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samedi 18 juillet 2020

ONU: Antonio Guterres, son discours prophétique, humaniste et compassionnel pour l'Afrique à l'occasion du Mandela Day 2020 !

ONU: Antonio Guterres, son discours prophétique, humaniste et compassionnel pour l'Afrique à l'occasion du Mandela Day 2020 !
Freddy Mulongo, Réveil FM International
Freddy Mulongo-Antonio Guterres K.jpg, juil. 2020

C'est un discours engagé, sans gants, un langage de soie diplomatique mêlé à celui d'un citoyen du monde dont le regard est tourné vers l'horizon, sans ignorer le passé ni le présent. Un discours prophétique, foncièrement humaniste contre les inégalités qui s'accroissent et compassionnel et solidaire pour l'Afrique qu'a délivré virtuellement, Antonio Guterres, le Secrétaire Général de l'ONU à l'occasion du 8è Mandela Day à New-York.
Le monde commémore l'anniversaire de l'ancien président Nelson Mandela le 18 juillet de chaque année, lorsque l'humanité est appelée à tendre la main à ceux qui ont moins de chance et qui ont besoin d'aide. Le monde combat le coronavirus-Covid 19 mortel. Plus de 13,7 millions de cas de coronavirus ont été confirmés dans le monde avec plus de 7,6 millions de guérisons et près de 600 000 décès signalés.
L'Afrique n'a pas un seul membre dans le Conseil de Sécurité de l'ONU, les Institutions de Bretton Woods impose au continent des restructurations qui affaissent des pays... En ce jour de Mandela Day, faut-il rappeler de madiba fut une voix forte sur le continent. Après 27 ans de prison, élu Président de la République Sud-Africaine, il n'a fait qu'un seul mandat...Certains chefs d'Etat qu'il avait trouvé en poste sont encore là. On a beau plaidé pour la cause africaine, sans respect des droits de l'homme et démocratie, l'Afrique continuera à faire du surplace. Sur les 54 pays "indépendants et membres de l'ONU, la majorité peine malgré les ressources humaines et minières à sortir des inégalités. démocratiques. Mandela avait consacré sa vie à lutter pour les droits de l'homme et il croyait que chacun a le potentiel de faire une différence dans ses communautés pour que le monde soit un meilleur endroit. En novembre 2009, l'Assemblée générale des Nations Unies (AGNU) déclaré 18 juillet comme Journée internationale Nelson Mandela en reconnaissance de sa contribution à la liberté, la justice et la démocratie.
CONFÉRENCE NELSON MANDELA :
« LUTTER CONTRE LA PANDÉMIE D’INÉGALITÉS : UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL POUR UNE NOUVELLE ÈRE »
New York, le 18 juillet 2020

Excellences, chers invités, chers amis,

J’ai le privilège de me joindre à vous pour rendre hommage à Nelson Mandela, leader extraordinaire, ardent défenseur de grandes causes et personnalité incarnant un idéal pour le monde entier.

Je remercie la Fondation Nelson Mandela de cette occasion qui m’est donnée et salue l’action qu’elle mène pour que la vision que Nelson Mandela avait du monde ne se perde pas. Et j’adresse mes condoléances les plus sincères à la famille Mandela ainsi qu’au Gouvernement et au peuple sud-africains à l’occasion du décès de l’ambassadrice Zindzi Mandela, qui nous a quittés bien trop jeune en début de semaine. Qu’elle repose en paix.

J’ai eu la chance de rencontrer Nelson Mandela à plusieurs reprises. Je n’oublierai jamais sa sagesse, sa détermination et sa compassion, qui transparaissaient dans tout ce qu’il disait et faisait.

En août dernier, j’ai visité la cellule de Madiba à Robben Island. Je suis resté là, debout, à regarder à travers les barreaux. J’ai ressenti beaucoup d’humilité en pensant à l’exceptionnelle force mentale et à l’immense courage qui l’animaient. Nelson Mandela a passé 27 ans en prison, dont 18 à Robben Island. Mais il n’a jamais laissé cette épreuve le définir – ni lui ni sa vie.

Nelson Mandela ne s’est pas abaissé au niveau de ses geôliers. Sa noblesse d’âme lui a permis de libérer des millions de Sud-Africains ; il est devenu une source d’inspiration dans le monde et une icône moderne.

Il a consacré sa vie à combattre les inégalités, lesquelles ont atteint des proportions critiques dans le monde au cours des dernières décennies et constituent une menace croissante pour notre avenir.

Aujourd’hui, à l’occasion de l’anniversaire de Madiba, je parlerai de ce que nous pouvons faire pour lutter contre les inégalités, qui prennent diverses formes et dont les différentes strates se renforcent mutuellement, avant qu’elles ne détruisent nos économies et nos sociétés.

Chers amis,

La pandémie du COVID-19 a braqué les projecteurs sur cette injustice.

Le monde est en crise. Les économies sont en chute libre.

Nous avons été mis à genoux – par un virus microscopique.

La pandémie a mis en évidence la fragilité de notre monde.

Elle a mis à nu les risques sur lesquels nous avons fermé les yeux pendant des décennies: systèmes de santé inadéquats; protection sociale insuffisante; inégalités structurelles; dégradation de l’environnement; crise climatique.

En quelques mois, des régions entières qui faisaient des progrès dans l’élimination de la pauvreté et la réduction des inégalités ont connu un recul de plusieurs années.

Ce sont les plus vulnérables qui sont les plus exposés au virus : les personnes vivant dans la pauvreté, les personnes âgées, les personnes handicapées et les personnes souffrant de maladies préexistantes.

Les travailleurs et travailleuses sanitaires sont en première ligne : plus de 4 000 d’entre eux ont été contaminés rien qu’en Afrique du Sud. Je leur rend hommage.

Dans certains pays, les inégalités en matière de santé sont amplifiées: des hôpitaux privés, mais aussi des entreprises et même des particuliers, stockent de précieux équipements dont tout le monde a un besoin urgent. Un exemple tragique d’inégalité.

Les retombées économiques de la pandémie touchent celles et ceux qui travaillent dans l’économie informelle; les petites et moyennes entreprises; les personnes qui prennent soin des autres, ces personnes étant principalement des femmes.

Nous sommes face à la plus grave récession mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale et à la chute des revenus la plus vertigineuse depuis 1870.

Elles pourraient plonger cent millions de personnes de plus dans l’extrême pauvreté. Nous pourrions être témoins de famines sans précédent.

La pandémie de COVID-19 a été comparée à une radiographie qui révélerait des fractures dans le fragile squelette des sociétés que nous avons construites.

Elle fait ressortir les aberrations et les contre-vérités que l’on entend partout:

Le mensonge selon lequel le libre-échange peut permettre de fournir des soins de santé à toutes et à tous;

La fiction selon laquelle le travail non rémunéré qui consiste à apporter des soins à autrui n’est pas un travail;

L’illusion de croire que nous vivons dans un monde post-raciste;

Le mythe selon lequel nous sommes tous dans le même bateau.

Car si nous naviguons tous dans les mêmes eaux, il est clair que certains sont dans des méga-yachts tandis que d’autres s’accrochent aux débris qui dérivent.

Chers amis,

Les inégalités définissent notre époque.

Plus de 70 % de la population mondiale est aux prises avec des inégalités croissantes en matière de revenus et de richesses. Les 26 personnes les plus riches du monde détiennent autant de richesses que la moitié de la population mondiale.

Mais les inégalités ne se mesurent pas qu’à l’aune du revenu, du salaire et de la richesse. Dans la vie, les chances se déclinent en fonction du genre, de la famille, de l’origine ethnique, de la race, du handicap ou de l’absence de handicap, et de bien d’autres facteurs.

Il existe de multiples inégalités croisées, des inégalités qui se renforcent mutuellement génération après génération. La vie et les attentes de millions de personnes sont en grande partie déterminées par leur situation à la naissance.

Ainsi les inégalités vont-elles à l’encontre du développement humain – pour chacun et chacune d’entre nous. Nous en subissons toutes et tous les conséquences.

