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dimanche 15 mars 2020

Colloque de l'Afrique des Grands Lacs au sénat: Charles Onana répond à Réveil FM International

Colloque de l'Afrique des Grands Lacs au sénat: Charles Onana répond à Réveil FM International

Freddy Mulongo, Réveil FM International

freddy-mulongo-onana.jpg, mar. 2020

Journaliste et politicologue, Charles Onana a mis vingt-ans de sa vie pour ses investigations sur l'Afrique des Grands Lacs. Il en est l'un des experts. Personne ne nie qu'il y a eu génocide au Rwanda en 1994. Panafricaniste avéré et digne fils d'Afrique, Charles Onana a braqué ses projecteurs sur les morts Congolais. Il est devenu l'ambassadeur itinérant et plénipotentiaire des victimes congolaises du régime dictatorial du Rwanda. Paul kagamé et ses affidés européens et anglo-saxons ont "boutiqué" l'histoire du génocide au Rwanda. Ce génocide rwandais est devenu un fonds de commerce pour Paul kagamé, qui le brandit pour culpabiliser le monde entier d'avoir laissé faire. C'est son faire valoir. C'est l'histoire des vainqueurs. Or il s'est avéré que le même Paul Kagamé qui crie au génocide pour son peuple, commet des crimes de sang, crimes de génocide et crimes contre l'humanité en République démocratique du Congo. Mieux, Kagamé pille et recel les ressources du Congo en toute impunité. Ayant culpabilisé le monde entier, les crimes de Kagamé sont tus, ignorés et oubliés. Et Charles Onana à la manière d'Emile Zola au cours de l'affaire Dreyfus dit: "J'accuse Paul Kagame de massacrer les populations congolaises pour piller les ressources du Congo". Cela choque et gène, tous ceux qui ont bâti le château des cartes de Paul Kagamé sur des mensonges et manipulations. A la différence de Pierre Péan, Charles Onana est un africain, on ne peut donc pas l'accuser de raciste. Et donc on l'accuse d'être "Négationniste" ! Simplement parce qu'Onana a choisi d'écrire l'histoire avec les lunettes du gibier pas avec celles du Chasseur. Sauf que dans les pays des Grands Lacs: prédateurs, pillards, receleurs et chasseurs sont nombreux. Les victimes, plus de 12 millions de morts uniquement en RDC, les Hutus et Twa Rwandais sont décimés, on regarde ailleurs. Un mort est un mort qu'il soit Congolais, Hutu, Tutsi ou Twa dans les pays des Grands Lacs. Charles Onana a été l'un des intervenants du Colloque sur l'Afrique des Grands Lacs au Sénat francais , le lundi 9 mars dernier...colloque que le président du Sénat rwandais et plusieurs associations tutsies rwandaises ont réclamé l'annulation. Le Colloque a bien eu lieu.

1. Réveil FM International: Le palais du Luxembourg, siège du sénat français était imprenable avec le colloque sur l'Afrique des Grands Lacs, le lundi 9 mars. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères a même dit que jamais le sénat n'avait subi autant de pressions extérieures pour l'annulation de ce colloque...

Charles Onana: Oui, la campagne contre ce colloque sur la tragédie des Grands Lacs africains a été d'une violence et d'une agressivité inouïes. Il s'agissait pourtant d'un simple débat intellectuel qui regroupait des chercheurs européens, africains et nord-américains très compétents et très qualifiés que l'on n’a pas l'habitude d'entendre. L’assistance était composée de chercheurs, de sénateurs, de diplomates, de députés, d'anciens ministres, de responsables politiques, de militants associatifs et de citoyens africains et français de tous bords. C'était un grand moment d'échanges, très civilisés et de réflexion intellectuelle de haut niveau. Mais ce n'est pas nécessairement ce qui ressort du compte rendu des médias en général.

2. Réveil FM International: Aucun média n'a relayé ce que vous avez dit au sénat.. qu'avez réellement dit dans votre intervention ?

