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dimanche 3 février 2008

Le Cinéma africain est à  l'honneur à  Paris

Dans le cadre d'Africamania, 50 ans de cinéma africain, la cinémathèque de Paris propose une soixantaine de films d'Afrique francophone retraçant la jeune histoire de ce cinéma né de l'indépendance et ayant révélé de multiples talents. Jusqu'au 29 février, l'occasion est offerte de redécouvrir les grands cinéastes africains: Sembene Ousmane, Désiré Ecaré, Djibril Diop Mambecty, Soulemane Cissé, Idrissa Ouedraogo, Gaston Kaboré....25 pays sont représentés.

Sembene Ousmane, le père fondateur du cinéma sénégalais

C'est dans le contexte troublé de l'indépendance que naît le cinéma africain,ce qui n'est pas sans influence sur les thèmes qu'il aborde et la manière dont les cinéastes les traitent. Parmi les quatre réalisateurs choisis pour illustrer cette période, certains abordent évidemment la question coloniale de manière plus ou moins frontale.

C'est le cas notamment de Sembene Ousmane, souvent présenté comme le père fondateur du cinéma sénégalais. Ecrivain passéà  la caméra, dans un souci miltant de se rapprocher de son peuple, il développe son cinéma qu'il définit comme politique, polémique et populaire. Libre, Sembene Ousmane l'a été jusqu'au bout. "Je ne mettrai jamais à  génoux", disait-il en 2003 dans un reportage du confrère burkinabé Yacouba Traoré.

Dans son premier long-métrage, la Noire de..., il fustige l'attitude de coopérants techniques rentrés en France, qui emploient une jeune sénégalaise comme bonne à  tout faire dans des conditions proches de l'esclavage. La dimension parfois caricaturale que prend la dénonciation de l'attitude néocoloniale ne doit pas occulter la beauté de cette oeuvre aride qui donne à  sentir l'immensité du vide né du déracinement et de l'enfermement. Ce film est aussi emblématique de la reconnaissance officielle du jeune cinéma africain. La Noire de...recevra le prix Jean-Vigo en 1966.

Le Mandat, que Sembene Ousmane tourne deux ans plus tard, sera primé au Festival de Venise. Derrière l'apparente solidarité qui unit les habitants d'un quartier pauvre, chacun est engagé dans une quête vitale pour l'argent. Avec le Mandat, l'auteur appuie sur le détonateur et fait exploser toutes les hypocrisies. Le synopsis: dans une banlieue pauvre de Dakar où nourrir sa famille relève de l'exploit quotidien, l'arrivée d'un mandat pour Ibrahim Dieng fut l'effet d'une bombe. Ses femmes, ses cousins, sa famille...chacun voit dans ce petit bout de papier la réponse à  ses problèmes, la porte de sortie-au moins temporaire-d'une existence faite de dettes, de crédits impayés, de privations et d'humiliations. A peine la lettre parvenait-elle à  son destinataire que l'argent du Mandat est déjà  dépensé dix fois, cents fois, mille fois en imagination.

Ibrahim Dieng et ses femmes dans " le Mandat " de Sembene Ousmane

Faudrait-il que Dieng puisse au moins toucher son Mandat? Alors que tous ses proches l'assaillent, espérant glaner quelques miettes du fameux mandat, le viel homme s'enfonce dans un parcours administratif qui prend l'allure d'odysée. La poste lui demande une carte d'identité. Mais pour obtenir cette carte, il lui faut de l'argent. Et de l'argent personne n'en a. Alors, lui aussi se met en quête d'amis à  qui il peut quémander les sommes qui lui manquent. Mais dès qu'un billet tombe dans sa main, un oncle, un mendiant, une cousine lointaine, sont toujours là  pour le solliciter. Et il donne. Et doit à  nouveau trouver de l'argent. Et redonne. Et redemande. Comme tout le monde. Le temps presse pourtant, au bout de 15 jours, le Mandat ne sera plus valide. La tension monte aussi. l'argent virtuel de Dieng attire de plus en plus de convoitises.

La plume de Sembene se fait scalpel, et montre à  vif les liens serrés de solidarité dans lesquels s'emmêlent les individus, les petits mensonges et les mesquineries quotidiennes qui permettent à  chacun de se débrouiller avec la misère. A travers un mandat envoyé de Paris par un sénégalais émigré à  sa famille restée à  Dakar, Sembene Ousmane traduit à  l'écran les séquelles du colonialisme. Entre humour noire et satire, l'oncle analphabète qui doit toucher le mandat est spolié. victime d'une société neuve gangrenée par les travers des nantis et fonctionnaires. Regard lucide sur l'indépendance désacralisée par la mécanique de l'argent.

Les rapports Afrique-Occident, entre fascination et rejet, donnent lieu à  quelques morceaux de choix. Dans " le retour d'un aventurieur ", par exemple, le réalisateur nigérien Mustapha Alassane campe un western avec tous les codes du genre. Jimmy reveient d'un long voyage, les bras chargés de cadeaux, en l'occurrence tout l'attrait des parfaits cow-boys, qu'il distribue à  ses copains du village, "pour jouer au western ". Mais le jeu tourne à  l'aigre et la bande de mauvais garçons sème la terreur, volant chevaux et bétail,molestant les passants. La remise au pas sera sévère mais efficace...

Le plus intéressant dans les films africains des années 60-70 est sans conteste le regard que portent les cinéastes sur les blocages internes de nos propres sociétés. Dans " Cabascabo ", le nigérien Oumarou Ganda dresse le portrait d'un soldat revenu du pèlerinage d'Indochine victime des nombreux rapaces jusqu'au dénuement. Dans le trè beau " Le Wazzou polygame ", c'est au pouvoir de l'islam en Afrique noire qu'Oumarou Ganda s'attaque. Un fidèle revenu du pélérinage à  la Mecque, à  qui la prospérité des on commerce confère le pouvoir de l'argent, prend pour troisième femme une jeune fille promise à  un autre villageois pauvre. Le drame se noue sur fond de rapports de domination des hommes sur les femmes soumises à  la loi de la dot.

On retrouve cette géométrie des relations dans le magnifique film du Camerounais Jean-Pierre Dikongué-Pipa, " Muna Moto ". Deux jeunes gens s'aiment Ngando, orphelin et misérable, ne peut s'acquitter de la dot, ce dont profite son oncle déjà  marié à  trois femme stériles. De cet amour impossible naît une jeune fille que Ngando veut à  tout prix reprendre. La beauté de ce drame poétique tient à  sa narration très particulière faite de flash-back enchâssés à  son image d'un superbe noir et blanc, à  la quasi-absence de dialogues, à  sa proximité avec le documentaire ethnographique, brouillant les limites entre réalité et fiction. Un film qui n'a pas pris une ride.

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