Réveil FM, la première radio libre et citoyenne de Kinshasa en République démocratique du Congo !

samedi 28 mars 2020

"Coronavirus": L'allocution du président Macron à Mulhouse !

Freddy Mulongo-Macron Mulhouse.jpg, mar. 2020

ALLOCUTION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE SUR LE COVID-19 

Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes.

Je tenais à venir aujourd’hui ici, à Mulhouse, en Alsace, dans cette région Grand-Est, dans cette région qui est à ce jour la plus touchée par l'épidémie de Covid-19 et l'une des premières frappées en France, il y a près d'un mois. Dans le Grand-Est, plusieurs centaines de nos compatriotes ont perdu la vie.  Plus de 700 se trouvent en état grave, placés en réanimation. Je m'associe à la douleur des familles, des proches et veux leur dire que la Nation toute entière est à leurs côtés.

Je veux aussi, ce soir, saluer la mémoire des soignants qui ont payé de leur vie leur engagement pour soigner d'autres vies, sauver d'autres vies depuis le début de cette épidémie. Le premier soignant est tombé il y a quelques jours à Compiègne. Trois soignants ont perdu la vie dans la région Grand-Est, ils avaient décidé de soigner coûte que coûte. Un gynécologue obstétricien ici à Mulhouse, un médecin généraliste, dans la commune de l'hôpital en Moselle et un médecin généraliste à Colmar, une ville elle aussi très durement touchée. Nos pensées accompagnent leurs familles, leurs proches, toute la communauté des soignants.

Mes chers compatriotes, je vous ai dit il y a quelques jours que nous étions engagés dans une guerre, une guerre contre un ennemi invisible, ce virus, le Covid-19 et cette ville, ce territoire porte les morsures de celui-ci. Lorsqu'on engage une guerre, on s'y engage tout entier, on s'y mobilise dans l'unité. Je vois dans notre pays les facteurs de division, les doutes, toutes celles et ceux qui voudraient aujourd'hui fracturer le pays alors que nous ne devons avoir qu'une obsession : être unis pour combattre le virus.  J’en appelle à cette unité, à cet engagement : être unis.  Vous avez un Gouvernement qui est à la tâche, œuvrant pour trouver les solutions et se battant. Le ministre de la Santé reviendra dans les prochains jours, comme il l'a déjà fait et comme il le fait constamment sur les sujets les plus sensibles, en toute transparence. Le sujet des masques, des respirateurs, des tests et des traitements pour apporter toutes les explications, toutes les demandes d'informations légitimes, mais sans que nous ne cédions à aucune forme de division sans que jamais nous ne céderons au flot de fausses informations. Nous n'avons qu'une priorité : battre le virus.

La Nation tout entière est mobilisée. Mobilisation d'abord des services de l'Etat, qui est totale, et ici, dans le Grand-Est depuis le début. Sur le plan sanitaire, d'abord, tout est mis en œuvre pour que le service, nos services de santé puisse faire face à la vague. L'Agence régionale de santé a lancé très tôt un appel au volontariat des personnels soignants. Plus de 1 000 engagés ont répondu présent dans la région, dont 250 ici à Mulhouse. Une organisation s'est mise en œuvre consistant à déprogrammer les opérations qui n'étaient pas urgentes pour libérer des lits, mobilisant le secteur privé, faisant jouer toute la solidarité entre l'hôpital, le secteur privé et la ville. Les respirateurs sont arrivés, d'autres hôpitaux, des Armées. Un déploiement complet a été fait. Nous avons ici, dans cette région, mis en place une organisation, une méthode inédite qui sera répliquée partout où elle sera utile. 

Solidarité aussi nationale qui joue à plein. Plusieurs transferts ont été organisés vers des régions moins touchées. Une trentaine de patients ont ainsi été conduits dans d'autres hôpitaux de la région. Trois opérations menées par les Armées ont permis de transférer 18 patients vers d'autres régions. Et demain, un train médicalisé sera affrété pour transférer une vingtaine de patients à nouveau. La mobilisation de nos systèmes de santé est totale. Je veux saluer tous les personnels de l'hôpital, des hôpitaux de la région, mais aussi tous les médecins de ville que j'ai croisé tout à l'heure et avec qui j'ai pu discuter, et l'ensemble du secteur sanitaire, médico-social et social.

Mobilisation aussi de tous les services de l'Etat. Je veux saluer les préfets qui, aux côtés des responsables sanitaires, se sont mobilisés pour assurer la continuité des services publics. Tous les services de l'Etat sont mobilisés, nos policiers, nos gendarmes, nos douaniers, l'ensemble de nos fonctionnaires, nos enseignants, à qui aussi je veux dire merci car ils continuent de s'occuper de notre jeunesse de manière physique pour les enfants de nos personnels soignants mais de tous les autres aussi, sans relâche. Je veux ici aussi remercier l'ensemble des collectivités locales, la région, le département, l'agglomération et la ville et l'ensemble de leurs personnels qui n'ont cessé d'être également au front.

Enfin, je veux remercier nos voisins allemands, suisses, luxembourgeois, qui ont pris en charge une trentaine de patients lourds, comme nous l'avons fait il y a quelques semaines pour nos voisins italiens. C'est cela aussi l'Europe, la vraie, cette solidarité. 

Ici, dans cette première région si lourdement touchée, cette mobilisation a été exemplaire. L'organisation a permis collectivement de nous améliorer pour apporter une réponse indispensable. Ici, nous avons fait bloc pour soigner, pour sauver. C'est en activant tous les leviers de la solidarité et en faisant bloc que nous pourrons faire face en Corse, où la situation est déjà très difficile, puis demain, dans les Hauts-de-France, en Bourgogne-Franche-Comté, en Île-de-France, en Outre-mer aussi, où des situations extrêmement tendues sont en train d'arriver. Dans chacun des territoires que je viens d'évoquer, la situation, chaque jour, est plus difficile et c'est la même organisation qui se met en place. Elle se met en place aussi parce qu'une formidable mobilisation nationale est là, et je veux vous en féliciter et vous en remercier, mes chers compatriotes. La réserve sanitaire d'abord, avec plus de 40 000 inscrits, permet d'apporter des bras, des soutiens à des femmes et des hommes qui se réengagent pour aider. Plus de 100 000 d'entre vous se sont engagés sur la plateforme "Je veux aider" pour là aussi, à leur manière, avec leurs moyens, apporter une aide au milieu de cette crise. C'est cette France fraternelle qui nous permettra de tenir et de vaincre.

Mais derrière cette organisation, il y a toujours et avant tout les femmes et les hommes. Je suis ici à Mulhouse, à leurs côtés, pour leur rendre hommage. Dans cette guerre, il y a en première ligne l'ensemble de nos soignants, qu'ils interviennent à l'hôpital, en ville, dans les EHPAD, dans nos établissements accueillant des personnes en situation de handicap, dans les services à domicile, qu'ils soient médecins, infirmiers, ambulanciers, pharmaciens, aides-soignants. Tous sont en première ligne. Les yeux sont cernés, la fatigue est présente. L'angoisse est là pour eux-mêmes, pour leurs collègues, pour leur famille. Je l'ai vu aujourd'hui avec beaucoup de force. La Nation tout entière est derrière eux, reconnaissante. Elle rend hommage chaque jour. Elle est à leurs côtés à chaque instant. Avec un courage exceptionnel, ils font face. Ils sauvent des vies. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir. Nous serons là aussi au rendez-vous de ce que nous devons, au-delà de cette reconnaissance et du respect. J'ai demandé au gouvernement d'apporter une réponse claire et forte de court terme pour l'ensemble des personnels soignants comme pour l'ensemble des fonctionnaires mobilisés, afin de majorer les heures supplémentaires effectuées sous forme d'une prime exceptionnelle pour pouvoir accompagner financièrement cette reconnaissance. Mais plus largement, nos soignants qui se battent aujourd'hui pour sauver des vies se sont hier battus, souvent pour sauver l'hôpital, notre médecine. Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. L’engagement que je prends ce soir pour eux et pour la nation toute entière c’est qu’à l’issue de cette crise un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital. C’est ce que nous leur devons, c’est ce que nous devons à la Nation. Cette réponse sera profonde et dans la durée.

Je veux aussi saluer l’ensemble des femmes et des hommes qui sont en deuxième ligne et qui permettent à nos soignants de soigner, et au pays de continuer à vivre. Ce sont les femmes et les hommes qui transportent, qui hébergent, qui dépannent, qui nettoient, qui réparent. Ce sont nos agriculteurs, ce sont l’ensemble des femmes et des hommes qui sont dans le secteur de l’alimentation, des commerces de première nécessité, ce sont nos livreurs, nos caissiers et nos caissières, c’est tout ce peuple travailleur de France qui se bat, qui, je le sais, parfois, est angoissé, souvent pour eux-mêmes et leurs familles, mais permet au pays de vivre. Je veux ce soir avec beaucoup de force les remercier et leur apporter tout le soutien de la Nation. Je sais les attentes qu’il y a là aussi pour être mieux protégé et le gouvernement fera le maximum pour apporter toutes les réponses avec les contraintes qui sont les nôtres, toujours en transparence. Vendredi, je rassemblerai l’ensemble des partenaires sociaux et un très gros travail a été fait ces derniers jours pour, secteur par secteur, apporter les meilleures réponses pour organiser le travail, pour mieux protéger au travail. Je veux remercier l’ensemble des employeurs de tous ces secteurs qui ont beaucoup fait là aussi pour que la nation continue à vivre. Cette deuxième ligne est indispensable et je veux remercier tous nos compatriotes qui, avec courage, chaque jour, permettent au pays de continuer à vivre dans ce contexte. Leur travail, leur engagement, leur courage sont aussi notre fierté.

Et il y a la troisième ligne, celles et ceux qui peuvent télétravailler ou rester à la maison, arrêter leur activité pour un temps ou qui y sont contraints parce que le secteur d’activité a fermé et qui contribuent aussi à l’effort de la Nation en restant chez eux, en respectant les règles de confinement qui ont été édictées par le gouvernement, en réduisant les contacts, en luttant contre la propagation du virus. Je vous remercie, mes chers compatriotes, de cette part que vous prenez à l’effort collectif. Elle est indispensable, pour protéger notre système de santé, pour ralentir ce virus et protéger l’ensemble de nos soignants, de nos réanimateurs, pour permettre de sauver un maximum de vies, pour protéger aussi nos aînés et les plus fragiles.

Chacun a un rôle, et dans ce contexte nos armées ont un rôle et je veux les en remercier, et je terminerai par là. Nos armées sont déjà mobilisées comme ici, à Mulhouse, avec cet hôpital de campagne dans lequel je viens de me rendre et par la mobilisation aussi du service de santé dans son intégralité. Cet hôpital a été monté dans des délais records par le service de santé et l’armée de terre. Les 5 hôpitaux d’instruction des armées sont aussi mobilisés, où des malades sont déjà pris en charge. Des opérations de transport sanitaire aérien et maritime ont déjà été réalisées par des avions ravitailleurs, dont les opérations Morphée de l’armée de l’air, le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre, d’autres missions de soutien encore. Partout, je le sais, nos militaires sont prêts et déterminés.

Nous sommes en guerre et face à ce qui se profile, ce pic de l'épidémie qui est devant nous, j'ai décidé, sur proposition de la ministre des Armées et du chef d'état-major des Armées, de lancer l'opération Résilience. Cette opération, distincte de l'opération Sentinelle qui continue de se concentrer sur la lutte contre le terrorisme quant à elle, cette opération Résilience sera entièrement consacrée à l'aide et au soutien aux populations ainsi qu'à l'appui aux services publics pour faire face à l'épidémie de Covid-19 en métropole et en outre-mer, en particulier dans les domaines sanitaire, logistique et de la protection. Dans ce cadre, j'ai d'ores et déjà décidé de déployer immédiatement le porte-hélicoptères amphibies Mistral dans le sud de l'Océan Indien et à partir de début avril le porte-hélicoptères Dixmude ira se positionner dans la zone Antilles Guyane en soutien de nos territoires ultramarins. 

Mes chers compatriotes, Mesdames, Messieurs, je reviendrai dans quelques jours faire un point complet de la situation, vous dire les décisions prises pour les semaines à venir et les décisions plus profondes que j'entends prendre pour la nation. Mais ce soir je voulais être là, aux côtés de nos soignants, aux côtés de nos armées, aux côtés de nos malades, pour dire que toute la Nation est engagée, engagée dans ce combat. Chacun a un rôle à y jouer, chaque citoyen, parce que la Nation française est un bloc et parce que dans cette guerre nous devons faire bloc, être unis, fiers et reconnaissants pour le rôle de chacun et tenir l'unité et le courage nous permettront de vaincre. Nous ne sommes qu'au début mais nous tiendrons.

Nous tiendrons parce que nous ne cèderons rien. Nous tiendrons parce que nous en avons la force. 

Lire la suite...

Partager sur : Partager

Paris: Décès de Manu Dibango, le communiqué de l'Elysée !

Freddy Mulongo-Manu Dibango 6.jpg, mar. 2020



Palais de l’Élysée, le mardi 24 mars 2020

 

 

COMMUNIQUÉ

 

La musique mondiale a perdu un géant. Manu Dibango, saxophoniste, compositeur, passeur de rythmes et lanceur de tubes, était l’un de ces musiciens virtuoses et généreux dont le talent ne connaissait pas de limites : ses créations ont fait danser plusieurs générations, plusieurs continents. Il est hélas l’une des premières personnalités mondiales à succomber à la pandémie du Covid-19.

 

C’est à Douala au Cameroun qu’Emmanuel Dibango a vu le jour en 1933. Au temple protestant où sa mère est chef de chœur, il apprend à vocaliser sur Bach et Haendel et à caresser les cordes sous la bienveillante férule d’un oncle guitariste. En 1949, il a 15 ans lorsqu’il arrive en France pour faire ses études, avec 3 kilos de café dans ses bagages pour payer un premier mois d’accueil à ses hôtes. Mais, assez vite, la musique le tire loin des manuels scolaires. Un enseignant lui fait découvrir le piano, puis un ami, Francis Bebey, qui deviendra lui aussi une grande figure de la musique camerounaise, l’initie au jazz et au saxophone, son instrument-roi.

 

De Paris à Bruxelles, de caves en cabarets, il fréquente la diaspora afro-caraïbéenne et la bouillonnante scène jazz de l’après-guerre. Il rencontre bientôt Joseph Kabaselé, alias « Grand Kallé », le père de la rumba congolaise et le créateur de l’un des hymnes des indépendances africaines, Indépendance Tcha-tcha, qui l’embauche comme saxophoniste dans son orchestre African Jazz. Installé pour un temps à Léopoldville au Congo, Manu Dibango débute alors une carrière en solo, se fait connaître avec « Premier twist à Léo », et ouvre son propre club de musique, le Tam-Tam.

 

Revenu en France avec un répertoire qui s’est enrichi au fil de ses pérégrinations et de ses rencontres, qui s’est ouvert à la soul et au funk, il travaille avec quelques-unes des plus grandes vedettes de l’époque : Dick Rivers, Nino Ferrer, Mike Brant. A la fin des années 1960, il est le premier à faire jouer des artistes africains pour une émission de télévision française, Pulsations, dont il signe le générique en live avec son big band.

 

Manu Dibango se riait des frontières : il sautait d’un continent à l’autre, d’une culture à l’autre, d’un genre à l’autre, d’un instrument à l’autre – il les maîtrisait presque tous – pour créer une musique universelle, qui était à la fois africaine et caraïbéenne, américaine et européenne, mais qui était surtout chaloupée, entrainante et joyeuse. À chaque album, il inventait de nouveaux rythmes de joie, des mélodies du bonheur.

 

C’est avec un tube funk en diable, « Soul Makossa », qu’il avait accédé à une renommée internationale. Un hymne à la danse et au mélange qui n’était à l’origine que la face B d’un 45-tours sorti à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations de 1972, et qui est devenu, par un improbable cheminement d’admirations et de reprises, un hymne mondial dont le succès ne se dément pas : découvert par les pionniers new-yorkais du Disco, pillé par les plus grandes stars, cité, repris, il est joué et rejoué depuis près de cinquante ans.

 

Infatigable musicien voyageur, il a fait résonner son art virtuose sur les scènes de France et de Belgique, aux États-Unis, en Amérique Latine, en Côte d’Ivoire où il a un temps dirigé l’Orchestre de la Radio-télévision ivoirienne. Apôtre d’une musique où les artistes du monde entier dialoguent ensemble sur un pied d’égalité, Manu Dibango n’a jamais cessé de jeter des ponts, d’inventer des hybridations nouvelles, de susciter des rencontres, collaborant tour à tour et parfois en même temps avec Youssou N’Dour, Angélique Kidjo, Peter Gabriel, Sting, Serge Gainsbourg, Herbie Hancock ou Fela Kuti.

 

Avec le temps, celui qu’on surnommait « Papa Groove » était devenu « Papy groove », mais il n’avait jamais perdu son énergie et son enthousiasme : il était encore en tournée en France et à travers le monde l’an dernier, à l’occasion de ses 60 ans de carrière avec son « Safari symphonique », où s’entrelaçait harmonieusement le jazz et la musique classique.

 

Manu Dibango était aussi une voix, grave, engagée, qui savait se faire entendre pour célébrer les indépendances, pour dénoncer le racisme et l’apartheid, pour combattre partout les injustices, et pour célébrer cette Afrique dont il était l’un des fils les plus connus. En 1994, il en avait même pris le visage, sur la pochette de son album Wakafrica, auquel il avait fait participer les plus grandes stars du continent.


Immense musicien, il était aussi une figure d’humaniste universelle qui, par-delà les frontières géographiques et les styles musicaux, semait à foison la générosité et la joie. 

Lire la suite...

Partager sur : Partager

jeudi 12 mars 2020

Le sommet Afrique-France 2020 à Bordeaux !

Le sommet Afrique-France 2020 à Bordeaux !

Freddy Mulongo, Réveil FM International

Freddy Mulongo-Stephanie Rivoal.jpg, mar. 2020

Ancienne Ambassadrice de France en Ouganda, Stéphanie Rivoal est la Secrétaire générale du Sommet Afrique-France 2020. Elle a été dans la haute finance-banquière d’affaires chez Goldman Sachs et JPMorgan Chase, mais aussi dans l'humanitaire, présidente de l’ONG Action contre la faim. A 32 ans, elle avait décidé de changer de vie. Le 1 avril 2003, elle a quitté la finance pour l'humanitaire.

Aux côtés de Pascal Boniface, Stéphanie Rivoal a donné une conférence à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) pour parler du sommet Afrique-France 2020 et ses enjeux. Elle n'a éludé aucune question. Après la conférence, elle est restée dans la salle Stéphane Hessel bavardant avec les invités venus nombreux à la conférence. 

Après le premier sommet Afrique Russie à Sotchi, et le 3e Forum sur la coopération sino-africaine (Focac, pour l'acronyme anglais) devenu un rendez-vous incontournable pour les chefs d'État du continent africains, le 7e sommet Japon-Afrique, Yokohama, le grand port méridional du Japon, accueille depuis 2008 la Conférence internationale de Tokyo sur le développement en l’Afrique (TICAD), le 28è sommet Afrique-France se tiendra du 4 au 6 juin 2020 à Bordeaux.

La capitale girondine a été choisie pour accueillir cette manifestation d'envergure internationale, destinée à accueillir 25.000 personnes sur trois jours. Le président de la République Emmanuel Macron et le gouvernement français ont invité 54 chefs d'Etat et de gouvernement. 40 chefs d'Etat africains ont déjà confirmé leurs présences sur 54 du continent.
Le président Erytréen, est le seul qui a décliné l'invitation.

Des délégations de ministères, de maires, de collectivités locales, d'acteurs de la société civile sont également attendues.
Le Parc des expositions sera le théâtre de cette 28e édition câblée sur la thématique de la ville et des territoires durables. "Souvent, les sommets se sont tenus sur les thèmes de la paix et de la sécurité. Ici, nous sommes sur quelque chose de très différent, très positif et inclusif, qui donne le ton, celui de la construction. Les villes d'aujourd'hui sont perçues comme un défi, sur fond d'accroissement de la population urbaine. Elles doivent s'imposer comme une solution", déroule l'ambassadrice Stéphanie Rivoal, secrétaire générale du sommet.

Au sein du Parc des expositions, sera construite autour de sept "quartiers" thématiques : l'accès aux services essentiels, nourrir les villes, la vie dans la ville, se connecter, construire et embellir, se déplacer et financer les projets. Stéphanie Rivoal souligne d'ailleurs que certains sujets sont très similaires en France et en Afrique, comme l'importance de "maintenir de l'emploi et du bien-être dans les villes secondaires" pour éviter la métropolisation galopante.

En Afrique en particulier, la population urbaine devrait doubler en 25 ans, et atteindre le milliard d'habitants en 2040.

Les dates 4,5 et 6 juin pour le sommet Afrique-France sont maintenues par encore menacées par le Coronavirus.

Lire la suite...

Partager sur : Partager

lundi 29 avril 2019

Elysée: La conférence de presse d'Emmanuel Macron !

Emmanuel Macron lors de la conférence de presse

Au palais de l'Elysée, les présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande étaient toujours debout lors de la conférence de presse. Le président Emmanuel Macron était assis. Le jeudi 25 avril, le chef de l'État a dévoilé, devant un parterre de plus de 300 journalistes, ses quatre grandes orientations qui permettront une réforme de l'organisation du pays dans les prochains mois de son mandat. Emmanuel Macron a finalement parlé pendant une heure, raccourcissant la séance de questions-réponses, qui a duré 1h30 environ. Démocratie, fiscalité, éducation et immigration ont notamment été évoquées par Emmanuel Macron dans un discours deux fois plus long que prévu. Contraint d`annuler son allocution le 15 avril après l`incendie de Notre-Dame de Paris, le chef de l`Etat a vu son discours publié dans les médias et la quasi-totalité des annonces dévoilées. Dix jours plus tard, il a présenté ces mêmes annonces sur la fiscalité, la décentralisation, les services publics...

Emmanuel Macron lors de la conférence de presse

Mesdames, Messieurs les membres du gouvernement, Mesdames, Messieurs. J`ai souhaité vous rencontrer devant les Français qui nous écoutent et nous regardent pour tirer les conclusions du Grand débat national et proposer au pays les orientations du nouvel acte qu`appelle l`attente de nos concitoyens, nouvel acte de notre République. Que s'est-il passé au fond depuis le mois d'octobre dernier dans notre pays ? Un mouvement inédit, le mouvement des gilets jaunes qui a dit sa colère, son inquiétude, qui a dit aussi son impatience que les choses changent plus vite, plus radicalement et que le peuple français puisse avoir sa part de progrès dans un monde incertain et où il faut bien le dire, il a eu le sentiment durant plusieurs années de plutà´t subir des reculs. Ce mouvement s'est ensuite progressivement transformé, tiraillé entre les injonctions contradictoires, la démocratie absolue et permanente d'un cà´té ou la fascination autoritaire de l'autre, le plus de services publics, tout à  fait légitime, et le moins d'impà´ts, tout aussi légitime mais difficilement compatibles. Et ce mouvement a ensuite été récupéré, nous l'avons tous vu, par les violences de la société : l'antisémitisme, l'homophobie, les attaques contre les institutions, les journalistes parfois, les forces de l'ordre. Aujourd'hui, l'ordre public doit revenir avant tout et avec lui l'indispensable concorde. Mais je ne veux pas que les dérives de quelques-uns occultent les justes revendications portées à  l'origine de ce mouvement et profondément soutenues.

Emmanuel Macron lors de la conférence de presse

C`est pour cela que j`ai apporté une première réponse dès le 10 décembre dernier, une réponse d`ampleur parce qu`elle me paraissait juste et qu`elle était cohérente avec les orientations que nous avions d`ailleurs retenues au début du quinquennat : donner plus de pouvoir d`achat mais plus vite aux classes moyennes et à  celles et ceux qui travaillent. C`est aussi pour cela que j`ai voulu ce Grand débat national, exercice inédit dans les démocraties contemporaines, dans lequel je me suis personnellement engagé aux cà´tés des maires, et qui a permis à  plusieurs millions de nos concitoyens de participer. Et je dois dire la grande fierté qui est la mienne d`avoir vu durant ces mois nos concitoyens prendre part à  ces débats, dire leur part de vérité, proposer, réfléchir et j`ai moi-même beaucoup appris de notre pays, aux cà´tés des maires, sur la fonction qui est également la mienne durant ces mois. J`ai beaucoup appris et cette fierté que j`évoquais m`a convaincu d`une chose : nous sommes avant toute chose les enfants des Lumières et c`est de ce débat, de ces délibérations, de cette capacité à  dire et contredire mais dans le respect de l`autre que peuvent naître les bonnes solutions pour le pays et en aucun cas dans l`obscurantisme ou le complotisme. On ne bà¢tit pas sur la haine de soi, la jalousie de l`autre mais bien plus dans la juste compréhension de ce que nous sommes et des défis qui sont devant nous.

Emmanuel Macron lors de la conférence de presse

Alors qu`a dit ce mouvement et qu`est-ce que j`ai saisi de ce Grand débat ? D`abord, on l`a tous entendu, un profond sentiment d`injustice : injustice fiscale, injustice territoriale, injustice sociale. Ce sentiment est là , il est installé, il faut lui apporter une réponse. Ensuite un sentiment de manque de considération : beaucoup de nos concitoyens qui ne se sentent pas respectés dans leur quotidien, dans ce qu`ils vivent par nos institutions, parfois notre organisation collective, nos manières de décider, de faire ; un manque de confiance aussi dans les élites, toutes les élites, votre serviteur au premier chef mais l`ensemble de ceux qui sont élus, exercent des responsabilités, représentent, parfois même cherchent à  décrypter l`actualité. Il est difficile de construire quelque chose lorsque la confiance n`est pas rétablie à  l`égard de celles et ceux qui doivent être des tiers de confiance ou qui décident dans la société. Un sentiment d`abandon. Sentiment d`abandon qui se nourrit que du fait que de plus en plus de vies de nos concitoyens sont comme oubliées ou inadaptées à  l`organisation du monde tel qu`il est, tel qu`il s`est fait.