Charles Onana: Je crois que certains ont des difficultés à reprendre mes propos tellement ils s'obstinent à dresser de moi un portait peu flatteur comme le leur demandent les amis du régime de Kigali. Mon propos s'inscrivait plutôt dans le prolongement de ma démarche scientifique relative à mon livre sur l'opération Turquoise. J'ai d'abord précisé que depuis vingt-cinq ans, les accusations contre l'opération Turquoise étaient d'une pauvreté affligeante et que les assertions des accusateurs ne résistaient pas à l’examen des faits et des preuves. J'ai également rappelé que j'avais minutieusement examiné les archives émanant du Conseil de sécurité pendant dix ans et ce que j'ai découvert m'a donné le vertige. Contrairement à ce qui a été dit et écrit depuis plus de deux décennies, le conseil de sécurité ne s'est jamais désintéressé du Rwanda ni des Rwandais en 1994 mais c'est le FPR de Paul Kagame qui a écrit, entre avril et juin 1994, plusieurs lettres au président et aux membres du Conseil de sécurité pour exprimer son refus catégorique d'une intervention multinationale permettant de mettre fin aux massacres et au génocide. Cette découverte m'a bouleversé. L’existence de ces lettres de la rébellion est une bombe sur le plan scientifique et elle remet en cause l'histoire officielle telle qu'elle est racontée depuis vingt-cinq ans.

3. Réveil FM International: L'hommage à Pierre Péan, grand journaliste Français d'investigation dont vous avez repris le flambeau, doit vous honorer...

Charles Onana: Un hommage a effectivement été rendu à Pierre Péan par Judi River et moi-même car il a été très violemment attaqué, lui aussi, par ceux qui sont hostiles à la vérité et aux révélations qu'il avait apportées dans le dossier de la tragédie des Grands Lacs. Il a fait le travail que peu de journalistes ont eu le courage de faire. En cela, il a fait honneur à toute la profession.

4. Réveil FM International: Que répondez vous à ceux qui vous accuse d'être "Négationniste » ?

Charles Onana: Je n'ai pas de temps à consacrer à des individus qui sont spécialisés dans l'invective et refusent le débat scientifique. Dire de quelqu'un qui publie un livre que personne n'a d'ailleurs attaqué devant les tribunaux qu'il est « négationniste » n'apporte rien au progrès de la connaissance sur les événements du Rwanda et sur ce qui se passe au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo) depuis 1994. Ceux qui me qualifient ainsi sont précisément ceux qui nient l'extermination des millions de Congolais, des Twa, des Hutu et aussi de Tutsi au Rwanda et au Zaïre par les troupes de Paul Kagame. Qui est donc « négationniste », eux qui nient ces victimes ou moi qui apporte les preuves des crimes commis par le « camp des vainqueurs » ? En fait, ces soutiens inconditionnels de criminels contre l'humanité attribuent à des auteurs ou à des responsables politiques un qualificatif qui pour moi relève du même mépris et de la même arrogance avec laquelle ils traitent les victimes congolaises et rwandaises.

5. Réveil FM International: Vous n'avez jamais tué personne, ni fait un coup d’État en Afrique ni envahi un autre pays africain pour piller ses ressources, pourquoi faites-vous peur ? Pourquoi cette volonté de vous bannir dans l'espace francophone ? Vous donner la parole, c'est s'attendre aux ennuis ?

Charles Onana: Manifestement, des messages circulent dans plusieurs rédactions parisiennes interdisant de m'inviter surtout dans les médias publics. Il n'y a toutefois aucune restriction, dans les mêmes médias, envers ceux qui défendent le régime rwandais et qui me traitent de tous les noms d'oiseaux. Je n'écris pourtant que des livres très appréciés du public des Grand lacs africains et je fais simplement de la recherche scientifiques avec un certain niveau d'exigence et de probité. Je crois que les livres et les auteurs qui osent examiner les choses en profondeur sont en principe « dangereux », d'après certains régimes criminels et leurs sympathisants. Aller en profondeur, c'est aussi porter la lumière là où certains préfèrent absolument conserver l'obscurité et le silence de leurs cadavres. Tenter d'apporter des preuves du mensonge là où certains refusent qu'on les montre est effectivement propice aux ennuis.

