stages en entreprise, le retour des services publics, des programmes de rénovation urbaine accélérée, des réponses pragmatiques bà¢ties avec les citoyens, une école adaptée permettront de sceller dans des territoires oubliés le retour d'une considération nationale qui trop souvent s'est confondue avec l'indifférenciation de plans dispendieux.

L`ordre républicain, c'est aussi cette nécessité de ramener dans le giron de la République des pans de la société qui s'en sont éloignés, la République n'a aucune raison d'être en difficulté avec l'islam, pas davantage qu'avec aucune autre religion. La laïcité du reste commande qu'elle n'ait pas à  en connaître et veut simplement que soit garantie à  chacun la liberté de croire ou de ne pas croire.

Mais il y a une lecture radicale, agressive de l'islam qui se fixe pour but de mettre en cause nos règles et nos lois de pays libres, de sociétés libres dont les principes n'obéissent pas à  des mots d'ordre religieux. Il faut que tout le monde sache qu'en France, la liberté individuelle, la liberté de pensée, la liberté de critiquer, l'égalité des femmes et des hommes, le respect des choix individuels, tant qu'ils n'attentent pas aux droits des citoyens sont des principes intangibles.

Il que tout le monde sache que nulle mise en cause de ces principes ne peut être acceptée sur le fondement d`un dogme religieux.

La laïcité, c`est le respect réciproque, respect de la société et de l`Etat à  l`égard des croyants, respect des croyants à  l`égard de la société et des principes d`un Etat qui appartient à  tous.

Et je sais que l`immense majorité de nos concitoyens musulmans le savent, le partagent, l`approuvent et sont prêts à  participer à  cette affirmation de notre République. C`est pourquoi dès l`automne, nous clarifierons cette situation en donnant à  l`islam un cadre et des règles garantissant qui s`exerceront partout de manière conforme aux lois de la République.

Nous le ferons avec les Français dont c`est la confession et avec leurs représentants, l`ordre public, la civilité ordinaire. L`indépendance des esprits et des individus à  l`égard de la religion ne sont pas de vaines paroles en France et cela impose un cadre rénové, une concorde retrouvée.

Cette démarche avait été différée au nom de cette idée que tout se vaut et qu`au fond, notre pays n`est qu`un assemblage chaotique de traditions et de cultures. Sur ce terrain, n`ont grandi que l`insécurité morale et l`extrémisme politique. Il est temps pour la République de se ressaisir de la question culturelle et considérer de nouveau comme de son devoir de faire émerger non une culture officielle, mais une culture partagée. Si l`école est le creuset de cette culture commune, la société en est la caisse de résonance et nous devons œ“uvrer ensemble à  rendre la France cette voix, ce timbre, ce regard qui toujours a fait sa singularité, qui sont la confluence de mille rivières mais qu`on reconnaît au premier coup d`œ“il.

C`est pourquoi nous faisons tant d`efforts pour le patrimoine. C`est pourquoi nous nous battons pour la langue française partout à  travers le monde. C`est pourquoi nous voulons une politique culturelle qui ose dire qu`il est des expressions plus belles, plus profondes, plus riches que d`autres et que notre devoir est de donner le meilleur à  tous nos compatriotes. C`est cette politique de l`accès à  la culture par l`école et tout au long de la vie et sur l`ensemble de nos territoires. C`est pourquoi enfin nous devons prendre soin de nos auteurs, faire qu`ils soient rémunérés de manière adaptée et défendre leur situation en Europe où des victoires ont été emportées mais où le combat continue. Nous ne voulons pas une culture officielle mais une culture française plurielle et vivante qui puisse continuer à  s`épanouir et à  rayonner. Nous voulons continuer à  produire un imaginaire français.

Cet ordre républicain enfin se construit dans la cohésion nationale et donc dans le rapport à  l`autre, l`étranger. La peur que nous devons entendre, c`est bien celle-là  et je sais combien ces débats vous ont vous-mêmes préoccupés et je pense que ce sujet ne peut être réglé ni dans l`émotion qui crée la confusion ni dans la fermeture et le repli nationaliste qui ne permettent de régler durablement aucun problème. Nous devons, sur ce sujet encore, nous montrer fidèles à  notre Constitution qui protège de manière inconditionnelle ceux qui demandent l`asile, mais impose des règles précises à  ceux qui, pour des raisons économiques, quittent leur pays pour rejoindre le nà´tre.

