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lundi 11 mars 2013

L'hommage de la nation à  Stéphane Hessel,"homme libre"

Les adieux de l'Etat à  Stéphane Hessel, un ``homme libre». François Hollande a rendu hommage à  l`humaniste le jeudi dernier lors d`une cérémonie nationale aux Invalides...

Une cérémonie solennelle d'hommage national à  Stéphane Hessel, décédé à  l'à¢ge de 95 ans, se tenait jeudi matin dans la cour d'honneur des Invalides en présence du président François Hollande et du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault.

Un petit crachin tombe dans la cour d`honneur des Invalides ce jeudi matin. Comme une allégorie de la tristesse digne des participants à  l`hommage rendu à  Stéphane Hessel, en présence du président de la République, François Hollande, et du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault et de la famille du l`intellectuel. Parmi eux, des personnalités (Carole Bouquet, Guy Bedos…), des hommes politiques (Michel Rocard, Lionel Jospin, Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, Charles Pasqua…). Mais aussi beaucoup d`inconnus du grand public, notamment d'anciens résistants et des représentants de différentes associations que soutenait l`humaniste. Car il croyait ``au pouvoir de l`action individuelle» et ``était à  la recherche d`une plus grande justice sociale», a rappelé dans son oraison funèbre, son ami, l`ancien résistant Jean-Louis Crémieux-Brilhac. l'actrice Carole Bouquet a lu un poème d`Apollinaire.

Un poème d`Apollinaire lu par Carole Bouquet Une cérémonie très solennelle qui a duré plus d`une heure. Le cercueil, recouvert du drapeau français, a été porté au centre de la Cour d`honneur des Invalides par des militaires de l`armée de l`air, au son de la marche funèbre de Chopin. Après les honneurs militaires rendus à  l`ancien résistant et déporté, l`actrice Carole Bouquet a lu un poème d`Apollinaire, ``La jolie rousse», que Stéphane Hessel ``aimait tant».

Puis, François Hollande a salué en Stéphane Hessel, résistant, intellectuel et militant, un ``homme libre», ``un grand Français», ``un juste». Rappelant qu`Hessel fut arrêté par la Gestapo, torturé, déporté et ne dut sa survie qu`à  une ruse, grà¢ce à  une substitution d`identité avec un prisonnier mort du typhus. Avant d`évoquer sa carrière de diplomate et ses différents engagements vis-à -vis des sans papiers, des Palestiniens... ``C'était un citoyen sans frontière, un européen sans condition, un militant sans parti», a résumé François Hollande. Sans oublier d'évoquer le coup de maitre d'Hessel avec l`écriture, ``à  plus de 90 ans», du célèbre Indignez-vous! , vendu depuis 2010 à  4 millions d'exemplaires dans le monde. ``Son indignation était une exigence d`action», a commenté le chef de l'Etat, avant de s`incliner devant la dépouille de Stéphane Hessel et d`accompagner le départ du cercueil au son du Chant des partisans.

Stéphane Hessel parmi les siens au cimetière du Montparnasse

Jeudi 7 mars, les émouvantes obsèques populaires, à  la fois familiales et amicales, de Stéphane Hessel au cimetière du Montparnasse ont été marquées par deux discours, l'un de Michel Rocard, l'autre d'Edgar Morin, que Réveil FM International vous permet de découvrir à  travers les vidéos de Médiapart. Voir Edgar Morin en colère est une rareté. C'est pourtant bien ce qui s'est passé au début de son bel hommage à  l'ami disparu, avec lequel il avait publié, en 2011, Le chemin de l'espérance (Fayard), prolongation, approfondissement et développement du propos d'Indignez-vous! (Indigène), paru un an auparavant. Une colère bouleversée et bouleversante, sans artifice ni calcul. C'est à  1 mn 10 sec de la vidéo ci-dessous et c'est à  propos de la Palestine.


L'hommage d'Edgar Morin à Stéphane Hessel par Mediapart


L'hommage de Michel Rocard à Stéphane Hessel par Mediapart

La vérité, c'est qu'en illustrant ainsi, dans des circonstances qui auraient plutà´t incité à  l'élévation, le conformisme et la frilosité de sa présidence, François Hollande a aussi montré sa méconnaissance, sinon son inculture. Stéphane Hessel ne fut jamais homme de déclarations à  l'emporte-pièces ou de propos excessifs, qui ne soient pas mà»ris et raisonnés. Son engagement sur et pour la Palestine est l'aboutissement logique du chemin de toute sa vie: une bataille pour le droit, et donc l'égalité des droits, et pour la justice, et donc la justice pour tous. La seule passion qui animait Hessel, loin de tout angélisme ou de toute sensiblerie, était justement celle de la vérité. D'une vérité sincèrement vraie. Vérité du droit, vérité de la justice.