Des niveaux élevés d’inégalité sont associés à l’instabilité économique, à la corruption, aux crises financières, à la hausse de la criminalité et à une mauvaise santé physique et mentale.

Les discriminations, les violences et l’absence d’accès à la justice sont caractéristiques des inégalités que subissent beaucoup de personnes, en particulier les autochtones, les migrants, les réfugiés et les personnes appartenant à des minorités quelles qu’elles soient. Ces inégalités constituent une atteinte directe aux droits humains.

La lutte contre les inégalités a donc été, de tout temps, un moteur de la justice sociale, des droits du travail et de l’égalité femmes-hommes.

La vision des Nations Unies – qui est aussi une promesse – est que l’alimentation, les soins de santé, l’eau et l’assainissement, l’éducation, le travail décent et la sécurité sociale ne sont pas des marchandises à vendre à celles et à ceux qui peuvent se les offrir, mais des droits humains fondamentaux auxquels nous avons tous droit.

Nous nous employons à réduire les inégalités, chaque jour, partout.

Cette vision est aussi importante aujourd’hui qu’elle l’était il y a 75 ans.

Elle est au cœur du Programme de développement durable à l’horizon 2030, le plan d’action dont nous nous sommes dotés d’un commun accord pour bâtir un monde de paix et de prospérité sur une planète saine, vision qui s’est traduite dans l’objectif de développement durable no 10 (Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre).

Chers amis,

Même avant la pandémie du COVID-19, dans le monde entier, beaucoup étaient conscients que les inégalités compromettaient leurs chances et leurs perspectives d’avenir.

Ils voyaient un monde déséquilibré.

Ils se sentaient laissés de côté.

Ils voyaient les politiques économiques canaliser les ressources vers le haut, vers quelques privilégiés.

Sur tous les continents, des millions de personnes sont descendues dans la rue pour faire entendre leur voix.

Elles avaient en commun de subir de profondes inégalités qui ne cessaient de s’aggraver.

La colère qui a alimenté les deux mouvements sociaux que nous avons connus récemment est le signe d’une désillusion totale à l’égard du statu quo.

Partout dans le monde, des femmes ont dénoncé l’un des exemples les plus flagrants d’inégalité entre les sexes, pour que cela cesse: la violence exercée par des hommes puissants contre des femmes qui essaient simplement de faire leur travail.

Le mouvement contre le racisme, déclenché par le meurtre de George Floyd, s’est répandu dans le monde entier depuis les États-Unis, autre signe que les gens en ont assez.

Assez des inégalités et des discriminations : assez que les gens soient traités comme des criminels en fonction de leur couleur de peau;

Assez du racisme structurel et de l’injustice systémique qui privent les gens de leurs droits humains fondamentaux.

Ces mouvements mettent en évidence deux des sources historiques d’inégalité dans notre monde : le colonialisme et le patriarcat.

Le monde du Nord, et plus précisément mon propre continent, l’Europe, a imposé un régime colonial à une grande partie du monde du Sud pendant des siècles, par la violence et la coercition.

Le colonialisme a créé de profondes inégalités dans les pays et entre eux, y compris les fléaux de la traite transatlantique des esclaves et du régime d’apartheid ici en Afrique du Sud.

Après la Seconde Guerre mondiale, un nouveau consensus mondial autour de l’égalité et de la dignité humaine a donné naissance à l’Organisation des Nations Unies.

Une vague de décolonisation a balayé le monde.

Mais ne nous leurrons pas.

L’héritage du colonialisme se manifeste encore.

Il se manifeste dans l’injustice économique et sociale, dans la multiplication des crimes de haine et dans l’intensification de la xénophobie ; dans la persistance du racisme institutionnalisé et de la suprématie blanche.

Il se manifeste dans le système commercial mondial. Les économies ayant été colonisées risquent davantage de s’enfermer dans la production de matières premières et de biens à faible technicité – une nouvelle forme de colonialisme.

Et il se manifeste dans les rapports de force qui existent dans le monde.

L’Afrique a été doublement victime. Premièrement, elle a été la cible du projet colonial. Deuxièmement, les pays d’Afrique sont sous-représentés dans les institutions internationales qui ont vu le jour après la Seconde Guerre mondiale, avant que la plupart d’entre eux n’aient obtenu leur indépendance.

Les nations sorties victorieuses il y a 70 ans refusent d’envisager les réformes qui sont nécessaires à la modification des rapports de force dans les institutions internationales. La composition et les droits de vote au sein du Conseil de sécurité de l’ONU et des conseils d’administration du système de Bretton Woods en sont un exemple.

Les inégalités commencent au sommet : dans les institutions mondiales. La lutte contre les inégalités doit commencer par la réforme de ces institutions.

Et n’oublions pas une autre grande source d’inégalité dans notre monde : des milliers d’années de patriarcat.

Nous vivons dans un monde dominé par les hommes où la culture l’est également.

Partout, les femmes sont plus mal loties que les hommes, simplement parce que ce sont des femmes. Les inégalités et les discriminations sont la norme. La violence à l’égard des femmes, y compris le féminicide, atteint des niveaux épidémiques.

Dans le monde entier, les femmes sont toujours exclues des hautes fonctions dans les gouvernements et les conseils d’administration des entreprises. Moins d’un dirigeant mondial sur 10 est une femme.

Les inégalités de genre nuisent à toutes et à tous car elles nous empêchent de bénéficier de l’intelligence et de l’expérience de l’ensemble de l’humanité.

C’est pourquoi, en tant que fier féministe, j’ai fait de l’égalité femmes-hommes une priorité absolue, et la parité des sexes est maintenant une réalité dans les postes de haut rang à l’ONU. J’invite instamment tous les dirigeants, quels qu’ils soient, à faire de même.

Et j’ai le plaisir d’annoncer que notre nouveau champion mondial dans le cadre de l’Initiative Spotlight lancée par l’ONU est le Sud-Africain Siya Kolisi, qui s’efforce de mobiliser d’autres hommes dans la lutte contre le fléau mondial de la violence à l’égard des femmes et des filles.

Chers amis,

Les dernières décennies ont créé de nouvelles tensions et de nouvelles tendances sont apparues.

La mondialisation et l’évolution technologique ont permis d’énormes avancées en matière de revenus et de prospérité.

Plus d’un milliard de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté.

Mais l’essor du commerce et les progrès technologiques ont également contribué à un changement radical sans précédent dans la répartition des revenus.

Entre 1980 et 2016, les 1 % les plus riches de la planète ont accaparé 27 % de la croissance cumulée de revenus dans le monde.

Les travailleurs peu qualifiés sont confrontés au déferlement des nouvelles technologies, à l’automatisation, à la délocalisation de la production et à la disparition des syndicats.

Les avantages fiscaux et l’évasion et la fraude fiscales restent très répandus. Les taux de l’impôt sur les sociétés ont chuté.

Et cela a entraîné une diminution des ressources à investir dans les services qui peuvent permettre de réduire les inégalités : protection sociale, éducation et soins de santé.

La nouvelle génération d’inégalités va au-delà des revenus et des richesses, puisqu’elle touche aux connaissances et aux compétences qui sont nécessaires pour réussir dans le monde d’aujourd’hui.

Les profondes disparités commencent avant la naissance ; elles définissent des vies et sont la cause de décès précoces.

Dans les pays à très haut niveau de développement humain, plus de 50 % des jeunes de 20 ans font des études supérieures. Dans les pays à faible niveau de développement humain, ce chiffre est de 3 %.

Plus choquant encore: quelque 17 % des enfants nés il y a 20 ans dans des pays à faible développement humain sont déjà morts.

Chers amis,

Si l’on se tourne vers l’avenir, deux phénomènes de grande ampleur vont façonner le XXIe siècle : la crise climatique et la transformation numérique. Deux phénomènes qui pourraient creuser encore les inégalités.

Ce qui se produit aujourd’hui dans les centres technologiques et les pôles d’innovation est parfois très préoccupant.

Non seulement l’industrie technologique, fortement dominée par les hommes, est-elle privée de la moitié du savoir-faire et des perspectives de la planète, mais elle utilise aussi des algorithmes qui pourraient renforcer la discrimination sexuelle et raciale.