L`ordre républicain exige le respect des frontières, des règles pour rejoindre ce qu`est la nation. C`est le principe même de la souveraineté et un devoir d`humanité que notre Constitution prévoit. C`est en respectant cette grammaire que nous devons faire face à  nos défis contemporains. Il n`y a aucune solution de court terme, facile, ni celle de l`émotion ni celle de la colère.

Il n`y a qu`une voie exigeante, celle de la République et de la coopération en Europe. Elle passe par une politique que nous devons repenser à  laquelle nous devons redonner de l`ambition, un partenariat refonder avec l`Afrique.

Cette jeunesse, aujourd`hui, qui quitte l`Afrique pour prendre tous les risques et qui n`a pas droit dans une large majorité à  l`asile, c`est la jeunesse du désespoir, c`est la jeunesse à  qui on n`a plus donné de projet, qui vient du golfe de Guinée ou d`une bonne partie du Sahel. La France et, avec elle, l`Europe doivent rebà¢tir les termes d`un partenariat car cette Histoire contemporaine ne nous rappelle qu`une chose : nous ne sommes pas une île et nous avons destin lié.

La deuxième de nos réponses passera par un renforcement de nos frontières communes en Europe, un investissement assumé que la France porte, voulu, cohérent et par une politique de responsabilité et de solidarité au sein de l`Europe. Toute politique nationaliste de court terme ne réglera en rien la situation migratoire, elle la créera chez l`autre, elle sèmera la division.

Toute politique qui voudrait mélanger toutes les situations et ne pas voir qu`il existe aujourd`hui des situations différentes selon qu`on vient d`un pays en guerre ou selon qu`on n`en vient pas oublie aussi cette cohésion nationale indispensable que nous devons préserver. Mais jamais la France n`acceptera les solutions de facilité que d`aucuns aujourd`hui proposent et qui consisteraient à  organiser des déportations à  travers l`Europe pour aller mettre dans je ne sais quel camp à  ses frontières, en son sein ou ailleurs les étrangers qu`on ne voudrait pas.

Cet ordre républicain auquel nous croyons est le fondement d`une nation d`hommes et de femmes libres. Il repose sur cette tension éthique permanente, celle même de la République qui impose de ne céder à  aucune facilité contemporaine. C`est cela aussi une puissance du XXIe siècle et c`est la vocation de la France d`enraciner sa force dans cette liberté civique quand trop d`observateurs voudraient nous faire croire qu`il n`est de puissance que par la sujétion des individus, par le recul des libertés, par l`affaiblissement des droits.

Pour faire face à  la peur de l`effacement, à  cette insécurité culturelle et civilisationnelle que j`évoquais, nous avons aussi besoin de porter le projet français pour l`Europe. Ce projet, c`est de retrouver le sens et la substance de notre coopération face à  tous les défis que nous pouvons relever uniquement ensemble en tant qu`Européens. Cet engagement, ce projet français a d`ores et déjà  permis des avancées réelles que d`aucuns pensaient impossibles jusqu`alors. Nous avons progressé vers une Europe qui protège davantage par une politique de défense dont l`idée même avait été abandonnée depuis 70 ans, par une meilleure régulation du travail détaché assurant la protection des salariés européens, par la défense de no intérêts communs sur le plan commercial, par la conclusion voici quelques semaines d`un accord franco-allemand de moyen terme qui n`avait pas été fait depuis plus de 20 ans et qui a permis de jeter les bases d`un budget de la zone euro.

Depuis quand n`avions-nous pas attendu les crises pour avancer concrètement ? Cette Europe-là  n`est pas incantatoire ni éloignée, elle prend en charge le quotidien des Européens et leurs intérêts vitaux. Toutefois, ces avancées réelles pour lesquelles la France s`est battue ne doivent pas faire oublier les doutes, les divisions. L`Europe est encore trop lente, trop bureaucratique, trop divisée pour affronter la brutalité des changements politiques, sécuritaires migratoires et technologiques. Notre plus grande erreur serait cependant de brandir les spectres du passé et de redouter la répétition de l`Histoire ou je ne sais quelle fatalité européenne du conflit. Ce n`est pas cela qui nous menace.