6. Réveil FM International: Le colloque Afrique des Grands lacs a eu lieu, quelle suite donner à cette rencontre ?

Charles Onana: Une suite qui viserait à cesser de se soumettre intellectuellement au discours officiel de la tragédie rwandaise. La suite serait de ne plus accepter que l'on prétende que le génocide du Rwanda a eu des conséquences non prévues en République Démocratique du Congo (RDC). C'est inexact ! Le drame du Rwanda visait l'invasion et le pillage du Congo. Les preuves existent. Il est donc urgent de réexaminer ce discours stigmatisant, continuellement méprisant et discriminant envers les autres victimes de la tragédie des Grands Lacs. Il faut faire entendre les voix de toutes les victimes : Hutu, Twa, Tutsi et Congolais, tués par les troupes de Paul Kagame au Rwanda et en RDC. C'est une exigence intellectuelle, humaine et scientifique que de refuser de trier dans les charniers. Fléchir et ramper devant les pressions d'une caste de criminels contre l'humanité ou de leurs thuriféraires est une renonciation à notre propre humanité. Tous ceux qui furent tués au Rwanda et en RDC méritent, sans discrimination ni restriction, d'être considérés et respectés. Je ne trie pas les morts Tutsi, Hutu et Twa. De même qu'on ne saurait, pour un enfant né d'un parent Tutsi et d'un parent Hutu et qui a perdu ses deux parents en 1994, s'intéresser à une seule partie de sa famille et considérer que l'autre n'existe pas.

7. Réveil FM International: On dit que vous êtes le chouchou des Africains silencieux, la prunelle des yeux des Congolais l'avez-vous ressenti au Sénat ?

Charles Onana: En tout cas, j'ai le sentiment d'avoir fait mon travail de façon honnête et avec humilité. Je n'ai jamais prétendu détenir la vérité, loin de là. Mais les lecteurs sont ravis et me disent merci d'avoir osé. Ils connaissent bien les enjeux qui pèsent sur ce dossier. Les milliers de femmes violées de la RDCongo en savent quelque chose. J'ai rencontré des lecteurs et lectrices venus de loin, du Canada et même d'Afrique pour ce colloque. C'est dire son importance. Les organisateurs de la rencontre du Sénat ont réussi leur pari. En plus d'ouvrir un débat démocratique et intellectuel d'une grande tenue, ils ont aussi posé un acte de catharsis. Les victimes congolaises ont eu droit à la parole qu'on leur refuse. Les visages, tantôt émus tantôt souriants, exprimaient une grande satisfaction. L'ambiance était chaleureuse et les poignées de mains franches. Dans les médias, on avait plutôt annoncé un « colloque de la honte » et « de la haine » ou du « négationnisme ». Il n'y a rien eu de tout cela. Et c'est dommage que les médias soient passés, une fois de plus, à côté de la réalité en restant sur leurs préjugés plutôt que de rendre compte en toute objectivité.

8. Réveil FM international: Il y a un procès au pénal contre vous pour avoir nié le génocide des Tutsi. Etes-vous déjà fixé ?

Charles Onana: N’importe quoi ! Le ridicule ne tue pas et que rien ne les arrête dans la diffusion du mensonge... Ils seraient bien inspirés de s'intéresser à la situation dramatique de mon ami Déo Mushayidi, victime Tutsi du génocide de 1994, condamné à perpétuité parce qu'il a réclamé, comme moi, vérité et justice pour les Tutsi et les Hutu. Demandez à tous les journalistes et associations qui ont diffusé cette rumeur à quelle date se tient le procès ? C'est hallucinant ! Ce sont des méthodes de voyous. Le droit français reste tout de même précis. Vous aurez remarqué qu'ils m'ont même baptisé « Adrien » pour l'occasion. Je n'ai jamais vu ce prénom dans mes papiers d'identité. Cela vous donne une idée du niveau de rigueur de ceux qui me poursuivent. S'ils en sont à ne même pas savoir comment je m'appelle alors que mon nom est sur tous mes livres, je serais tenté de dire qu'ils vont jusqu'à nier publiquement le nom que m'ont donné mes parents... N'est-ce pas du « négationnisme » ça ?

9. Réveil FM International: 20 ans de votre travail sur les Grands Lacs pour que seulement aujourd'hui la vérité commence petit à petit à faire son chemin...avec la conséquence de votre diabolisation...