Nous vivons dans une société avec des politiques publiques qui ont largement été pensées au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. La famille a changé, la manière de travailler a changé, nos organisations ont changé et nous ne l`avons pas totalement vu. On a découvert, il faut bien le dire avec beaucoup d`humilité durant ce mouvement, ce qu`on appelle aujourd`hui les familles monoparentales, la plupart du temps ces femmes seules qui élèvent leurs enfants et travaillent. Très peu de choses sont faites dans la société pour elles, pour ne pas dire rien. On a vu s`exprimer les enfants victimes de harcèlement à  l`école, les personnes vivant en situation de handicap qui ont dit aussi tout ce que la société avait de béances, celles et ceux qui travaillent dans les grandes villes où on a créé l`essentiel des emplois ces 20 dernières années mais n`ont pas les moyens d`y vivre et habitent parfois à  trois-quarts d`heure ou une heure de route sans qu`il y ait de transport collectif. On n`avait pas non plus conçu de politique publique pour eux et donc il y a comme des plis de la société qui se sont en quelque sorte révélés, des angles morts, ces vies un peu oubliées de nos politiques publiques, de beaucoup de nos discours qui ont dit “moi je participe, je travaille, je vis mal malgré ce travail et je veux non seulement qu`on me reconnaisse mais qu`on apporte des solutions concrètes à  ma vie.” Et évidemment je n`oublie pas parmi ces quelques portraits chinois que je viens de brosser les retraités modestes dont j`ai un moment cru moi-même que leurs protestations n`étaient pas totalement légitimes - “vous me parlez de la CSG, regardez c`est quelques euros par mois” - mais qui vivent aujourd`hui avec l`angoisse de parfois devoir aider les générations suivantes qui ne s`en sortent pas totalement, de devoir subvenir aux besoins de leurs propres aînés qui vivent encore et sont en dépendance et qui voient devant eux ce que va coà»ter la maison de retraite, l`EHPAD, entre 1800 et 2000 euros par mois là  où leur retraite est à  1300 euros, et qu`ils ont travaillé toute leur vie. Ces cas concrets se sont dits à  nous, se sont exprimés et ont nourri ce sentiment d`abandon. Enfin c`est la peur des grands changements : le climat avec son urgence mais aussi son lot d`inquiétudes parce qu`il faut changer des habitudes prises pour se déplacer, produire ; l`immigration ; le numérique ; le déclassement social ; le vieillissement que je viens rapidement d`évoquer.

Alors face à  toutes ces inquiétudes qui se sont exprimées, ces sentiments que je voulais rassembler pour dire un peu ce que j`avais compris et entendu : est-ce qu`il faudrait tout arrêter de ce qui a été fait depuis 2 ans ? Je me suis posé la question : “est-ce qu`on a fait fausse route ?” Je crois tout le contraire, je crois que les transformations en cours et les transformations indispensables à  faire dans notre pays ne doivent pas être arrêtées parce qu`elles répondent profondément à  l`aspiration de nos concitoyens. Elles n`ont pas été suffisamment rapides à  l`endroit de certains, pas suffisamment radicales, pas suffisamment humaines - je vais y revenir - mais je pense très profondément que les orientations prises durant ces deux premières années, à  bien des égards, ont été justes. Mettre l`école, le mérite, le travail au cœ“ur de notre ambition était indispensable. Décider à  investir, produire davantage pour redevenir une nation forte en menant toutes les réformes nécessaires pour cela était indispensable aussi pour pouvoir financer la solidarité ensuite qu`on veut pouvoir se payer. Moderniser notre économie, réduire nos déficits publics, réarticuler une vraie ambition européenne face à  toutes ces menaces étaient, je le crois très profondément, de bonnes orientations. Je crois donc que ces fondamentaux des deux premières années doivent non seulement être préservés, poursuivis et intensifiés. Et d`ailleurs les premiers résultats sont là  au moment même où nous vivons cette crise : nous recréons des emplois, plus de 500 000 durant ces deux premières années y compris dans le secteur industriel où depuis plus de 10 ans nous étions en train de détruire constamment des emplois en France. Les investissements repartent et continuent de repartir et pour la première fois depuis bien longtemps en ce moment même notre croissance est supérieure à  celle de bien de nos pays voisins donc les résultats commencent à  être là .

Alors la réponse n`est pas dans le reniement mais je crois dans la définition plus profonde d`une nouvelle ambition, dans la réponse aux questions profondes que se pose notre pays et que se posent d`ailleurs dans nombre d`autres démocraties dans le monde qui vivent partout des crises qui se traduisent de manière différente, qui sont des crises de l`efficacité, de la représentation. D`abord face au sentiment d`injustice, nous devons apporter une réponse qui place l`homme au cœ“ur de notre projet bien davantage que nous ne l`avons fait. Notre projet national doit être plus juste, plus humain afin de rassembler et de réunir et face aux grands changements il nous faut retrouver, par le projet national et européen, la maîtrise de notre destin et de nos vies. Je crois que ce à  quoi aspire très profondément le peuple français c`est de comprendre pourquoi on décide les choses, qu`on puisse en tant que gouvernants dire à  un moment “nous ne sommes pas d`accord”, de ne pas tout subir ou d`avoir le sentiment qu`on s`adapte constamment au cours du monde.

Alors ce nouveau temps, de cette mandature et de notre République, je veux lui assigner un objectif simple : redonner une espérance de progrès à  chacun, en demandant à  chacun le meilleur de lui-même, et c`est ainsi que nous pourrons reconstruire ensemble très profondément ce que j`appellerais l`art d`être Français qui est une manière très particulière d`être ce que nous sommes. L`art d`être Français c`est à  la fois être enraciné et universel, être attaché à  notre histoire, nos racines mais embrasser l`avenir, c`est cette capacité à  débattre de tout en permanence et c`est, très profondément, décider de ne pas nous adapter au monde qui nous échappe, de ne pas céder à  la loi du plus fort mais bien de porter un projet de résistance, d`ambition pour aujourd`hui et pour demain.

Et pour ce faire il y a quatre orientations que je voulais brosser ce soir devant vous avant de répondre à  vos questions et qui sont, en quelque sorte, celles sur lesquelles je veux construire cette nouvelle étape.

La première orientation c`est de changer, beaucoup plus en profondeur et rapidement, notre démocratie, notre organisation, notre administration. Au fond le sentiment de beaucoup de nos concitoyens, c`est comme ça que je l`ai entendu, c`est de dire “vous nous avez demandé des changements à  nous mais vous avez très peu changé. Vous vous êtes toujours avec les mêmes organisés de la même manière, on n`a rien vu bouger. Ce n`est pas faux. Alors, sur le plan démocratique, les citoyens veulent être mieux représentés participer davantage, avoir au fond une organisation plus efficace. Là -dessus, on a vu fleurir beaucoup de débats et je veux dire, très franchement, après avoir beaucoup écouté et réfléchi où je me situe. Je crois aux élus. Je crois aux élus de la République parce que l`élu a une légitimité, celle que lui procure l`élection. Si on se met à  dire, quand il s`agit des décisions de la cité, la vie d`un citoyen est aussi importante que celle du maire, elle l`est en tant que citoyen mais le maire est allé à  l`élection. Il a obtenu une légitimité et donc je pense qu`il faut consolider cette place de nos élus dans la République sinon il n`y a plus de décision possible, plus d'arbitrage qui se forme et au premier chef, les maires qui sont le visage, le quotidien de la République à  portée parfois "d'engueulades" si vous m`autorisez cette expression, de remerciements et d'attachement aussi et qui sont essentiels. Je veux conforter leur rà´le par un statut digne de ce nom, simplifier les règles qu'ils ont parfois subies lorsque le pouvoir, les responsabilités se sont par trop éloignés sans qu'ils l'aient choisi. Mais la démocratie représentative est aussi essentielle et je ne veux pas que de cette crise, le rà´le du Parlement ne soit, en aucun cas, fragilisé. Cependant, nous pouvons l'améliorer. Nous pouvons le rendre plus représentatif avec une part significative de proportionnelle pour que toutes les familles politiques soient représentées, toutes les sensibilités en limitant aussi le nombre de mandats dans le temps. Nous pouvons le rendre plus efficace et je fais confiance aux assemblées pour renforcer leur contrà´le indispensable, pour avoir aussi des procédures plus rapides, plus adaptées aux contraintes actuelles et aux attentes de nos concitoyens. L'efficacité, c'est aussi la réduction du nombre de parlementaires, comme je m'y étais engagé et qui est beaucoup revenue dans le débat. Mais nos citoyens veulent participer davantage, au-delà  de ce que je viens de dire sur les élus et de notre démocratie représentative, et plusieurs questions ont émergé qu'il faut considérer.

D'abord, la question du vote obligatoire qui est souvent revenue. Je ne retiendrai pas cette option, je ne la retiendrai pas pour deux raisons. La première, c'est que je ne crois pas qu'on répond à  la crise démocratique par la contrainte. Je ne crois pas que lorsqu'il y a de la désaffection pour une élection et du désintérêt, on y répond en rendant la chose obligatoire. On y répond en redonnant du sel à  la vie démocratique et à  cet égard, la période que nous vivons, je le crois, est une partie de la solution. Ensuite, c'est qu'une fois qu'on a mis l'obligation quand je regarde nos voisins, il est très dur de la faire respecter. Généralement, elle n'est pas suivie. Est-ce qu'on met des amendes ? C'est très dur. Alors, certains proposent de priver leurs droits civiques ceux qui ne vont pas voter. C'est un peu étrange en tout cas ça éloigne encore davantage du civisme et de la vie politique, ce qui ne se rendrait pas à  cette obligation. Je n'y crois pas.

Ensuite, il y a la question du vote blanc. C'est une question qui, depuis longtemps, on travaille notre démocratie. Elle n'est pas négligeable et à  juste titre les gens qui votent blanc nous disent : “Je veux être entendu. Je veux que ce soit pris en compte”. Est-ce qu'il faut lui donner une reconnaissance particulière ? J'ai, à  un moment, été tenté par cette option, j'y ai beaucoup réfléchi et je ne la retiendrai pas. Je ne la retiendrai pas parce qu`au fond la crise de notre démocratie est aussi une crise d'efficacité et de capacité à  prendre les décisions. Alors, on peut avoir des projets dont aucun ne nous plaît totalement à  une élection mais on doit choisir parfois le moindre mal ou le mieux possible et ce choix est important parce que dans les moments difficiles de la démocratie, il faut prendre des options et il faut choisir et je sais une chose : c'est quand on vit une période difficile, blanc ça ne décide pas. Blanc c'est l'agrégation des rejets, des refus. C'est trop facile. Moi, je veux bien être le candidat du blanc. On a toutes les voies dans la période que nous vivons mais Blanc ne résoudra aucun problème. Monsieur X, Mme Y oui ! Qu'on soit d'accord ou pas.

Enfin, il y a eu la question du référendum d'initiative citoyenne. Tel qu'il est proposé, il me semble remettre en cause la démocratie représentative mais je crois malgré tout nous devons donner plus de place à  la voie référendaire dans notre démocratie et ce que je souhaite, c'est que dans le cadre de notre réforme constitutionnelle, nous puissions aller plus loin sur le référendum d'initiative partagée qui a été créé il y a maintenant 11 ans dans notre constitution en en simplifiant les règles, en permettant que l'initiative puisse venir de citoyens, un million de citoyens qui signeraient une pétition et qu'elle puisse prospérer en projet de loi et si elle n'était pas examinée par les assemblées, aller au référendum. Je crois que c'est une bonne voie qui respecte la démocratie représentative mais qui permet à  un million de citoyens qui se rassemblent de pousser le parlement à  discuter d'un texte ou bien d'aller au référendum. Je souhaite ensuite qu'au niveau local on puisse renforcer le droit de pétition. Au niveau local en définissant une forme de droit d'interpellation des élus au-delà  d'un certain seuil qui sera à  définir les citoyens doivent pouvoir obtenir d'inscrire un sujet à  l'ordre du jour d'une assemblée locale. Là  aussi je pense que c'est important et ça permet d'articuler la place légitime des élus. Mais ce que les citoyens peuvent vouloir amener dans le débat public et voir pleinement reconnu.

Enfin je souhaite que cette place de nos concitoyens dans notre démocratie ainsi revitalisée puisse aussi se faire par la réforme que nous devons conduire du Conseil économique social et environnemental. Ce Conseil existe depuis la Constitution de 1958 c'est une présence qui a des antériorités pour représenter la société civile. Nous en réduirons le nombre mais à  cà´té des grandes forces vives économiques sociales associatives qui y sont présentes et qui portent les grands sujets. Je souhaite que l'on puisse avoir des citoyens tirés au sort qui viennent compléter cette assemblée et qui ainsi permettra à  celle-ci de représenter pleinement la société dans toute sa diversité et sa vitalité. Et je souhaite que ce conseil de la participation citoyenne ainsi refondé puisse reprendre l'ensemble des compétences de consultation qui sont émiettées entre plusieurs comités parfois devant lesquels nos lois doivent passer qui sont souvent peu clairs pour nos concitoyens qui créent beaucoup de complexité administrative. Je propose que cette réforme constitutionnelle ainsi simplifiée, clarifiée, repensée puisse être soumise par le gouvernement au Parlement à  l'été. Je fais confiance à  l'Assemblée nationale au Sénat pour qu'elle puisse dans les meilleurs délais prospérer et être pleinement effective. Mais sans attendre, dès le mois de juin nous tirons au sort 150 citoyens pour constituer ce début de conseil de la participation citoyenne. Ce sera organisé au CESE actuel avant sa réforme et nous commencerons à  innover avec ce nouveau travail qui je crois répond aux aspirations profondes et permet de mobiliser l'intelligence collective de manière différente.

Nous devons ensuite changer de méthodes d'organisation de notre République. Ce qui s'est exprimé très profondément c'est un besoin de proximité d'enracinement de l'action que nous devons conduire dans beaucoup de domaines. Et j'ai pleinement conscience que la politique que nous avons parfois menée a été perçue comme lointaine parfois trop froide, venant de Paris et donc technocratique. C'est parfois injuste c'est parfois vrai. En tout cas il faut le regarder en face. Et donc je souhaite que nous puissions ouvrir un nouvel acte de décentralisation adapté à  chaque territoire. Les Français ont confiance dans leurs élus locaux et ce nouvel acte de décentralisation doit porter sur des politiques de la vie quotidienne, le logement, le transport, la transition écologique, pour garantir des décisions prises au plus près du terrain. Ce nouvel acte de décentralisation devra s'appuyer sur quelques principes simples. D'abord responsabilité, lisibilité et financement. Quand je regarde nos décentralisations passées, elles sont tout sauf claires. Et elles n'ont pas permis, ni de faire de véritables économies ni d'avoir une culture de la responsabilité démocratique. On a souvent transféré des bouts de compétences avec une partie des financements qui allaient avec. L'État a gardé une partie de ses compétences ce qui crée un imbroglio absolument terrible mais surtout on n'a jamais transféré la responsabilité démocratique qui va avec jamais. Et donc on a parfois transféré des compétences mais quand les ennuis sont là  c'est toujours l'état ce qui est un peu simple. Et donc une vraie république décentralisée c'est des compétences claires que l'on transfère totalement en supprimant les doublons on transfère clairement les financements et on transfère clairement la responsabilité démocratique et la question que nous devons nous poser c'est à  quelle élection on vote pour quoi. Moi je suis convaincu que sur les sujets que j'évoquais, le logement quotidien, le transport beaucoup de sujets de la vie quotidienne, quand on vote pour le président de la République on ne vote pas pour cela. Quand on décide de la politique sociale de la nation ce n'est pas au moment où on vote pour le conseil départemental. Or aujourd'hui ce sont des compétences des départements. Vous voyez qu'il y a une perte de repères et de clarté démocratique dans le système tel qu'il fonctionne aujourd'hui.

Donc nous devons là -dessus profondément refonder notre modèle. Mais je souhaite qu'il puisse y avoir un geste de décentralisation extrêmement clair et avec celui-ci un principe : la différentiation territoriale. Nous avons commencé à  le pratiquer avec le gouvernement en signant des contrats ad hoc collectivité par collectivité. Mais pour répondre aux défis de nos outremers, qui sont très spécifiques, pour répondre aux défis de l`insularité et la montagne que connaît la Corse mais que des régions comme la Normandie ou l`Occitanie vivent qui peuvent être différentes, on doit différencier, adapter nos règles, notre organisation, trouver plus de liberté. Nous avons commencé à  le faire, nous devons aller plus loin et c`est aussi un des éléments de l`indispensable réforme constitutionnelle qui est devant nous. Cette réforme, cet acte de décentralisation devra aboutir pour le premier trimestre 2020. L'État lui-même, l'ensemble de ce qui est en quelque sorte la présence de la nation sur le terrain doit aussi savoir s'adapter dans ce contexte : recréer de la proximité, être accessible à  tous dans tous les territoires qu'il s'agisse des territoires ruraux ou des quartiers "politique de la ville" comme des métropoles. Sur le terrain, on a besoin de fonctionnaires, de médecins, d'instituteurs, de professeurs, d'artistes, de toutes celles et ceux qui font vivre la nation.

J'aurai progressivement à  redéfinir un nouveau pacte territorial et nous avons commencé à  l`esquisser : un agenda rural arrive qui permettra de l'ancrer dans notre ruralité. Mais nous devons sur ce point remettre de la présence de services publics, assurer l'accès aux services publics à  moins de 30 minutes avec un accompagnement personnalisé pour les démarches de la vie quotidienne, assurer l'accès aux soins pour tous en luttant contre les déserts médicaux, ce qui est au cœ“ur du projet de santé qui est en cours de discussion au Parlement et ne plus avoir d'ici à  la fin du quinquennat de nouvelles fermetures, ni d'hà´pitaux ni d'écoles, sans l`accord du maire. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de réorganisation. On le sait très bien. Elles sont parfois indispensables. Cela veut dire qu'il n'y aura plus de disparition comme on l'a aussi trop vécu. Mais nous devons, dans le cadre de ce nouveau projet territorial, également développer les projets patrimoniaux, culturels qui, sur le terrain, font vivre. Nombre de ces territoires sont portés par nos artistes, nos associations et sont au cœ“ur de la vitalité de ces-derniers et ce que vivent nos concitoyens. Nous allons aussi développer des campus connectés pour les études universitaires dans les villes moyennes ce qui est au cœ“ur de cette ambition territoriale. Et ce que je veux à  travers ce nouveau projet pacte territorial, c'est réconcilier la métropole, la ville moyenne et le rural car ce sont des mêmes projets qu'il faut faire émerger dans ces espaces que l'on a trop longtemps divisés. Ce qui veut dire que l'état lui-même doit repenser son action sur le terrain. Je le disais en cessant la fermeture des services publics mais en ayant une autre approche de sa présence au territoire. Nous avons trop de monde à  Paris et je l'ai souvent dit dans les débats et on le perçoit, il y a trop de monde à  Paris qui prend des décisions ou décide des règles sans jamais voir les problèmes ou les gens et il n'y a plus assez de monde sur le terrain à  régler les problèmes concrets de nos concitoyens, de nos entreprises et de nos associations. Donc, je veux qu'on remette plus de fonctionnaires sur le terrain qui apportent des solutions contrairement à  la tendance depuis plusieurs décennies et qu'on supprime plus de postes en administration centrale. Avec cela le Premier ministre dès le mois prochain aura à  présenter une profonde réorganisation de notre administration qui vise à  donner plus de pouvoirs et de responsabilités au terrain, à  ceux qui sont au contact de ces réalités. Et je veux que dans chaque département, on ait maintenant une grande clarté autour du préfet avec tous les services de l'État ainsi coordonnés qui puissent répondre aux aspirations du territoire, des élus et je veux que dans chaque canton d'ici à  la fin du quinquennat, nous ayons pour tous nos concitoyens un endroit où on puisse trouver réponse aux difficultés qu'on rencontre. On a commencé à  développer ces maisons de services au public. Quand on regarde ce qui se fait ailleurs, les Canadiens sont toujours très inspirants. Je veux qu'on mette en place quelque chose qui ressemble un peu à  ce qu'ils ont fait, cette maison qui s'appellerait “France Service” ou dans chaque canton, en moyenne, on pourrait avoir un lieu où sont regroupés l'accueil pour le public de services de l'État mais on propose aux collectivités locales d'y être aussi présentes et à  tous les opérateurs parce que pour nos concitoyens, c'est devenu illisible quand ils ont un problème de savoir s'il faut aller à  la CAF, à  Pà´le emploi ou si c'est la préfecture ou si c'est la mairie et la Mission locale. La simplicité, c'est la vraie protection, c'est la vraie protection et c'est le vrai service au public.

Enfin, cette transformation de ce que nous sommes de notre organisation suppose une réforme de notre haute fonction publique. J'ai vu que des rumeurs ces derniers temps avaient beaucoup animés les discussions sur ce sujet. Il ne s`agit pas de supprimer telle ou telle chose pour en faire des symboles. Non. Le gouvernement s'est engagé dans une réforme profonde des règles de la fonction publique pour le bien des fonctionnaires, c'est une très bonne chose. Mais notre haute fonction publique pourrait être tenue à  l'écart d'une modernisation indispensable. Nous lui devons beaucoup. Elle a bà¢ti ce que nous sommes, elle a pris beaucoup de responsabilités et je suis profondément attaché au modèle méritocratique, un élitisme républicain qui fait qu`on attire dans l'Etat les meilleurs pour pouvoir régler les problèmes les plus complexes. Néanmoins, des changements sont à  faire. En termes de recrutement d'abord, est-ce que notre haute fonction publique ressemble à  la société que nous sommes ? Non. Ce n`est pas vrai. Elle ne lui ressemble pas. Et dans notre recrutement, notre formation, nous avons plutà´t reculé durant ces dernières décennies par rapport à  la situation du début de la Ve République. Ce ne sont plus des filières méritocratiques où quand on vient d'une famille d'ouvriers, de paysans, d'artisans, on accède facilement à  l'élite de la République, ça n'est plus si vrai. C'est vrai pour les grands-parents et arrière-grands-parents, plus si vrai pour les parents. Il faut s'interroger : le mode de recrutement crée un biais. Ensuite la formation qui y est dispensée. J'ai été touché, ému en tant qu'ancien haut fonctionnaire du soutien massif que beaucoup ont apporté. Enfin néanmoins les mêmes qui apportent le soutien disent depuis des décennies, c'est “un mot, la pensée unique et la haute fonction publique nous a parfois menés dans l'ornière, c'est terrible.” Ce n'est pas totalement faux non plus. Il se peut que j`aie cotisé moi-même. Si on veut que les hauts fonctionnaires soient formés différemment, il faut repenser la formation, qu'elle soit plus ouverte au monde académique, à  la recherche, à  l'international qu`il y ait dans le parcours plus d'expériences de terrain, qu`elle soit sans doute plus ouverte aussi au monde universitaire et à  ce qu'il apporte, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Et enfin, il y a la gestion des carrières de notre haute fonction publique. Aujourd'hui, quand on a réussi les bons concours, on est garantie d'un succès ou d'une protection à  vie. Est-ce que c'est totalement juste et est-ce que c'est totalement bénéfique ? Non. Nous devons gérer très différemment les carrières de nos hauts fonctionnaires, avoir davantage de passerelles tout au long de la vie professionnelle pour permettre, avec des règles de déontologie extrêmement strictes, à  des gens qui viennent du privé et du monde associatif, d'intégrer la haute fonction publique à  différents moments mais on doit aussi mettre à  l'épreuve les jeunes hauts fonctionnaires, ils ne peuvent pas tout de suite accéder aux postes suprêmes et être garantie de ne jamais les quitter. Je souhaite que nous mettions fin aux grands corps. Je pense que nous avons besoin de services d'excellence, de filières d'excellence. Nous n'avons plus besoin de protections à  vie et elles ne correspondent plus à  notre capacité à  attirer les talents et même à  les garder. Sur ce sujet, nous mandaterons dès demain Monsieur THIRIEZ qui aura à  proposer au gouvernement des réformes ambitieuses sur la base de ce que je viens de dire.

La deuxième orientation que je souhaite poursuivre pour les prochaines années, c'est de remettre l'humain et la justice au cœ“ur du projet national. Nous l'avons tous entendu et je l'évoquais, il y a un sentiment d'injustice et d'abord d'injustice fiscale qui est là . Alors, il s'est exprimé face à  l'évasion fiscale qui est une réalité ou l'optimisation fiscale excessive et cette réalité d'évasion de l'impà´t mine l'adhésion à  l'impà´t. Alors, je crois très profondément que sur ce sujet le gouvernement et le Parlement ont fait beaucoup de choses : des lois très importantes permettant de revenir sur ce qu'on appelle le verrou de Bercy, introduisant des règles de déchéance civique dans certains cas ont été prises mais il faut lever toute forme de soupçons. Aussi vais-je confier à  la Cour des comptes, la mission d'évaluer précisément les sommes qui échappent à  l'impà´t et de proposer des mesures précises pour qu'en France chacun respecte les mêmes règles. Si nous pouvons aller plus loin nous le ferons sur ce sujet.

J'ai aussi entendu combien la réforme de l'impà´t sur la fortune menée au début du quinquennat était perçue comme un cadeau fait aux plus fortunés et comme une vraie injustice fiscale. C'est vrai, c'est exprimé partout et largement. Je veux d'abord dire que cette réforme n'a pas été la suppression de l'impà´t sur la fortune, elle a conduit à  créer un impà´t sur le patrimoine immobilier qui continue, au même taux, à  taxer les détentions immobilières de nos concitoyens mais elle a supprimé la partie du patrimoine qui était investie dans l'économie. Pour faire quoi ? Pour encourager l'investissement en direction de l'économie réelle, de la recherche, des usines, de la production. Parce que s'il n'y a pas d'investissement national, il n'y a pas d'économie ou alors il y a une économie qui se vend aux investisseurs étrangers et notre pays à´ combien sensible. Cette partie de la réforme, je juge de mon devoir de la défendre. Et elle relève du simple pragmatisme mais comme une réforme pragmatique elle sera évaluée en 2020 et nous regarderons son efficacité, si elle n'est pas efficace, nous la corrigerons, si elle est trop large qu'elle a des effets pervers, ils seront corrigés. Mais je le dis très clairement : c'est une réforme pour produire, pas un cadeau pour les plus fortunés. Et il me semble que la meilleure orientation pour répondre au besoin de justice fiscale n`est pas d'augmenter les impà´ts de tel ou tel non mais plutà´t de baisser les impà´ts du maximum de nos concitoyens, en particulier de toutes celles et ceux qui travaillent au premier chef des classes moyennes. Celles et ceux qui travaillent, qui payent l'impà´t sur le revenu ont été largement mises à  contribution durant les dernières décennies. Je serais donc simple, je ne veux pas de hausse d'impà´ts. Je veux des baisses pour ceux qui travaillent en réduisant significativement l'impà´t sur le revenu. Enfin ces baisses, il faut expliquer comment on va les faire et comment les finances. J'ai donc demandé au gouvernement de mettre en œ“uvre cette baisse d'impà´ts en la finançant par la suppression de certaines niches fiscales pour les entreprises, la nécessité de travailler davantage et des réductions de notre dépense publique. Nous pouvons faire aussi bien en dépensant moins et donc supprimer nombre d'organismes inutiles. Alors nous pourrons rendre aux classes moyennes très légitimement ces parts de réformes.