La vérité est que nos combats d`aujourd`hui requièrent l`Europe car nous ne pourrons être à  la hauteur des enjeux contemporains qu`en unissant nos forces avec les nations dont l`Histoire a fait nos partenaires naturels.

Ni les défis commerciaux ni les défis du climat ni les défis de la défense ni les défis économiques et monétaires ne peuvent se relever dans l`isolement et encore moins le défi migratoire que j`évoquais à  l`instant. En ces matières, la solution véritable ne peut être que dans la coopération européenne.

Et c`est au cœ“ur de ces interrogations que se joue l`Europe de demain. Elle sera nécessairement une Europe des peuples. Peut-être les 28 peuples qui composent l`Union n`avanceront-ils tous pas au même rang, au même pas, mais ils se montreront capables d`agir ensemble dans des circonstances exceptionnelles, face à  des défis qui nous confrontent au plus vif de ce que nous sommes. Au sein de cette Europe, la France fait entendre sa voix avec un projet clair, celui que j`ai présenté en octobre dernier à  la Sorbonne, celui d`une Europe plus souveraine, plus unie, plus démocratique, celui d`une Europe qui sera portée par une coalition de volonté et d`ambition et plus paralysée par l`unanimisme capturé par quelques-uns.

Mais il faut aussi le dire clairement, la frontière véritable qui traverse l`Europe est celle, aujourd`hui, qui sépare les progressistes des nationalistes.

Et nous en avons pour au moins une décennie. Ce sera difficile mais le combat est clairement posé. Il sera au cœ“ur des enjeux de l`élection européenne de 2019 qui appartient à  ces scrutins qui sont aussi des tournants. Et comme au cœ“ur de toutes menaces naît une grande opportunité, c`est sur cette crise que nous fonderons les clés de la puissance européenne, de l`indépendance européenne, de la conscience européenne de demain après 70 ans de paix qui nous ont trop souvent conduits à  perdre de vue le sens même de l`Europe.

La crise que nous traversons, nous dit une chose : l`Europe des assis, l`Europe des assoupis est terminée, un combat est en train de se livrer qui finira le projet de l`Europe à  avenir, celui d`un repli nationaliste ou celui d`un progressisme contemporain.

La France porte sa voix, elle est écoutée parce que c`est une voix forte de c'est la voix de la raison mais aussi la voix de parfois ceux qui n`en ont pas ou n`en ont plus et qui parlent pour la défense des biens communs et je m'attacherai à  ce combat.

C`est à  ce titre que nous sommes aussi engagés dans d`autres luttes et que la France a fait entendre sa voix lorsque les Etats-Unis se sont retirés de l'Accord de Paris. C'est pour cela que nous sommes intervenus sur le nucléaire iranien ou dans la crise syrienne, c'est pour cela que la France aujourd'hui est à  l'initiative pour réinventer un multilatéralisme fort dont le monde contemporain a besoin. La France de nouveau est cette médiatrice, ce tiers de confiance qui tente de tenir ensemble les équilibres du monde et de trouver les voies d'avenir. C`est ce rà´le nécessaire tout à  la fois pour notre sécurité, la défense de nos valeurs qu'aujourd'hui nous menons. Je crois dans la possibilité de défendre une démocratie forte et respectée, je crois dans la possibilité de défendre une Europe forte et souveraine, je crois dans la possibilité de défendre les valeurs universelles qui nous ont faites à  travers ce multilatéralisme fort contemporain.

Tel est, Mesdames et Messieurs, le cap que je fixe à  la France, vous l'aurez compris, je souhaite renouer avec ce projet français que nous avons perdu de vue trop longtemps par frilosité ou par confort intellectuel. Il suppose, je l`accorde, de vouloir s'affranchir des querelles où nous nous sommes en quelque sorte confondus ou auxquelles nous nous sommes longtemps habitués.

Ce projet ne peut se déployer que si nous en finissons avec ce renoncement où nous nous sommes enfermés depuis 40 ans qui voudrait que la France ne soit qu'une puissance moyenne. Cette idée nous a étouffés et meurtris, je crois moi que la France a les moyens de devenir de nouveau une puissance du XXIème siècle.