La fracture numérique renforce les clivages sociaux et économiques, allant de l’illettrisme aux soins de santé, des zones urbaines aux zones rurales, de la maternelle à l’université.

En 2019, environ 87 % des personnes utilisaient Internet dans les pays développés, contre seulement 19 % dans les pays les moins avancés.

Nous risquons de nous retrouver dans un monde à deux vitesses.

Dans le même temps, d’ici à 2050, les changements climatiques, qui iront en s’accélérant, toucheront des millions de personnes de diverses manières : malnutrition, paludisme et autres maladies, migrations et phénomènes météorologiques extrêmes.


Cela représente une grave menace pour l’égalité et la justice entre les générations. Aujourd’hui, les jeunes qui manifestent contre les changements climatiques sont en première ligne de la lutte contre les inégalités.

Les pays les plus touchés par les perturbations climatiques sont ceux qui ont le moins contribué au réchauffement de la planète.

L’économie verte sera une nouvelle source de prospérité et d’emploi. Mais certaines personnes vont perdre leur emploi, en particulier dans les régions désindustrialisées de la planète.

C’est pourquoi nous appelons non seulement à l’action climatique, mais aussi à la justice climatique.

Les dirigeants politiques doivent faire preuve d’ambition et les entreprises de hauteur de vue. Les citoyennes et citoyens du monde entier doivent se faire entendre.

Il existe une autre voie : c’est celle que nous devons prendre.

 Chers amis,

Les effets délétères dus aux niveaux d’inégalité actuels sont évidents.

On dit parfois que la marée montante de la croissance économique soulève tous les bateaux.

Mais, la réalité, c’est qu’une lame déferlante d’inégalités les engloutit tous.

La confiance dans les institutions et les dirigeants s’érode. Le taux de participation électorale a chuté de 10 % en moyenne à l’échelle mondiale depuis le début des années 1990.

Les personnes qui se sentent marginalisées sont plus facilement la proie d’arguments qui rejettent la faute de leurs malheurs sur l’autre, surtout si celui-ci est différent, par son apparence ou son comportement.

Mais le populisme, le nationalisme, l’extrémisme et la rhétorique du bouc émissaire ne font que créer de nouvelles inégalités et semer la division au sein des populations et entre elles, entre les pays, entre les groupes ethniques, entre les religions.

La pandémie du COVID-19 est une tragédie humaine. Mais elle représente également pour nous une occasion d’agir.

Une occasion de reconstruire un monde plus égalitaire et durable.

Les mesures prises pour faire face à la pandémie, et au mécontentement général qui l’a précédée, doivent reposer sur un nouveau contrat social et une nouvelle donne mondiale porteurs d’égalité des chances pour toutes et tous et de respect des droits et des libertés de chacune et chacun.

Ce n’est que de cette manière que nous pourrons atteindre les objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030, de l’Accord de Paris et du Programme d’action d’Addis-Abeba – des accords qui visent justement à corriger les failles mises au jour et exploitées par la pandémie.

Un nouveau contrat social au sein des sociétés pour que les jeunes vivent dans la dignité; pour que les femmes aient les mêmes perspectives et les mêmes chances que les hommes ; pour que les personnes malades, les groupes vulnérables et toutes les minorités soient protégés.

L’éducation et les technologies numériques doivent être deux puissants leviers et facteurs d’égalité.

« L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ». Comme toujours, Nelson Mandela a été le premier à le dire.

L’égalité d’accès à l’éducation, dès la petite enfance et tout au long de la vie, doit être une priorité des gouvernements.

Grâce à la neuroscience, nous savons que l’éducation préscolaire change des vies et a des bienfaits immenses pour les collectivités et les sociétés.

C’est donc sans surprise que, dans un monde où les enfants les plus riches ont sept fois plus de chances de fréquenter un établissement préscolaire que les enfants les plus pauvres, les inégalités se reproduisent d’une génération à l’autre.

Si l’on veut assurer à toutes et à tous une éducation de qualité, il faut que les dépenses consacrées à l’éducation dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire soient multipliées au moins par deux d’ici à 2030, de sorte qu’elles atteignent 3 billions de dollars par an.

En l’espace d’une génération, tous les enfants des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire pourraient avoir accès à une éducation de qualité à tous les niveaux.

C’est possible. Il ne tient qu’à nous de le décider.

Par ailleurs, dans un monde transformé par la technologie, il ne suffit plus d’apprendre des connaissances et des compétences. C’est pourquoi les gouvernements doivent investir en priorité dans l’aptitude à se servir des outils numériques et dans l’infrastructure numérique.

Il est essentiel d’apprendre à apprendre, à s’adapter et à acquérir de nouvelles compétences.

La révolution numérique et l’intelligence artificielle vont changer la nature du travail, ainsi que les relations entre travail, loisirs et autres activités, au-delà de ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui.

Le Plan d’action de coopération numérique, lancé par l’ONU le mois dernier, met en avant la vision d’un avenir numérique durable et inclusif en donnant accès à Internet, d’ici à 2030, aux quatre milliards de personnes qui en sont encore privées.

L’ONU a également lancé « Giga », un ambitieux projet visant à connecter toutes les écoles du monde à Internet.

La technologie peut accélérer le relèvement après le COVID-19 et la réalisation des objectifs de développement durable.

Chers amis,

Le manque de confiance qui ne cesse de croître entre les populations, les institutions et les dirigeants nous menace toutes et tous.

Les gens veulent des systèmes sociaux et économiques au service de toutes et de tous. Ils veulent que les droits humains et les libertés fondamentales soient respectés. Ils veulent avoir leur mot à dire dans les décisions qui les concernent.

Le nouveau contrat social entre gouvernements, particuliers, société civile, entreprises et autres acteurs doit porter sur l’emploi, le développement durable et la protection sociale et être fondé sur l’égalité des droits et des chances pour toutes et tous.

Les politiques du marché du travail, alliées à un dialogue constructif entre employeurs et représentants syndicaux, peuvent servir à améliorer les rémunérations et les conditions de travail.

Les représentants du monde du travail ont également un rôle crucial à jouer s’agissant des enjeux que la technologie et la transformation structurelle présentent pour les emplois – notamment la transition vers une économie verte.

Les mouvements de travailleurs et de travailleuses peuvent se targuer d’une longue expérience du combat contre les inégalités et pour les droits et la dignité de toutes et de tous.

Il est essentiel d’étendre progressivement la protection sociale au secteur non structuré de l’économie.

Un monde en mutation rend nécessaire une nouvelle génération de politiques de protection sociale instaurant de nouveaux filets de sécurité sociale, dont la couverture sanitaire universelle et la perspective d’un revenu minimum universel.

Il est indispensable d’établir des seuils minimaux de protection sociale et d’inverser la tendance au sous-investissement dans les services publics essentiels, notamment l’éducation, les soins de santé et l’accès à Internet.

Mais cela ne suffira pas à éliminer les inégalités qui sont enracinées dans nos sociétés.

Des programmes d’action positive et des politiques ciblées sont nécessaires pour venir à bout des inégalités historiques fondées sur le genre, la race ou l’appartenance ethnique, qui ont été renforcées par les normes sociales, et réparer ces inégalités.

Les politiques fiscales ont également un rôle à jouer dans le nouveau contrat social. Chacun et chacune – particuliers et sociétés – doit contribuer à la hauteur de ses moyens.

Dans certains pays, il est possible d’instituer un impôt sur les profits énormes que les personnes les plus riches et les plus influentes tirent de l’État, aux dépens de leurs concitoyennes et concitoyens.

Les gouvernements devraient également transférer la charge fiscale aujourd’hui imposée à la masse salariale pour qu’elle vise plutôt les émissions de carbone.

Imposer les émissions de carbone plutôt que les personnes permettra d’accroître la production et l’emploi, tout en réduisant la pollution de l’air.

Nous devons enrayer le cercle vicieux de la corruption, à la fois source et corollaire des inégalités. Du fait de la corruption, les fonds disponibles pour la protection sociale diminuent et sont gaspillés ; les normes sociales et la primauté du droit sont fragilisées.