Mais les inégalités, quand je regarde la situation de notre pays, les vraies inégalités ne sont pas fiscales. Nous avons un système fiscal qui corrige déjà  énormément les inégalités, beaucoup plus que dans d'autres pays et que dans la plupart des autres pays. Nous avons un système fiscal qui met déjà  largement à  contribution les classes moyennes et les classes les plus aisées. Non. Les vraies inégalités sont les inégalités d'origine, les inégalités de destin, les inégalités à  la naissance. C'est ça les vraies inégalités françaises et qui ne se sont pas améliorées quant à  elles. Aussi pour traiter de ce sujet, il faut agir dès la petite enfance. Le gouvernement a commencé à  apporter des réponses à  travers ce qu`on a appelé le plan pauvreté. Je crois qu'il faut aller beaucoup plus loin. Certains États européens nous donnent l'exemple, je regarde la Finlande faire, elle investit massivement dans la petite enfance. Les 1000 premiers jours de vie d'un citoyen français sont décisifs, sur le plan affectif, sur le plan cognitif, c'est là  qu'on construit parfois le pire et qu'on peut bà¢tir le meilleur. Nous devons avoir, construire, imaginer beaucoup plus loin que ce qu'on a fait jusque-là .

Ensuite c'est l'éducation. Donner à  chacun les mêmes chances pour réussir et donner les moyens de mieux enseigner. Depuis 2 ans c'est ce que nous avons largement commencé à  faire. Là  aussi je souhaite que nous puissions aller plus loin et j'ai demandé au gouvernement d'y travailler, de pouvoir étendre le dédoublement des classes qui fonctionnent et il y a déjà  de très bons résultats dans les quartiers défavorisés, de l'étendre à  la grande section de maternelle mais de pouvoir dans toutes les écoles de la République, de la grande section de maternelle au CE1 avoir des classes à  taille humaine c'est-à -dire qui ne dépassent jamais 24 élèves. C'est une vraie organisation, un vrai travail, une transformation en profondeur. Mais c'est le moment où on apprend à  lire, à  écrire, à  compter, à  bien se comporter, il est absolument essentiel et c'est un investissement dans nos enfants en lequel je crois profondément. Ensuite par ce biais nous devons rendre notre école plus accueillante bienveillante à  l'égard de celles et ceux qui jusqu'alors trop souvent n'y avaient pas leur place. Les décrocheurs scolaires, les enfants en situation de handicap, là  aussi beaucoup de choses ont été faites. On doit aller beaucoup plus loin, c'est indispensable à  la fois pour ce que doit être notre République et pour la réussite de chacun. Et puis enfin cela suppose de mieux former les professeurs, de rendre leurs carrières plus attractives. Et donc dès à  présent de progressivement rebà¢tir, revaloriser ce métier essentiel à  la République et à  la vie de la nation qu'est l'enseignant, le professeur, le maître. La République s'est construite comme ça. Et de toute façon en vue de la réforme des retraites que nous aurons à  conduire, il faudra revoir en profondeur et revaloriser cette profession. Il faut donc que nous enclenchions cette stratégie dès à  présent. Ce même investissement nous allons le poursuivre dans l'enseignement supérieur en développant massivement les formations professionnelles courtes, en donnant accès partout sur le territoire à  une large offre de formation de premier cycle et en construisant un système de formation supérieure tout au long de la vie et plus simplement une formation initiale. Par les réformes que nous avons portées, par les investissements que nous sommes en train de faire souvent aux cà´tés des régions, des branches professionnelles. C'est un changement profond de la formation tout au long de la vie qui est en train d'être faite sur notre territoire.

Cet investissement dans l'école, dans l'université, dans le savoir c`est la première politique de lutte contre les injustices dans notre pays. La deuxième c'est le travail, le travail et le mérite. Là  aussi beaucoup de choses ont été faites, je n'y reviendrai pas. Des réformes essentielles dès le début du quinquennat, un investissement massif à  l'endroit des jeunes décrocheurs comme des demandeurs d'emploi peu qualifiés, 15 milliards d'euros avec des premiers résultats, comme je l'évoquais à  l`instant, une politique résolue d'aide aux entreprises pour les pousser à  investir et à  embaucher, de simplification avec encore une loi récente. Mais là  aussi nous devons aller plus loin et corriger les injustices qui existent encore au moins à  deux égards, la première et j'ai demandé au gouvernement de le porter dès cet été par la réforme la plus ambitieuse possible de notre système d'assurance chà´mage. C'est un devoir, c'est une justice, c'est bà¢tir les droits et devoirs pour les entreprises et les demandeurs d'emploi. Et c`est un levier profond de retour à  l'emploi et de lutte contre les injustices qui parfois existent dans notre pays. Ensuite c'est en luttant de manière beaucoup plus efficace contre les injustices qui parfois existent encore dans l'accession à  l'emploi. Et ça rejoint ce que je vous disais tout à  l'heure sur ces vies oubliées ou ces sentiments d'oubli que beaucoup de nos concitoyens ont exprimé. Quand on est jeune et qu'on vit dans une famille modeste et une petite ville de province, il est parfois très dur d'obtenir un contrat en apprentissage de son premier emploi parce qu'il n'est bien souvent pas proposé dans la ville où on est et nous n'avons pas pensé les politiques pour accompagner ce jeune soit pour se loger soit pour se déplacer là  où il obtient un emploi. On doit le faire et le systématiser. Lorsqu'on est une mère seule qui élève ses enfants, que Pà´le emploi vous trouve un travail bien souvent le frein, je dis bien souvent c`est parfaitement mesuré, c'est la garde des enfants. Et là  aussi les réponses elles sont incertaines, elles sont au gré de l'entreprise. Dans les grandes entreprises souvent on propose des solutions, dans beaucoup d'autres ce n'est pas le cas. On doit là  aussi à  Pà´le emploi comme dans les conventions que les partenaires sociaux ont à  bà¢tir trouver des solutions pour corriger cette injustice. Et enfin il y a les déplacements : lorsqu'on travaille à  une heure de l'endroit où on habite, lorsqu'on propose un emploi à  une heure de l'endroit où on habite, bien souvent c'est un frein et c'est un frein parce qu'on doit se déplacer à  ses frais et parce que ni Pà´le emploi ni l'employeur n'ont apporté des solutions concrètes pour vous accompagner au quotidien. Il faut que nous répondions à  ces sujets très concrets. Et pour ce faire je souhaite que nous travaillions de manière large.

Je souhaite que les partenaires sociaux, les associations les élus puissent travailler ensemble avec le gouvernement sous l'autorité du Premier ministre et puissent proposer d'ici à  septembre des solutions concrètes. Le Premier ministre réunira dans les prochains jours l'ensemble de ses parties prenantes pour cette mobilisation générale pour le travail, l'emploi et ses grandes transitions. Et bien entendu, il faut aussi si on veut corriger ces injustices que le travail paye. C'est ce qui est attendu et nous l'avons beaucoup entendu. Là -dessus, nous avons aussi fait beaucoup : les baisses de cotisations, la défiscalisation des heures supplémentaires, la prime d'activité largement augmentée. Il nous faut aller plus loin avec les baisses d'impà´t sur le revenu que j'évoquais à  l`instant, avec aussi une meilleure association des salariés aux résultats de l'entreprise par la réforme de l'intéressement et de la participation qui vient d'être conduite, par la répétition cette année de la prime exceptionnelle sans charges ni impà´ts décidée l'année dernière dans le cadre de l'intéressement des entreprises si elle décide d'apporter 1000 euros de plus. C'est aussi par le revenu universel d'activité que nous devons créer dans les prochains mois pour tourner vraiment nos prestations sociales vers l'incitation à  la reprise d'un emploi. Puis dire que le travail paye c`est aussi dire que le travail qui a été fait doit payer. Et là -dessus je dois dire que les décisions que nous avons prises à  l'automne non seulement ont été mal comprises, elles ont été bien comprises mais mal vécues, elles ont été vues comme injustes et elles doivent donc être corrigées.

C'est pourquoi au 1er janvier prochain je souhaite que nous réindexions les retraites de moins de 2000 euros et qu'il n'y ait plus de sous indexation de quelque retraite que ce soit à  partir de l'année 2021. Je pense qu'il faut rebà¢tir cette clarté, cette lisibilité pour nos retraités. La troisième orientation que je souhaite donner c'est face aux peurs que j'évoquais tout à  l'heure, d'assumer la clarté, la force d'un investissement dans les grandes transitions pour bà¢tir la confiance. Nous sommes face à  des défis, des grands changements et ils suscitent de la crainte parce que nous sommes comme un “miguet” (phon.) on prend beaucoup de décisions mais elles ne sont pas suffisamment lisibles.

La première de ces transitions, la plus urgente, la plus impérieuse c'est évidemment le climat. Le climat doit être au cœ“ur du projet national et européen. L`état d`urgence climatique il est là , notre jeunesse nous le dit à  chaque instant et nos concitoyens veulent agir. Ils agissent déjà  au quotidien, ils veulent qu`on les aide à  aller plus loin, qu`on les accompagne, qu`on les aide à  trouver des solutions concrètes mais il y a une conscience citoyenne sur ces sujets qui s`est profondément transformée ces dernières années et qui va beaucoup plus vite que nombre de politiques publiques. Alors beaucoup a été fait ces deux dernières années, je pourrai y revenir en répondant à  vos questions. Dès la semaine prochaine nous irons plus loin en matière de politique énergétique puis dans les semaines à  venir en matière d`économie circulaire pour lutter contre toutes les formes de gaspillage. Mais je veux qu`on puisse changer plus fortement de méthode pour répondre plus concrètement et de manière plus radicale aux attentes. Changer de méthode c`est d`abord utiliser davantage l`intelligence collective sur ce sujet. On a beaucoup de solutions, je l`ai souvent dit, mais elles sont souvent trop complexes pour nos concitoyens, pas utilisées, peu connues, peu adaptées, qu`il s`agisse des aides pour changer la chaudière, pour changer de véhicule, c`est en train de s`améliorer m`enfin il y a beaucoup à  faire. C`est pourquoi la convention citoyenne, 150 citoyens tirés au sort dès le mois de juin, aura pour première mission de travailler sur ce sujet, de redessiner toutes les mesures concrètes d`aides aux citoyens sur la transition climatique dans le domaine des transports, de la rénovation des logements (qu`il s`agisse de l`isolation ou du chauffage) pour les rendre plus efficace, de définir si besoin était d`autres mesures incitatives ou contraignantes et, si besoin était, de définir aussi des ressources supplémentaires et de proposer des financements pour se faire. Ce qui sortira de cette convention, je m`y engage, sera soumis sans filtre soit au vote du parlement soit à  référendum soit à  application réglementaire directe. Et puis le deuxième changement de méthode c`est que je veux que nous mettions en place un Conseil de défense écologique qui réunira le Premier ministre, les principaux ministres chargés de cette transition, les grands opérateurs de l`Etat que je présiderai de manière régulière pour à  la fois prendre les choix stratégiques et mettre au cœ“ur de toutes nos politiques cette urgence climatique et m`assurer du suivi dans tous les changements ministériels lorsqu`une orientation est prise. Enfin la réussite de cette transition elle passe par notre ambition européenne, c`est-à -dire notre capacité à  défendre au niveau européen enfin, à  obtenir un prix minimum du carbone, une taxe carbone aux frontières et une finance verte plus ambitieuse. Là  aussi je pourrai y revenir si vous avez des questions.

Mais au-delà  du sujet climatique, sur toutes les grandes transformations que j`évoquais au fond il nous faut bà¢tir - et c`est la tà¢che que j`assigne au gouvernement - un agenda 2025 pour donner de la visibilité à  chacun. Depuis deux ans énormément de choses ont été faites : pour notre agriculture après des états généraux nourris et pour avoir une stratégie alimentaire et agricole ; pour définir notre ambition en matière numérique ou d`intelligence artificielle ; pour réindustrialiser notre pays. Mais parfois ces stratégies parce qu`elles se multiplient sont devenues illisibles pour beaucoup de nos concitoyens, nos artisans, nos agriculteurs, nos industriels, nos entrepreneurs ont besoin d`y voir clair et l`esprit français a besoin que tout ça soit ramassé dans une forme de stratégie collective de la nation. Et nous avons besoin, je crois, de bà¢tir une ambition à  2025 où on se donne des objectifs clairs et on mobilise en fonction de ces moyens.

Face au vieillissement nous devons rebà¢tir un système de retraite juste par point. C`est l`engagement que j`ai pris pendant la campagne présidentielle, c`est ce à  quoi travaille, auprès de la Ministre des Solidarités et de la Santé, Jean-Paul DELEVOYE depuis le début du quinquennat. Cette refondation profonde elle sera présentée à  l`été, elle se fera sur plusieurs années mais c`est une transformation radicale qui doit remettre de la confiance, de la justice, de l`efficacité dans notre système de retraite. Ensuite face au grand à¢ge nous devons là  aussi assumer, donner de la visibilité. Depuis des années on fait comme semblant que ça n`existe pas totalement, il y a près d`un million et demi de nos concitoyens qui sont en situation de dépendance ce qui est une charge énorme pour leur famille. C`est un système qui est peu structuré, où on a du mal à  recruter parce que les emplois y sont difficiles et mal payés. Aussi finaliserons-nous pour cet automne une stratégie c`est-à -dire la définition des moyens publics qu`on met pour financer ce nouveau risque, de la réorganisation d`une filière qui va permettre de créer des emplois peu qualifiés et qualifiés, de toute une filière industrielle qui va avec et de la réduction du reste à  charge pour les familles avec une ambition qu`on doit se donner et qui montera progressivement en charge pour qu`à  horizon 2025 cette politique soit pleinement déployée.

Et face au numérique, au changement climatique, tout ce qu`on a commencé à  faire, on a besoin de bà¢tir un pacte productif permettant de viser en 2025 le plein emploi. C`est à  notre portée, complètement, et pour cela il nous faut un plan clair : produire, se déplacer, se nourrir, se soigner avec des objectifs en matière d`investissements dans notre recherche publique et privée, des priorités technologiques claires au niveau français comme au niveau européen. Et donc à  l`automne nous devons finaliser ce nouveau pacte et bà¢tir cette nouvelle stratégie. Je crois que nos concitoyens dans tous les secteurs ont besoin de cet agenda des transitions qui donnera de la clarté avec des objectifs, des normes, des accompagnements financiers et une mobilisation des acteurs publics et privés qui va avec.

Enfin la quatrième orientation que je souhaite donner aux années qui viennent pour faire face à  ce doute, cette colère, que nous voyons dans notre société et pour retrouver l`indispensable contrà´le que j`évoquais tout à  l`heure, c`est aussi en quelque sorte de savoir défendre, réaffirmer les permanences du projet français, de ce qui est la trame de notre nation. Il y a beaucoup de changements auxquels nos concitoyens sont confrontés et il y a beaucoup de transformations que nous sommes en train de faire, parfois qu`on aurait dà» faire depuis longtemps et donc il faut aussi savoir dire ce qu`on veut préserver, ce qu`on veut garder, ce qu`on veut consolider dans une nation. Sinon, je l`ai bien senti, nos concitoyens ont l`impression que, en quelque sorte, tout est cul par-dessus tête et que plus rien ne tient. Cet art d`être français que j`évoquais c`est un attachement particulier à  notre langue, à  notre culture et à  quelques permanences : la famille d`abord.

Je veux que dans les prochains temps nous puissions redéfinir une véritable ambition et la force d`une politique familiale pour accompagner nos familles qui se sont profondément transformées ces dernières années - ce n`est pas le visage des familles françaises d`il y a 20 ans - mais qu`on doit accompagner pour retrouver une dynamique de notre natalité qui commençait à  baisser ces derniers temps et aussi pour accompagner bien mieux qu`on ne le fait des situations familiales particulières. Je veux juste en citer deux : ces fameuses familles monoparentales, souvent ces mères vivant seules, je veux que nous mettions en place de manière très rapide un système où on donnera la prérogative de puissance publique à  la Caisse d`allocation familiale pour qu`elle puisse aller prélever directement les pensions alimentaires dues quand elles ne sont pas versées. On ne peut pas faire reposer sur les mères seules qui élèvent leurs enfants et ce faisant qui construisent la république de demain, l`incivisme de leurs anciens conjoints or aujourd`hui c`est ce qui se passe.

Ensuite je veux ici parler des aidants familiaux parce qu`il y a des millions de nos concitoyens qui sont là  aussi comme oubliés, ce sont celles et ceux - et là  aussi ce sont souvent les femmes - qui ont mis entre parenthèses ou sacrifié leur vie professionnelle pour s`occuper d`un enfant en situation de handicap, d`un proche, une personne de la famille devenue dépendante. Nous devons d`abord les reconnaître, les nommer mais aussi dans nos politiques publiques leur bà¢tir une place, dans notre réforme des retraites leur construire des droits, c`est indispensable. Ensuite une des permanences à  laquelle je crois très profondément et qu`il faut même raviver c`est l`engagement. Nous ne sommes pas nous Français une société d`individus, nous sommes une nation de citoyens. à‡a veut dire des solidarités particulières, ça veut dire un engagement dans la société qui fait d`ailleurs que parfois quand tout a disparu quelque chose est encore là  qui tient. Je crois dans notre tissu associatif, il joue un rà´le formidable, dans notre ruralité comme dans les quartiers les plus en difficulté. Je veux que le gouvernement bà¢tisse une politique beaucoup plus ambitieuse pour accompagner nos associations, en particulier les plus petites associations, dans le travail formidable qu`elles font. Et puis l`engagement c`est le service national universel, je l`ai voulu, il est en train de commencer, c`est la matrice indispensable au cœ“ur de notre école d`abord mais qui va irriguer des vocations, l`engagement soit vers le service civique soit vers le bénévolat, vers ce qui fait très profondément cette nation de citoyens que j`évoquais et je souhaite qu`on accélère le déploiement de cette initiative, elle est indispensable et notre nation en a besoin.

Ensuite une de ces permanences c`est la laïcité. J`avais posé la question aux Français, elle est revenue dans quelques débats, moi j`en ai entendu à  plusieurs reprises parler. La laïcité c`est la possibilité de croire en Dieu ou de ne pas y croire, de pouvoir vivre ensemble dans la concorde, le respect et de respecter absolument les règles de la République, de n`être jamais ennuyé par ce que l`on croit mais de ne jamais imposer à  la société sa religion ou déroger aux règles de la République pour se faire. A ce titre, la loi de 1905 est notre pilier. Elle est pertinente, elle est le fruit de bataille, elle doit être réaffirmé et pleinement appliqué et je dis ici avec force. Et d`ailleurs, nous avons renforcé son application ces derniers temps. Nous l`avons renforcé en fermant des écoles lorsqu`elles ne respectaient pas les lois de la République, en fermant davantage d'associations ou d'établissements culturels lorsqu'ils ne respectent pas les règles de la République au titre même de ce principe de l'ordre public ou de la lutte contre le terrorisme. Mais aujourd'hui, nous ne devons pas nous masquer : quand on parle de laïcité, on ne parle pas vraiment de laïcité. On parle du communautarisme qui s'est installé dans certains quartiers de la République. On parle d'une sécession qui fait parfois sournoisement installée parce que la République avait déserté ou n'avait pas tenu ses promesses. On parle de gens qui au nom d'une religion poursuivent un projet politique, celui d'un islam politique qui veut faire sécession avec notre république. Et là -dessus, j'ai demandé au gouvernement d'être intraitable. Nous avons commencé à  le faire avec une politique ambitieuse de reconquête républicaine dans plusieurs quartiers. Je souhaite que nous allions plus loin en renforçant le contrà´le sur les financements venant de l'étranger en étant beaucoup plus dure à  l'égard de toutes les formes de cet islamisme politique, de ce communautarisme, de cette sécession au sein de notre République parce que c'est une menace sur la capacité à  tenir la nation ensemble.

Enfin une nation, elle se tient aussi par ses limites et ses frontières. Je crois très profondément dans un patriotisme ouvert, dans une France qui rayonne à  l'international qui est conquérante mais pour être ouverts, il faut avoir des limites. Pour accueillir il faut avoir une maison donc il faut des frontières, il faut qu'elles soient respectées, il faut des règles. Et aujourd'hui force est de constater que les choses ne tiennent pas comme elle devrait. D'abord au niveau européen, nous avons décidé d'avoir des frontières communes, c`est le fameux espace Schengen avec les règles des accords de Dublin. Cela ne marche plus. Et pour moi, c'est le deuxième grand combat européen avec le climat, c'est le combat en matière de migration. Nous devons profondément refonder notre politique de développement et notre politique migratoire. L'Europe à  laquelle je crois, l'Europe souveraine forte, c'est une Europe qui repense une ambition de coopération de développement à  l'égard de l'Afrique et de toutes celles et ceux qui en ont besoin pour éviter l'émigration subie mais c'est aussi une Europe qui tient ses frontières, qui les protège. C'est une Europe qui a un droit d'asile refondé et commun et où la responsabilité va avec la solidarité. C'est sur ces bases qu'on doit refonder Schengen quitte à  ce que ce soit un Schengen avec moins d'Etat. Je ne veux plus avoir dans l'espace Schengen des États qui vous disent j'en suis quand c'est pour la liberté de circulation mais moi je ne veux pas en être quand il s'agit de répartir la charge. Pas de solidarité chez moi. Qu'est-ce que c'est que cette affaire ? Je ne veux plus non plus des gens qui ne veulent pas tenir la frontière commune et sont dans le laxisme. Cette refondation est indispensable. De même qu'au niveau national, nous avons commencé à  mener beaucoup de réformes et le gouvernement a fait un très gros travail sur ce point mais nous sommes aujourd'hui confrontés à  des détournements, très profonds du regroupement familial comme des migrations liées à  l'asile. Je crois très profondément à  l'asile. C'est un devoir, c'est dans notre Constitution. Mais pour bien accueillir ceux qui y ont droit, on doit lutter plus efficacement contre ceux qui en abusent, contre les filières de passeurs qui utilisent ce droit. Et donc poursuivre le travail qui a été commencé en la matière mais avoir aussi une politique d'accueil, d'intégration de celles et ceux qui ont droit à  l'asile ou qui veulent rejoindre la vie de la nation. Et c'est pour ça que ce contrà´le, cette reprise en main doit aussi passer par les nouveaux choix que j'ai demandés au gouvernement en la matière et je souhaite que nous puissions instaurer chaque année au Parlement, un débat sur la politique migratoire. Je pense que c'est une bonne discipline et ce sera une bonne règle nouvelle.

Lire la suite...

Partager sur : Partager

mardi 26 mars 2019

Réunion à  l'Elysée: Discours d'Emmanuel Macron devant Xi Jinping, Angela Merkel et JC Juncker

Mardi 26 mars 2019 à  l'Elysée, La France, l'Allemagne et la Commission européenne ont plaidé, pour un partenariat plus équilibré entre la Chine et l'Europe

La Chine doit accueillir en 2020 une conférence de l'ONU sur la biodiversité qui doit marquer une étape importante pour la protection de l'environnement. Le Président Emmanuel Macron avait pris l'initiative de cette rencontre à  quatre: Xi Jinping, le président chinois, est entouré à  sa droite de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, et, à  sa gauche, du président français aux cà´tés de la chancelière Angela Merkel, à  l'Élysée, afin de présenter un front européen uni face à  la Chine.

Mardi 26 mars 2019, Jean-Claude Juncker, Xi Jinping, Emmanuel Macron et Angela Merkel réunis à  l`Elysée

Monsieur le Président de la République populaire de Chine, Madame la Chancelière de la République fédérale d'Allemagne, Monsieur le Président de la Commission européenne, Mesdames et Messieurs, chers amis,

je tiens tout d'abord à  remercier, en notre nom à  tous, le Président XI Jinping d'avoir accepté de participer à  cet échange à  l'occasion d'une visite d'État bilatérale. Le dialogue entre la Chine et l'Europe est en effet devenu incontournable pour la définition des équilibres mondiaux, pour la préservation du multilatéralisme, surtout dans le contexte que nous connaissons et une crise sans précédent dans notre histoire récente.

Nous venons d'avoir, tous les quatre, une discussion, pendant un peu plus d'une heure, très fructueuse sur ces sujets, de manière très libre, évoquant à  la fois la relation bilatérale entre la Chine et l'Union européenne mais également nos visions du multilatéralisme, et de nos discussions très constructives, je retiens au fond quatre points de convergence.

Le premier est la nécessité de construire ensemble un multilatéralisme fort en termes de paix et de sécurité internationale. Et, je dois le dire, il y a sur ce point un vrai travail conjoint entre la Chine et l'Union européenne, travail qui a été conduit, par exemple, pour préserver l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien. C'est la même perspective commune que nous avons pour assurer la dénucléarisation de la péninsule coréenne, dans le plein respect des résolutions du Conseil de sécurité, et c'est également sur cet axe que nous voulons travailler ensemble pour faire davantage en matière, justement, de développement et de sécurité sur le continent africain, où l'Europe et la Chine sont très présentes.