Charles Onana: Souvenez-vous que Mandela fut longtemps traité de « terroriste » avant que le monde entier le traite de « Grand homme » ou de « démocrate », Martin Luther King était aussi présenté comme un homme « dangereux pour la sécurité de l’État » simplement parce que ces gens réclamaient la vérité et la justice dans leur pays. Moi je n'ai ni la taille ni le niveau de combativité de ces illustres personnalités. J'écris simplement des livres en apportant généralement des preuves sur ce que j'avance. Ce sont ces preuves qui permettent d'expliquer et de comprendre l'origine ou la cause principale de la tragédie du Rwanda et du Zaïre. Ce sont les même preuves qui me valent toutes les insultes, attaques et autres dénigrements. J'ai découvert des documents que je ne devais pas découvrir, des documents qui devaient rester cachés pour toujours au Conseil de sécurité. Voilà mon crime !

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jeudi 12 juillet 2018

Gérard Larcher, Président du Sénat, son allocution à  la Conférence nationale des territoires !

Gérard Larcher, Président du Sénat

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Mes chers collègues députés et sénateurs,

Mesdames et Messieurs les présidents et membres des associations représentant les collectivités territoriales,

Monsieur le Président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale,

Mesdames et Messieurs,

Nous nous retrouvons aujourd`hui pour la troisième réunion plénière de la Conférence nationale des territoires.

Lors de la première Conférence qui s`est tenue au Sénat il y a un an, je soulignais, devant le Président de la République et vous-même, Monsieur le Premier ministre, que l`enjeu de cette démarche était de reconstruire `` la confiance entre le gouvernement, les collectivités territoriales et le Parlement ». C`est l`intérêt du pays et c`est la raison pour laquelle le Sénat, qui représente les collectivités territoriales de la République en application de la Constitution, s`y est engagé sans a priori et en souhaitant qu`elle réussisse et c`est aussi le sens de ma présence aux cà´tés des sénatrices et des sénateurs.

Le Sénat est encore présent aujourd`hui, en force de propositions, car tel est bien notre rà´le d`Institution de la République. Et quand on parle de cohésion, on est au cœ“ur de nos préoccupations !

Quand je regarde ceux qui sont présents ce matin, je me dis qu`il est important de se retrouver. Je tiens à  saluer les associations spécialisées représentant notamment les strates et catégories du bloc communal. Je mesure leur engagement dans la voie du dialogue avec l`Etat et je le sais avec le Sénat.

Mais quand je fais le compte des absents, je ne peux pas me résoudre à  entendre qu`on travaillerait simplement ``avec ceux qui le veulent". Je crois qu`il faut s`interroger collectivement sur les raisons qui ont conduit l`Association des maires de France, l`Assemblée des départements de France et Régions de France à  se retirer de la Conférence nationale des territoires de ce jour.

Je crois qu`il faut se poser collectivement la question de la méthode de travail et s`interroger sur les conditions d`un dialogue sincère. Malgré plusieurs réunions de  l`instance de dialogue resserrée de la Conférence nationale des territoires et de très nombreux sujets inscrits à  l`ordre du jour, les conditions de l`exercice n`ont toujours pas permis aux collectivités de se sentir réellement entendues, ce qui est pourtant le propre d`un dialogue.

Il y a un an, j`indiquais qu`à  mes yeux, l`une des clés de la réussite était le respect et la considération envers les élus locaux. Ils sont absolument indispensables pour retisser le lien entre l`Etat et les collectivités, un lien qui s`était  abîmé, après des années de défiance liée à  des décisions brutales. En particulier sur le plan budgétaire mais pas que ! Je pense à  la frénésie de réformes de 2009 à  2014.

Le retrait des trois associations généralistes de la Conférence nationale des territoires ne peut pas être pris à  la légère. Il intervient alors qu`une partie croissante des élus, et en particulier des maires, se sent abandonnée, reléguée.

Quand je me rends sur le terrain, lorsqu`on dépasse les propos de courtoisie républicaine, j`entends trop souvent des maires usés, des maires qui voient pour près de la moitié d`entre eux leurs dotations baisser, qui s`interrogent sur les modalités de remplacement de la taxe d`habitation dont l`effet de la suppression n`avait pas été correctement évalué, qui font toujours face à  de nombreuses normes, même si vous vous efforcez d`en endiguer le flux réglementaire. Mais endiguer ne suffit plus !

Je vois des maires qui assurent une mission essentielle sur le terrain mais qui se sentent écrasés. Par exemple, l`enjeu des compétences eau et assainissement a été sous-évalué… écoutons le terrain et notamment les ruraux !