La lutte contre la corruption passe par le respect du principe de responsabilité, dont le meilleur garant est une société civile dynamique, et notamment une presse libre et indépendante et des plateformes de médias sociaux responsables favorisant un débat serein.

Chers amis,

Regardons la réalité en face. Le système politique et économique mondial ne permet pas de répondre aux attentes qui concernent les biens publics mondiaux fondamentaux : santé publique, action climatique, développement durable, paix.

La pandémie du COVID-19 a mis en lumière le décalage tragique qui existe entre l’intérêt personnel et l’intérêt commun, ainsi que d’importantes failles dans les structures de gouvernance et les cadres éthiques.

Pour les corriger, et pour rendre le nouveau contrat social possible, nous avons besoin d’une nouvelle donne mondiale, qui permette une plus large distribution et une répartition plus équitable du pouvoir, des richesses et des chances au niveau international.

Le nouveau modèle de gouvernance mondiale doit reposer sur la participation pleine et inclusive, sur un pied d’égalité, aux institutions internationales.

À défaut, nous verrons les inégalités se creuser et le manque de solidarité s’aggraver, à l’image de ce que nous voyons aujourd’hui du fait de la fragmentation de l’action menée à l’échelle internationale contre la pandémie du COVID-19.

Les pays développés se soucient au plus haut point de leur propre survie face à la pandémie. Mais ils n’ont pas apporté aux pays en développement l’appui nécessaire pour traverser cette période dangereuse.

Le meilleur moyen de changer cet état de fait est d’avoir une nouvelle donne mondiale, reposant sur une mondialisation équitable, sur le respect des droits et de la dignité de tous les êtres humains, sur l’harmonie avec la nature, sur la prise en compte des droits des générations futures et sur l’idée que le succès se mesure à l’aune de considérations humaines plutôt qu’économiques.

Il ressort clairement de la consultation mondiale engagée à l’occasion du soixante-quinzième anniversaire de l’ONU que les gens veulent un système de gouvernance mondiale qui tienne ses promesses à leur égard.

Les pays en développement doivent être davantage entendus lors de la prise de décisions au niveau mondial.

Nous devons également instaurer un système commercial multilatéral plus inclusif et mieux équilibré qui permette aux pays en développement de gravir les échelons des chaînes de valeur mondiale.

Il faut prévenir les flux financiers illicites, le blanchiment d’argent et la fraude fiscale. Nous devons parvenir à un consensus mondial en vue de mettre fin aux paradis fiscaux.

Nous devons travailler main dans la main pour intégrer les principes du développement durable à la prise de décisions financières. Les flux financiers doivent être redirigés de l’économie brune et de l’économie souterraine vers l’économie verte, durable et équitable et les marchés financiers doivent être des partenaires à part entière à cet égard.

Il faut créer une marge de manœuvre budgétaire afin de rediriger les investissements dans cette direction en réformant l’architecture de la dette et en rendant le crédit à un coût abordable plus accessible.

Chers amis,

Nelson Mandela a dit que l’un des défis de notre époque était de réintroduire dans les consciences le sentiment de solidarité entre les hommes, la nécessité d’être au monde par l’autre, grâce à lui et pour lui.


La pandémie du COVID-19 a fait ressortir plus que jamais l’importance et la force de ce message.

Nous sommes liés les uns aux autres.

Seule la solidarité nous permettra de tenir.

Aujourd’hui, dans les manifestations pour l’égalité raciale... dans les campagnes contre les discours de haine... dans la lutte des populations pour leurs droits et ceux des générations futures... nous voyons les prémisses d’un nouveau mouvement.

D’un mouvement qui rejette les inégalités et les clivages et qui unit la jeunesse, la société civile, le secteur privé, les villes, les régions et tant d’autres autour de politiques propices à la paix, à notre planète, à la justice et aux droits humains pour toutes et tous. Un mouvement qui fait déjà évoluer les choses.

Il est temps pour les dirigeants mondiaux de décider:

Succomberons-nous au chaos, aux divisions et aux inégalités?

Ou redresserons-nous les torts du passé et avancerons-nous ensemble, pour le bien de toutes et de tous?

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vendredi 15 novembre 2019

Paris Peace Forum: Le discours sans complaisance d'Antonio Guterres, SG de l'ONU !

"Notre monde est troublé. Il n`est plus bipolaire ou unipolaire, comme dans le passé, mais il n`est pas encore réellement multipolaire. Les rapports de force sont imprévisibles. Bien souvent, il ne s`agit plus de guerres entre Etats souverains, mais de conflits asymétriques où les Etats sont confrontés à  des groupes non-étatiques" a déclaré Antà³nio Guterres, le Secrétaire général des Nations Unies et un homme avisé et extrêmement informé, lors de son discours qu'il a prononcé à  l'ouverture du Forum de Paris sur la paix, qui s'est déroulé en marge des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, dimanche dernier à  Paris. Son analyse est sans complaisance sur notre monde actuel. Pour parler de la paix, il faut parler du danger qui nous guette.

DISCOURS A L`OUVERTURE DU FORUM DE PARIS POUR LA PAIX

Paris, 11 Novembre 2019

Cher Pascal Lamy, Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Je suis heureux de revenir au Forum de Paris pour la Paix et d`inaugurer sa deuxième édition dans cette magnifique Grande Halle.

Le succès immédiat de cet événement illustre le désir et le besoin de réflexions nouvelles sur la gouvernance internationale.

Il y a un an, à  l`occasion du centenaire de l`armistice de la Première Guerre mondiale, nous avons évoqué le chemin parcouru et les nécessaires leçons de l`histoire.

Bien sà»r, en comparaison avec les conflits effroyables du siècle passé, la situation actuelle peut nous paraître plus pacifique.

Mais nous sommes encore loin de la paix perpétuelle des Lumières.

La réalité est bien plus chaotique et incertaine.

Sahel, Libye, Syrie, Yémen, Afghanistan … à  travers le monde, les conflits perdurent, provoquant souffrances et déracinement des populations.

Notre monde est troublé.

Il n`est plus bipolaire ou unipolaire, comme dans le passé, mais il n`est pas encore réellement multipolaire.

Les rapports de force sont imprévisibles.

Bien souvent, il ne s`agit plus de guerres entre Etats souverains, mais de conflits asymétriques où les Etats sont confrontés à  des groupes non-étatiques.

Avec l`interférence croissante d`acteurs tiers, ces conflits acquièrent rapidement une dimension régionale.

Dans le même temps, les relations entre les grandes puissances sont plus dysfonctionnelles que jamais.

Avec, nous le voyons, des conséquences regrettables au Conseil de Sécurité, qui se retrouve régulièrement paralysé.

Et même lorsque le Conseil agit, des ingérences extérieures rendent la mise en œ“uvre des résolutions encore plus difficile.

Regardez l`embargo sur les armes en Libye. Personne ne le respecte, et on n`essaye même pas de s`en cacher.

Les tensions internes ou régionales se propagent.

Les conflits deviennent de plus en plus interdépendants et de plus en plus liés à  une nouvelle forme de terrorisme global.

L`impact du conflit libyen sur le Sahel et la région du lac Tchad en est un triste exemple de ce que j`ai dit.

A cela s`ajoute le danger de la prolifération nucléaire, qui, loin de disparaître, fait même un retour inquiétant.

La prévention est donc plus que jamais indispensable.

Nous devons nous attaquer aux causes profondes et prévenir la montée des tensions ou l`éruption de nouveaux conflits.

Cela ne peut se faire que dans le cadre du multilatéralisme.

C`est le sens des réformes que j`ai lancées au sein des Nations Unies, qui placent la prévention des crises et la médiation au cœ“ur de notre dispositif, tout en développant une architecture pour combattre l`extrémisme violent et renforcer la paix et la sécurité internationales en étroite coopération avec les organisations régionales comme l`Union Africaine et l`Union européenne.

Chers amis,

Dans le contexte de ce panorama général, je voudrais évoquer en particulier cinq risques globaux, cinq fissures grandissantes.