Le deuxième point de convergence est de bà¢tir ce multilatéralisme fort sur le sujet climatique. Nous devons, en effet, répondre à  cette urgence. Le Secrétaire Général des Nations Unies nous a écrit un mot pour justement insister sur cet agenda climatique, qu'il a mis au cœ“ur des ambitions, en particulier, du sommet de septembre prochain. Très clairement, nous avons ensemble les moyens d'agir. Nous avons su donner l'impulsion au G20 pour l'adoption des règles d'application de l'accord de Paris. Nous devons maintenant passer à  la vitesse supérieure, et l'accord qui a été signé sur le plan bilatéral entre la Chine et la France, et qui est rendu public ce matin, est pour moi un point d'avancée extrêmement fort sur ce sujet. Je veux vraiment remercier le Président XI Jinping des indications claires qu'il donne sur les ambitions de la Chine en matière de réduction, justement, des émissions de gaz à  effet de serre, de volonté de s'engager dans des actions très concrètes, sur des questions telles que le financement du développement, ou encore la mise en œ“uvre de l'amendement de Kigali sur les HFC, ce qui est un point et un combat essentiel que nous voulons mener ensemble pour justement tenir nos engagements internationaux en matière climatique. L'Union européenne sera aussi présente pour assurer, justement, ce leadership, mais cet agenda climatique est, pour moi, à  cà´té des sujets de sécurité et de paix, un élément extrêmement structurant de ce multilatéralisme fort auquel nous croyons beaucoup et dont nous venons de parler.

Le troisième point de convergence est la nécessité que le partenariat entre la Chine et l'Europe soit exemplaire de l'esprit de coopération qui est celui du multilatéralisme, et, au fond, de bà¢tir ce que nous avons qualifié de confiance stratégique entre nous. Nous avons longuement débattu des sujets de partenariat, d'amitié, de rivalité, qui existent et qui font partie justement de l'univers dans lequel nous avançons, mais la volonté qui est la nà´tre, c'est d'avoir un agenda de confiance stratégique. L'Union européenne forme avec la Chine l'un des trois grands pà´les économiques du monde. L'ouverture du marché européen a accompagné à  cet égard la spectaculaire émergence de la Chine, qui a sorti 700 millions de personnes de la pauvreté. Ces progrès considérables ont, dans le même temps, engendré de profondes transformations et des tensions dans nos sociétés. Nous en avons fait l'expérience, nous les connaissons, avec des déséquilibres qui ont émergé sur le plan de la production ou des conséquences économiques et sociales, des tensions profondes qui font naître un besoin de protection légitime. Je crois que notre volonté commune est d'éviter que la réponse à  ces tensions ne soit dans la fracturation de l'ordre international commercial, dans une nouvelle conflictualité commerciale ou dans des politiques d'isolation ou de repli.

Ce que nous voulons bà¢tir ensemble, c'est un cadre multilatéral rénové, plus juste, plus équilibré, et, alors même que l'Union européenne est l'une des économies les plus ouvertes au monde, de pouvoir œ“uvrer ensemble, dans les prochains jours, lors du sommet Union européenne-Chine, avec le point de rendez-vous du G20 d'Osaka et dans les mois qui viennent, sur un agenda conjoint de modernisation du multilatéralisme commercial pour, dans notre intérêt commun et dans celui de la planète, bà¢tir de nouvelles formes de concurrence loyale et de bà¢tir justement ces nouveaux équilibres. Nous devons donc, à  cet égard, accélérer les travaux qui sont actuellement menés entre la Chine et l'Union européenne sur la modernisation de l'EMC pour mieux répondre, dans un cadre coopératif, aux questions de transparence, de surcapacité, de subvention d'État et de règlement des différends. Nous en avons la volonté, nous en avons longuement parlé, et l'enjeu est aussi de démontrer dans les faits que la coopération rapporte plus que la confrontation, et que nous avons plus à  gagner à  l'ouverture qu'à  la fermeture.

Là  aussi, le partenariat entre l'Europe et la Chine peut et doit être exemplaire, en aboutissant à  des résultats tangibles lors du prochain sommet Union européenne-Chine, en particulier sur l'accord global sur les investissements et sur les indications géographiques.

Et puis le quatrième axe, pour moi, de convergence de notre discussion, est la nécessité de renforcer notre dialogue pour une vision commune de l'avenir du multilatéralisme à  travers les initiatives qui sont menées de part et d'autre. La Chine joue en effet aujourd'hui le rà´le qui correspond à  son rang et à  sa puissance, et l'initiative des routes de la soie que vous avez proposée au monde, Monsieur le Président, est un geste extrêmement structurant qui peut contribuer à  la stabilité, au développement, à  la coexistence pacifique entre les peuples.

De son cà´té, l'Union européenne, qui est le plus grand bailleur mondial d'aide au développement, doit aussi jouer pleinement son rà´le sur la scène internationale, et je crois que c'est dans l'articulation de ces initiatives que nous pouvons bà¢tir quelque chose d'extrêmement novateur et structurant. En effet, il nous faut réussir à  définir, et je crois en cette possibilité, un agenda commun justement de connectivité, où nous pourrons bà¢tir des infrastructures et des équipements, tenir nos engagements climatiques et le faire avec beaucoup de scrupules, avoir une politique en matière d'éducation et de santé extrêmement forte, et avoir un agenda de soutenabilité financière pour tous les pays tiers partenaires à  ces initiatives.

Au fond, si nous respectons ce cadre conjoint dont nous avons beaucoup parlé ce matin, nous pouvons, je le crois, non seulement sortir beaucoup de pays et de peuples de la pauvreté, les aider, mais le faire de manière extrêmement inclusive et durable. Et c'est là  que je vois ce que j'appellerais les nouveaux liens d'équilibre, que nous pouvons bà¢tir. Il y a des routes et des agendas multiples, et ces nouveaux liens d'équilibre sont ce que nous pouvons créer, et c'est peut-être ce point d'appui qui serait un peu le point d'Archimède pour bà¢tir ce nouveau multilatéralisme et ce cadre de coopération.

Au total, pour atteindre ces objectifs, c'est à  dire un multilatéralisme fort, l'esprit de coopération et ce nouveau lien d'équilibre, nous souhaitons pouvoir avancer sur la construction d'un multilatéralisme rénové. Nous avons des divergences, évidemment l'exercice de la puissance dans l'histoire de l'humanité ne va pas sans rivalités. Nul d'entre nous n'est naïf. Nous respectons la Chine et nous sommes déterminés au dialogue et à  la coopération, et nous entendons naturellement de nos grands partenaires qu'ils respectent, eux aussi, l'unité de l'Union européenne comme les valeurs qu'elle porte pour elle-même et dans le monde. Autour de ce respect des souverainetés, de la construction de ces nouveaux équilibres et de la construction d'un cadre rénové loyal, je crois que nous avons, Monsieur le Président et chers amis, le chemin pour bà¢tir ce nouveau lien.

Lire la suite...

Partager sur : Partager

mercredi 19 septembre 2018

OIF: Louise Mushikiwabo-Michaëlle Jean, vers un crash France-Canada ?

Le président Emmanuel Macron et Michaà«lle Jean, SG de l'OIF

Candidate au poste du Secrétaire Général de l'Organisation International de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo la plus Kagamiste des ministres rwandais, sillonne le monde à  bord d'un jet privé, pour récolter les soutiens. Elle s`est déjà  rendue dans dix-huit pays-dix en Afrique, quatre en Europe, trois en Asie et un au Proche-Orient...Paul Kagamé le dictateur rwandais vient de libérer ses prisonniers politiques personnels au Rwanda, dont l'opposante Victoire Ingabire. Ne faut-il pas que l'autocrate Paul Kagamé vide ses prisons ? Les droits de l'homme sont des épines pour ce pays qui veut diriger 84 Etats et gouvernements. Le Rwanda est un pays agresseur par sa soldatesque et pilleur des ressources de la République démocratique du Congo, premier pays francophone au monde. Bilan plusieurs millions de morts. Le Rwanda n'a pas du coltan dans son son sous-sol mais il en est le premier producteur. Le boum économique tant vanté du Rwanda n'est qu'une chimère. Il est le produit de la rapine, du recel et diverses guerres de pillages orchestrés dans l'objectif de faire miroiter un semblant de développement économique.

Michaà«lle Jean, Secrétaire Général de l'OIF

Louise Mushikiwaba, la plus Kagamiste des ministres rwandais va-t-elle remplacer la canadienne, Michaà«lle Jean, l'actuelle Secrétaire Général de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ? Pas si sà»r. Fondeuse contre la Francophonie qui maintenant veut en occuper le poste tant convoité, Louise Mushikiwabo n`a pas une vision claire de ce qu`elle voudrait faire, tant pour le rayonnement de la langue française dans le monde, que pour la promotion des valeurs communes fondées sur le respect des droits de la personne, les principes démocratiques, les libertés fondamentaux et l`État de droit, tels que décrit dans la Déclaration de Bamako. Pas plus qu`elle n`a des projets spécifiques et novateurs pour la Francophonie. Désignée, Louise Mushikiwabo va-t-elle exiger de son pays le Rwanda de poser l'acte de Zachée en restituant les ressources pillées de la République démocratique du Congo, pays membre ?

Les loups ne se mangent pas entre eux !

La France et le Canada sont deux pays amis dont les relations diplomatiques sont privilégiées. Ils sont deux plus importants pays contributeurs de la Francophonie à  hauteur de 50 millions chacun. Le président Emmanuel Macron et le Premier ministre Justin Trudeau, se sont déjà  rencontrés, en tête-à -tête, d`abord à  Paris, puis à  Ottawa. Au menu de leurs discussions, il était question, entre autres, de la Francophonie. Emmanuel Macron et Justin Trudeau ont des positions divergentes sur la Francophonie,chacun est resté campé sur sa position et ils ne se sont pas entendus sur le choix du prochain secrétaire général. On ne sait pas encore de quel cà´té vont se pencher les autres contributeurs majeurs de l`Organisation, notamment la Suisse, la Belgique - Wallonie-Bruxelles, le Luxembourg et la Principauté de Monaco. Leurs voix pourront être déterminantes pour concilier les points de vue diamétralement opposés entre le président Macron et le premier ministre Trudeau. Avec sa diplomatie silencieuse, sans trompettes ni tintamarres et non pétaradantes, le Canada déploie ses réseaux et soutient le renouvellement de la candidature de Michaà«lle Jean à  l'OIF. Le Canada est puisant, puis qu'avec ses trois provinces, il contribue à  plus de 50 millions de dollars annuellement, soit environ un tiers du budget total de l`Organisation Internationale de la Francophonie. Le Canada ne se laissera donc pas humilier, par la non réélection de Michaà«lle Jean et sans conséquences. A Erevan, la France et le Canada sont contraint de s'entendre pour éviter un crash ! La France n'a pas besoin ni intérêt à  faire affront au Canada et vice-versa. La réélection ou non de Michaà«lle Jean à  son poste est une affaire hautement stratégique et politique entre la France et le Canada.

Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères

Il y a cinq mois, le 23 mai dernier, c' était un coup de tonnerre à  Paris. Au Palais de l'Elysée, le président de la République, Emmanuel Macron, annonce que la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, sera candidate pour diriger l`OIF. La France lui donne son appui ! Tollé dans des capitales africaines, la France peut-elle seule se choisir la Secrétaire Général de l'OIF ? La France soutient la candidature de Louise Mushikiwabo, mais c'est au Rwanda, pays membre du Commonwealth, de présenter officiellement sa candidature. Si la Kagamiste candidate à  l'OIF n'arrive pas à  se faire élire, ce ne sera aucunement considéré comme un échec de la France. Début juillet, au fameux sommet de l`UA à  Nouakchott, c'est à  la manière forte du style Paul Kagamé, que Louise Mushikiwabo, maîtresse de céans et candidate au poste de Secrétaire Général de l'OIF aurait exigé et fait inscrire à  l'ordre du jour que l'Afrique vote d'une seule et même voix au Sommet de la Francophonie d'Erevan ! Le malaise était perceptible. Les membres africains de l'OIF sont : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap Vert, Centrafrique, Congo, RDC, Djibouti, Égypte, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Guinée Équatoriale, Mali, Maroc, Mauritanie, île Maurice, Niger, Rwanda, Sao Tomé, Sénégal, Seychelles, Tchad, Togo et Tunisie. Le Mozambique est observateur. Madagascar, qui a accueilli le dernier sommet de la Francophonie en 2016, avait été suspendu de l'organisation le 2 avril 2009.

A eux seuls, les Chefs d'Etat africains, même comme des moutons de Panurge ne peuvent pas faire élire Louise Mushikiwabo, ils doivent composer avec d'autres chefs d'Etat. Les Africains choisiront en fonction de leurs intérêts nationaux. Qu'apporte le Rwanda aux autres pays africains ? La culture de la Kalachnikov, d'emprisonnement de ses opposants et journalistes, du pillage des ressources des autres ? En plus, tous les États membres doivent s`acquitter, en temps opportun, de l`obligation qui leur incombe d`apporter leur contribution financière au budget de l`Organisation Internationale de la Francophonie. Sur ce point, le Rwanda n`est pas non plus un élève modèle. En effet, depuis quelques années, il ne s`est pas acquitté, dans les temps requis, de ses obligations financières envers l`OIF, lui qui a préféré le Commonwealth, et ce, pour une modique somme renégociée.

Michaà«lle Jean a été journaliste, puis gouverneure générale du Canada et enfin secrétaire générale de la Francophonie, poste qu'elle souhaite conserver pour encore quatre ans. Pour ce faire, elle doit défendre son bilan, sa gouvernance et ses dépenses.

Michaà«lle Jean est restée fidèle à  ses engagements d`il y a quatre ans et n`a cessé de se référer, dans son action quotidienne, aux fondamentaux de la Francophonie et d`appliquer, au pied de la lettre, les recommandations de la feuille de route ambitieuse qui lui a été assignée à  Dakar. Les Chefs d'Etat africains se plaignent que Michaà«lle Jean n'est pas proche d'eux comme le fut Abdou Diouf. Premier ministre puis successeur de Léopold Sédar Senghor à  la présidence de la République de 1981 à  2000, Abdou Diouf a été Secrétaire Général de la Francophonie de 2003 à  2015. C'est bien, les Chefs d'Etat africains allaient au 19-21 avenue Bosquet à  Paris, rencontrer un aîné, une icà´ne et un homme écouté de l'Elysée. Malgré tout le respect on lui doit, Abdou Diouf en tant que Secrétaire Général de l'OIF a organisé le sommet de Kinshasa en 2012, au grand mépris de la charte de la Francophonie, légitimant une dictature et un régime sanguinaire d'imposture. Cette arrête n'est jamais passée dans la gorge de nombreux congolais de la diaspora.

Lire la suite...

Partager sur : Partager

mardi 18 septembre 2018

Réforme santé: Emmanuel Macron détaille ses remèdes!

Emmanuel Macron, Président de la République

Le président français Emmanuel Macron a présenté mardi sa réforme du système de santé. Elle est appelée à  transformer un secteur dépassé et des hà´pitaux au bord de "l'implosion" en "piliers de l'Etat providence du XXIe siècle" centrés sur le patient.

"Mon ambition est claire: je veux que ce qu'on appelle le système de santé soit l'un des piliers de l'Etat providence du XXIe siècle qui prévient et protège et puisse accompagner les parcours de vie", a déclaré le chef de l'Etat devant des responsables de la santé réunis à  l'Elysée. "Nous devons restructurer notre organisation pour les 50 années à  venir", a-t-il ajouté. Face à  une souffrance "réelle et tangible" de certains services, il a invité le système à  transformation collective en profondeur, et réfuté qu'"il suffirait de dépenser plus pour que tout aille mieux".

La stratégie de transformation du système de santé sera toutefois dotée d'un budget de 3,4 milliards d'euros (3,8 milliards de francs) d'ici 2022, dont quelque 920 millions pour l'investissement hospitalier. Dès 2019, l'objectif national de dépenses de la Sécurité sociale (ondam) sera porté à  2,5%, soit une rallonge de 400 millions par rapport aux prévisions budgétaires initiales.

"L'hà´pital est au bout de ce qu'il peut faire pour pallier notre désorganisation collective et c'est particulièrement vrai pour nos services d'urgence", a souligné le chef de l'Etat. Face à  ce constat, le plan "Ma Santé 2022" doit permettre de désengorger des hà´pitaux à  bout de souffle, d'améliorer l'accès aux soins sur l'ensemble du territoire et d'adapter le système au vieillissement et aux maladies chroniques, en 54 mesures.

Discours d'Emmanuel Macron

Mes chers amis,

Merci d`être là  aujourd'hui dans cette salle de l`Elysée et je crois qu`il y a bien longtemps que vos professions n`avaient pas été réunies à  l`Elysée. J`ai souhaité le faire, certains diront du fait de mon long compagnonnage avec cette profession, mais surtout et avant tout pour vous témoigner ma gratitude à  vous tous, étudiants, soignants, médecins hospitaliers, libéraux, chercheurs, universitaires, directeurs d`établissement ou d`organisme.

Votre travail, je le sais est aujourd'hui parfois malmené par des injonctions contradictoires, des réformes vécues comme permanente et je le sais aussi ce sont des impatiences, parfois des doutes qui peuvent vous animer.

Pourtant, et c`est une première réalité que je veux ici rappeler, grà¢ce à  vous et à  vos efforts, notre système de santé reste notre force et notre fierté. C`est grà¢ce à  votre dévouement extrême que le système tient encore. D`ailleurs les Français, vos patients, vous le reconnaissent. Ils portent une très haute considération à  l`ensemble des professionnels de santé. Et permettez-moi, ici, aujourd`hui, en leur nom, de vous remercier et de vous témoigner solennellement de notre reconnaissance républicaine.

Personne ne souhaite se faire soigner ailleurs qu`en France, beaucoup de nos voisins nous envient l`excellence de notre système de soins. Nous sommes attachés à  notre modèle qui associe une médecine hospitalière, publique et privée, et une médecine libérale.

Grà¢ce à  ce modèle original, la France est ce pays où arrivé à  l`à¢ge de 60 ans, l`espérance de vie des Françaises et des Français se situe au 2ème rang des pays du monde. C`est en France que le reste à  charge des ménages pour leur santé est le plus faible des pays du monde. Il atteint moins de 8 % en 2017. Et cela tient d`abord à  un haut niveau de couverture par la Sécurité sociale et l`ensemble de celles et ceux qui couvrent ces risques qui constitue un acquis que j`entends préserver.

Mais, et c`est une seconde réalité, même si la satisfaction de soigner et de sauver est toujours présente au quotidien chez les soignants, le mal-être s`est désormais installé profondément. Evolution des conditions d`exercice des métiers, relation au malade souvent présentée comme `` empêchée », sentiment de n`avoir pas le temps de faire l`essentiel, manque de perspectives d`évolution lorsque l`on est soignant en particulier à  l`hà´pital public. Tout cela, sont aussi des réalités.

Mon ambition est claire, je veux que ce qu`on appelle le système de santé soit l`un des piliers de l`Etat-providence du XXIème siècle, un système de santé qui prévienne et protège contre les risques de santé d`aujourd`hui et de demain, mais aussi un système de santé qui puisse accompagner les parcours de vie de chacun de nos concitoyens.

1958 a été un tournant car l`organisation des centres hospitaliers universitaires a permis de faire revenir l`excellence médicale du soin et de la recherche à  l`hà´pital, jusque-là  surtout considéré comme un dispensaire. C`était un vrai changement d`approche. Aujourd`hui, c`est à  nouveau à  un changement de paradigme que nous devons œ“uvrer. Il sera d`ampleur équivalente pour s`adapter aux évolutions de la science et de notre société, aux nouvelles pathologies et besoins de soins des patients, aux enjeux de la recherche et de l`innovation, pour s`adapter à  vos aspirations de soignants et recentrer notre système autour du patient.

Je voudrais vous dire aujourd`hui ma confiance dans notre capacité à  réussir collectivement. Cela ne se fera pas en un jour mais, nous devons commencer dès maintenant et travailler ardemment même si cela doit durer 2 à  3 ans. Nous devons restructurer notre organisation pour les cinquante années à  venir.

Pour ce faire quels constats partageons-nous ? Je le disais notre système de santé a des forces, mais il s`est considérablement fragilisé ces dernières décennies. Pourquoi ? Parce qu`il a été conçu pour une société où on ne vivait pas aussi vieux qu`aujourd'hui, il a été conçu pour traiter des pathologies aiguà«s et il a été conçu à  une époque avec une offre de soins qui correspondait aux besoins de la société.

Et progressivement ces dernières années, plusieurs évolutions, certaines de notre fait, d`autres liées à  l`évolution plus large de notre société, l`ont mis en tension.

D`abord nous avons pensé, et ça a été un dogme pendant plusieurs années, relativement œ“cuménique sur le plan politique qu'on pouvait réduire la dépense de santé en la régulant par l'offre. Donc on a pensé que raréfier le nombre de médecins, le nombre d'équipements, allait réduire le nombre de malades, ça n'a pas marché et les effets de décalage étant ce qu'ils sont, les décisions prises il y a parfois 20 ou 30 ans nous en vivons les pleines conséquences aujourd'hui. Et les corrections que, j'y reviendrai, nous pourrions apporter nous n'en aurons les pleins effets que dans 10 à  15 ans.

Ensuite la société a changé, précisément parce que notre système de santé a été efficace et donc on vit plus longtemps, plus longtemps en bonne santé et les pathologies que notre système a à  traiter ne sont plus les mêmes. Ce sont de plus en plus des pathologies chroniques, c'est de plus en plus des pathologies liées au vieillissement d'une population et donc ce système de soins ainsi organisés n'est plus adapté à  ces quelques évolutions que j'évoquais. Ce qui crée une tension en termes d'accès aux soins et on la voit chaque jour quand on est confronté aux difficultés de trouver un médecin traitant ou d'obtenir un rendez-vous dans des délais raisonnables qui est lié au fait que le nombre de consultations disponibles de médecins généralistes a baissé de 15 % en 15 ans, alors même que la population vieillissait, que l'accès aux spécialistes est devenu de plus en plus difficile, les spécialités ayant une grande hétérogénéité des unes entre les autres. Les cabinets médicaux comme les services d'urgence ou les établissements médico-sociaux sont à  cet égard saturés.

Tensions ensuite en termes de conditions d'exercice des professionnels de santé dont beaucoup ont le sentiment de perdre le sens même de leur métier, de leur vocation en raison des contraintes administratives et financières qu'ils subissent. Et aussi parce que les nouvelles générations de médecins aspirent à  des pratiques différentes et c'est une réalité que nous constatons chaque jour pour mieux concilier vie personnelle et professionnelle, ce qui peut conduire à  créer là  aussi des tensions d'offres sur les territoires.

Tension financière enfin liée aux défis du vieillissement, du développement des pathologies chroniques, aux coà»ts des innovations thérapeutiques qui mettent à  l'épreuve notre capacité à  préserver dans la durée notre modèle de santé solidaire auquel nos concitoyens sont fondamentalement attachés.

Toutes ces tensions n'ont pour autant rien d'inéluctable, rien, chez nos voisins, chez nous dans certains territoires des initiatives, des expérimentations locales parviennent à  enclencher de nouvelles organisations et peuvent nous inspirer dès aujourd'hui.

Dans de nombreux territoires de notre pays on a déjà  commencé à  bouger, fort de ces constats et je regarde autour de nous plusieurs pays ont conduit des évolutions profondes qui ont permis de répondre à  ces défis, sans drame, sans crise et sans renoncement aux valeurs de solidarité et aux exigences de qualité.

Ils n'y ont pas non plus répondu en dépensant plus mais, en s'organisant mieux, parce que notre système de santé ne souffre pas d'abord d'un problème de sous-financement, il pêche par un vrai handicap d'organisation, le modèle d'organisation n'est plus adapté ni à  la demande, ni à  l'offre de soins.

La France, quand je regarde les chiffres, consacre aujourd'hui à  ses dépenses de santé une part considérable de sa richesse nationale, à  peu près 11,5 % de son produit intérieur brut, ce qui nous situe au 3ème rang des pays de l'OCDE après les Etats-Unis et la Suisse et devant l'Allemagne, la Suède ou le Japon. Il n'est pas question de faire moins et j'y reviendrai là  aussi, mais il n'est pas question non plus par facilité de dire, il suffirait de dépenser plus pour que tout aille mieux, ce serait faux.

Le vieillissement, la demande légitime de notre population, les innovations aussi bien en termes de médicaments que de dispositifs médicaux, créent de fait une dynamique de dépenses et c'est donc bien par une réorganisation collective que nous pouvons répondre aux défis que j'évoquais.

Soyons clairs si le budget global que nous consacrons à  la santé est élevé, mais que tout le monde considère qu'il est insuffisant dans son quotidien, c'est définitivement que nos organisations de soins, nos modes d'allocation des ressources ne sont pas les bons. Ils ne sont pas adaptés en effet à  l'évolution des pathologies plus complexes, plus chroniques qui nécessitent plus de coordinations entre professionnels et plus de prévention.

En effet notre système prévient mal et le constat est aujourd'hui établi. En France on soigne bien, mais on n'est pas forcément en meilleure santé que chez nos voisins, parce qu'on prévient moins bien que chez nombre de nos voisins, en particulier européens. Et ce faisant des pathologies plus lourdes et donc plus coà»teuse s'installent et en miroir notre système souffre d'un trop grand nombre d'actes inutiles, d'une sur-médication parce que l'on arrive trop tard ou dans un système trop aveugle qui fait trop d'actes.

Notre système ensuite reste atomisé, cloisonné, déséquilibré, avec de trop nombreux professionnels de ville qui exercent encore de manière trop isolée, des établissements de santé trop souvent en concurrence les uns avec les autres, des secteurs de la ville et de l'hà´pital qui ne se parlent pas assez, un virage ambulatoire devant conduire à  soigner plus sans recours à  l'hospitalisation qui peine encore à  se concrétiser et des modes de rémunération qui incitent à  la course à  l'activité et à  l'acte.

L'hà´pital concentre ses dysfonctionnements et risque l'implosion sans transformation d'ensemble, car l'hà´pital redevient dans les zones les plus tendues ou les plus en difficultés, un dispensaire accueillant toutes les urgences sanitaire et sociale, développant toujours plus d'activités pour survivre financièrement, alors qu'on lui demande au même moment de réaliser plus d'interventions de pointe, d'accentuer l'excellence de sa recherche clinique, de poursuivre les efforts en matière de formation et de faciliter les parcours de soins de ville.

L'hà´pital s'est modernisé avec de nouvelles organisations, de nouveaux modes de financement mais aujourd'hui l'hà´pital est au bout de ce qu'il peut faire pour pallier notre désorganisation collective et c'est particulièrement vrai pour ses services d'urgences.