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mardi 19 juin 2018

Meseberg: Emmanuel Macron et Angela Merkel signent la déclaration commune pour réformer l'Europe

Le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel ont tenu mardi une conférence de presse commune pour afficher les positions franco-allemandes avant un sommet européen fin juin. Au menu : Europe de la défense, les migrants, la réforme de la zone euro…Les deux dirigeants se sont retrouvés au chà¢teau de Meseberg, près de la capitale allemande, pour un sommet franco-allemand, dix jours avant le Conseil européen à  Bruxelles où l`accord entre Paris et Berlin sera déterminant pour aboutir à  un consensus.

Déclaration de Meseberg

Renouveler les promesses de l`Europe en matière de sécurité et de prospérité

La France et l`Allemagne nourrissent une même ambition pour le projet européen : une Europe démocratique, souveraine et unie, une Europe compétitive, une Europe qui soit une ancre de prospérité et qui défende son modèle économique et social et sa diversité culturelle, une Europe qui favorise une société ouverte reposant sur des valeurs communes de pluralisme, de solidarité et de justice, qui défend l`État de droit partout dans l`UE et le promeut à  l`étranger, une Europe prête à  affirmer son rà´le international en faveur de la paix, de la sécurité et du développement durable et à  être au premier rang de la lutte contre le changement climatique, une Europe qui parvienne à  relever le défi des migrations.

Pour réformer l`Europe, nous devons écouter la voix des citoyens. C`est pourquoi la France et l`Allemagne sont attachées à  poursuivre les consultations citoyennes sur l`Europe afin de nourrir le débat démocratique en amont des prochaines élections européennes.

La France et l`Allemagne sont fermement résolues non seulement à  préserver les acquis de l`Union européenne mais encore à  renforcer leur coopération au sein de cette dernière en veillant constamment à  assurer à  la fois l`unité de ses États membres et son efficacité. L`Union européenne se montrera à  la hauteur de ses valeurs et jouera un rà´le important dans la protection des droits de l`homme et dans la défense, la réforme et le renforcement du multilatéralisme.

L`UE est aujourd`hui confrontée à  des défis existentiels : les migrations, l`évolution de son environnement sécuritaire, la compétitivité et l`innovation, la révolution numérique, la nécessité de conférer à  la zone euro davantage de résilience et de stabilité et d`agir en faveur de la protection du climat. La France et l`Allemagne sont toutes deux convaincues que la seule réponse appropriée à  ces défis réside dans la coopération européenne. Des actions purement nationales et non coordonnées ouvrent la voie à  l`échec et à  la division.

Afin d`ancrer notre coopération européenne dans une coopération bilatérale forte, la France et l`Allemagne finaliseront d`ici à  la fin de 2018 un nouveau `` Traité de l`Élysée » avec l`ambition de développer la convergence économique, sociale et fiscale entre elles, d`élaborer de nouveaux outils de leur coopération transfrontalière et de réaffirmer leur engagement de soutenir et de faciliter l`apprentissage de la langue de leur partenaire.

Au vu de ce qui précède, la France et l`Allemagne sont convenues aujourd`hui à  Meseberg de ce qui suit :

Politique étrangère, sécurité et défense

­ Étudier de nouveaux moyens d`accroître la rapidité et l`efficacité de la prise de décision de l`UE dans le cadre de notre politique étrangère et de sécurité commune. Nous avons besoin d`un débat européen sur de nouveaux formats, tels qu`un Conseil de sécurité de l`UE, et des moyens de coordination plus étroite, au sein de l`UE et des instances internationales. Nous devrions également étudier les possibilités de recourir au vote à  la majorité en matière de politique étrangère et de sécurité commune, dans le cadre d`un débat plus large sur le recours au vote à  la majorité dans les politiques de l`UE.

­ Saisir l`occasion de la présence de nos deux États au Conseil de sécurité des Nations Unies pour lancer des initiatives conjointes, notamment dans le domaine de la prévention des confits, et renforcer la coordination au sein de l`UE en ce qui concerne les Nations Unies.

­ Souligner la nécessité de développer l`émergence d`une culture stratégique commune grà¢ce à  l`Initiative européenne d`intervention, qui sera liée aussi étroitement que possible à  la coopération structurée permanente (CSP).

­ Poursuivre leur action conjointe dans le domaine du développement des capacités, en particulier le système majeur de combat terrestre (MGCS) et le système de combat aérien futur (SCAF).