Tout d`abord, nous voyons apparaître le danger d`une fracture économique, technologique et géostratégique.

Une planète divisée en deux, qui verrait les deux plus grandes puissances économiques asseoir leur pouvoir sur deux mondes séparés en compétition, chacun avec sa devise dominante, ses propres règles commerciales et financières, son propre Internet, son propre développement de l`intelligence artificielle et ses propres stratégies géopolitiques et militaires dans un jeu à  somme nulle.

Nous devons tout faire pour éviter cette Grande Fracture et préserver un système global : une économie universelle dans le respect du droit international ; un monde multipolaire avec des institutions multilatérales solides.

Pour cela, nous avons absolument besoin d`une Europe forte et unie comme pilier fondamental d`un ordre multilatéral fondé sur l`Etat du droit et le respect des libertés fondamentales.

En tant qu`ancien chef de gouvernement européen, je sais que ce n`est pas toujours évident.

Mais en tant que Secrétaire-Général des Nations Unies, je sais aussi que l`Union européenne représente une lueur d`espoir et que son échec contribuerait gravement l`échec du multilatéralisme.

Dans le même temps, on observe au niveau national une fissure du contrat social.

Nous assistons à  une vague de manifestations dans le monde entier.

Et si chaque situation est unique, il existe deux points communs.

Tout d`abord, nous voyons une défiance de plus en plus grande des citoyens envers les institutions et dirigeants politiques. Le contrat social est menacé.

Nous voyons également les effets négatifs d`une mondialisation associée aux progrès technologiques accroître les inégalités au sein des sociétés.

Les peuples souffrent et veulent être entendus.

Ils ont soif d`égalité.

Ils demandent des systèmes sociaux et économiques qui fonctionnent pour tous.

Ils veulent que leurs droits humains et libertés fondamentales soient respectés.

Ils veulent avoir leur mot à  dire dans les décisions qui affectent leur vie.

Et lorsque ce n`est pas le cas, ce sentiment d`exclusion peut conduire à  la révolte.

Les gouvernements ont l'obligation de respecter les libertés d'expression et de réunion pacifique.

Je suis préoccupé par le fait que certaines manifestations ont conduit à  la violence et à  la perte de vies humaines.

Chacun doit faire preuve de retenue et privilégier le dialogue.

Il nous faut répondre à  ce malaise des populations par un nouveau contrat social, inclusif et équitable.

Les jeunes doivent accéder à  des conditions de vie dignes.

Les femmes doivent avoir les mêmes chances et opportunités que les hommes.

Comment expliquer à  nos enfants qu`au rythme actuel, l`égalité économique entre hommes et femmes ne sera atteinte que dans deux siècles ?

Les personnes atteintes par la maladie, en situation de précarité ou de handicap doivent être protégées.

Une société apaisée implique l`égalité des chances et le respect des droits et libertés de tous.

C`est la feuille de route des Objectifs de développement durable et du Programme 2030 adopté par l`Assemblée Générale : une mondialisation durable et inclusive.

Et ce doit être au cœ“ur de la réflexion sur les nouveaux modèles de gouvernance mondiale.

C`est uniquement par la pleine participation de chacun que nous rétablirons la confiance des peuples dans le système démocratique.

Chers amis,

Lorsque ces inégalités sociales ne sont pas résorbées, elles nourrissent une troisième fissure : celle de la solidarité.

Nous le savons, un tel contexte social entraîne un phénomène bien trop connu, celui du repli sur soi.

Et ce sont les plus fragiles - minorités, réfugiés, migrants, femmes, enfants - qui en sont les premières victimes.

La peur de l`étranger est utilisée à  des fins politiques.

L`intolérance, la haine deviennent banales.

Des personnes qui ont tout perdu se voient désignées comme la cause de tous les maux.

Cette instrumentalisation accentue la polarisation de la vie politique et le risque de sociétés fracturées.

Retrouvons la raison.

Ne cédons pas aux discours populistes.

N`acceptons jamais le racisme, la xénophobie, la discrimination.

Tendons la main.

Loin des calculs politiques de court terme qui produisent malaise et divisions, faisons preuve d`audace et de courage politique.

La diversité n`est pas une menace mais une richesse.

Pour garantir son succès, investissons dans la cohésion sociale, afin que chaque communauté se sente respectée dans son identité et puisse pleinement participer à  la société dans son ensemble.

En parallèle, poursuivons une plus grande coopération internationale.

Nous devons combattre la traite des êtres humains et les passeurs qui s`enrichissent sur le dos de femmes et hommes désespérés.

Nous devons continuer sur la lancée du premier Pacte mondial sur les migrations, adopté en décembre dernier.

Il est urgent de rétablir l`intégrité du régime de protection des réfugiés et tenir les promesses du Pacte mondial sur les réfugiés.

Chers amis,

Il est probable que ces flux humains augmentent dans les années à  venir - ce qui m`amène à  la quatrième fissure : celle entre notre planète et ses habitants.

Ne mà¢chons pas les mots : la crise climatique est une course contre la montre pour la survie de notre civilisation et une course que nous sommes en train de perdre.

Si ce péril n`est hélas pas encore une évidence pour certains, c`est une réalité pour bien des populations, dont l`environnement devient invivable. Nous voyons les records de température tomber les uns après les autres. Nous voyons les banquises rétrécir et les déserts s`étendre.

Nous sommes témoins de tempêtes de plus en plus imprévisibles et destructrices.

J`ai vu de mes propres yeux la dévastation en Dominique, au Mozambique ou aux Bahamas.

La multiplication de ces phénomènes extrêmes provoque le déplacement de populations et participe à  la déstabilisation de territoires entiers et aux conflits locaux.

Le Sahel ou l`Afghanistan en sont de tristes exemples.

Et ce n`est que le début.

Si nous n`agissons pas maintenant, l`histoire retiendra que nous disposions de toutes les instruments nécessaires pour prévenir cela et que nous avons choisi de ne rien faire.

Nos enfants et petits-enfants se souviendront que nous ne les avons pas écoutés et avons privilégié les faux profits de court terme à  leur futur.

Mais il n`est pas trop tard. Les solutions existent.

C`est pour cela que nous avons organisé le Sommet d`Action pour le Climat.

Pour agir sans tarder, avec plus d`ambition.

L`Accord de Paris doit être mis en œ“uvre.

Mais la feuille de route établie par la communauté scientifique est claire : nous devons réduire les émissions de gaz à  effet de serre de 45% d`ici 2030 ; atteindre la neutralité carbone d`ici 2050 ; et limiter la hausse de la température globale à  1,5°C d`ici la fin du siècle.

Même si les engagements de Paris étaient pleinement respectés, et ce n`est pas le cas, cela ne suffirait pas à  nous mettre sur une telle trajectoire.

Les gouvernements doivent donc non seulement honorer leurs contributions nationales, mais les rehausser au plus vite.

Cela commence dès la COP25 qui se tiendra en fin d`année à  Madrid.

Il est plus que temps de mettre un prix sur le carbone et d`arrêter de subventionner les énergies fossiles avec l`argent du contribuable.

Est-il normal de récompenser la pollution qui tue des millions de personnes ?

L`heure est venue de taxer le carbone plutà´t que les salaires. Ce sont les pollueurs qui doivent payer.

Le progrès technologique joue en notre faveur. Je vois de nombreux investisseurs et entreprises adopter des modèles de développement durables et prospères. C`est le manque de volonté politique qui me préoccupe grandement.

Les pays développés doivent également tenir la promesse de mobiliser, d`ici 2020, 100 milliards de dollars par an de sources publiques et privées pour les pays en développement.

Les 9,8 milliards de dollars promis il y a deux semaines lors de la conférence de reconstitution du Fonds vert pour le climat, représentent un signal important.

Chers amis,

Nous avons une dizaine d`années pour agir. Ne perdons plus de temps.

Enfin, nous voyons tous apparaître un cinquième risque, celui d`une fracture technologique.

Bien sà»r, les nouvelles technologies représentent un potentiel fantastique.

Un nouveau monde s`ouvre à  nous.

Nous le verrons pendant le forum, les nouvelles technologies représentent un outil de paix et de développement durable des sociétés.