J`ai pu aussi, une fois encore, à  Allonnes, il y a deux semaines, mesurer les attentes des élus qui ont en charge des quartiers en grande difficulté.

Trop souvent, ils n`y croient plus, alors qu`ils assurent une mission fondamentale de cohésion sociale et républicaine, c`est notre sujet de ce matin cher Jacques Mézard. On ne peut pas les laisser au bord du chemin en les laissant penser qu`ils seraient voués à  s`effacer au profit de métropoles ou d`intercommunalités XXL, et on a aussi besoin de ces structures. Loin de moi d`opposer les uns aux autres.

La mise en œuvre de la contractualisation financière - le Sénat était favorable sur le principe - se fait de manière heurtée et trop verticale. Face à  l`inflexibilité manifestée localement par certains préfets, on peut comprendre les interrogations d`élus locaux concernant le sens de la libre administration et de l`autonomie financière, alors qu`ils voient leurs mains liées tant sur les recettes que sur les dépenses. Quant au taux de signatures de 71 %, je ne suis pas sûr qu`il corresponde demain au taux de satisfaction des signataires… J`ai quelques témoignages de signataires qui ont un peu senti qu`on leur mettait `l`épée dans les reins…

Les modalités de mise en œuvre de la contractualisation, de même que les conditions du dialogue sur la prise en charge des allocations individuelles de solidarité et des mineurs non accompagnés, expliquent l`absence des départements. Alors qu`ils sont des acteurs essentiels des politiques de solidarité, de lutte contre la pauvreté et d`insertion sur lesquelles le Président de la République a particulièrement mis l`accent devant le Congrès !

On ne pourra pas parler dans les mois qui viennent d`État Providence du XXIème siècle sans un acteur majeur des politiques de dépendance, du handicap ou de lutte contre la pauvreté. Et derrière notre jargon, nos sigles, nos associations, nos institutions, n`oublions pas qu`il y a les citoyens et que tout cela, c`est d`abord eux que cela concerne !

La Conférence nationale des territoires va aujourd`hui évoquer les enjeux de la politique européenne de cohésion et de développement des territoires, sans les régions. Elles gèrent pourtant ces fonds européens et leurs compétences sont majeures pour le développement économique de notre pays.

Ce découragement, cette lassitude, ces critiques contre la méthode retenue jusqu`à  présent, ces critiques contre ce qui est perçu comme un mouvement de recentralisation, nous devons les entendre et en tenir compte.

Traiter leur absence par l`indifférence, en attendant que ces associations reviennent tels les  Bourgeois de Calais, constituerait à  nos yeux une profonde erreur ; il faut retrouver les voies d`un vrai dialogue, du respect et de la confiance.

Comme vous, Monsieur le Premier ministre, je veux que la France aille mieux, mais on ne redressera pas notre pays sans les élus et les territoires.

Dominique Bussereau vous a tendu la main hier… saisissez-la!

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samedi 14 avril 2018

Le Sénateur Bruno Retailleau, l'homme orchestre du Colloque citoyenneté et justice au Moyen-Orient !

Bruno Retailleau, sénateur vendéen et homme orchestre

Bruno Retailleau est l'homme orchestre de la réussite du colloque citoyenneté et justice: un défi pour le Moyen-Orient. Quels enseignements pour l'avenir de l'Irak ? Dans la salle Médecis du Sénat, Bruno Retailleau s'approche et salue tout le monde. Il connait chaque intervenant et le Moyen-Orient n'est pas inconnu de lui. Pour le Sénateur vendéen, en France on confond laïcité et laïcisme. Et Bruno Retailleau a une approche plus réaliste et non idéologique de la laïcité. Pour lui, le laïcisme c'est le combat contre la religion, par contre la laïcité c'est la coexistence pacifique de toutes les religions.