Cette course à  l'activité est devenue folle - or tout dans notre système y incite - parce qu'elle fait perdre le cap de la qualité. Et la situation est à  cet égard absurde, on fait toujours plus dans certaines activités, dont la pertinence n'est pas toujours avérée, 30 % selon les évaluations d'actes coà»teux ne servent à  rien et on ne parvient pas à  satisfaire la demande de soins de base en proximité. Et à  force de faire de l'acte, on s'expose à  faire toujours plus mais parfois mal. Par exemple pour tous les patients souffrant d'insuffisance cardiaque, on ré-hospitalise deux fois plus en France qu'au Royaume-Uni, 30 % de plus qu'en Suisse. Les patients comme les soignants subissent ce système que je viens de décrire et ses aberrations.

Nous leur devons, nous vous devons donc de casser ce cercle vicieux dans lequel nous nous sommes enfermés pour retrouver l'esprit qui a présidé à  la construction de notre système de santé, avec un engagement de tous, pas l'hà´pital d'un cà´té, les libéraux de l'autre et des patients qu'on oublierait au passage, non, en essayant de replacer l'ensemble des acteurs de ce système dans une approche de coopération qui permettra de répondre à  ces défis.

Alors face à  ce constat, quel est, quel doit être à  mes yeux, la vision d'arrivée de ce système de santé ? C'est un système qui doit mieux prévenir, être centré sur le patient et sur la qualité du soin.

Mieux prévenir d'abord, je l'évoquais en citant en quelque sorte ce paradoxe français où on soigne très bien mais, on n'est pas en meilleure santé que chez les voisins parce qu'on prévient résolument moins bien. Dès les engagements que j'avais pu prendre devant nos concitoyens, j'avais appelé à  une révolution de la prévention, qui ferait résolument passer notre système et vos pratiques d'une approche curative à  une approche préventive.

La ministre, dont je salue ici l`engagement et le travail, chère Agnès BUZYN, mène ce combat depuis les premiers jours et au quotidien, avec des vaccins rendus obligatoires, qui n`ont pas manqué de lever certains débats, la lutte contre le tabac, le dépistage des cancers, la prise en charge à  100 % pour ne plus renoncer aux soins optiques, dentaires, auditifs, essentiels pour que notre état de santé ne se dégrade pas encore plus. Et la mise en place dès cette rentrée du service sanitaire.

40.000 étudiants en premier cycle de santé vont effectuer cette année leur service sanitaire pour enseigner les bonnes pratiques en matière de prévention, en priorité, en milieu scolaire, auprès des enfants et des jeunes qui en ont le plus besoin, dans les zones rurales ou dans les quartiers défavorisés, mais parce qu`aussi mieux formés à  la prévention dès le départ, ils seront des professionnels de santé différents, et auront contribué à  déployer plus d'actions de prévention dans ces territoires prioritaires.

Toutes les politiques publiques d'ailleurs sont concernées et tout le gouvernement doit être engagé derrière ce Plan priorité prévention adopté en mars dernier. Lorsque, il y a quelques jours, le Premier ministre et le ministre d'Etat présentent un Plan vélo, c'est dans le cadre aussi d`une politique de prévention et d'une amélioration de la santé de nos concitoyens. Lorsque le Parlement vote en deuxième lecture un texte de loi en matière d'alimentation et d'agriculture, c`est une politique de prévention qui vise à  développer le bio, la qualité de l'alimentation, en particulier dans les cantines et la restauration collective.

Lorsqu'on interdit les néonicotinoïdes, c'est une politique de prévention et de santé, la tarification sociale dans les cantines ou le petit-déjeuner dans les écoles défavorisées présentés la semaine dernière dans le cadre du Plan pauvreté, c'est une stratégie de prévention en matière de santé. Et donc c'est cet esprit qui doit irriguer l'action du gouvernement comme des parlementaires dans les mois à  venir pour poursuivre ce travail indispensable.

Le deuxième axe, c'est la qualité du système de soins au service du patient. Il faut en effet passer d'une approche quantitative et budgétaire d'offres de soins à  une approche tournée vers le patient, par pragmatisme, si je puis dire, parce que nous l`avons constaté durant toutes ces dernières années, celui qui décide dans nos systèmes de santé, c`est le patient. à‡a n`est ni le gouvernement ni celui qui rembourse ni même le médecin, c`est le patient qui choisit, ce qui, parfois, nous a conduits d`ailleurs à  essayer de décider d`en haut des mesures ou des réorganisations, si le patient ne le décide pas lui-même, ne le comprend pas, ne le porte pas, elles ne sont pas efficaces.

Ce n`est pas à  lui d`ailleurs de s`adapter au système, mais bien au système de s`adapter à  ses besoins. Et c`est autour du patient que doit se construire la réponse des soignants, en proximité, et coordonnée en réseau. Aussi, la structuration des soins de proximité est la priorité des priorités. Car c`est de ce levier essentiel que dépendent beaucoup des réponses aux tensions que nous connaissons. La réponse à  la demande de soins de la population, l`accélération du virage ambulatoire, l`allègement de la pression sur l`hà´pital, l`amélioration des conditions d`exercice des professionnels de santé de la ville, tout cela tient, repose sur une meilleure structuration des soins de proximité.

Le système de santé demain, c`est un réseau de soins de proximité, dont font partie tous les professionnels de santé d`un territoire, quel que soit leur statut, et qui garantit à  la population l`accès permanent à  des soins programmés ou non programmés. Les soignants de ce réseau pourront être des hospitaliers, des libéraux, des médecins, des infirmiers, des sages-femmes, des pharmaciens, ce qui importe, c`est que chacun, à  sa place avec son expertise, sa compétence, puisse intervenir au bon moment, de manière coordonnée avec ses collègues et en équipe.

Le patient, lui, doit toujours pouvoir accéder à  un médecin traitant, à  une réponse en urgence, à  une expertise médicale spécialisée quand elle est nécessaire. Cette approche exige précisément d`arrêter d`opposer les hospitaliers et les libéraux, les généralistes et les spécialistes, les médecins aux autres professionnels de santé, et de construire un fonctionnement enfin collectif.

Demain, les soignants travailleront de plus en plus en ville, et en même temps, à  l`hà´pital. Et cette priorité aux soins de proximité doit se coordonner avec l`excellence de la recherche clinique, de l'innovation, de la formation et des technologies de pointe, la cible à  mes yeux, c'est cet exercice collectif, décloisonné, coordonné.

Alors la stratégie de transformation à  laquelle vous avez travaillé depuis le lancement des travaux par le Premier ministre, en février dernier, doit nous emmener vers cette cible, la ministre Agnès BUZYN aura l'occasion de détailler l'ensemble des mesures envisagées pour accompagner cette transformation. Elles sont nombreuses, car l'ensemble des professionnels est impliqué, mais je voudrais, ici, insister tout particulièrement sur trois orientations et séries de mesures qui jalonneront ce chemin de transformation.

La première orientation, c'est de construire le système autour du patient, et d'abord, tout simplement, de lui permettre d'avoir accès aux soins dont il a besoin. C'est la priorité des priorités, comme je l'évoquais en parlant de la cible que nous devons poursuivre. Et à  ce titre, la priorité absolue, c'est de regagner du temps médical et soignant, disponible pour nos concitoyens. Pour commencer, il faut pouvoir être sà»r qu'on forme bien et suffisamment de médecins, pour cela, on ne peut pas se satisfaire du système actuel, il a une absurdité qui est un problème pour nous toutes et tous, parce qu'elle est lisible pour tous nos concitoyens.

Aujourd'hui, c'est un gà¢chis qui concerne chaque année 25.000 étudiants, 25.000 étudiants qui, du jour au lendemain, passent d'excellents lycéens à  celui ou celle qui échoue pour la première, deuxième ou troisième fois à  la première année, au même moment où nos concitoyens souffrent de difficultés d'accès aux soins, au même moment où quand ils vont dans leur hà´pital de proximité, ils s'aperçoivent bien que celui-ci ne fonctionne que parce qu'on a recours à  des médecins vacataires, dont les modes de rémunération grèvent le même budget de l'hà´pital, dans ce cercle vicieux que nous connaissons, et où on a 10 % de médecins diplà´més à  l'étranger.

Le système est absurde, et il nous faut donc le regarder en face. Au même moment, nos entreprises cherchent des talents en biotechnologie, dans les laboratoires de recherche et cherchent ces mêmes compétences, j`ai exprimé sur ce point ma conviction de longue date, et les ministres m'ont proposé une rénovation complète des études de santé, et notamment médicales. Le numerus clausus sera donc supprimé pour cesser d'entretenir une rareté artificielle, et pour nous permettre de former plus de médecins avec un mode de sélection rénové, et de renforcer la dimension qualitative et le niveau de formation des études de santé.

C`est ce travail que les ministres conduiront dans les prochains mois pour repenser, après les concertations indispensables, les études de médecine. Mais ne nous leurrons pas sur l'efficacité immédiate d'un tel dispositif, nous subissons aujourd'hui les conséquences de décisions prises, il y a plusieurs décennies, comme je l'évoquais, et nos décisions sur le numerus clausus auront un impact symétriquement dans 10 à  15 ans ; nous devons donc actionner tous les leviers aujourd'hui pour aller plus vite.

Il y a dès aujourd'hui des étudiants qui souhaitent rejoindre des études de médecine ou des études médicales après quelques années passées dans d'autres filières universitaires, en sciences, en biologie, où ils ont acquis des compétences similaires et complémentaires, on exige aujourd'hui trop souvent qu'ils s'inscrivent en première année et repassent par les fourches caudines du bachotage et des concours, ce qui, là  aussi, est absurde.

Dès la rentrée 2020, il n'y aura plus de concours à  la fin de la première année, c'est-à -dire plus de PACES, cet acronyme, synonyme d'échec pour tant de jeunes. Demain, tous les étudiants inscrits en licence, quelle que soit leur spécialité, pourront rejoindre en deuxième, troisième ou quatrième année le cursus de médecine, et les ministres détailleront justement toutes les formations aux métiers de la santé qui seront ainsi rénovés, pour favoriser les passerelles entre les métiers, les enseignements communs, la possibilité de poursuivre ou de reprendre une formation et de participer à  des activités de recherche.

En valorisant et en évaluant aussi pleinement les compétences dont on a besoin en médecine, des compétences qui ont une dimension relationnelle parfois rédactionnelle, là  où, il faut bien le dire, le système actuel, essentiellement à  base de QCM, ne permet pas totalement de bien identifier ces compétences, qu'on identifie que bien plus tard dans le cursus, avec, là  aussi, un gà¢chis certain.

A tous ceux qui pourraient voir dans cette réforme un renoncement à  l'excellence tirée aujourd'hui du concours de fin de première année, je leur dis que ce parcours de formation restera sélectif, sera plus ouvert, plus vivant, attirera des profils plus variés et tout aussi excellents, et sera aussi fondé sur les principes que j'évoquais qui correspondent mieux à  la réalité de la pratique médicale quotidienne.

Mais pour libérer du temps médical, pour avoir plus de consultations, plus de patients accueillis, les plus forts gains à  court terme viennent donc d'une autre répartition des tà¢ches, nous avons déjà  permis que les vaccinations puissent se faire par les pharmaciens, nous devons continuer à  décharger les médecins d'actes qui peuvent être faits par d'autres, un peu comme les orthoptistes ont permis de décharger des ophtalmologistes de certaines tà¢ches ou les infirmières qui épaulent les généralistes pour les aider dans le dépistage, le suivi, l'éducation thérapeutique de leur maladie chronique.

Sur ce sujet, il y a une meilleure répartition des tà¢ches et du temps entre les différents professionnels de santé. Et ce qui sera plus valorisant pour l'ensemble de ces dernières. Pour libérer davantage encore de temps médical et faire que les médecins puissent soigner plus et mieux, nous devons leur permettre d'être accompagnés par des professionnels qui effectuent pour eux des gestes simples, comme une prise de tension ou de température, qui préparent à  la consultation, qui conseillent et suivent le parcours de patients, qui assument une partie des tà¢ches administratives de gestion et de coordination ; cela va de pair avec une revalorisation de toutes les professions de santé - (Bruit de verre cassé)

J`'espère qu'il n'y a pas de blessés - et du concours que chacun peut apporter dans le suivi médical du patient, sinon, c'est le bon moment et la bonne journée pour avoir un accident du travail. Tout va bien.

C'est dans cet esprit, et pour ce faire, que nous créerons des assistants médicaux, c'est-à -dire des professionnels qui assisteront les médecins, installés de longue date dans les pratiques médicales de nos voisins, ces personnels de santé accompagneront et déchargeront le médecin d'actes simples, concourant justement à  la prise en charge du patient, ces postes seront financés auprès de tous les médecins, d'abord, les généralistes et les spécialistes, pour lesquels des difficultés d'accès aux soins sont identifiés, dès lors qu'ils exerceront de manière regroupée et s'engageront sur des objectifs et des résultats. Prise en charge de nouveaux patients, raccourcissement des délais d'attente, actions de prévention, consultations non programmées.

Alors combien financerons-nous d'assistants médicaux, de ces professionnels qui aideront nos médecins dans les prochaines années ? Autant qu'il en faudra pour accompagner ce mouvement dans tous les territoires, les premiers arriveront dans les quartiers prioritaires pour l'accès aux soins et dans les zones sous-denses, dès 2019. Les professionnels estiment qu'on pourrait gagner entre 15 et 20 % de temps médical avec une telle organisation, l'objectif du quinquennat doit être au moins d'en déployer 4.000. Ce qui représenterait un gain de temps médical équivalant à  près de 2.000 médecins supplémentaires compte tenu de l'organisation actuelle, mais si le mouvement est là , si le besoin est là , nous en financerons autant que de besoin. Car c'est au cœ“ur de la réorganisation de l'ensemble de ces professions, et c'est une évolution indispensable.

Nous devons enfin avoir une attention particulière pour les territoires les plus démunis, là  où nous ne parvenons pas à  remplacer nos médecins qui partent à  la retraite, ces fameux déserts médicaux qui sont aujourd'hui une source d'anxiété pour nombre de nos concitoyens, pour leurs élus, de manière légitime, ces déserts médicaux ne sont pas que dans les campagnes, sur ce sujet, ne nous trompons pas, ils sont bien souvent dans les périphéries proches des grandes villes, dans les quartiers les plus difficiles, dans les zones en effet très rurales.

Et donc c'est une France multiple, mais c'est la France qui décroche démographiquement, c'est la France qui aujourd'hui ne parvient plus à  attirer d'entreprises, qui ne parvient plus suffisamment à  attirer de nouveaux médecins, cette partie de la France où la population vieillit, et où donc les besoins sont nouveaux, et avec le vieillissement de la population, le vieillissement de la démographie médicale, et où en même temps que les besoins continuent de croître, les médecins partent à  la retraite et ne sont pas remplacés.

Le nombre de médecins retraités a doublé ces dix dernières années, les départs non remplacés se concentrent justement dans ces territoires les plus ruraux et dans les quartiers urbains difficiles.

Nous avons aujourd'hui près de 20 % de la population qui se situe dans ces territoires prioritaires pour l`accès aux soins que l`on appelle les zones sous-denses. Alors ce que je viens d`évoquer est une première réponse et c`est dans ces zones que nous allons favoriser la réorganisation des professionnels de santé et l`investissement dans ces assistants médicaux pour dégager du temps médical utile, les accompagner et aussi encourager ces pratiques, une forme d`organisation que les jeunes professionnels de santé plébiscitent. Mais nous devons aussi constater que l`impatience légitime est là .

Alors, nous connaissons tous par cœ“ur ici le débat. Faut-il contraindre ? Ne faut-il pas contraindre ? Je l`ai déjà  dit de longue date et ce long compagnonnage avec les professionnels de santé m`a instruit en la matière. La contrainte unilatérale venant d`en haut peut faire plaisir - je le conçois très bien - aux élus qui sont sur ces territoires et être une réponse immédiate qu`on propose à  ses concitoyens : elle ne marchera pas. Elle ne marchera pas. L`un des problèmes aujourd'hui dans notre démographie médicale, c`est que de plus en plus de jeunes médecins ou moins jeunes qui ont été formés par le système arrêtent la pratique compte tenu de ces contraintes. C`est une réalité. Et donc, si on se met aujourd'hui à  dire : `` Nous allons totalement contraindre la cartographie en sortie des études de médecine », je pense que nous aurons énormément de mal à  répondre à  ce défi. En tout cas, ce serait une réponse fallacieuse, de tribune, donc je n'y crois pas.

Mais nous devons là  aussi, et je demande à  ce que les ministres s'en saisissent dans le cadre de la re-conception des études médicales et des études de santé, quand même réussir à  traiter quelques aberrations où la territorialisation et les contraintes que nous posons au long du parcours des études ne correspond pas aux besoins que nous avons ensuite. Et je pense que sur ce sujet, nous avons collectivement beaucoup de progrès à  faire et je pense qu'on peut améliorer le système sans parler de contraintes, en permettant plus de mobilité des étudiants, en évitant de concentrer les étudiants sur toutes les mêmes zones, en s'étonnant après que les étudiants qui ont été dans ces zones les plus métropolitaines n'aient pas forcément envie d'aller dans les zones les plus rurales ou les plus difficiles. Je ferme cette parenthèse.

Néanmoins, si nous ne parvenons pas à  un moment à  avoir un système qui collectivement organise mieux la répartition sur le territoire, il est évident que ces débats relatifs à  la contrainte, à  l`obligation d`installation, continueront de monter. Mais à  court terme, je pense par cet esprit de confiance, d`action collective que nous pouvons avoir une réponse plus adaptée. D`abord en continuant à  orienter et favoriser l`installation dans ces zones des professionnels de santé, en développant les structures - maison de santé, installation collective et l`accompagnement que j`évoquais à  l`instant - mais également en finançant des postes sur un mode un peu innovant et correspondant, je pense, à  ce que nous pouvons offrir.

Aussi, je souhaite que dès 2019, 400 postes supplémentaires de médecins généralistes à  exercice partagés ville/hà´pital puissent être financés et envoyés dans les territoires prioritaires, salariés par le centre hospitalier de proximité ou un centre de santé pour y proposer des consultations. Je fais le pari que cette mesure exceptionnelle sera attractive parce que nous constatons que les jeunes générations sont en demande d`un exercice collectif, parfois salarié plus important que précédemment. La Ministre conduira sous deux mois une négociation pour calibrer avec vous la dimension incitative de cette mesure qui doit être réelle pour être efficace et pour répondre à  cette ambition et ce dispositif sera concentré sur les territoires les plus critiques.

C`est à  la fois accompagner et accélérer le mouvement des maisons de santé mais c`est aussi commencer par la preuve à  montrer cette porosité que nous devons organiser entre le système hospitalier et le système libéral en proposant des rémunérations attractives, un cadre d`organisation sur le terrain pour ces professionnels de santé plus adapté au choix contemporain. C`est donc le premier axe de cette transformation que je souhaitais ici rappeler et défendre : celui de permettre un meilleur accès aux soins dont le patient a besoin.

La deuxième orientation sur laquelle je veux aujourd'hui devant vous insister, c`est celle qui consiste à  construire un système autour du patient en lui permettant d`être pris en charge dans un parcours de soins fluide et coordonné. Cette idée n`est pas nouvelle. Cela fait des années, pour ne pas dire des décennies, que nous en parlons. C`est celle qui a conduit à  mettre en œ“uvre le médecin référent, le parcours de soins, à  changer grà¢ce à  la coopération de l`ensemble des sociétés savante les modes d`organisation et de remboursement. Mais alors que les pathologies chroniques se développent, la coordination des différents spécialistes devient aujourd'hui incontournable de manière encore plus criante qu`hier et l`exercice coordonné doit devenir une référence.

On le sait très bien : un patient qui souffre de diabète doit avoir autour de lui une petite équipe avec son généraliste, son endocrinologue, son diététicien, son infirmière, son podologue, son ophtalmologue… C`est cette équipe qui doit partager l`information en temps réel, permettre l`optimisation du soin pour pouvoir l`accompagner et vivre dans les meilleures conditions. Ceci suppose d`abord et avant tout le déploiement de nouveaux outils numériques. Là  aussi, j`ai le sentiment de parler devant vous d`une arlésienne. Ces outils, nous le savons, sont aujourd'hui insuffisants. Ils sont cloisonnés, ils laissent de cà´té les patients qui sont pourtant les premiers intéressés. J`irai même plus loin : rien ne sera possible sans une mise à  jour radicale de l`architecture numérique. Elle est impérative pour coordonner les acteurs, pour personnaliser les soins, pour décharger les soignants de leurs tà¢ches administratives, pour développer aussi l`intelligence artificielle et déployer de nouveaux traitements.

Nous devrons nous doter dans les trois prochaines années d`une véritable offre de services numériques qui permettent aux patients et aux professionnels de santé, justement qui les prennent en charge, de partager l`information médicale et de communiquer entre eux de manière totalement sécure, respectueuse évidemment à  la fois du secret professionnel et de la confidentialité que chacun souhaite pour soi. Cela partira du dossier médical partagé que nous allons déployer au plan national en novembre prochain. Enfin. Mais cela doit aller beaucoup plus loin en dotant tous les assurés d`un espace numérique patient plus large, enrichi d`informations utiles et d`un bouquet de services et d`applications en santé. Il s`agira aussi de développer avec et pour les professionnels de santé des outils numériques territoriaux indispensables à  la bonne coordination.

A l`heure de l`intelligence artificielle, ce que nous devons déployer-là  c`est le système numérique qui permet à  l`ensemble des professionnels de santé comme aux patients, les uns d`exercer leurs fonctions comme il se doit aujourd'hui et les autres de bénéficier de cette médecine personnalisée qui est en train d`advenir. Et ça n`est pas une mode, une lubie ou simplement un changement technique. Ce qui est en train d`advenir, c`est une révolution profonde de la pratique médicale. Nous devons donc la mettre au cœ“ur du système et de sa re-conception en sachant, là  aussi, que cette transformation permettra une meilleure répartition des tà¢ches et permettra aux professionnels de santé de se concentrer sur les actes à  valeur ajoutée bien davantage. Et je souhaite que dans le cadre de ces réorganisations et de cette stratégie, cet objectif d`une médecine personnalisée et de ces innovations soit placé au cœ“ur pour l`intérêt précisément du patient.

La meilleure organisation passe aussi par une plus grande responsabilité des professionnels de santé dans l'organisation de la réponse aux besoins de santé de la population dans leurs territoires. Ces besoins, nous les connaissons. C'est la prise en charge de tout patient par un médecin traitant. C'est la réponse aux soins non programmés dans le cadre de la permanence des soins en journée. C'est le développement d'une offre structurée de télémédecine. C'est le suivi et la coordination des interventions autour des patients les plus complexes, notamment en sortie d'hospitalisation ou pour prévenir une hospitalisation, ou pour garantir le maintien à  domicile de personnes fragiles et à¢gées. C'est le développement de programmes de prévention.

Nous connaissons tous ses besoins. Et pour répondre à  ces vrais défis sur lesquels nous avons une obligation de résultat, il faut que tous les professionnels d'un territoire s'engagent, travaillent ensemble et portent une responsabilité collective vis-à -vis des patients et de la population. Le cadre de cet engagement sera la constitution de communautés professionnelles territoriales de santé qui doivent aussi faire le pont entre les établissements de santé, notamment les hà´pitaux de proximité et avec le secteur médico-social. C`est permettre, inciter l'ensemble des professionnels d'un territoire à  travailler ensemble et à  s'organiser ensemble parce que c'est leur intérêt, là  où nous voyons aujourd'hui sur le terrain dans trop de situations des stratégies en quelque sorte non coopératives, si je devais employer un terme pudique, qui sont corrigées comment ? Par des services qui sont mis en place et qui permettent de traiter, dans les zones les plus urbaines, les services d'urgences de nuit. Mais est-ce totalement satisfaisant ? Pas toujours. Ou qui conduisent à  reporter la charge sur un acteur du système : l'hà´pital et ses urgences avec les conditions et les risques que nous connaissons et la charge sur les établissements hospitaliers, et donc, un système où tout le monde, au fond, devient perdant.

Moi, je souhaite que nous puissions aujourd'hui, sur ces territoires pertinents, avoir une vraie coopération de l'ensemble des professionnels de santé au-delà  des frontières de statut, de positionnement, et que l'ensemble de celles et ceux qui portent la bonne santé d'une population en soient coresponsables. Nous devrons faire que ces communautés professionnelles couvrent tous les territoires d'ici au 1er juillet 2021. Je fais confiance aux initiatives de terrain pour qu`elles se déploient en très grand nombre. Je ne veux pas faire de ces communautés professionnelles une espèce de système plaqué d'en haut qui devrait être du même modèle partout sur le territoire. Il y a plusieurs initiatives qui aujourd'hui ont déjà  émergé. Il faut les encourager, il faut les développer. Elles n'auront sans doute pas la même forme selon les territoires. Ce qui est sà»r, c'est que les gens doivent se parler, s'organiser ensemble autour du patient. Pour encourager chacune et chacun est pour faire que nous ayons ces communautés qui devront couvrir entre 20 000 et 100 000 patients d'ici à  2022, je veux précisément que l'exercice isolé devienne progressivement marginal, devienne l'aberration et puisse disparaître à  l'horizon de janvier 2022.

Alors, je sais ce que ce type de propos peut nourrir comme réactions chez des professionnels de santé libéraux. Je sais aussi ce que sont les enjeux et les attentes et je vois aussi ce que sont les aspirations de la nouvelle génération. Je ne viens pas ici poser une obligation qu'il faudrait dire comme une contrainte assortie de je ne sais quelle sanction, mais je pose en revanche un principe que la loi devra affirmer, un objectif qui doit devenir une réalité et, pour cela, il faut s'en donner les moyens. Et à  la contrainte, je veux privilégier l'incitation. Une incitation exigeante, orientée sur le résultat à  atteindre. Nous nous engagerons ainsi à  aider financièrement dans la durée sur 10 ans toutes les communautés professionnelles qui seront créées d'ici 18 mois.

Par ailleurs, pour les professionnels, certains éléments de rémunérations existantes et à  venir devront être demain réservés à  ceux qui s'inscrivent dans ce nouveau modèle de coopération. Je souhaite également proposer aux professionnels volontaires d'aller plus loin, plus vite, d'opter pour une rémunération qui passe complètement de l'acte à  un forfait de prise en charge des populations sur leur territoire. C'est la logique dans laquelle nous devons nous engager et, plutà´t que de contraindre, je veux que nous puissions fortement encourager ceux qui se mettront dans cette dynamique de manière proactive.