Mais ces mêmes technologies peuvent également être un facteur de risques et d`accélération des inégalités.

Des secteurs entiers du marché de l`emploi disparaissent.

Et si de nouvelles opportunités émergent, les emplois créés ne sont pas de la même nature.

Pour éviter l`exclusion, il est donc essentiel d`établir une stratégie éducative de long terme, qui intègre l`apprentissage des nouvelles technologies tout au long de la vie.

Il ne faut plus simplement s`instruire, mais apprendre à  apprendre, tout en mettant en place des mécanismes innovants de protection sociale afin de ne laisser personne de cà´té.

La technologie doit être un vecteur de réduction des inégalités et de progrès social.

Dans le même temps, la manipulation de l`information et les discours de haine se propagent.

De nouvelles formes de surveillance, y compris par des entités privées, se généralisent.

La régulation traditionnelle ne fonctionne pas. Le législateur n`arrive pas à  suivre le rythme de la loi de Moore.

Pour cela, je souhaite faire des Nations Unies une plateforme où gouvernements, entreprises, chercheurs et société civile se rencontrent afin de définir ensemble les lignes rouges et les règles de bonne conduite numérique.

Le rapport du Groupe de Haut Niveau sur la Coopération Numérique illustre cette vision multi-acteurs et peut guider nos efforts communs.

Le Forum annuel sur la gouvernance de l`internet constitue un rendez-vous important et je sais que certains d`entre vous se joindront à  moi à  Berlin à  la fin du mois.

L`Appel de Paris, adopté au Forum l`année dernière, constitue un autre pas en ce sens.

J`ai également lancé une stratégie à  l`échelle du système des Nations Unies pour lutter contre les discours de haine en ligne. C`est un combat de chaque instant.

Chers amis,

Grà¢ce à  l`adoption du Règlement général de protection des données, l`Union européenne fait figure d`exemple en la matière et inspire des mesures similaires ailleurs dans le monde.

Elle doit continuer de façonner l`ère numérique et être en première ligne de la régulation technologique.

Car dans un espace peu ou pas régulé, la cybercriminalité prospère.

Des campagnes de désinformation, orchestrées avec des moyens très modestes, atteignent l`autre bout du monde.

Des cyberattaques paralysent des Etats ou entreprises entières.

Et une nouvelle course, celle des cyber armements, est déjà  en cours.

Il est à  craindre que la prochaine guerre soit déclenchée par une cyberattaque massive.

Demain, des robots tueurs pourraient prendre la relève des soldats.

Nous devons interdire toute arme autonome.

Des machines qui ont le pouvoir et la discrétion de tuer sans intervention humaine sont politiquement inacceptables et moralement abjectes.

Comment imaginer que le `` progrès » technologique puisse entraîner un recul des droits humains ?

L'intelligence artificielle doit au contraire être mise à  profit pour garantir à  chacun une vie digne, dans la paix et la prospérité.

Mesdames et Messieurs,

Le monde se fissure. Le statu quo n`est pas tenable.

Quel État peut aujourd`hui réparer ces fissures seul, isolé du reste du monde ?

Aucun.

Nous avons besoin d`un système universel, respectueux du droit international et organisé autour d`institutions multilatérales fortes.

Nous avons besoin de plus de solidarité internationale, de plus de multilatéralisme.

Mais d`un multilatéralisme qui s`adapte aux défis d`aujourd`hui et de demain.

C`est pour cela que j`ai lancé des réformes visant à  rendre l`Organisation des Nations Unies plus efficace et plus agile.

Au-delà , nous devons penser le multilatéralisme en réseaux, au plus près des populations.

Il nous faut travailler main dans la main avec les organisations régionales, mais également les institutions financières, les banques de développement et les agences spécialisées.

Ainsi, au Sahel, nous coopérons avec les gouvernements, l`Union africaine, la CEDEAO, le G5 Sahel, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaires International, la Banque Africaine de Développement, l`Alliance Sahel, les pays donateurs et bien d`autres afin de répondre aux enjeux sécuritaires et de développement de façon coordonnée et intégrée.

Ensuite, la coopération internationale ne peut se contenter des seuls acteurs institutionnels.

Les projets présentés ici sont autant d`arguments pour un multilatéralisme inclusif, avec la pleine participation de la société civile, dont la jeunesse, des milieux économiques, universitaires et philanthropiques.

L`enjeu climatique en est un exemple. J`étais le mois dernier à  Copenhague à  l`occasion de la conférence C40 des maires engagés pour le climat.

Les villes représentent 70% des émissions. Une action concertée avec les acteurs locaux est donc essentielle.

Au-delà , les Objectifs développement durable requièrent des investissements extraordinaires. Ainsi, j`ai rassemblé l'Alliance des investisseurs mondiaux pour le développement durable, qui comprend 30 investisseurs influents s`engageant à  lever ensemble des milliers de milliards de dollars au cours des deux prochaines années.

Pourquoi ? Parce qu`ils savent qu`investir dans le développement durable est non seulement éthique mais aussi rentable.

Mais c`est le cas sur bien d`autres sujets, comme nous le verrons tout au long du Forum.

La campagne Digital Peace Now vise ainsi à  répondre à  l`augmentation des cyberattaques en encourageant les dirigeants mondiaux à  créer un cyberespace plus sà»r.

Je suis également heureux que le hub français du réseau International Gender Champions, lancé à  Genève en 2015 et dont je suis honoré de faire partie, soit inauguré demain.

Je crois profondément que l`inégalité des sexes est avant tout un enjeu de pouvoir, et il est essentiel de faire de l'égalité femme-homme une réalité professionnelle.

C`est pour cela que j`ai depuis mon premier jour à  la tête des Nations Unies déployé une stratégie pour atteindre la parité bien avant 2030. C`est aujourd`hui chose faite au sein du Conseil de direction ainsi que parmi les Coordonnateurs Résidents.

La participation des femmes aux processus de paix est tout aussi essentielle. La résolution 1325 `` Femmes, paix et sécurité » doit être mise en œ“uvre et les bonnes intentions se transformer en réalité.

Chers amis,

Cette vision d`une coopération inclusive est au cœ“ur de la réflexion que nous lançons à  l`occasion du 75ème anniversaire de l`ONU.

Tout au long de l`année 2020, un dialogue ouvert aux citoyens du monde entier permettra de recueillir des idées pour faire face aux défis et encourager l`action collective.

Les résultats seront présentés aux dirigeantes et dirigeants du monde entier lors de la 75ème session de l`Assemblée générale.

Je vous invite à  y participer activement pour transformer cet anniversaire en un nouveau souffle pour le multilatéralisme.

Chers amis,

Seule une vision stratégique, inscrite dans la durée, nous permettra de résoudre des défis par nature interdépendants et de long terme.

Lutter contre la crise climatique, c`est aussi lutter pour la paix et la cohésion sociale. Contribuer à  l`accès aux technologies, c`est également contribuer à  l`égalité femme-homme. Prévenir les conflits, c`est aussi favoriser un développement juste et durable.

Nous l`avons prouvé par le passé : nous sommes capables de nous rassembler, d`être à  la hauteur de la situation.

Victor Hugo disait que ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent.

Et bien, luttons, luttons, sans relà¢che.

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lundi 2 septembre 2019

RDC: Antonio Guterres, Secrétaire Général de l'ONU face aux journalistes Congolais, après sa rencontre avec Félix Tshilombo à  Kinshasa !

RDC: Antonio Guterres, Secrétaire Général de l'ONU face aux journalistes Congolais, après sa rencontre avec Félix Tshilombo à  Kinshasa !

Kinshasa, Democratic Republic of the Congo, September 2, 2019

Merci bien de votre présence. Dans les deux jours que j'ai passés dans le Kivu du Nord, j'ai pu constater qu'il y a un vent d'espoir qui souffle en RDC, qu'il y a une opportunité à  saisir.