Bruno Retailleau, sénateur vendéen et homme orchestre

Voici son discours de clà´ture du clà´ture du Colloque `` Citoyenneté et justice : un défi pour le Moyen-Orient - Quels enseignements pour l`avenir de l`Irak ? » Béatitude,

Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mes chers collègues,

Éminences,<> Messieurs les Ambassadeurs,

Monsieur le Représentant spécial,

Mesdames et Messieurs,

• Je voudrais remercier :

- Christian CAMBON, Président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat ;

- Tous les intervenants, français et étrangers, qui nous ont offerts des échanges d`une très grande qualité ;

- Je veux aussi adresser nos remerciements aux ambassadeurs, pour leur présence et leur soutien à  cette manifestation : les Ambassadeurs d`Irak (SE Ismaïl Shafiq Muhsin), de Jordanie (SE Mustafa Queisi), du Liban (SE Rami Adwan), d`Arabie Saoudite et d`Egypte (SE Ehad Badawi). Je remercie également nos ambassadeurs de France dans ces pays et en particulier M. Bruno Aubert, ici présent, pour leur appui dans la préparation de cette journée.

Une journée qui, je le crois, illustre ce lien fort, tissé dans la trame de l`histoire, qui unit la France à  cet Orient blessé et fracturé.

1) Blessé et fracturé : tel est aussi le visage qu`offre l`Irak aujourd`hui.

Car malgré la défaite militaire de l`Etat Islamique et qui, n`en doutons pas, est loin de signer sa capitulation ; malgré aussi le combat de ces artisans de paix qui, comme Sa Béatitude, Monseigneur Louis Sako, et bien d`autres, œ“uvrent quotidiennement et concrètement pour la reconstruction de l`Irak et la réconciliation des Irakiens ; malgré tout cela, les blessures et les fractures demeurent. Et nous l`avons constaté lors de notre mission en janvier, en Irak et au Liban. Mission qui est d`ailleurs à  l`origine de ce colloque.

- Ces blessures, nous les avons vues dans le regard de ceux qui ont connu l`indescriptible, nous les avons entendues de la bouche de tous ces hommes et ces femmes qui ont vécu l`indicible. Ce sont les blessures infligées par ce qu`il faut désigner comme un nouveau totalitarisme, perpétuant son œ“uvre de mort à  travers des crimes qu`il faut bien qualifier de crimes contre l`humanité. Crimes qu`il faudra bien juger, un jour : c`est l`exigence de justice.

- Quant aux fractures, vous les avez longuement évoquées : elles sont confessionnelles, communautaires, parfois même régionales tant cette guerre d`Irak fut aussi à  bien des égards, comme hier la terrible guerre du Liban, une `` guerre des autres ». Ces fractures sont indiscutables, incontournables même compte tenu de la mosaïque religieuse et culturelle du Moyen Orient. Mais elles ne sont pas indépassables : le ciment de la citoyenneté peut, je le crois, contribuer à  les combler.

2) Blessures et fractures, justice et citoyenneté : c`est donc ce double regard que nous avons choisi d`adopter dans ce colloque.

- Parce que c`est un regard d`espérance. Et après la victoire militaire contre Daech et à  l`approche des élections du 12 mai, nous n`avons pas seulement le droit d`espérer pour l`Irak : nous avons, j`en ai la conviction, un devoir d`espérance pour les Irakiens. Nous avons le devoir de ne pas céder à  la fatalité. Et je rejoins Antoine Messara qui souligne fort justement qu`à  force d`être pessimiste, il existe un risque que les prophéties catastrophiques se réalisent, des prophéties auto-réalisatrices en quelque sorte.

- Ce colloque, c`est aussi le regard de l`intelligence. Regard essentiel car, nous ne pouvons `` voler vers l`Orient compliqué avec des idées simples ».

Cette tentation de la simplification existe aujourd`hui en Occident. Elle se nourrit d`une certaine ignorance sur la multiplicité des histoires et la complexité des mémoires dans cette région. Elle ressurgit également sous le coup de l`émotion suscitée par la diffusion d` `` images chocs ». Certes, l`émotion est légitime et même nécessaire : elle l`a été pour alerter et mobiliser la communauté internationale sur les massacres perpétrés contre les minorités en Irak, notamment chrétiennes et Yésidies. Mais l`émotion ne fait pas une politique ; elle ne saurait se substituer à  la réflexion, à  ce qui doit guider l`action, que ce soit en Irak ou en Syrie.

Regard d`espérance donc, regard de l`intelligence : mais en aucun cas, ce colloque ne vise à  porter un regard d`ingérence ; ce regard à  travers lequel nous projetterions sur l`Irak et plus largement sur la région notre vision et avec elle, nos conceptions.