C`est donc sur cette base que je souhaite laisser se déployer les initiatives sur le territoire. Il appartiendra ensuite de définir, dans les futures négociations conventionnelles avec les professionnels de santé, les termes de ce nouveau pacte et je souhaite qu'ils y parviennent car une telle réforme est toujours plus forte quand elle procède d'un accord plutà´t que d'une loi. Et je pense que c'est l'esprit de ce qui a été travaillé depuis le mois de février dernier et de la philosophie que je porte ici devant vous. Nous avons tous intérêt à  œ“uvrer pour mettre en mouvement notre système de santé dans cette direction. A cet égard, il n'est plus possible non plus qu'en situation d'urgence le patient ne sache pas à  qui s'adresser et que l'on finisse toujours, comme je le disais, à  l'hà´pital surchargeant des services qui devraient se concentrer sur les difficultés vitales.

Nous avons ici l'exemple le plus emblématique de nos dysfonctionnements et de la nécessité de repositionner l'hà´pital à  sa juste place. Nous devons inverser à  cet égard cette spirale d'engorgement des services d'urgence hospitaliers qui accueillent nuit et jour des urgences vitales, mais aussi beaucoup de patients qui pourraient être pris en charge en consultation. On estime qu'au moins un passage aux urgences sur cinq relèverait d'une consultation de médecine générale ou parfois, d'ailleurs, ces mêmes actes pourraient être faits dans une structure plus légère : un plateau technique de radiologie, de suture ou d'analyses médicales, on le sait bien aussi. Mais pourquoi aujourd'hui se rend-on aux urgences quand on pourrait se rendre aux consultations ? à‡a n`est pas par plaisir évidemment, mais presque par réflexe, comme une évidence que nous avons laissée s'installer ces dernières années et le plus souvent aussi pour une raison de disponibilité. C`est qu`on ne trouve plus de médecins hors de l'hà´pital en fin de journée ou tà´t le matin et parfois pour une raison financière : c'est qu'on n'a pas besoin de faire l'avance de frais.

Les urgences non vitales doivent donc pouvoir être prises en charge en ville par les professionnels organisés dans leur communauté professionnelle, en lien avec leur hà´pital de proximité, ils devront s`organiser collectivement pour assurer une permanence de soins non programmés de jour, tous les jours jusqu`à  20h00.

Initialement, moi j`étais pour dire jusqu`à  22h00, mais on m`a dit que j`ouvrais une guerre absolument impossible si on disait jusqu`à  22h00, donc je suis raisonnable et j`ai dit 20h00, mais ce serait formidable si on pouvait trouver un accord jusqu`à  22h00 sincèrement. Parce que quand on regarde les chiffres des urgences, il y en a énormément entre 20h00 et 22h00, donc j`ai fait confiance à  la ministre, au directeur de la CNAM, à  l'ensemble des professionnels qui auront cette négociation à  conduire, je suis persuadé qu'on peut trouver une solution intelligente jusqu'à  22h00. Mais j'ai dit jusqu'à  20h00 aujourd'hui.

Alors il est évident que les médecins seront rémunérés pour cela et qu'il faudra également organiser, comme à  l'hà´pital, l'avance de frais pour les patients donc il faut changer le système, je ne suis pas en train de dire qu`il faut pousser les gens à  avoir avec la même organisation, les mêmes contraintes, cette permanence de soins. Je suis en train de vous dire que justement on va pousser les gens à  mieux s'organiser, on va les accompagner financièrement, les aider à  ce qu`ils soient mieux rémunérés quand ils s'organisent, qu`ils aient les assistants médicaux et pour ceux qui font la permanence de soins, qu`il y ait une vraie incitation et donc qu'on les aide là  aussi dans leurs équipements et la rémunération.

Dans les territoires où la situation des urgences hospitalières est la plus critique, je souhaite vraiment que cette organisation des soins non programmés, comme on dit, et donc des urgences de villes, soit mise en œ“uvre au plus tard en 2020. En parallèle nous devons rendre les services d'urgence beaucoup plus réactifs aux urgences vitales. Notre système, on l'a vu, n'est pas toujours aussi efficient qu'il devrait l'être et ne garantit ni la qualité, ni la rapidité de prise en charge en tous points du territoire. Et là -dessus je veux avoir un mot pour toutes celles et ceux qui font tourner nos systèmes d'urgences, si nous avons eu des cas qui ont parfois défrayé la chronique, ça n'est pas leur faute, c'est la faute de notre organisation. S'ils n'étaient pas là  jour et nuit pour déjà  faire tourner le système, pour déjà  assurer chaque jour l'excellence d'un système tel qu'il existe et le fait de pouvoir subir à  la fois le stress extrême de celles et ceux qui se présentent aux urgences comme la qualité de ces soins, nous n'aurions même pas le luxe d'en parler.

Et donc ils sont les premières victimes de cette organisation aujourd'hui insatisfaisante, dont je veux avoir un mot pour toutes celles et ceux qui sont ou régulateurs, ou personnels soignant dans nos urgences, on les a parfois stigmatisé dans les débats récents, il appartiendra de définir des responsabilités, mais s'il y a une première responsabilité, c'est la nà´tre, il ne faut pas se défausser sur tel ou tel.

Alors ce sujet est éminemment complexe, je sais que plusieurs travaux sont en cours sur en particulier le numéro unique d'appel d'urgences notamment, des propositions ont été faites par les représentants des urgentistes, des pompiers, des parlementaires et d'ici à  la fin de l'année la décision sera prise sur la base des propositions qui seront faites dans les prochaines semaines par les ministres de la Santé et de l'Intérieur. Mais je suis bien conscient de l'importance de ce sujet et de la réorganisation à  laquelle nous devons procéder sur ce point.

Enfin la troisième orientation que je voulais partager avec vous pour construire ce système autour du patient, c'est de lui garantir la qualité des soins, quel que soit l'endroit où il vit sur le territoire. Nous devons là -dessus sans tabou nous attaquer à  la question de cette qualité des soins parce que c'est une hypocrisie de dire quelle est la même sur tout le territoire français. Une hypocrisie, on le sait bien, elle est liée à  l'endroit où l'on vit, aux accidents qu'il y a pu avoir dans l'organisation de l'offre de soins, au réseau dont on dispose, aux passe-droits qu'on peut activer pour avoir accès le plus vite possible ou aux meilleurs professionnels et donc nous avons une manière bien française de traiter la problématique des files d'attente, c'est que nous avons organisé des passe-droits et des systèmes parallèles qui fonctionnent bien et pour celles et ceux qui sont les mieux placés dans le système, le rend viable mais qui pour le moins ne règle pas la situation d'une très large majorité de nos concitoyens.

Et là -dessus nous devons remettre les choses à  l'endroit. Les hà´pitaux et les cliniques de proximité doivent faire bien davantage de soins de proximité. Les établissements de pointe doivent se concentrer sur les soins de pointe et je sais d'ailleurs qu'une réflexion est engagée au sein de vos conférences sur l'avenir du modèle hospitalo-universitaire, la performance de la recherche et l'innovation en santé pour aboutir à  des propositions d'ici vos assises de décembre qui coïncideront avec l'anniversaire des 60 ans de l'acte constitutif des CHU par les ordonnances dites Debré de décembre 1958. Mais pour le dire de manière concrète, je préfère qu'un patient subissent une opération lourde à  50 kms de chez lui, avec le plus haut niveau de qualité, s'il peut ensuite faire sa rééducation, son suivi postopératoire au plus près de chez, entouré de ses proches dans un établissement de proximité. Lui faire croire qu'il pourra avoir cette chirurgie de pointe dans son établissement de proximité est faux, faire croire que cet établissement de proximité parce qu'il est de proximité doit être fermé est aussi faux, parce qu'on en a besoin pour organiser justement cette offre au plus près du terrain.

Et donc à  ce titre chaque hà´pital devra se concentrer sur les soins pour lequel il est le plus pertinent. L'organisation des activités des établissements s'adaptera donc selon trois niveaux redéfinis, le soin de proximité avec la médecine, la gériatrie, la réadaptation, les soins non programmés ; les soins spécialisés avec la chirurgie, la maternité, la médecine spécialisée et les soins ultra spécialisés ou les plateaux techniques de pointe.

Pour les établissements publics cette gradation des activités continuera de s'organiser autour des groupements hospitaliers de territoires qu'il faut continuer à  développer mais, je souhaite que cette répartition des activités de la proximité à  l'ultra spécialité concerne aussi le secteur privé et que les établissements publics comme privés puissent ainsi développer des plateaux techniques partagés, s'associer dans le cadre d'un projet de santé de territoires pour répondre aux besoins des patients sans concurrence inutile et néfaste.

On a encore aujourd'hui trop de territoires où on bloque des projets d'installation d'équipements de pointe parce qu'il y a des jeux de concurrence entre le secteur public et le secteur privé, où on ne répond pas aux besoins, où on n'a pas la bonne organisation on pense qu'on va tout faire à  tous les niveaux jusqu'au moment où ça casse et où on ferme totalement la structure de proximité.

Je crois que si on arrive à  réorganiser les choses autour de cette gradation, de ces trois niveaux, et qu`on acte ce principe, nous pouvons utilement avancer dans une meilleure qualité de l`offre de soins. Ainsi, certaines activités médicales devront être renforcées en proximité quand d`autres devront se concentrer dans les établissements experts. Certaines activités devront fermer à  certains endroits quand des plateaux techniques sous-utilisés deviennent dangereux ou que l`absence de médecin qualifié ne permet pas de les sécuriser. Mais ces structures-là  pourront être réutilisées soit pour des services de proximité ou de premier niveau, soit pour du suivi postopératoire au plus près de la famille et pour décharger aussi des structures de pointe de la période postopératoire. Je ne souhaite pas qu`on ferme un service, un établissement pour des raisons financières mais je ne laisserai pas non plus ouvert un service dans lequel aucun d`entre vous n`enverrai ses enfants.

Je demande ainsi à  la Ministre de la Santé, mais je sais que les concertations ont déjà  commencé sur ce sujet, de définir un statut moderne et attractif pour les hà´pitaux de proximité, ce qui doit être une priorité des prochains mois. Tous les établissements auront à  se repositionner et seront concernés par cette transformation de l`offre, du plus petit hà´pital local à  la grande AP-HP, et ces travaux devront évidemment associer l`ensemble des acteurs, l`ensemble de l`offre de soins - médecine libérale, privée, secteurs associés au service public - et évidemment les élus locaux.

L`accès à  la qualité des soins, c`est aussi s`attaquer plus fortement aux actes non pertinents et faire évoluer le mode de financement pour valoriser la qualité des parcours des patients. Je l'ai déjà  dit, je veux que nous sortions d`une espèce de système qui a montré toutes ses limites, qui favorise la course à  l'acte et l'activité, qu'incarne aujourd'hui la fameuse T2A, au profit d'un financement qui favorise la prévention, qui soutient la coopération entre les professionnels et qui remette la qualité comme premier objectif des prises en charge. Comme je m'y étais engagé, dès 2019 l'incitation financière à  la qualité sera nettement augmentée dans les établissements hospitaliers. Elle passera d'une enveloppe de 60 millions d'euros aujourd'hui à  300 millions d'euros. De plus, dès 2019, nous amorcerons la bascule vers une proportion plus importante de financement à  la qualité en créant un financement au forfait pour deux pathologies chroniques : le diabète et l'insuffisance rénale chronique en lieu et place de la tarification à  l'activité.

D`ici à  2022, ce système de tarification plus incitative au parcours et à  la qualité des soins sera devenu la composante principale du financement de la ville et de l'hà´pital et nous en aurons fini avec la tarification uniquement centrée sur l'activité qu'il s'agisse de la T2A d'une part ou l'exclusivité du paiement à  l'acte. Cet accès à  la qualité des soins, c'est aussi enfin et surtout permettre au personnel soignant de retrouver un environnement de travail apaisé et une juste revalorisation de leur travail singulièrement à  l'hà´pital.

Le chemin sera long pour inverser le cercle vicieux que j'évoquais tout à  l'heure. Cette transformation doit être accompagnée au plus près des équipes soignantes. L'hà´pital, je l'ai dit à  plusieurs reprises, est en première ligne des transformations du système de santé et a connu une pression budgétaire très forte ces dernières années.

Dans ce contexte il faut s'interroger de façon plus spécifique sur les conditions d'exercice des professionnels hospitaliers pour redonner du sens à  leur mission, des perspectives à  leur carrière. L'accompagnement des parcours des soignants, de leur projet professionnel doit devenir une réalité dans tous les hà´pitaux. La gestion en particulier des deuxièmes parties de carrière doit devenir un moment privilégié. C'est vrai dans tous les univers professionnels, cela l'est encore plus pour les soignants.

Cela suppose de réinvestir le dialogue social sur les organisations du travail et le développement des compétences. Il s'agira aussi de mieux former les personnes qui acceptent des responsabilités, de reconnaître par des mesures d'intéressement les fonctions d'encadrement, de management qu'il soit médical ou soignant, qu'il concerne le président de la commission médicale d'établissement ou les cadres de santé de proximité.

Les professionnels de santé sur le terrain attendent un encadrement plus souple, plus aidant et attendent que nous donnions les moyens à  cet encadrement de faire ce travail. A l'hà´pital on peut former de bons médecins, de bons gestionnaires, on peut aussi former des managers et je sais que les représentants des directeurs et des médecins et de l'ensemble des cadres en sont convaincus. Des décisions seront ainsi prises pour valoriser et rémunérer de nouvelles pratiques dites avancées pour les infirmières, maillon essentiel de nos équipes soignantes. Cette forme moderne d'exercice permettant à  des professionnels paramédicaux de se voir reconnaître des compétences relevant réglementairement des médecins, souhaitée depuis plus de 10 ans est enfin possible.

Une attention particulière sera réservée aux aides soignantes, dont le cadre de compétences et de formation sera actualisé, afin de mieux répondre aux réalités de leur exercice. Les conditions d'emploi en seconde partie de carrière feront l'objet d'une réflexion spécifique et je confirme qu'un effort indemnitaire sera mis en œ“uvre en particulier pour les aides soignantes qui exercent dans les EHPAD.

En termes d'organisation de l'hà´pital les choses doivent aussi être plus claires, je veux redonner toute sa place au service, car c'est l'espace de référence des soignants et le lieu de la prise en charge des patients. Non pas pour restaurer des bastions cloisonnés, je ne veux surtout pas rentrer dans le débat beaucoup trop complexe pour moi entre les services et les pà´les, dont j'ai compris que je ne parviendrais pas à  en saisir la substantifique moelle, mais il s'agit au contraire de promouvoir un cadre favorisant le sentiment d'appartenance à  un collectif organisé dont les missions, les objectifs, les procédures sont connues et partagée.

Au fond en écoutant beaucoup de personnels soignants à  l'hà´pital j'ai été frappé d'une chose, c'est qu`ils ont eu le sentiment d'être un peu dessaisis de l'évolution de l'hà´pital durant ces dernières années et les dernières réformes. Dessaisis parce qu'on a peut-être regroupées en voulant créer des complémentarités entre services et éloigner les décisions au niveau le plus proche des patients, éloigner parce qu`on a créé une administration de gestion qui a parfois aussi éloigné ou déresponsabilisé des personnels de santé. Et puis parfois les personnels de santé se sont peut-être installés aussi dans cet esprit-là  en considérant que si c'était comme ça, ils n`avaient plus à  être les co-acteurs de l'évolution de l'hà´pital. Et on a peut-être affaibli collectivement la force qui est que c'est un collectif soignant à  qui on doit donner toute la reconnaissance et les responsabilités qui vont avec.

Et donc pour cela je veux remettre le médecin au cœ“ur de la gouvernance. Il faut renforcer la participation des médecins au pilotage stratégique en associant mieux la CME aux décisions médicales, la CME doit peser dans les décisions à  l'hà´pital et pouvoir d'ailleurs prendre une part de décision propre. Responsabiliser les praticiens dans la mise en œ“uvre des décisions implique qu'ils s'en sentent partie prenante et à  ce titre des représentants des communautés professionnelles de territoire intégreront le conseil de surveillance de leur centre hospitalier de proximité partenaires. Les groupements hospitaliers territoires seront dotés d'une véritable commission médicale d'établissement dont les compétences seront élargies, mais je souhaite aussi que les médecins et leurs représentants puissent prendre une part plus active dans les décisions directes des hà´pitaux. Et je souhaite que la possibilité déjà  ouverte aux praticiens hospitaliers et au PU-PH de diriger des hà´pitaux se réalise pleinement à  l'occasion des prochaines nominations et puisse être plus massive.

Il faudra aussi moderniser le statut de praticien hospitalier pour donner plus de souplesse dans l'évolution de carrière et dans la diversité des modes d'exercice. Là  aussi il faut faire tomber les cloisons, un médecin doit pouvoir facilement passer d'un exercice en ville à  un exercice à  l'hà´pital et réciproquement et surtout combiner les deux par un exercice mixte qui devrait devenir de plus en plus fréquent.

Au fond beaucoup de barrières qu'on a installées ces dernières décennies doivent tomber, on a progressivement installé la barrière consistant à  limiter la pratique non directement hospitalière des praticiens hospitaliers ou des PU-PH. Le résultat des courses est là , que les directeurs d'hà´pitaux ou chefs de service présent cette salle disent combien de postes sont à  pourvoir. Il y a 30 ans, c'était inenvisageable, inenvisageable, des postes les plus prestigieux ne sont plus pourvus à  l'hà´pital parce que la capacité de s'organiser librement, de peser dans la décision, d'être justement rémunéré quand on regarde les compétiteurs du secteur privé, n'est plus là  et donc nous devons y répondre par ces réorganisations, en termes de capacité à  décider et participer à  la décision, en termes de capacité à  s'organiser en faisant aussi tomber la frontière avec l'organisation, avec la ville et le libéral.

A ce titre la diversité de l'existence de l'exercice médical n`est la plupart du temps ni valorisée, ni reconnue et il faut que l'ensemble des missions du praticien hospitalier, clinique, non clinique, managérial, institutionnel, recherche, enseignement, innovation soit reconnu statutairement et intégré dans les obligations de service. C'est le meilleur gage d'une implication durable dans le fonctionnement de l'institution hospitalière.

Et cette réorganisation autour de la qualité pour la qualité est d'autant plus indispensable qu'il s'agisse de l'hà´pital comme des structures privées, que nous avons aujourd'hui une vraie révolution en termes d'innovation à  conduire. Et que nous allons conduire là  aussi dans nos choix budgétaires et industriels. Les prochaines années se feront en ayant une stratégie claire du médicament, qui a été annoncée en juillet dernier aux professionnels. Il faut leur donner de la visibilité, axer nos financements sur l'innovation mais nous pouvons devenir ou plutà´t redevenir une grande terre d'innovation en médicaments. Si nous nous en donnons les moyens et nous pouvons là  aussi le faire, nous avons tous les moyens de devenir un des champions de l'intelligence artificielle en médecine, des dispositifs médicaux à  l'organisation du système de soins. Nous avons un avantage notre jacobinisme, la concentration dans les mêmes structures de toutes les informations de santé dans un cadre régulé, protecteur des intérêts individuels est une chance incomparable, seuls les Chinois qui sont moins respectueux des libertés individuelles ont une telle organisation centralisée. Quasiment aucun autre pays n'a cette capacité de croiser les données de santé des concitoyens à  des fins thérapeutiques et dans un cadre totalement surveiller, c'est inédit. Nous avons de l'excellence de recherche dans les organismes CNRS, INSERM, dans nos CHU, dans les structures de recherche privée, dans les start-up de la biotechnologie, cette révolution nous devons aujourd'hui la saisir. Et elle rend encore plus impérieuse la transformation que j'évoquais de notre système autour de la qualité parce que c'est ce qui permettra à  nos professionnels de santé aussi bien à  l'hà´pital que dans les structures privées et par ce partenariat que je veux refonder, de travailler ensemble et d'être les acteurs, aussi les coproducteurs de cette innovation collective.

à‡a n'est pas d'un discours misérabiliste dont notre santé a besoin, c'est un discours d'ambition. Nous n'allons pas à  revenir à  1958, nous avons à  inventer les 50 prochaines années notre système de soins, avec des vraies forces que j'ai rappelées, des défis qu'il nous faut relever par l'intelligence collective et quelques décisions, mais nous avons à  inventer un système de santé qui advient. Nous pouvons le faire si nous nous donnons ces moyens.

Alors certains sceptiques douteront peut-être et je terminerai sur ce point pour conclure, pourquoi réussirions-nous aujourd'hui ? D'abord parce qu`on est plus fort de ce qu'on n'a pas réussi et beaucoup de choses ont été tentées, peut-être de manière parcellaire, ont parfois bloqués, mais je crois qu'aujourd'hui nous sommes à  un niveau de maturité du constat qui est évident. Nous sommes à  un niveau de souffrance dans certains services, dans certaines parts de notre pays qui est réel et tangible. Et comme je l'ai déjà  dit à  plusieurs reprises, moi je ne crois pas aux réponses uniquement curatives ou symptomatiques, je ne crois pas que la réponse à  ce que nous vivons dans nombre de nos territoires soit simplement de dire, remettez de l'argent en plus, ne changez rien au système, il faut simplement de l'argent public, c'est le seul problème. C'est faux, c'est tout ce qu'on vient de se dire et je crois que la maturité de tous les acteurs, notre maturité collective, fait que nous pouvons aujourd'hui le faire et que c'est d'ailleurs un peu cette dynamique qui a toujours animé notre pays.

Je l'ai souvent dit, on me l'a parfois reproché, la France n'est pas un pays qui se reforme par petits pas, ce n'est pas sa culture politique sociale profonde. C'est un pays qui fait des grandes transformations, qui font de notre pays un pionnier, un leader dans tel ou tel secteur et qui ensuite quand les difficultés adviennent, s'enferme dans la certitude que la grande transformation fait 30 ans plus tà´t était la bonne et qu'il a toujours raison, jusqu'à  ce que l'évidence advienne. L'évidence est là .

Donc il ne s'agit pas de faire un énième petit pas et c'est bien pour ça que je pense que nous pouvons le faire et le réussir. Il s'agit de construire une transformation en profondeur qui va nous amener les uns et les autres à  changer les réflexes, les habitudes et je crois que c'est ce que vous attendez de nous et au fond de vous-mêmes.

Nous savons où nous voulons aller et nous irons en investissant parce que nous pensons que cet horizon permettra justement de mieux prévenir, d'avoir une meilleure qualité de soins, d'avoir un système centré autour du patient.

Alors je m'étais engagé à  un ONDAM, comme on dit, de 2,3 % pour le quinquennat, ce qui était un véritable effort, mais au prorata de ce qui est demandé aux collectivités territoriales et l'Etat, légitime, mais j'ai conscience que compte tenu de la transformation que nous évoquons, il nous faut investir aujourd'hui pour répondre à  des problématiques de court terme que nous connaissons, qu'il s'agisse de la situation des hà´pitaux en Outre-mer, de l'AP-HP, de l`AP-HM ou des établissements psychiatriques où nous savons, nous avons des situations d'urgence qui appelleront de toute façon là  des mesures d'urgence. Mais nous avons aussi à  financer dès l'année prochaine le recrutement des assistants médicaux, la constitution de ces communautés professionnelles, la rémunération des nouvelles infirmières de pratiques avancées et tout ce que je viens d'évoquer.

C`est pourquoi nous concentrerons une part supplémentaire du plan d`investissements d`avenir sur les sujets de santé et d`investissements de transformation et que nous avons décidé de pousser l`ONDAM à  2,5 % et donc d`investir 400 millions d`euros supplémentaires sur ces priorités pour l`année prochaine.

Lire la suite...

Partager sur : Partager

lundi 27 août 2018

Elysée: Discours d'Emmanuel Macron devant les Ambassadeurs !

Emmanuel Macron, Président de la République

Syrie, Turquie, Europe, multilatéralisme, Donald Trump… Le président de la République a défendu devant le corps diplomatique ses orientations géostratégiques pour les prochains mois. Avec deux priorités : le multilatéralisme et la réforme de l`Europe.

Chaque année depuis 1993, tous les chefs de missions diplomatiques français se retrouvent à  Paris à  la fin aoà»t. Ce rendez-vous offre l`occasion aux plus hautes autorités de l`État et au ministre des Affaires étrangères de donner les orientations annuelles qui guideront le travail des représentants de la France à  l`étranger et auprès des organisations internationales. Occasion aussi donc pour le chef de l`État de donner ses grandes lignes géostratégiques. Le président de la République a annoncé qu`il y aura une réforme de l`enseignement du français à  l`étranger proposée à  l`automne par le gouvernement. Il demande également une mobilisation en faveur d`une diplomatie économique pour réduire le déficit commercial, ainsi qu`une diplomatie soit plus dans l`anticipation, prenant en exemple la grave crise politique et économique au Venezuela. `` Les extrêmes ont progressé et les nationalismes se sont réveillés », reconnaît Emmanuel Macron. `` Est-ce une raison pour abandonner ? Nous payons là  une Europe qui s`est affadie. Il faut en réalité redoubler nos efforts », a-t-il déclaré dans un discours devant 250 ambassadeurs.

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A LA CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS

Elysée - Lundi 27 aoà»t 2018

Messieurs les Présidents,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous retrouver aujourd'hui pour ouvrir cette conférence des Ambassadeurs et des Ambassadrices. Heureux parce que c`est toujours l`occasion unique de partager quelques convictions et une lecture du monde tel qu`il va, dans lequel chaque jour la France agit, est attendue, porte sa voix.

Dans quelques jours, vous rejoindrez vos équipes sur le terrain et vous porterez avec exigence, détermination, une très grande responsabilité.

Votre première responsabilité, ce sera de représenter notre pays, notre histoire, nos idéaux républicains, nos géographies de métropole et d`outre-mer, nos intérêts. Et en représentant la France vous représentez l`histoire, la force, le rà´le de notre peuple dans le concert des nations et avez à  y conduire une diplomatie que je veux fiable et innovante.