Et mon appel à  la communauté internationale tout entière, c'est qu'elle puisse s'unir pour appuyer le peuple congolais et pour appuyer les autorités congolaises pour que cette opportunité soit saisie, se transforme dans le renforcement des institutions, dans le développement durable et inclusif, dans la sécurité, dans la réponse aux problèmes humanitaires efficace ; et qu`en même temps, ce vent d'espoir puisse animer le peuple congolais à  répondre à  tous ces défis.

J'ai eu l'occasion de m'entretenir avec Monsieur le Président de la République et de lui exprimer notre conviction qu`il y a aujourd'hui au Congo un moment historique, un moment où l'on peut s'attendre à  un développement des institutions démocratiques, à  l'existence d'un gouvernement qui veut transformer le pays mais avec une opposition qui joue aussi un rà´le important dans la vie politique du pays, avec un respect accru des droits de l'homme et avec une vision pour le futur du Congo.

Cette visite est une visite de solidarité ; solidarité premièrement avec le peuple congolais mais aussi avec les autorités congolaises. Une solidarité qui s'exprime premièrement face aux défis sécuritaires.

J'étais au Nord Kivu et j'ai pu voir la dimension de la menace de l`ADF et de ses actions terroristes intolérables face aux populations congolaises.

Nous sommes convenus que la Monusco va renforcer sa capacité d'action vis à  vis l`ADF et va renforcer aussi sa coopération avec les Forces armées de la République démocratique du Congo pour mieux répondre aux préoccupations sécuritaires des populations face à  cette menace qui est non seulement congolaise, mais vraiment déjà  une menace internationale.

Deuxièmement, et sur le plan sécuritaire, on va renforcer notre coopération pour la démobilisation, le désarmement et la réintégration des anciens combattants. Et je vais faire un grand appel aux Congolais qui sont encore dans la brousse, dans des groupes armés, pour qu'ils laissent les armes et qu`ils acceptent de s'intégrer dans les communautés dans la perspective d'un nouveau Congo.

Mais notre coopération va aussi s'intensifier dans les domaines du développement, du développement inclusif et du développement durable. Le Congo a un potentiel de richesse énorme. Il faut que ce potentiel puisse servir les intérêts du peuple congolais et dans le domaine humanitaire.

Nous avons aujourd'hui, comme vous le savez, un combat très important contre l'Ebola, pour éradiquer l'Ebola. Mais nous ne voyons pas l'Ebola isolément : j'ai parlé avec les populations et je suis conscient qu'il y a, outre Ebola, la malaria, la rougeole, le choléra… Il faut une réponse qui soit une réponse capable non seulement d'éradiquer l'Ebola mais aussi d'appuyer le Congo pour créer les services de base de santé et les services sociaux de base qui puissent être bien plus efficaces dans le combat contre toutes les autres maladies et dans la création de conditions pour que le pays puisse sortir d'une situation d`aide humanitaire pure pour une situation de prestation de services de base par des structures contrà´lées ou coordonnées par l'Etat congolais.

Je tiens à  vous exprimer mon énorme satisfaction : nous avons eu un débat très constructif avec Monsieur le Président de la République et je suis sà»r que dans le cadre de la révision stratégique de la MONUSCO, le Conseil de sécurité décidera quelques ajustements qui puissent améliorer la MONUSCO et sa coopération avec le gouvernement congolais et que à  terme, nous travaillerons ensemble avec le gouvernement du Congo pour créer les conditions qui puissent permettre, un jour, que la mission onusienne puisse n'être plus nécessaire, et que le rapport entre les Nations Unies et le Congo soit un rapport normal - avec une équipe de pays qui travaille avec le gouvernement pour le développement et le bien-être du peuple congolais.

Mais pour le moment, nous restons engagés avec la République démocratique du Congo et je dois dire d`une façon très claire : les Nations unies n'abandonneront pas le peuple congolais.

Question sur la persistance des groupes armés à  l`est de la RDC

C'est évident que nous sommes loin d'avoir résolu les problèmes d'insécurité en République démocratique du Congo. Ensemble, la MONUSCO et la RDC n'ont pas encore été capables de résoudre ces problèmes pleinement.

Mais je dois vous dire aussi en toute sincérité que je pense que si la Monusco n'existait pas, la situation serait [bien] pire.

En tout cas, un des résultats de cette visite, c'est la décision que nous avons prise en coopération avec Monsieur le Président de la République que, non seulement nous allons renforcer la capacité d'opération de la MONUSCO notamment face à  l`ADF, mais que nous allons [aussi] renforcer la coopération entre la MONUSCO et les Forces armées de la République démocratique du Congo pour être plus efficaces dans la réponse face aux actes terroristes qui sont inacceptables, qui sont intolérables, et qui font souffrir énormément les populations.

Il ne faut pas oublier que 27 soldats onusiens sont déjà  tombés dans la lutte contre les ADF. On ne va [pas] commencer à  partir de rien mais on va tout faire pour améliorer ce qu'on fait et améliorer notre coordination avec les Forces armées de la République démocratique du Congo pour faire face d'une façon plus efficace à  la menace du terrorisme.

Question sur le soutien des bailleurs de fonds à  la riposte Ebola en RDC

J'ai eu aujourd'hui l'occasion de parler au corps diplomatique, où les bailleurs de fonds les plus importants sont représentés, et de faire un appel très clair.

Premièrement dans le domaine de l'Ebola, il faut reconnaître que les engagements pris par les pays donateurs correspondent jusqu'à  la fin de l'année plus ou moins aux besoins existants. Mais il faut transformer les engagements en paiements effectifs. Et là  nous n'avons eu jusqu'à  présent que 15 % de nos besoins jusqu'à  la fin de l'année.

Or, si dans une action humanitaire normale, il n'y a pas de problème s'il y a un retard d'une semaine (on adapte le programme pour résoudre cette difficulté), dans le cas de l'Ebola, une semaine sans ressources, une semaine sans réponse, cela ne veut pas dire qu'on perd une semaine, cela veut dire qu'on perd la guerre avec l'Ebola parce que les choses peuvent immédiatement se développer hors de contrà´le.

Alors j'ai fait un appel pour que les bailleurs de fonds puissent rapidement faire les paiements correspondant aux engagements qu'ils ont pris.

Mais en même temps, nous allons organiser avec le gouvernement congolais en novembre une conférence qui s'adresse non seulement au problème de l'Ebola mais surtout au problème des services médicaux , des services de santé de base. Parce qu`il nous faut avoir une capacité de répondre simultanément de façon plus efficace, non seulement à  l'Ebola, mais à  la rougeole, mais à  la malaria, mais au choléra, et à  tous les autres problèmes de santé de base du peuple congolais.

Et j'espère que la communauté internationale puisse répondre positivement à  cet appel qu`on va lancer dans cette conférence. La conférence aura lieu en principe à  Goma.

Question sur les efforts des Nations Unies pour répondre à  la détresse des populations de Beni.

Premièrement, ce n'est pas la première fois qu'on entend le cri de détresse. Quand j'étais à  Beni, quand j'étais à  Mangina, c'est évident qu`il y a déjà  longtemps que nous travaillons activement dans la région pour protéger la population de la menace de l'Ebola.

Ce que cette visite va nous permettre, c'est de renforcer notre capacité de réaction, notamment en matière de sécurité. J'ai discuté avec nos collègues qui sont responsables des Forces, notamment de la Brigade d'intervention, comment on peut être plus efficace dans notre action et surtout comment on peut [agir] - j`étais avec les chefs d'état-major des forces armées - pour améliorer la coordination sur le terrain entre les actions des Forces armées de la RDC et la MONUSCO.

Et là , je crois qu'il y a un chemin à  parcourir et je crois qu'il y a des changements qu'on peut introduire ensemble et qui peuvent se traduire, je l'espère, par une amélioration de la capacité à  répondre aux défis sécuritaires.

Question sur la nature de la riposte Ebola.

Il y a une vaccination très importante qui est est en train d'être faite. Il y a des centres de dépistage mais aussi des centres de traitement que j'ai visités d`ailleurs, et il y a maintenant un traitement qui peut [soigner] Ebola. Et ça c'est un changement radical.

