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mercredi 23 novembre 2016

Presse et médias: Madagascar la liberté n'est que de façade !

Hery Rajaonarimampianina, Président de la République de Madagascar. Photo Réveil FM International

Près de 300 stations de radio sur l'ensemble du territoire. Une vingtaine de chaînes de télévision. Près de vingt quotidiens. Une poignée de magazines, hebdomadaires, mensuels ou bimestriels. Des centaines et des centaines de blogs. Un accès facile sur les réseaux sociaux avec une nette préférence pour Facebook. Sur ces médias les critiques peuvent pleuvoir, et toutes les tendances politiques semblent représentées. Le paysage médiatique malgache paraît particulièrement riche et diversifié.

Mais ce foisonnement de titres et de chaînes n'est qu'apparent. Sur la grande île, la liberté n'est que de façade. Le nouveau Code de la communication médiatisée promulguée en aoà»t ne fait que confirmer les velléités de musellement de la presse pratiquées sous les régimes politiques qui se sont succédé à  Madagascar.

Si la censure n'a plus cours sur la Grande île, la filtration des informations publiées reste une pratique largement appliquée par les autorités. Cette tendance est renforcée par le nouveau texte régissant les activités des médias où la publication d'informations non autorisées peut devenir un délit passible d'une peine d'amende de 1 à  2 millions d'Ariary. Dans son article 19, le code de la communication médiatisée indique que "est interdite la publication non autorisée des débats en huis clos, des rapports ou tout autre document tenus ou établis au sein des institutions de la République pouvant compromettre l'ordre public ou la sécurité nationale dont l'appréciation relève des juridictions".

Mais comment anticiper qu'une information peut compromettre l'ordre public ? Pendant plusieurs années, les autorités ont refusé de publier des projets de loi ou des projets de décret avant que leur application ne soit devenue effective " de crainte de créer des troubles au sein de l'opinion".

Le nouveau Code de la Communication médiatisée consacre cette interdiction. A défaut de réinstaurer la censure qui avait cours jusqu'au début des années 1990, les autorités poussent les journalistes à  pratiquer l'autocensure.

La déclaration du chef de l'Etat, Hery Rajaonarimampianina, aux journalistes qu'il avait reçus alors que le débat sur le nouveau texte relatif à  la communication faisait rage, illustre cette volonté de pousser les médias à  limiter de leur propre chef les informations qu'ils publient. Elles constitue par ailleurs une menace à  peine voilée lancée à  tous ceux qui, détenant des informations, les donnerait aux journalistes."si les journaux n'avaient pas publié ces informations, ces inspecteurs d'Etat ne seraient pas passés en conseil de discipline et n'auraient pas été sanctionnés", avait-il alors indiqué.

Les informations portaient alors sur une affaire de corruption dans laquelle une des conseillères du président de la République et le Premier ministre avaient été largement cités dans les médias. Celles-ci avaient été démenties, mais si la presse n'avait fait l'objet d'aucune poursuite pour "diffamation", les inspecteurs d'Etat qui étaient censés être les seuls à  détenir les informations publiées avaient été traduits en conseil de discipline, pour ensuite être sanctionnés.

Particulièrement malmené par la presse depuis son arrivée au pouvoir, le Président de la République a pris soin, à  travers le Code de la communication médiatisée d'ériger un mur de défense. outre la limitation de l'accès à  l'information, l'interdiction totale de publier des informations relatives à  la vie privée des autorités politiques est consacrée par le nouveau texte.

Alors que les journalistes qui avaient participé à  l'élaboration de l'avant-projet de loi sur la communication avaient mentionné dans leur proposition la possibilité pour les médias de faire part de certaines informations pouvant relever de la vie privée des dirigeants politiques compte tenu de leur statut d'hommes et de femmes publics, la version finale du texte transmise par le Conseil des ministres à  l'Assemblée nationale précisait clairement que "le journaliste s'abstient de porter toute atteinte à  la vie privée des personnes, même lorsque ces personnes assument des fonctions ou un rà´le politique". Avec ce texte, il est interdit jusqu'à  rendre public le bulletin de santé du président de la République alors que son état de santé peut constituer un motif d'empêchement temporaire ou définitif d'exercer les fonctions présidentielles, ainsi que le prévoit la Constitution.

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