L'an passé, un an avant sa disparition, Stéphane Hessel s'expliquait précisément et posément sur cette ``exigence de justice» qui est au cœ“ur de la question israà«lo-palestinienne. C'était dans une conversation avec Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine à  l'Unesco, Le rescapé et l'exilé, dialogue paru aux éditions Don Quichotte. Confronté au questionnement amical de Sanbar, il y retrace son cheminement, et sa cohérence, depuis son arrivée à  New York en février 1946 pour la mise sur pied de l'Organisation des Nations Unies. Il y rappelle que l'idée de base inscrite dans la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) était la suivante: ``Les empires sont périssables, les empires doivent se dissoudre en peuples, et chacun de ces peuples a droit à  un État. La notion de passer de peuple à  État est une notion qui est inscrite dans la Chartes de Nations unies.»

C'est ce passage - cette normalité en somme - que doivent encore forcer les Palestiniens, toujours et encore confrontés à  un mur d'hostilité ou d'indifférence. Dans Le rescapé et l'exilé, Stéphane Hessel résume sa position avec une telle clarté qu'on ne voit pas, excepté le préjugé ou la médisance, ce qui permet d'y suspecter, comme le laisse entendre François Hollande, un mensonge à  l'abri de la sincérité. A moins, et peut-être est-ce là  l'impensé de l'attitude présidentielle, que les attitudes impériales aient toujours cours, admettant une inégalité foncière des droits selon que l'on est puissant ou faible…

``Il est inacceptable, expliquait Stéphane Hessel, que des Etats, qui se disent des Etats de droit, définissent le droit selon leur bon vouloir. Des Américains ou des Européens, et ile ne sont pas les seuls dans ce cas, nous disent: “Nous respectons le droit international, mais il n'est pas applicable partout. Il y a des situations où nous nous trouvons obligés de défendre nos intérêts vitaux, et c'est impossible si l'on ne transgresse pas les règles établies.” A mon avis, dès que l'on commence à  sortir du cadre légal, sous n'importe quel prétexte, on risque de provoquer de très graves désordres et , parfois, à  l'échelle mondiale. La paix entre les peuples dépend d'une stricte application du droit international, qu'il s'agisse d'Israà«l dans ses relations avec les Palestiniens, de l'Irak de Saddam Hussein ou des talibans en Afghanistan.»

Ses proches avaient aussi demandé à  son ami Michel Rocard d'être l'autre orateur, avec Edgar Morin, de cet hommage fraternel. Lequel Rocard a évoqué avec justesse la cohérence de l'engagement palestinien de Hessel, le soulignant d'un salut amical à  Leïla Shahid, ambassadrice de la Palestine auprès de l'Union européenne:

Auparavant, les enfants de Stéphane Hessel (xxx, Antoine, Michel) et ses petits-enfants avaient partagé avec lui sa véritable passion, qui le réconciliait avec la beauté du monde tant malmenée par les hommes: la poésie. Evoquant avec humour et tendresse ce père qui leur avait transmis ce goà»t de la poésie apprise par cœ“ur, comme un talisman et une promesse, ils lui ont donc offert des poèmes, comme il l'auraient fait lors d'un repas familial:

``La poésie est, à  mes yeux, une forme supérieure du politique», dit Elias Sanbar à  la fin de son dialogue avec Stéphane Hessel. Le traducteur de l'immense Mahmoud Darwish et l'auteur de à” ma mémoire, sous-titré La poésie, ma nécessité, communient alors autour de ces voyants que sont les poètes, habiles à  trouer nos nuits de leurs éclairs. Échange que conclut ainsi Stéphane Hessel, Stéphane notre ami d'inquiétude et d'espérance:

``Je voudrais vous donner à  méditer un vers, un seul, qui aidera les jeunes générations à  entreprendre, poétiquement ou politiquement, la construction d'une société radicalement nouvelle par rapport à  celle dont nous déplorons l'existence de nos jours. Il est extrait de La jolie rousse de Guillaume Apollinaire: “Nous voulons explorer la bonté, contrée énorme où tout se tait.”»

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