Aujourd'hui, nous avons la capacité de [soigner] Ebola, pas seulement de la prévenir avec la vaccination qui va se développer, mais d'apporter rapidement [un traitement]. Et j'ai eu hier l'énorme joie de me réunir avec quelques vainqueurs de l'Ebola - des personnes qui ont subi les traitements et qui ont réussi à  être aujourd'hui libres de la maladie.

Alors cette réponse robuste qui est sur le terrain et en coopération avec les autorités congolaises, en coopération avec des organisations de la société civile - cette réponse robuste va encore se renforcer et je dois dire que j'ai beaucoup d'admiration, et pour la résilience du peuple congolais, et pour le courage et le dévouement de tous les travailleurs de santé -congolais et étrangers - qui acceptent de travailler notamment dans des endroits où il y a des attaques, et qui continuent à  travailler même si quelques-uns d'entre eux ont déjà  subi la perte de leur vie.

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RDC: Antonio Guterres, Secrétaire Général de l'ONU, face à  la presse, au Centre de traitement d'Ebola à  Mangina !

RDC: Antonio Guterres, Secrétaire Général de l'ONU, face à  la presse, au Centre de traitement d'Ebola à  Mangina !

Mangina, Democratic Republic of the Congo, 1 September 2019

Nous sommes à  l`épicentre de la crise de l`Ebola qui reste une menace sérieuse pour la santé publique, pour le pays et pour la population.

Je tiens à  exprimer toute mon admiration pour le courage et la résilience et l`engagement de la communauté et de celles et ceux qui sont guéris et qui sont, aujourd`hui, je dirais, le témoignage le plus important qui démontre qu`il y a une solution pour l`Ebola et qu`il faut que tout le monde se présente quand il y a des symptà´mes pour pouvoir être traité.

Mais c`est évident qu`il nous faut une réponse avec plusieurs volets : un volet sécuritaire. Pour combattre l`Ebola, il faut la liberté de mouvement, il faut l`accès, il faut la sécurité. Et notre solidarité doit s`exprimer par une coopération accrue entre la MONUSCO et les Forces armées de la RDC capables premièrement de contenir, et si possible de battre la menace d`actes terroristes des ADF, mais aussi de tout faire pour la démobilisation des autres groupes armés de nature locale et pour les convaincre qu`il faut abandonner la brousse et qu`il faut se réintégrer dans la société.

Avec un effort accru en matière de sécurité il nous faut aussi un effort accru en matière de combat contre l`Ebola dans toutes les régions affectées et de prévention dans d`autres régions à  l`intérieur et à  l`extérieur du Congo.

Il nous faut mobiliser toutes les capacités et toutes les réponses du pays et de la communauté internationale pour vaincre cette bataille et il faut reconnaître aussi que pour les populations congolaises, il y a d`autres maladies qui doivent être soignées : la rougeole, la malaria, le choléra. Sans oublier que la rougeole et la malaria font plus de victimes en RDC que l`Ebola elle-même, même si Ebola représente une menace qualitativement bien plus sérieuse au niveau national et au niveau régional.

Et pour tout faire dans ce domaine, il nous faut une solidarité accrue de la communauté internationale. La communauté internationale a bien répondu à  nos appels en matière de financements. Les financements promis jusqu`à  la fin de l`année correspondent plus ou moins aux besoins en matière de lutte contre l`Ebola mais seulement 15 % a été versé jusqu`à  présent. à‡a veut dire qu`il y a un problème de liquidités dans la réponse, qui est extrêmement sérieux. Et quand il n`y a pas de cash, même s`il y a des promesses, la réponse contre l`Ebola s`arrête. Et si on perd une semaine dans la réponse contre l`Ebola, on ne perd pas qu`une semaine : on peut perdre la guerre contre l`Ebola.

L`Ebola n`attend pas. Alors il faut que tous les pays et toutes les organisations qui se sont compromis à  des engagements financiers pour appuyer la réponse à  l`Ebola puissent très rapidement dépenser ce qui correspond à  leurs promesses pour que cette réponse vigoureuse que j`ai constatée ici et qui se répand dans toutes les zones infectées puisse continuer sans interruption.

Un mot aussi de solidarité vis à  vis de toutes les victimes et surtout un mot d`admiration pour ceux qui ont été déjà  guéris, ce qui démontre que ça vaut la peine de faire le traitement, que ça vaut la peine de se présenter à  des centres de traitement comme celui-ci.

Demain, je serai à  Kinshasa et je vais en profiter naturellement pour parler au Président de la République, au Premier ministre, aux leaders parlementaires et à  des représentants de l`opposition dans cette logique de solidarité et de mobilisation de toutes nos ressources et du point de vue de la sécurité, et du point de vue de l`Ebola.

Questions-réponses

Question sur le financement du quatrième plan de riposte Ebola.

Secrétaire général : Comme je vous l`ai dit, le financement pour la réponse jusqu`à  la fin de l`année a été promis plus ou moins au niveau des besoins. Mais le problème c`est que les versements sont encore très limités - seulement 15 % de ce qui a été promis a été versé. Et comme je l`ai indiqué, on ne peut pas arrêter une réponse en attendant que l`argent vienne parce que si cette réponse est interrompue, on peut avoir une défaite tragique dans la guerre contre l`Ebola.

Question sur l`avenir de la MONUSCO et de sa Force en RDC et dans l`Est en particulier.

Secrétaire général : C`est une décision naturellement du Conseil de sécurité mais c`est mon avis que la MONUSCO a un rà´le très important à  jouer en RDC.

Un jour naturellement, ce sera possible que la MONUSCO puisse fermer ses portes, comme ça s`est passé au Liberia, en Cà´te d`Ivoire et dans d`autres pays qui ont résolu leurs problèmes.

Pour le moment, je crois que l`on doit faire une révision stratégique qui est en cours pour améliorer ce que la Monusco fait, la rendre encore plus utile au peuple congolais dans tous les domaines - sécurité mais aussi dans le domaine politique. Et en améliorant cette action de la MONUSCO, je compte sur le Conseil de sécurité pour qu`on puisse renouveler le mandat avec les ajustements considérés nécessaires.

Mais il y a une chose qui est évidente quand on parle avec les Congolais : même les Congolais qui sont critiques sur l`action de la MONUSCO (tout le monde voudrait que la MONUSCO puisse faire plus, surtout dans le domaine sécuritaire), même ceux qui sont critiques, tous reconnaissent que sans la présence de la MONUSCO dans cette région, on serait dans une situation bien plus difficile.

Question sur les raisons de la résistance à  la riposte Ebola, notamment l`échec de la MONUSCO à  protéger les civils des ADF.

Secrétaire général : Premièrement, il faut reconnaître que 27 soldats de la MONUSCO sont déjà  morts en combattant les ADF. Alors, si on ne faisait rien, on ne comprend pas comment on a 27 personnes tuées. Ce que je reconnais, c`est qu`il faut faire plus dans la coopération entre la MONUSCO et les Forces armées de la République démocratique du Congo et ce sera au centre de mes discussions à  Kinshasa.

Je crois qu`on peut améliorer la réponse du point de vue sécuritaire. A mon avis ce n`est pas une question du nombre de troupes, c`est une question de la stratégie d`actions conjointes des forces que, à  mon avis, on peut et on doit améliorer dans la réponse contre les ADF.

Ce n`est pas seulement les ADF : il y a aussi les autres groupes Mayi Mayi. Là , il faut un grand effort pour la démobilisation. J`ai été hier dans un centre de démobilisation et j`ai pu voir qu`il y a beaucoup de gens qui veulent sortir de la brousse mais qui veulent aussi qu`on puisse leur garantir une intégration harmonieuse dans la société.

Nous allons travailler ensemble pour améliorer cette défense.

En tout cas, il faut dire que ce n`est pas seulement ça. La résistance des communautés [à  la réponse Ebola] a beaucoup d`autres raisons.

Il ne faut pas oublier que cette région était toujours une région relativement périphérique et abandonnée sur beaucoup d`aspects. Il ne faut pas oublier la question qui a été très compliquée de l`ajournement des élections dans cette zone qui a été vu par quelques-uns comme utilisant l`Ebola comme un instrument politique etc.

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