- La justice pour laquelle nous plaidons, c`est celle qui doit être rendue en Irak, au nom des Irakiens, au nom des victimes de l`Etat Islamique. Y compris d`ailleurs s`agissant de nos ressortissants. Bien sà»r, la communauté internationale est concernée au vu de la nature des crimes commis. Il importe d`ailleurs que le recensement de ces crimes et la collecte des preuves soient organisés dès à  présent dans de bonnes conditions. C`était le sens de la résolution 2379 visant à  créer une Equipe d`enquête internationale des Nations Unies sur les crimes commis en Irak, et pour laquelle la France a beaucoup œ“uvré aux cà´tés du Royaume-Uni et de la Belgique. Mais pour le reste, c`est d`abord aux irakiens de décider.

Recours à  la Cour Pénale internationale - ce qui supposerait que l`Irak ratifie le Statut de Rome- Tribunal international spécial ou Tribunal spécial national : le choix de la méthode doit relever de la souveraineté irakienne et d`elle seule.

C`est, je le crois aussi, le choix de l`unité. Car il ne saurait y avoir de véritable réconciliation en Irak si certains Irakiens ont le sentiment que la justice n`a pas été leur justice, mais la justice des autres.

- Ce qui vaut pour l`exigence de justice vaut aussi pour cette exigence de citoyenneté que vous avez longuement évoquée. Nous avons, nous Français, notre conception de la citoyenneté. Elle est le produit d`une histoire singulière, d`un rapport particulier à  l`Etat, à  la Nation mais aussi au religieux à  travers ce paradoxe étrange qui veut que le pays le plus laïc d`Europe soit aussi celui où l`on parle le plus de religion ! Et l`actualité de ces derniers jours l`a encore démontré… Cette conception de la citoyenneté, fruit de cette construction multiséculaire qu`est l`Etat-Nation, produit d`une longue individualisation des rapports sociaux dans les sociétés occidentales, cette conception-là  n`a pas prétention ou vocation à  devenir universelle. Et c`est heureux car si tel était le cas, l`Irak ne pourrait ni ne voudrait l`épouser. Du reste, nos sociétés occidentales minées par un certain individualisme sont sans doute mal placées pour donner aujourd`hui des leçons de citoyenneté... Nous avons, nous aussi, nos fractures à  combler, une amitié civique à  réchauffer. Quoi qu`il en soit, le chemin de la citoyenneté n`est pas univoque, ni en Occident ni en Orient : libanais, jordaniens, égyptiens ou saoudiens ont choisi le leur. A l`Irak de tracer le sien.

3) Pour autant, il y a sur ce chemin des étapes qui, peut-être - sans doute même

- sont incontournables parce qu`elles renvoient à  l`expérience commune des peuples.

C`est l`étape de la reconstruction tout d`abord, parce que la citoyenneté est un édifice qui repose d`abord sur les murs de la cité, ces murs porteurs qui en Irak ont été ébranlés par la guerre et son cortège de destructions.

- C`est la reconstruction institutionnelle, pour que l`Etat irakien puisse exercer sa souveraineté et garantir la sécurité.

Sur ce point, l`élimination de Daech dans sa dimension quasi-étatique et territoriale permet d`avancer mais elle ne signifie pas pour autant la disparition de la menace. Les combattants de l`Etat Islamique n`ont pas tous été neutralisés ou arrêtés. Des cellules dormantes existent encore et de nombreux islamistes se sont fondus dans la population. Le mode opératoire s`est modifié, avec une recrudescence des attentats. Et tout ce qui peut contribuer à  aider l`Etat irakien à  l`élimination de la menace djihadiste doit être réalisé.

- Mais c`est aussi la reconstruction économique. à€ cet égard, la Conférence de Koweït a donné le coup d`envoi d`une mobilisation internationale pour laquelle la France a souhaité être aux avant-postes. Il y a tant à  faire dans le domaine des infrastructures, de l`énergie, pour l`acheminement de l`eau potable, ou encore dans le domaine agricole. La France est prête à  offrir son expertise et à  coopérer dans de nombreux domaines. Ces points, je n`en doute pas, seront évoqués lors de la visite annoncée du Président de la République après les élections

• Et puis naturellement, à  l`enjeu de la reconstruction s`ajoute l`épineuse question de la réconciliation, c`est-à -dire celle de l`unité irakienne qui ne saurait se faire à  travers une négation de la diversité des Irakiens.