Votre deuxième responsabilité, avec votre équipe, avec l'appui de tous les relais dont vous disposez sur place, sera de mettre en œ“uvre une politique ambitieuse pour notre pays. Cette ambition, soyez assurés qu'elle se traduira par un rythme de réformes en France qui ne changera pas d'allure, bien au contraire. Le Premier ministre vous en précisera les orientations. Plusieurs ministres auront aussi à  s`exprimer sur ce point. Sous la conduite de votre Ministre Jean-Yves Le DRIAN, que je tiens à  remercier pour son implication constante, vous nous aiderez à  soutenir ces réformes à  l'international.

En effet, vous êtes à  mes yeux parties prenantes de la stratégie que j`ai demandé au gouvernement de mettre en œ“uvre pour le pays. D`abord, en associant pleinement nos communautés françaises à  l`étranger. Elles sont une richesse, une force. Nos réformes doivent leur être expliquées et elles doivent aussi être portées par elles. Les Françaises et les Français de l`étranger sont un atout pour notre pays. Ils doivent participer pleinement de ce nouveau rayonnement de la France.

C`est pour cela que j`ai souhaité une réflexion en profondeur sur l`enseignement français à  l`étranger qui, sur la base du rapport que j`ai demandé au gouvernement, donnera lieu à  l`annonce d`une réforme cet automne. C`est aussi pour cela que je veux aller au bout des simplifications attendues par nos concitoyens, en termes de démarches administratives et de vote en ligne.

Ensuite, vous contribuez à  la compétitivité de la France. Vous devez expliquer aux gouvernements, aux acteurs économiques dans les pays où vous êtes en poste, la cohérence et l`ampleur de notre agenda de transformation. Notre attractivité s`améliore, mais il nous faut nous mobiliser bien davantage pour nos exportations. Votre mobilisation en faveur d`une diplomatie économique est un élément important de cette stratégie. Nous devons notamment axer notre action collective sur une stratégie export pour les entreprises de taille intermédiaire comme les petites et moyennes entreprises qui seule réduira notre déficit commercial.

Mais j`attends de vous encore davantage. De Ouagadougou à  Xi`an, de Sydney à  New York ou la Sorbonne, j`ai durant l`année qui s`achève pu, à  travers plusieurs discours, renouveler nos approches géographiques ou stratégiques. Il faut que celles-ci soient désormais déclinées avec précision. Cela suppose de choisir des objectifs clairs et donc limités, et de prendre de nouvelles mesures afin d`en assurer le suivi. Nous avons encore trop tendance à  considérer que tout est prioritaire et ne pas suffisamment avoir une culture du résultat. Même en diplomatie, le succès se mesure - certes pas en un jour et même sans doute jamais en un jour - à  la capacité néanmoins d`infléchir des attitudes, de construire des amitiés et des alliances, de remporter des marchés. En un mot, de faire avancer les intérêts de la France et des Français et de faire partager un peu de notre vision et conception du monde.

C`est l`attente de nos concitoyens, qui veulent légitimement voir les retombées de la politique que nous conduisons. Cela suppose enfin une capacité d`anticipation renforcée. Nous suivons les situations de nombre de pays ou de régions, du Venezuela à  la Birmanie en passant par l`Ukraine ou la République démocratique du Congo. Mais nous devons davantage les anticiper, faire parfois des paris, proposer des initiatives. J`en appelle à  votre esprit de prospective, d`analyse, d`action. N`hésitez jamais à  proposer librement, c`est le meilleur moyen de ne pas subir.

Vous l`avez compris, j`attends beaucoup de vous. Nous avançons dans un contexte qu`il faut appréhender avec calme et lucidité. Calme, car il ne s`agit pas de changer de stratégie dès qu`un événement extérieur apparaît. Lucidité, car il ne s`agit pas pour autant de sous-estimer les crises du monde. Or, durant l`année qui vient de s`écouler, que s`est-il passé ?

La France a réaffirmé sa volonté européenne, sa vision, son projet. La France a proposé une Europe qui protège, plus souveraine, unie et démocratique mais, dans le même temps, les extrêmes ont progressé et les nationalismes se sont réveillés. Est-ce une raison pour abandonner ? Certainement pas. Serait-ce une raison pour dire que nous avons tort ? Tout le contraire. Nous payons là  plusieurs décennies d`une Europe qui, il faut le regarder en face, s`est parfois affadie, affaiblie, qui n`a peut-être pas toujours suffisamment proposé. Il faut en réalité redoubler nos efforts. J`y reviendrai.

La France s`est aussi faite le chantre d`un multilatéralisme fort. Or, le système multilatéral hérité du siècle passé est remis en cause par des acteurs majeurs et des puissances autoritaires qui parfois fascinent de plus en plus. Devons-nous rendre les armes ? Est-ce la responsabilité de la France si tel ou tel pays choisit telle sensibilité, si une autre puissance souveraine décide différemment de ce que nous pensons ? La responsabilité de la France est de faire entendre sa voix, de la défendre. Pas de se substituer à  la parole des autres. Il nous faudra donc prendre de nouvelles initiatives, construire de nouvelles alliances, porter les débats au bon niveau si nous souhaitons appréhender tous les défis contemporains et le bon niveau est bien celui d`un débat de civilisation pour nos valeurs et la défense de nos intérêts.

L`année dernière, j`avais devant vous exposé les quatre objectifs de notre action diplomatique, au nom de la politique que je mène pour la nation : la sécurité de nos compatriotes, la promotion des biens communs, l'influence et l`attractivité de notre pays et, enfin, une nouvelle ambition européenne.

Ces objectifs sont toujours valides mais les circonstances testent la robustesse de nos principes et la constance de notre action. Je veux aujourd`hui rappeler ce que nous avons fait dans ce cadre, et le Ministre y reviendra plus longuement devant vous, mais aussi vous dire comment j`envisage notre réponse à  cette double crise du multilatéralisme et de l`Europe. Car oui, plus qu`il y a un an, nous sommes aujourd`hui à  un moment de vérité.

Sur la sécurité des Français tout d`abord.

C'est bien évidemment notre priorité et, tout particulièrement, la lutte contre le terrorisme au premier chef. Pour lutter contre le terrorisme islamiste, nous nous sommes dotés d`une nouvelle loi pour la France. Nous avons réalisé l`initiative annoncée ici même il y a un an d`une conférence contre le financement du terrorisme qui s`est tenue à  l`OCDE au printemps dernier et l`Australie a accepté de présider une deuxième conférence sur ce sujet, et je vous demande de contribuer à  un suivi très attentif de la mise en œ“uvre de l`Agenda de Paris avec l`ensemble de nos partenaires. Nous avons d`ores et déjà  obtenu des premiers résultats. Le suivi de transactions qui jusque-là  était opaque et qui touchait directement notre pays. Il nous faut poursuivre inlassablement ce travail.

Mais évoquer la lutte contre le terrorisme, c`est bien entendu revenir sur notre politique au Sahel et au Moyen-Orient où sévissent les groupements terroristes qui menacent la stabilité de ces régions mais qui nous ont aussi directement frappés d`où ont été organisées les attaques qui ont touché notre pays.

Au Sahel, nous avons maintenu notre engagement militaire au travers de l`opération Barkhane. Je veux ici saluer tous nos soldats qui, depuis 2013, sont avec courage engagés sur ce difficile théà¢tre d`opérations. C`est cette présence et celle de la MINUSMA qui ont évité le pire dans la région et ont permis en particulier que les élections se tiennent ce mois-ci au Mali. Nous avons dans cette région obtenu des victoires importantes ces derniers mois contre la présence terroriste, mais cette action doit se poursuivre avec la même intensité mais en complétant la présence la force Barkhane de plusieurs axes commencés dès juillet 2017.

Premièrement, nous avons appuyé et accéléré la création des forces conjointes du G5 Sahel. Je suis convaincu que notre action militaire sera, en effet, plus efficace encore si elle s`articule mieux avec l`implication des cinq pays du Sahel concernés. Nous avons levé des financements, encouragé les premières opérations des forces. A plusieurs reprises, je me suis déplacé pour constater les avancées et avec l`ensemble des chefs d`Etat et de gouvernement impliqués nous avons amélioré notre organisation.

Cette organisation est la seule qui, dans la durée, permettra la stabilité parce qu`elle implique pleinement les cinq pays du Sahel concernés à  leur propre sécurité. Il nous faut veiller à  sa mise en œ“uvre et dans les prochaines semaines et les prochains mois, nous aurons à  conduire de nouvelles opérations conjointes avec ces forces du G5. Il nous faut aussi renforcer la coopération avec l`Algérie, exposée au même risque terroriste, ainsi qu`avec le Nigéria et le Cameroun, engagés contre Boko HARAM.

Deuxièmement, nous avons encouragé la montée en puissance de l`Union Africaine. C`est ce que j`ai plaidé en juillet dernier au Sommet de Nouakchott devant l`Union Africaine et c`est ce que j`aurai l`occasion d`aborder prochainement avec le président TRUMP et le président KAGAME, actuel président en exercice de l`Union africaine. Nous devons travailler à  la création d`opérations africaines de paix crédibles, leur assurer un financement stable et prévisible, en particulier entre les Nations Unies, l`Union Africaine et les organisations sous-régionales.

Troisièmement, nous avons complété notre action militaire par le renforcement et la simplification de notre action en matière de développement, en créant avec l`Allemagne et plusieurs autres bailleurs internationaux l`Alliance pour le Sahel. Ce sont les complémentaires "3D" que j`évoquais l`année dernière : Diplomatie, Développement et Défense, et nous avons commencé à  déployer les premières opérations en matière d`éducation, en matière agricole, plus largement économique, dans plusieurs pays de la région où à  chaque fois le terrain repris à  l`ennemi doit s`accompagner de nouveaux projets qui permettent de donner des perspectives économiques, éducatives, des perspectives de vie aux populations qui, à  un moment donné, avaient pu être séduites.

Je veux ici saluer l`action et les résultats obtenus en Mauritanie, au Niger, au Tchad. Il nous faut dans les prochains mois apporter toute notre aide à  la stabilité et à  la reconquête de certaines régions au Mali et au Burkina Faso.

Quatrièmement, la question du Sahel ne se réglera pas véritablement tant que la stabilité de la Libye ne sera pas assurée. L`anomie qui règne en Libye depuis 2011 a conduit à  structurer des routes organisées de trafic de drogue, d`êtres humains et d`armes. Toute la bande sahelo-saharienne a toujours été une région de commerce et de trafic mais ces routes sont aujourd'hui celles de la misère et du terrorisme. Tant que nous n`aurons pas stabilisé la Libye, il sera impossible de stabiliser durablement le Sahel. Ce sont ces routes qui font vivre aujourd'hui les terroristes et qui les financent.

Nous avons pris plusieurs initiatives pour répondre à  cette situation. D`abord en luttant contre ces trafics et réseaux de passeurs en lien avec l`Union Africaine et l`Organisation internationale pour les migrations.

Ensuite, en réunissant en France Messieurs SARRAJ et HAFTAR en juillet 2017 puis, pour la première fois, les quatre principaux dirigeants libyens en mai dernier, entourés de la communauté internationale, pour s`engager dans un processus politique commun.

Je crois très profondément à  la restauration de la souveraineté libyenne et à  l`unité du pays. C`est une composante essentielle de la stabilisation de la région et donc de la lutte contre les terroristes et les trafiquants. Les prochains mois seront à  cet égard décisifs, ils nécessiteront notre mobilisation pour soutenir le remarquable travail du représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, Ghassan SALAME, pour éviter toutes les tentations de divisions, puisque ce pays est devenu au fond le théà¢tre de toutes les influences, de tous les intérêts extérieurs. Notre rà´le pour notre sécurité et celle de la région, est de réussir à  faire cheminer l`accord de Paris des quatre parties prenantes, décidé en mai dernier.

L`autre théà¢tre d`opération de notre lutte contre le terrorisme est bien entendu la Syrie. En Syrie, la situation reste extrêmement grave et préoccupante. La France a été très active sur le plan diplomatique, de New York à  Genève, en passant par toutes les capitales concernées. Nous avons augmenté significativement notre aide humanitaire. Un cessez-le-feu est aujourd'hui indispensable, mais la solution durable à  ce conflit sera politique, nous le savons est politique.

La France a été la première à  proposer le rapprochement des positions des Etats occidentaux et arabes d`un cà´té, et des trois pays dits garants d`Astana de l`autre. Nous avons intégré l`Allemagne et l`Egypte au `` Small group » qui tiendra en septembre une nouvelle réunion ministérielle avec les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l`Arabie saoudite et la Jordanie. Nous avons renforcé notre dialogue avec la Turquie sur la Syrie à  un niveau jamais atteint, malgré nos divergences de fond sur la région du Nord-est. Le mécanisme de coordination créé à  Saint Petersburg avec la Russie a produit ses premiers effets, en particulier sur le plan humanitaire, en ne cédant rien à  nos principes et en agissant par le truchement des organisations non gouvernementales présentes sur le terrain pour mener des opérations humanitaires à  destination des populations civiles.

Et je tiens à  cet égard à  saluer ici le travail remarquable et courageux de toutes les ONG sur le terrain.

Beaucoup de choses ont donc évolué, nous avons, je crois, réussi à  reconstruire une voie européenne essentielle dans la crise syrienne, mais ne nous trompons pas, nous sommes sur ce sujet aussi à  l`heure de vérité. Nous abordons sans doute les derniers mois du conflit avec un défit humanitaire essentiel dans la région d`Idleb. Et nous sommes à  la croisée des chemins pour réussir à  mener justement cette solution politique inclusive à  laquelle nous croyons, qui seule permettra aux églises d`Orient, mais aussi aux kurdes, aux Yésidis, à  l`ensemble des minorités ethniques et religieuses d`avoir une place dans la Syrie de demain.

Nos lignes sur le conflit syrien sont claires : la lutte contre Daesh et les groupes terroristes qui menacent la sécurité de l`Europe, le soutien aux populations civiles et la promotion d`une feuille de route diplomatique inclusive, en lien avec les Nations Unies.

J`ai confié à  mon Envoyé personnel sur la Syrie, l`Ambassadeur François SENEMAUD, la mission de faire avancer ces objectifs en lien avec l`ensemble des ministères concernés. Mais la situation est aujourd'hui alarmante, car le régime menace de créer une nouvelle tragédie humanitaire dans la région d`Idleb et ne montre jusqu`à  présent aucune volonté pour négocier la moindre transition politique. Cela implique de renforcer encore la pression sur le régime et ses alliés et j`attends à  cet égard beaucoup de la Russie et de la Turquie, compte tenu de leur rà´le et des engagements pris.

Nous voyons bien ceux qui voudraient, une fois la guerre contre Daesh achevée, faciliter ce que d`aucun appelle un retour à  la normale. Bachar El-ASSAD resterait au pouvoir, les réfugiés de Jordanie, du Liban, de Turquie, retourneraient chez eux, et l`Europe et quelques autres reconstruiraient.

Si je considère depuis le premier jour que notre premier ennemi est Daesh et que je n`ai jamais fait de la destitution de Bachar El-ASSAD une condition préalable à  notre action diplomatique ou humanitaire, je pense qu`un tel scénario serait néanmoins une erreur funeste. Qui a provoqué ces millions de réfugiés ? Qui a massacré son propre peuple ? Il n`appartient pas à  la France de désigner les futurs dirigeants de la Syrie, pas plus qu`à  un autre pays. Mais c`est notre devoir et notre intérêt que de nous assurer que le peuple syrien sera bien en situation de le faire.

C`est pourquoi la condition de l`unité, de la stabilité de la Syrie et donc de l`éradication durable du terrorisme islamiste, est bien la construction de cette solution politique inclusive qui passe par une réforme constitutionnelle et la mise en place d`un processus électoral, qui permettra à  tous les Syriens, y compris ceux et surtout ceux qui ont fui le régime de Bassar El-ASSAD, de choisir leur propre dirigeant. Cette action et ces principes sont à  mes yeux déterminants pour notre sécurité, même aujourd'hui et demain, car qu`est-ce qui a permis depuis plus de 15 ans de faire prospérer les groupements terroristes, qu`il s`agisse d`Al Qaida, de Daesh ou d`Al-Nosra ?

La misère économique, les régimes autoritaires ne protégeant plus les peuples, la corruption généralisée, mais aussi le non-respect de la souveraineté de ces pays par les puissances étrangères, c'est ce qui a nourri le discours même des islamistes, qui a nourri l`exploitation de toutes les frustrations et du discours antioccidental. Ne reproduisons donc pas ces erreurs. Respectons la souveraineté de la Syrie, mais respectons-la vraiment, en permettant au peuple de s`exprimer et de l`incarner. C`est le sens du combat diplomatique et politique que nous devons mener avec le représentant du secrétaire général des Nations Unies Staffan de MISTURA, pour faire converger les Syriens, le Small Group, Astana, les Etats de la région autour d`une même feuille de route inclusive, dont seule la mise en œ“uvre permettra une paix durable.

Bien entendu, la stabilité de la région dépendra aussi de notre capacité à  traiter des sujets iraniens, je viens à  l`instant d`échanger à  nouveau avec le président ROHANI de la crise dans le Golfe, du conflit au Yémen et de la question israélo-palestinienne, qui reste absolument centrale et préoccupante.

Sur ces points essentiels, je ne veux pas ici être trop long et j`aurai à  m`exprimer dans les prochaines semaines en prenant avec vous des initiatives concrètes.

Avec toujours le même fil rouge : notre sécurité comme notre vision du monde imposent la stabilité du Proche et du Moyen-Orient ; cette stabilité ne peut se construire que dans le pluralisme ethnique, religieux, politique et le travail avec toutes les parties prenantes. Elle impose donc tout à  la fois notre implication et notre exigence quant au respect de la dignité de chacun et des droits humains, mais aussi notre humilité car à  aucun moment nous ne saurions nous substituer à  la souveraineté des Etats en question. C`est le sens de notre travail avec le Liban, la Jordanie ou l`Egypte ces derniers mois. C`est ce qui fait que nous serons écoutés et que nous pourrons continuer à  être efficaces.

Évoquer dans l`environnement contemporain notre action pour la sécurité des Français, c`est aussi poursuivre notre engagement à  lutter contre les armes chimiques et la prolifération nucléaire.

Nous avons créé un partenariat international contre l`impunité en matière d`armes chimiques, nous avons entraîné la solidarité de l`Union européenne avec le Royaume-Uni après l`attaque de Salisbury. Nous avons en juin permis la création d`un nouveau mécanisme d`attribution de telles attaques au sein de l`organisation pour l`interdiction des armes chimiques, au siège de laquelle je m`étais rendu quelques mois plus tà´t. Ces actions étaient nécessaires car nous savons combien le rà´le, la surveillance de cette organisation est contestée par certains et avait pu être fragilisé par des réformes récentes.

La parole de la France a aussi été tenue et nos lignes ont été respectées. Quand le régime syrien a bombardé sa population avec des armes chimiques, nous avons frappé plusieurs de ses installations dans la nuit du 13 au 14 avril dernier avec nos alliés britanniques et américains, et nous continuerons à  agir ainsi en cas d`utilisation avérée de ces armes.

Nous avons lutté contre la prolifération nucléaire, en accompagnant par une politique de vigilance l`ouverture entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, et en nous engageant, contre la décision américaine, pour le maintien de l`accord nucléaire avec l`Iran.

C`est la France, lors de notre rencontre ici-même il y a un an, qui proposait le chemin d`une négociation élargie avec l`Iran portant sur les quatre piliers que vous connaissez et que je vous avais alors exposé.

Cette approche progresse aujourd`hui, c`est une boussole que de nouveaux partenaires suivent, et nous ferons tout pour qu`elle contribue à  éviter une grave crise dans les mois qui viennent. Un important effort diplomatique sera le moment venu nécessaire pour établir un nouveau cadre de stabilité. Notre action étroitement coordonnée, en particulier avec le Royaume-Uni, l`Allemagne et l`Union européenne consiste aujourd'hui à  préserver ce que l`accord nucléaire de 2015 avait permis et à  le consolider par l`ouverture de nouvelles négociations, plus exigeantes encore.

La France saura prendre ses responsabilités sur le sujet iranien, sans complaisance ou naïveté, en maintenant un dialogue étroit avec nos partenaires, parmi lesquels les Etats du Golfe.

Parler de notre sécurité, c`est aussi parler de la sécurité de l`Europe au regard des risques extérieurs. A cet égard, durant l`année qui vient de s`écouler, nous avons progressé à  un rythme inégalé durant les soixante dernières années. Le renforcement de notre politique commune de défense depuis l`été 2017, la création d`un fonds de défense afin de financer des initiatives concrètes, la conclusion de deux accords stratégiques pour les chars et les avions de combat entre l`Allemagne et la France, la conclusion avec huit autres Etats membres de l`initiative européenne d`intervention que j`avais proposée en septembre 2017 pour favoriser un esprit de défense entre Européens, sont des avancées aujourd'hui actées et inédites. Jamais l`Europe n`avait avancé aussi vite en matière de défense.

L`Europe a pris conscience qu`elle devait se protéger et la France a dans ce cadre pris toutes ses responsabilités, à  travers la loi de programmation militaire promulguée le 14 juillet dernier qui redonne une vision stratégique actualisée face à  ces nouvelles menaces à  notre pays et des moyens cohérents pour répondre à  celles-ci.

La France et l`Europe ont en quelque sorte pris acte des nouvelles menaces contemporaines et du fait que nous avions besoin d`une autonomie stratégique et de défense pour répondre à  ces dernières.

Je porterai dans les prochains mois un projet de renforcement de la solidarité européenne en matière de sécurité. Nous devons en effet donner plus de substance à  l`article 42-7 du Traité sur l`Union européenne, invoqué pour la première fois par la France en 2015, après les attentats. La France est prête à  entrer dans une discussion concrète entre Etats européens sur la nature des liens réciproques de solidarité et de défense mutuelle qu`impliquent nos engagements aux termes du traité. L`Europe ne peut plus remettre sa sécurité aux seuls Etats-Unis. C`est à  nous aujourd`hui de prendre nos responsabilités et de garantir la sécurité et donc la souveraineté européenne.

Nous devons tirer toutes les conséquences de la fin de la guerre froide. Des alliances ont aujourd`hui encore toute leur pertinence, mais les équilibres, parfois, les automatismes sur lesquels elles s`étaient bà¢ties sont à  revisiter. Et cela suppose aussi pour l`Europe d`en tirer toutes les conséquences. Cette solidarité renforcée impliquera de revisiter l`architecture européenne de défense et de sécurité. D`une part, en initiant un dialogue rénové sur la cyber-sécurité, les armes chimiques, les armements classiques, les conflits territoriaux, la sécurité spatiale ou la protection des zones polaires tout particulièrement avec la Russie.

Je souhaite que nous lancions une réflexion exhaustive sur ces sujets avec l`ensemble de nos partenaires européens au sens large, et donc avec la Russie. Des progrès substantiels vers la résolution de la crise ukrainienne, tout comme le respect du cadre de l`OSCE - je pense en particulier à  la situation des observateurs dans le Donbass - seront bien entendu des conditions préalables à  des avancées réelles avec Moscou. Mais cela ne doit pas nous empêcher de travailler dès maintenant entre Européens. Je compte sur vous pour cela.

D`autre part, nous revisiterons cette architecture européenne en réaffirmant la pertinence du Conseil de l`Europe, dont la France présidera en 2019 le comité des ministres, et de nos valeurs démocratiques. Nous n`avons pas, sur ce sujet, à  céder à  quelque fascination que ce soit, et que nous voyons poindre un peu partout à  travers l`Union européenne ; ces fascinations pour les démocraties libérales ou pour une forme d`efficacité qui passeraient par la renonciation à  tous nos principes. Non. Notre sécurité passe par la réaffirmation de nos valeurs, des Droits de L`Homme qui sont au fondement même, non seulement du Conseil de l`Europe, mais de l`Union européenne, et la défense de toutes celles et ceux qui les portent chaque jour, je pense aux organisations non gouvernementales, aux intellectuels, aux artistes, aux militants, aux journalistes. Et sur ce sujet aussi, nous aurons à  prendre, en particulier, en marge de l`assemblée générale des Nations Unies plusieurs initiatives.

Le deuxième objectif que j`avais assigné, il y a un an, à  notre diplomatie, c`est la promotion des biens communs, la protection de la planète, la culture, l`éducation de nos enfants, la santé des populations, les échanges commerciaux ou encore l`espace numérique sont les éléments du patrimoine mondial que nous devons défendre. Mais pour cela, il faut d`abord des règles collectives, acceptées par tous, indispensables pour permettre la bonne coopération, et donc les progrès en matière de défense de ces biens communs. Or, la première menace qui pèse sur nos biens communs, c`est bien la crise du multilatéralisme lui-même.

Le multilatéralisme traverse en effet une crise majeure qui vient percuter toutes nos actions diplomatiques, avant tout, en raison de la politique américaine. Le doute sur l`OTAN, la politique commerciale unilatérale et agressive conduisant à  une quasi-guerre commerciale avec la Chine, l`Europe et quelques autres, le retrait de l`accord de Paris, la sortie de l`accord nucléaire iranien en sont autant de marques. Le partenaire avec lequel l`Europe avait bà¢ti l`ordre multilatéral d`après-guerre semble tourner le dos à  cette histoire commune. La France, chaque fois, a été la première et la plus claire dans son opposition à  ces décisions, mais tout en cherchant, chaque fois, à  convaincre avant que ces décisions ne soient prises, et à  maintenir l`indispensable dialogue de qualité entre nos deux pays. Et je revendique pleinement cela.

La Chine, tout en participant activement au jeu multilatéral classique, promeut de son cà´té sa propre vision du monde, sa propre vision d`un multilatéralisme réinventé, plus hégémonique. D`autres puissances ne jouent pas véritablement le jeu de la coopération multilatérale, et l`effondrement de cet ordre supposé occidental ne leur poserait pas tant de difficultés.

Dans ce contexte, on reproche parfois à  la France de poursuivre le dialogue, les efforts avec les Etats-Unis, alors qu`il est évident, même dans les circonstances actuelles, que le dialogue avec Washington reste essentiel. Et je dois vous dire que la situation est à  mes yeux très différente de ce qu`on décrit la plupart du temps. D`abord parce que le mouvement d`isolationnisme ou d`unilatéralisme, devrais-je dire, que les Etats-Unis vivent n`est pas totalement nouveau, il a déjà  existé par le passé lointain, si on se réfère à  JACKSON, mais il avait déjà  commencé avec l`administration précédente sur certains théà¢tres d`opérations et dans certaines régions.