­ Appeler de nouveau instamment la Commission européenne à  proposer rapidement des mesures législatives au niveau européen pour lutter contre les contenus en ligne illicites d`apologie du terrorisme.

­ Poursuivre leurs efforts auprès de l`Ukraine et de la Russie dans le format Normandie afin de faciliter la mise en œ“uvre des accords de Minsk pour stabiliser la situation de l`Est de l`Ukraine et préserver l`intégrité territoriale de l`Ukraine.

­ Progresser sur la voie d`une défense européenne mieux intégrée englobant tous les aspects et moyens civils et militaires de gestion des crises et de réaction de l`UE.

Développement, migrations et asile

­ Agir en faveur de la relance rapide d`un programme d`action global sur les migrations comprenant les trois piliers que sont (i) sur le plan externe, un soutien accru aux pays d`origine et de transit et à  la coopération avec ces pays sur la base d`exemples de coopération et de partenariats existants comme la Déclaration UE­-Turquie, afin d`éviter les départs vers l`Europe, de lutter contre les migrations irrégulières et d`accélérer le processus de retour ;

(ii) aux frontières de l`UE, l`amélioration de la protection des frontières extérieures de l`Europe grà¢ce à  un renforcement ambitieux de Frontex en termes de personnel et de mandat ;

(iii) sur le plan interne, un système européen commun d`asile qui soit en mesure de faire face aux crises et d`assurer un juste équilibre entre la responsabilité et la solidarité.

­ Rechercher des solutions au niveau européen, qui sont aujourd`hui plus importantes que jamais. Une action unilatérale et sans coordination ne fera que fractionner l`Europe, diviser ses peuples et mettre Schengen en danger. L`action unilatérale des Etats membres aboutirait à  accroître l`importance des migrations vers l`Europe. Faire face aux enjeux des migrations avec efficacité requiert de conjuguer les efforts de tous les États membres ainsi que des institutions de l`UE.

­ Traiter conjointement et résolument la question des mouvements secondaires à  l`intérieur de l`UE, en particulier en réduisant les incitations aux mouvements secondaires dans le nouveau règlement de Dublin mais également en renforçant la coopération entre les États membres, notamment pour empêcher les demandeurs d`asile enregistrés de passer d`un pays à  l`autre et garantir la rapidité des transferts vers les États membres compétents et de la réadmission dans ces États.

­ Au­delà  du court terme, proposer deux réformes essentielles : (i) mettre en place une véritable police européenne aux frontières à  partir de l`agence Frontex existante et (ii) créer un Office européen de l`asile qui harmoniserait les pratiques des États membres en matière d`asile et serait chargé des procédures d`asile aux frontières extérieures.

­ Rester pleinement attachées à  un partenariat étroit avec l`Afrique en matière de sécurité et de développement, qui constitue une priorité essentielle.

­ Mettre rapidement en place un groupe de `` sages » de haut niveau sur l`architecture financière européenne pour le développement (en particulier en ce qui concerne les rà´les respectifs de la BEI et de la BERD) qui présentera des propositions en vue du Conseil européen de décembre.

Compétitivité, politique économique

­ Développer les liens entre les fonds structurels et la coordination des politiques économiques, et renforcer la convergence économique, sociale et fiscale.

­ Mettre en place, dans une perspective stratégique à  long terme, un nouveau moyen de favoriser la croissance et l`emploi durables au niveau européen grà¢ce à  une législation en faveur de l`innovation, à  l`approfondissement du marché unique de l`UE et à  la défense de la compétitivité de nos industries au niveau mondial.

­ Réaffirmer leur attachement à  l`ouverture des marchés, au multilatéralisme et à  une politique commerciale européenne ambitieuse.

­ Soutenir la Commission européenne dans l`élaboration de solutions destinées à  moderniser le système commercial multilatéral, notamment en vue de renforcer les disciplines en matière de pratiques de distorsion des marchés et de rétablir le plein exercice de la fonction de règlement des différends de l`OMC.

Fiscalité

­ Mettre en place une véritable convergence fiscale entre la France et l`Allemagne en ce qui concerne l`impà´t sur les sociétés. Nos deux pays sont convenus d`une position commune sur la proposition de directive présentée par la Commission en vue d`instituer une assiette commune pour l`impà´t sur les sociétés : nous agirons conjointement en ce sens afin de soutenir et d`accélérer le projet européen d`harmonisation de l`assiette de l`impà´t sur les sociétés en Europe.