- Négation qui, je le crois, offrirait une victoire aux djihadistes qui à  la diversité communautaire oppose l`uniformité totalitaire. Pour rester elle-même, l`Irak doit rester plurielle. De ce point de vue et ainsi que l`ont souligné de nombreux intervenants, la situation est plus critique encore aujourd`hui : les composantes sont devenues encore plus minoritaires.

Je pense aux chrétiens, dont la population en Irak a diminué de plus de 70 %, d`1,3 million à  moins de 400 000. Je pense à  la communauté Yézidie, particulièrement éprouvée par les crimes de l`Etat Islamique, et dont nous avons la joie et l`honneur d`accueillir aujourd`hui l`une des représentantes au Parlement. Je pense également au peuple kurde, dont les liens avec la France ont été renforcés dans cette fraternité d`armes contre Daech. à€ cet égard, je me réjouis de la reprise du dialogue entre Bagdad et Erbil.

- Alors quelle forme doit prendre cette reconnaissance de la diversité irakienne ? Et surtout jusqu`où peut-elle s`articuler avec l`exigence d`unité ? Faut-il aller jusqu`à  une stricte séparation des religions et de l`Etat ? Certains le croient. Quant au régime confessionnel, qui vise à  une égale représentation politique, sans doute a-t-il ses vertus, mais ne présente-t-il pas également des limites ? Là  encore, l`Irak doit choisir librement et collectivement. Puissent les réflexions qui ont nourri ces échanges être utiles à  nos amis irakiens.

Mais j`ai la conviction que l`espace de la réconciliation ne saurait se limiter à  la seule dimension institutionnelle ou politique. Certes, il revient aux pouvoirs publics, là -bas comme ailleurs, de garantir certains principes sans lesquels il ne peut y avoir à  mon sens de véritable citoyenneté, et donc de véritable unité : je pense à  la liberté religieuse ou à  l`égalité des droits.

Mais l`expérience de certains pays qui comme l`Irak ont été déchirées par de terribles fractures - comme le Liban, l`Afrique du Sud ou même l`Irlande du Nord - ces expériences ont montré que le processus de réconciliation était à  la fois plus vaste et plus profond :

Plus vaste car cette exigence d`unité ne peut pas et ne doit pas être seulement l`affaire des responsables publics, mais doit associer la société toute entière. Je crois notamment aux vertus de l`éducation, soulignées par Mme Haifa Najjar qui est mobilisée sur ces questions en Jordanie et par le Père Amir Jajeh, qui propose de réformer les enseignements de la religion et de l`éducation civique en Irak.

Plus profond ensuite car le processus de réconciliation obéit à  des mécanismes dont les ressorts sont aussi intérieurs. Oserais-je dire spirituels ? Je pense naturellement à  l`Afrique du Sud à  travers la commission vérité-réconciliation et cette expérience singulière du pardon qu`ont fait les sud-africains, comme d`autres avant eux. Et je le dis aussi comme vendéen, issu d`une terre qui a une autre époque et dans un autre contexte, a connu la meurtrissure des crimes de masse, la `` morsure de la terreur », ce poison des oppresseurs qui peut s`instiller jusqu`aux cœ“urs des opprimés, en les enfermant dans leur douleur. Bien sà»r en Irak les blessures sont encore trop vives, les plaies trop ouvertes.

Le pardon ne se décrète pas. Pas plus qu`il ne saurait se substituer à  la justice. Mais des actes de pardon et de réconciliation, il y en a eu en Irak. Et il y en aura d`autres, quand le temps sera venu, quand le temps de la justice aura fait son œ“uvre.

Mais je crois qu`à  l`issue de ce colloque qui nous aura permis de voir loin, de prévoir le jour d`après, ce temps-là  pouvait aussi être évoqué. Mieux encore : il doit être recherché, il doit être espéré même. Car au fond, cette grande idée de la justice et de la citoyenneté en Irak ne peut être que le fruit de cette `` petite espérance `` de rien du tout » mais qui `` pourtant peut tout » comme disait Péguy, de cette petite flamme qui, je l`ai vu, brule dans le regard des irakiens et que les barbares de l`Etat islamique ne seront pas parvenus à  éteindre.

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