­ Parvenir d`ici à  la fin de 2018 à  un accord de l`UE sur une taxation équitable du numérique.

UEM

­ Pour disposer d`une économie forte, l`Union Européenne a besoin d`une union monétaire forte. Cette monnaie est l`euro, ouverte à  tous les États Membres et que presque tous les États Membres ont pour objectif d`adopter, conformément aux traités de l`UE. Partager une même monnaie implique des besoins spécifiques en termes de coordination économique et d`intégration.

En conséquence, la France et l`Allemagne ont décidé de proposer dans la feuille de route suivante des étapes majeures pour renforcer et approfondir davantage la zone euro, et la transformer en une véritable union économique.

Mécanisme européen de stabilité (MES)

Dans un premier temps, nous devons réviser le traité intergouvernemental sur le MES afin d`y inclure le backstop (filet de sécurité commun), de renforcer l`efficacité des instruments de précaution pour les États membres et de renforcer son rà´le dans l`évaluation et le suivi des futurs programmes. Dans un deuxième temps, nous pourrons intégrer le MES dans le droit de l`UE en préservant les éléments clés de sa gouvernance.

Des travaux supplémentaires devraient être réalisés pour définir un cadre approprié pour le soutien de liquidité en résolution. La conditionnalité demeure un principe sous­jacent du traité MES et de tous ses instruments, mais doit être adaptée à  chaque instrument. Nous rappelons que toute décision de fournir un soutien du MES à  un État membre de la zone euro comprend une analyse de soutenabilité de la dette. Afin d`améliorer le cadre existant de soutenabilité de la dette et pour améliorer leur efficacité, nous devrions commencer à  travailler sur l`introduction possible d`euroCACs (clauses d`action collective) avec clauses d`agrégation simple. Dans les cas appropriés, le MES pourrait faciliter le dialogue entre ses membres et les investisseurs privés, suivant la pratique du FMI.

Le MES devrait jouer un rà´le accru dans la conception et le suivi des programmes, en étroite coopération avec la Commission et en liaison avec la BCE, sur la base d`un compromis à  trouver entre la Commission et le MES. Il devrait avoir la capacité d`évaluer la situation économique d`ensemble des Etats membres, en contribuant à  la prévention des crises. Cela devrait se faire sans dupliquer le rà´le de la Commission et dans le plein respect des traités.

Chaque fois qu`un État membre demande l`assistance financière du MES, il pourrait également demander une aide financière au FMI.

Le MES pourrait être renommé.

Ligne de crédit du MES

Nous devrions rendre les instruments de précaution existants plus efficaces pour garantir la stabilisation. Un tel soutien devrait inclure une conditionnalité.

La ligne de crédit de précaution du MES (PCCL) pourrait être développée en un soutien à  la stabilité utilisé en cas de risque de manque de liquidités lorsque des membres du MES sont confrontés à  un risque de perte progressive d`accès au marché, sans avoir besoin d`un programme complet.

Nous mettrons en place un processus pour finaliser les termes de référence d'ici décembre. Union bancaire

En ce qui concerne l`Union bancaire, la feuille de route du conseil ECOFIN de juin 2016 a reconnu que des étapes supplémentaires devaient être franchies en termes de réduction et de partage des risques dans le secteur financier, dans l`ordre approprié, en ce qui concerne les prêts non performants, les régimes d`insolvabilité, le paquet bancaire et la lutte contre le blanchiment d`argent.

Backstop (filet de sécurité)

Le MES devrait servir de backstop au fonds de résolution unique. Il devrait être établi sous la forme d`une ligne de crédit. Sur la base d`une réduction des risques suffisante, son entrée en vigueur devrait être anticipée avant 2024.

La taille du backstop devrait être proche mais ne devrait pas être supérieure à  la taille du fonds de résolution unique. Le backstop devrait remplacer l`instrument de recapitalisation directe.

La neutralité budgétaire à  moyen terme sera assurée en particulier par le remboursement du backstop par des contributions extraordinaires ex post du secteur bancaire en trois ans avec une extension potentielle de deux ans.

à€ condition que des progrès suffisants soient réalisés dans tous les domaines pertinents de réduction des risques, à  faire évaluer par les autorités compétentes (Commission, MSU et Conseil de Résolution Unique), l`entrée en vigueur du backstop devrait être anticipée avant 2024. En 2020, les autorités en charge fourniront un rapport sur la tendance des prêts non performants et la constitution de MREL subordonné. Sur cette base et si la réduction des risques est satisfaisante, la décision finale sur l`entrée en vigueur anticipée du backstop devrait être prise par l`Eurogroupe / ECOFIN / Conseil européen.

Nous évaluerons la taille du fonds de résolution unique dans le contexte de la revue de fin 2018 et la nécessité de revoir l`accord intergouvernemental pour anticiper le backstop.

Des termes de référence avec les caractéristiques précises du backstop devraient être élaborés en vue d`une approbation politique d`ici à  décembre 2018, sur la base des travaux effectués jusqu`ici par le groupe d`experts existant.

EDIS

Nous réaffirmons l`importance du renforcement de l`Union bancaire en vue de son achèvement. Cela signifie, sur tous les éléments de la feuille de route du conseil ECOFIN de juin 2016, à  la fois la réduction des risques et le partage des risques dans l`ordre approprié. Le travail sur une feuille de route pour entamer des négociations politiques sur la garantie européenne des dépà´ts (EDIS) pourrait commencer après le Conseil européen de juin.

Union des marchés de capitaux

Nous nous engageons à  réaliser des progrès décisifs vers une Union des marchés de capitaux, sur tous les éléments agréés par nos ministres des Finances.

Budget de la zone euro

Nous proposons d`établir un budget de la zone euro, dans le cadre de l`Union européenne, afin de promouvoir la compétitivité, la convergence et la stabilisation dans la zone euro, à  partir de 2021.

Les décisions sur le financement devraient prendre en compte les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel. Les ressources proviendraient à  la fois des contributions nationales, de l`affectation de recettes fiscales et de ressources européennes.

Le budget de la zone euro serait défini sur une base pluriannuelle

Le but du budget de la zone euro est la compétitivité et la convergence, qui seraient assurées à  travers des investissements dans l`innovation et le capital humain. Il pourrait financer de nouveaux investissements et venir en substitution de dépenses nationales.

Nous étudierons la question d`un Fonds européen de stabilisation de l`assurance chà´mage, pour l`éventualité de graves crises économiques, sans transferts. La France et l`Allemagne mettront en place un groupe de travail en vue de faire des propositions concrètes pour le Conseil européen de décembre 2018.

Les décisions stratégiques concernant le budget de la zone euro seront prises par les pays de la zone euro. Les décisions concernant les dépenses devraient être exécutées par la Commission européenne.

Recherche, innovation, enseignement supérieur, numérique et espace

­ Agir conjointement en faveur du lancement rapide d`un projet pilote appelé à  financer l`innovation de rupture au cours de la durée restante du programme cadre Horizon 2020, ainsi que coopérer au niveau bilatéral.

­ Mettre en place un centre de recherche franco­allemand sur l`intelligence artificielle.

­ Agir en vue de mettre rapidement en place de premières `` universités européennes » composées dans un premier stade de réseaux d`universités dans toute l`Union européenne.

­ Instituer un groupe de travail chargé de présenter des propositions qui permettraient à  l`UE de trouver des réponses appropriées aux nouveaux enjeux en matière de politique et d`économie spatiales (notamment le `` NewSpace »).

­ Dans le domaine des lanceurs, réaffirmer leur soutien total au programme Ariane 6 de l`Agence spatiale européenne.

Climat

­ S`engager à  mettre en œ“uvre de manière ambitieuse l`Accord de Paris à  tous les niveaux et à  intensifier l`action menée au niveau mondial grà¢ce au multilatéralisme ; à  cet effet, le Dialogue de Petersberg sur le climat a constitué un signal fort.

­ Élaborer une stratégie européenne à  l`horizon 2050 en vue de la transformation à  long terme vers la neutralité carbone, qui ne constitue pas seulement une nécessité mais aussi une opportunité économique.

­ Veiller à  ce que l`UE prenne de nouveaux engagements à  la COP 24 afin de réviser d`ici au début de 2020 sa contribution déterminée au niveau national en tenant compte des éventuelles réductions d`émissions sectorielles rendues possibles par les accords actuels ou à  venir au niveau de l`UE.

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