Cette position américaine, bien entendu, affaiblit le multilatéralisme contemporain, parce qu`elle entrave l`efficacité et peut conduire à  faire émerger des modèles alternatifs plus hégémoniques et irrespectueux de nos valeurs. Mais à  mes yeux, elle doit être plutà´t vue comme un symptà´me davantage qu`une cause, le symptà´me de la crise de la mondialisation capitaliste contemporaine et du modèle libéral westphalien multilatéral qui l`accompagne.

Cette mondialisation et ce multilatéralisme ont eu des effets positifs qu`il ne faut pas sous-estimer : ils ont sorti de la pauvreté des centaines de millions d`habitants de la planète, ils ont mis fin à  une conflictualité idéologique qui divisait le monde, ils ont permis une phase de prospérité et de liberté inédites, d`expansion pacifique du commerce international, qui est une réalité des dernières décennies. Cependant, cet ordre économique, social et politique est en crise. D`abord, parce qu`il n`a pas su réguler les dérives qui lui sont propres : déséquilibres commerciaux qui ont profondément touché certaines régions, perdantes de la mondialisation, catastrophes environnementales longtemps oubliées, inégalités considérables au sein de nos sociétés et entre nos sociétés.

Et du Brexit à  la position contemporaine américaine, c`est bien ce malaise avec la mondialisation contemporaine qui s`exprime. Simplement, la réponse à  mes yeux ne passe pas par l`unilatéralisme, mais par une réinvention, une nouvelle conception de la mondialisation contemporaine. Ensuite, cette mondialisation capitaliste a généré une accélération des flux financiers, une hyper-concentration des techniques, des talents, mais aussi des profits qui ont fait émerger des acteurs qui bousculent et affaiblissent nos règles collectives, et des grands gagnants comme des grands perdants.

Enfin, parce que, partout dans le monde, les identités profondes des peuples ont resurgi, avec leurs imaginaires historiques. C`est un fait. Ceux qui croyaient à  l`avènement d`un peuple mondialisé, protégé des morsures de l`histoire, se sont profondément trompés. Partout dans le monde, la psyché profonde est revenue à  chacun de nos peuples, et c`est vrai, de l`Inde à  la Hongrie, en passant par la Grèce, jusqu`aux Etats-Unis. Regardez-y de plus près, elle est parfois détournée, parfois exacerbée, mais c`est un fait qui dit quelque chose du retour des peuples. C`est une bonne chose sans doute, en tout cas, je le crois.

C`est le signe que cette mondialisation indifférenciée ne permettait pas de répondre à  tout, qu`elle a même échoué de répondre à  quelques points, et qu`il nous faut donc en repenser les règles et les usages compte tenu justement de ces échecs, de ces transformations. Ainsi, la véritable question n`est pas tant de savoir si je vais prendre Donald TRUMP par le bras au prochain sommet, mais bien comment nous allons collectivement appréhender ce moment de grandes transformations que nous vivons, et auxquelles nos sociétés sont toutes confrontées.

La grande transformation démographique, qui bouscule aujourd`hui l`Afrique comme l`Europe, et tous les continents, il faut bien le dire. La grande transformation écologique et environnementale, plus criante que jamais. La grande transformation des inégalités et la grande transformation technologique. Le rà´le de la France est de proposer une voie humaniste pour relever ces défis, et avec l`Europe précisément, de proposer une nouvelle organisation collective.

Cela suppose avant tout, et c`est le préalable, si je puis dire, de changer quelque peu notre approche diplomatique. On ne peut plus se contenter de suivre les évolutions politiques ou les déclarations des acteurs traditionnels sans essayer de mieux décrypter les identités profondes, les forces qui sont à  l`œ“uvre et déterminent le cours des choses dans de nombreux pays. Nous avons trop constaté, en quelque sorte, ce que nous ne voulions pas voir, d`événements politiques, ces derniers semestres, sans nous interroger sur nous-mêmes, sans regarder assez les identités profondes, les imaginaires collectifs des peuples que j`évoquais à  l`instant. Je pense qu`il faut davantage le faire et réinventer nos propres méthodes.

Et parfois, ce que nous ne voulons pas voir advient, parce qu`il y a une logique profonde, propre aux peuples. Il faut sans doute en comprendre davantage l`intimité, pour mieux anticiper ce cours des choses. Mais il nous faut aussi saisir ce qu`il y a de progressiste et d`humaniste dans ces visions du monde, et partant, les voies et les moyens d`initiatives nouvelles, et chercher dans chacun de ces pays nos alliés, les voies de passage, les moyens pour construire de nouvelles coopérations et alliances.

Nous devons accepter de le faire avec des alliances de circonstance, plutà´t des alliances tactiques, concrètes selon les sujets, et sur le fondement de principes et d`objectifs clairs, avec toujours le respect de la souveraineté populaire nationale. Je l`ai déjà  évoqué. Cela limite l`interventionnisme militaire ou, plus exactement, cela nécessite de toujours inscrire notre action dans une dynamique et un projet politique portés au plus près des peuples. Mais cela signifie aussi que nous devons, à  chaque fois, œ“uvrer pour que tous les acteurs non étatiques contribuent à  cette nouvelle régulation du monde, en respectent les règles, et ne puissent en être en quelque sorte les passagers clandestins ou les arbitres cachés.

La réponse ne passe donc pas par l`unilatéralisme, mais bien par une réorganisation de notre action autour de quelques biens communs stratégiques, et par la construction de nouvelles alliances. En premier lieu, c`est en matière de lutte contre le changement climatique, d`abord, l`accord de Paris sur le climat doit continuer à  être défendu. Nous voyons tous les jours, avec l`intensification des extrêmes climatiques et des catastrophes naturelles, la confirmation de l`urgence de ce combat. Et nous continuons à  le mener, et nous continuerons avec des actions concrètes.

Le Sommet One Planet, dont la France a pris l`initiative avec l`ONU et la Banque mondiale, le 12 décembre dernier à  Paris, a permis d`adopter des engagements financiers nouveaux, substantiels. Un nouveau sommet international de suivi sera organisé le 26 septembre prochain à  New York. Nous devons continuer à  mobiliser tous les acteurs engagés dans cette lutte : entreprises, organisations non gouvernementales, collectivités locales, grandes fondations internationales.

Ce combat pour la planète restera au cœ“ur de notre politique étrangère, comme l`a montré la place prise par ce thème dans les visites que j`ai pu faire au Saint—Siège, en Chine ou en Inde, en particulier avec le premier sommet de l`Alliance solaire internationale que nous avons organisé avec l`Inde. Il doit se traduire aussi par la négociation et l`adoption d`un nouveau pacte mondial pour l`environnement qui est à  mes yeux un objectif prioritaire, et qui impliquera la mobilisation de l`ensemble de notre diplomatie, mais également par la préparation active des grandes échéances de négociations sur la biodiversité en 2019 et 2020. Et une mobilisation sur le sujet des océans comme des pà´les qui impliquera, là  aussi, la mobilisation de nombreux postes.

Cette diplomatie environnementale est majeure pour répondre à  ce grand bouleversement du monde. Elle est majeure parce qu`elle caractérise l`engagement français et européen en la matière, parce qu`elle permet de nouer de nouvelles alliances, en particulier avec la Chine et plusieurs autres puissances, et donc construire, là  aussi, nouvelle forme de coopération internationale, et parce qu`elle permet très profondément de répondre à  nos intérêts, sur le court, moyen et long terme.

Le deuxième bien universel que nous avons replacé au cœ“ur de notre politique de coopération internationale, c`est l`éducation, la culture, le savoir. La France, en effet, a montré son engagement en organisant avec le Sénégal la conférence de reconstitution du Partenariat mondial pour l`éducation à  Dakar, il y a quelques mois, qui a permis de lever plus de deux milliards d`euros pour l`éducation dans le monde, en particulier l`éducation des jeunes filles, et pour laquelle, La France a multiplié sa contribution par 10.

C`est à  mes yeux tout à  la fois notre rà´le universaliste et humaniste, mais aussi la contribution la plus essentielle que nous pouvons apporter à  la crise démographique que j`évoquais tout à  l`heure. Partout où la démographie flambe de manière inconsidérée, c`est parce que l`éducation a reculé, et en particulier, l`éducation des jeunes filles. Et c`est un discours que la France doit savoir porter. Combien ai-je été attaqué lorsqu`il y a un peu plus d`un an, j`ai porté ce discours à  Hambourg, mais des dirigeants africains l`ont eux-mêmes repris, porté, et l`appliquent avec courage.

Mais partout où la démographie s`est mise à  flamber avec sept ou huit enfants par femme, c`est là  où les mariages forcés ont repris, c`est là  où l`éducation des jeunes filles a reculé. Et qu`on me présente les pays où toutes les jeunes femmes ont choisi d`avoir huit ou neuf enfants, qu`on me les présente, avant de dire que ce serait une forme de néo-impérialisme que de tenir ces discours à  Paris, non, il faut surtout aider ceux qui les tiennent dans chacune de leur capitale.

La lutte pour l`éducation est la meilleure réponse à  tous les obscurantismes et les totalitarismes. L`éducation, la culture, l`intelligence sont au cœ“ur de ce combat que nous devons mener partout. C`est la seule réponse durable au défi démographique mondial. Et c`est ainsi que nous lutterons en profondeur contre les inégalités, en particulier entre les femmes et les hommes. Et c`est pourquoi j`ai fait, dans notre pays comme à  l`international, de l`éducation une priorité absolue.

Et je crois profondément que sur ce sujet, la France a un rà´le inédit à  jouer, d`abord, parce que c`est son histoire, sa tradition, depuis un an, nous avons construit une stratégie éducation ambitieuse, de la maternelle à  l`université, qui, je crois, donne une crédibilité toute particulière à  notre pays en la matière. Mais considérons aussi de plus près ce que nous sommes, et les atouts que nous avons, nous avons à  Paris le siège de trois organisations internationales essentielles dans ces domaines : l`UNESCO, dont la nouvelle directrice générale a commencé à  mener une action résolue que nous appuyons avec force, l`OCDE, qui a acquis une crédibilité incontestée en matière d`évaluation des performances éducatives, l`Organisation internationale de la Francophonie, dont c`est aussi une ambition forte et une des priorités.

Et nous avons lancé ces dernières années plusieurs projets, l`initiative ALIPH - pour protéger le patrimoine culturel menacé et plusieurs autres - qui accroît encore cette force. Ajouter à  cela notre rà´le accru au sein du Partenariat Mondial pour l`éducation que je souhaite encore plus actif et présent à  Paris, nous avons tout pour faire de la France un écosystème mondial du savoir, de l`intelligence et de la culture, que vous devez faire rayonner à  travers le monde, à  travers la coopération universitaire, scientifique et de recherche.

Je crois que c‘est à  la fois un bien commun essentiel que nous devons défendre, mais je crois que c`est aussi un levier formidable d`influence pour notre pays.

Troisième bien commun, c`est la santé. Sur ce sujet, la France reprendra le fil de ses engagements en réunissant le 10 octobre 2019, à  Lyon, la conférence de reconstitution du Fonds mondial contre le SIDA, du paludisme et la tuberculose. Mais d`ici là , je souhaite que nous reprenions avec force l`important combat mené contre les faux médicaments, que la France avait initié, et que nous intensifions notre implication dans la lutte contre les grandes pandémies, je pense en particulier à  la lutte contre Ebola en Afrique centrale.

Le quatrième bien commun fondamental, c`est l`espace numérique. Nous devons à  la fois accompagner son essor, investir pour la promotion de nos intérêts stratégiques et économiques et encadrer pour qu`il puisse être accessible à  tous et protecteur de nos droits fondamentaux. Ce grand bouleversement, c`est exactement le sens du sommet Tech For Good, organisé à  Paris au printemps dernier, et que nous renouvellerons chaque année, pour encourager la réflexion sur les régulations indispensables dans ces nouveaux secteurs, avec l`ensemble des acteurs internationaux, et pour prendre aussi des mesures et des engagements concrets. Qu`il s`agisse de fiscalité, de respect de la vie privée, de droits sociaux, d`éthique, nous devons forger des réponses respectueuses de la souveraineté des pays, en n`acceptant jamais que tel ou tel acteur économique, tel ou tel espace de l`activité humaine, puissent échapper à  notre souveraineté et à  notre vigilance.

C`est le sens de l`engagement que nous avons pris, en particulier avec le Royaume-Uni, au niveau européen comme au niveau international, pour lutter contre la diffusion des messages terroristes, ou des contenus à  caractère terroriste. C`est le travail de régulation que nous continuerons à  mener au niveau européen et international, pour précisément accroître les bonnes pratiques dans le domaine. Le 12 novembre prochain, à  Paris, se tiendront en même temps l`Internet Governance Forum et le CivicTech Forum, qui permettront des avancées sur ces sujets. Je veux faire de la France un centre majeur d`attractivité, mais aussi de réflexion et de construction de ces règles nouvelles, parler des biens communs et de cette nouvelle grammaire de la mondialisation.

C`est également parler de notre organisation collective en matière de commerce. Le commerce international n`est définitivement pas équitable, l`organisation collective que nous avons aujourd`hui n`est pas des plus efficaces, mais y répondre par l`unilatéralisme absolu et la guerre commerciale est la moins bonne des réponses. La réponse doit passer par une refondation en profondeur de notre ordre mondial international. C`est pourquoi j`ai invité dès mai dernier à  l`OCDE à  lancer un groupe de travail conjoint entre les Etats-Unis, l`Union européenne, la Chine et le Japon.

Nous devons clarifier les règles existantes, améliorer le règlement des différends, adopter une régulation plus efficace sur le plan international et intégrer dans notre politique commerciale nos propres exigences sociales et environnementales. On ne peut pas avoir une politique commerciale qui, en quelque sorte, serait pensée à  part de tout.

J`invite ainsi les représentants de ces puissances en marge du 11 novembre prochain à  Paris à  tenir une première conférence sur ce sujet. Je pense que nous pourrons en quelques mois bà¢tir un système plus efficace et plus équitable, et que nous pouvons ne pas céder en effet, là  aussi, à  l`hégémonie de l`un et à  la division de tous.

Je crois en effet également qu`en matière sociale, notre ordre mondial peut être bien mieux régulé. Et je pense que les 100 ans de l`OIT en 2019 doivent nous permettre d`aller plus loin et de marquer une nouvelle ambition. Partout où la mondialisation est critiquée, ce qu`on critique, ce sont ces aberrations sociales, ce que critiquent les classes populaires et moyennes, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, comme dans notre pays, c`est le fait qu`elles ne s`y retrouvent plus, que cet ordre a construit des inégalités que j`évoquais tout à  l`heure, qui ne sont plus soutenables.

Il nous faut donc les penser, non pas les uns contre les autres, mais construire, comme nous avons su le faire dans d`autres domaines, les voies et moyens d`une coopération internationale, qui puisse nous aider à  définir des standards communs, et donc penser, là  aussi, la convergence de ceux qui le veulent, la coopération de tous. C`est pourquoi je veux faire de la question des inégalités le sujet majeur de l`engagement français durant l`année qui s`ouvre, notamment au G7, que nous présiderons en 2019.

C`est, au total, cette refondation de l`ordre mondial qui est notre cap. La France et l`Europe y ont un rà´le historique à  jouer. Je ne crois pas que l`avenir du monde se bà¢tira sur des hégémonies, ni sur des théocraties, ni sur de nouveaux totalitarismes. Mais cela suppose un sursaut immédiat de notre démocratie. Nous ne gagnerons pas cette bataille en disant simplement que les démocraties ont par définition raison, quand nous voyons partout les extrêmes monter, et cet ordre international se désagréger. Quand je parle d`un multilatéralisme fort, cela suppose de regarder ce qui, pour nos concitoyens, constitue des défis essentiels, et de savoir y apporter une réponse internationale.

C`est bien sur les failles de la gouvernance mondiale et l`affaiblissement des démocraties que la paix chèrement acquise de 1918 s`est brisée au cours des années 30. C`est pourquoi j`ai pris l`initiative d`inviter à  Paris, pour les cérémonies du 11 novembre, plusieurs chefs d`Etat et de gouvernement qui inaugureront le premier Forum de Paris sur la Paix. Ce Forum vise à  renforcer notre action collective en associant Etats et organisations internationales, au premier rang desquels l`ONU, avec la société civile : les ONG, les entreprises, les syndicats, les experts, les intellectuels, les groupes religieux. La gouvernance internationale doit se décliner concrètement, et chaque citoyen peut y prendre part.

Cette refondation suppose précisément ce temps de réflexion, et ce sursaut commun, c`est celui, j`espère, que nous saurons faire vivre le 11 novembre prochain à  Paris. Cette refondation suppose aussi que nous reconcevions nos organisations, nos instruments de concertation et nos coalitions.

En 2019, la France présidera donc le G7. Je souhaite que nous puissions en renouveler les formats et les ambitions. Nous devons, en restant un groupe cohérent porté par des niveaux de développement et d`exigences démocratiques communs, nouer un dialogue constant plus fort, avec la Chine sur le climat et le commerce, avec l`Inde sur le numérique, avec l`Afrique sur la jeunesse. En tout cas, nous ne devons pas reproduire ce théà¢tre d`ombres et de divisions qui, je crois, nous a davantage affaibli qu`il ne nous a fait avancer. Je proposerai donc d`ici à  la fin de l`année aux autres pays membres une réforme, en lien d`ailleurs avec les Etats-Unis, qui prendront après nous la présidence du G7 en 2020.

Dans le monde entier, en Asie, en Amérique latine, en Afrique, ce sont ainsi de nouveaux équilibres, de nouvelles relations qu`il nous faut repenser sur la base du travail en profondeur que je vous ai demandé. Ainsi, en mars et en mai dernier, j`ai proposé à  New-Delhi puis à  Sydney de travailler à  un nouvel axe indo-pacifique stratégique, qui ne doit pas être dirigé contre quiconque et peut être une contribution essentielle à  la stabilité internationale. Nous sommes une puissance indo-pacifique avec plus de huit mille hommes dans la région et plus d`un million de nos concitoyens. Nous devons en tirer toutes les conséquences et je souhaite que vous puissiez décliner cet axe de l`océan indien à  l`océan pacifique, en passant par l`Asie du Sud Est, de manière résolue, ambitieuse et précise.

Nous devons en effet construire une nouvelle relation à  l`Asie. Elle se bà¢tira notamment autour de notre dialogue essentiel et fructueux avec la Chine. J`ai dit que je m`y rendrai chaque année et j`ai jeté les bases de ce dialogue il y a quelques mois à  X`ian. La Chine a posé l`un des concepts géopolitiques les plus importants des dernières décennies avec ses nouvelles routes de la soie. Nous ne pouvons pas faire comme si cela n`existait pas. Nous ne devons céder à  aucune fascination coupable ou court-termiste : c`est une vision de la mondialisation qui a des vertus de stabilisation de certaines régions mais qui est hégémonique. Et je souhaite donc que la France puisse porter une voix d`équilibre et de préservation à  la fois de nos intérêts et de notre vision du monde dans ce dialogue constructif, exigeant et confiant avec la Chine.

Notre relation avec le Japon est aussi essentielle, qui présidera le G20 en même temps que nous le G7, et qui fut notre dernier invité du 14 juillet avec Singapour et dont l`actuelle saison culturelle en France montre la profondeur de nos liens. Les relations avec l`Inde, la plus grande démocratie du monde, et avec l`Australie, dans le cadre de la stratégie indo-pacifique sont essentielles. Mais c'est plus particulièrement avec l`Afrique que nous devons refonder ces coalitions contemporaines que j`évoquais à  l`instant et notre capacité précisément à  influer sur le cours du monde.

La leçon que nous donnent l`Ethiopie, le Liberia ou la Sierra Leone est qu`il n`y a pas de fatalité dans l`instabilité africaine, qu`il s`agisse des conflits internes ou des conflits entre voisins. L`Afrique n`est pas seulement notre interlocuteur pour parler des crises qui l`affectent, elle est d`abord notre alliée pour inventer les grands équilibres du monde de demain. C`est pourquoi je vous demande à  tous d`être les acteurs de ce dialogue : la relation avec l`Afrique, et c`est un message essentiel que je veux ici vous faire passer, n`est pas que l`affaire de nos Ambassadeurs en Afrique. Quand je parle de l`Afrique, je parle de l`ensemble du continent africain dans sa diversité et ses richesses, comme je l`ai expliqué dans mon discours à  Ouagadougou, en invitant tous les talents de nos deux continents, et notamment les jeunes européens et africains, à  dialoguer sur leur avenir commun.

L`importance de l`Afrique pour la France, c`est non seulement celle du voisin le plus proche mais aussi une partie de notre identité, à  travers notre histoire commune, à  travers les diasporas que j`ai prévu de rencontrer cet automne et c`est pour nous la nécessité de mieux impliquer dans le renouveau de notre relation avec le continent ces dernières. Je compte également sur la contribution des membres du Conseil présidentiel pour l`Afrique, que je salue pour leur engagement à  mes cà´tés.

Jamais nous ne remporterons la bataille que j`évoquais sur les biens communs, jamais nous ne parviendrons à  construire ces nouvelles coopérations et alliances pour l`ordre international qui est le nà´tre sans l`Afrique. Jamais nous ne remporterons la bataille pour la biodiversité ou contre le dérèglement climatique sans une participation active des pays africains. Je me rendrai au printemps prochain à  Nairobi, au siège du PNUE, pour poursuivre la dynamique du Sommet One Planet en Afrique, sur le terrain.

L`Afrique est également le continent où se joue l`avenir de la Francophonie et, dans une large mesure, celui de notre langue, de notre influence culturelle. C`est la raison pour laquelle j`ai apporté le soutien de la France à  la candidature endossée par l`Union africaine au poste de secrétaire générale de l`organisation internationale de la francophonie, dans la perspective du Sommet d`Erevan le 12 octobre prochain.

Nous avons lancé, à  Lagos en juillet dernier, la saison des cultures africaines, qui sera organisée en France en 2020 et qui permettra, pour la première fois, à  l`Afrique de se raconter elle-même, en France, dans tous les lieux de culture. N`Goné FALL sera la commissaire générale de cette saison culturelle. Je recevrai également cet automne le rapport de Bénédicte SAVOY et de Felwine SARR sur la restitution temporaire ou définitive à  l`Afrique de son patrimoine culturel. Ce que nous construisons ce faisant, touche par touche et je ne peux détailler tous les axes de cette politique, c`est en quelque sorte la conversion d`un regard réciproque. Celle qui va permettre à  la France de regarder différemment l`Afrique mais à  l`Afrique également de se dire différemment, de raconter son propre passé, son propre présent différemment à  la face du monde et de construire un nouvel imaginaire entre la France et le continent africain.

Je crois que c`est un élément essentiel de notre diplomatie car c`est l`une des clés des réponses à  l`instabilité qui existe dans plusieurs régions de l`Afrique et c`est l`une des clés au rééquilibrage de notre relation sur tous les plans. L`Afrique est bien entendu aussi notre voisin méditerranéen. Nous sommes attentifs aux relations privilégiées que nous avons avec le Maroc, l`Algérie, la Tunisie où je me suis déjà  rendu. J`aurai aussi l`occasion de faire une visite au Caire dans les prochains mois, au moment où l`Egypte prendra la Présidence de l`Union africaine. Et j`ai annoncé en début d`année à  Tunis l`organisation d`un Sommet des deux rives, qui serait construit sur la base de l`actuel dialogue 5+5 mais de manière encore plus inclusive, avec une forte contribution des sociétés civiles. Dix ans après l`Union pour la Méditerranée, il nous faut retrouver le fil d`une politique méditerranéenne différente en tirant tous les enseignements de ce que nous avons réussi et de ce que parfois nous ne sommes pas parvenus à  faire en impliquant toutes les sociétés civiles, mais en refondant une politique méditerranéenne plus inclusive qui est aussi sans doute l`une des conditions à  la reconsolidation du Maghreb. Pour parler de la jeunesse, de la mobilité, de l`énergie, des échanges universitaires, cette politique est indispensable et nous allons, dans les prochains mois, préparer ce Sommet qui se tiendra à  Marseille au début de l`été 2019.

Notre troisième objectif, Mesdames et Messieurs, est de renforcer l`influence de la France dans ce contexte. Je l`évoquais au début de mon propos en parlant de l`importance de la diplomatie économique. Notre pays a certes attiré cette année davantage d`investissements, de tourisme, de talents mais nous avons encore de nombreux défis. La France gagne aussi dans le domaine sportif avec l`attribution des Jeux Olympiques de 2024 ou la victoire des Bleus qui ont fait vibrer tout le peuple français en rapportant la Coupe du monde. Et cette victoire, la manière dont nos joueurs et nos concitoyens l`ont célébrée, ne font qu`augmenter les attentes vis-à -vis de la France.

Ce renforcement de l`attractivité dans tous les domaines, vos efforts y ont activement contribué. Ils ont été appuyés par les manifestations inédites que nous avons organisées depuis le début de l`année à  Versailles, à  Paris, ou ailleurs sur l`investissement avec le sommet Choose France, sur les nouvelles technologies avec Vivatech ou sur l`Intelligence Artificielle avec la présentation de la stratégie française devant de nombreux spécialistes internationaux à  la fin de l`hiver. J`attends votre mobilisation quant au suivi de ces rencontres que nous répliquerons chaque année, et qui nécessitent nombre d`actions concrètes.

Des annonces importantes ont d`ores et déjà  été faites à  ces occasions par plusieurs grands groupes étrangers, montrant qu`il est possible de les faire travailler chez nous, en approfondissant avec eux un dialogue exigeant sur les aspects les plus complexes : la sécurité, la fiscalité, l`économie numérique. Et c`est dans ce même esprit que j`ai souhaité que la France puisse accueillir en 2023 les Olympiades des métiers et je voudrais que toutes nos ambassades se mobilisent pour accompagner notre candidature, car cela contribue aussi de ce rayonnement économique indispensable.

Dans le même temps, nous devons plus que jamais faire rayonner notre culture et notre langue. Je l`ai déjà  évoqué à  plusieurs reprises. Nous sommes sortis d`une vision défensive de la langue pour promouvoir enfin une politique offensive et décomplexée de la promotion du français et du plurilinguisme, qui accorde précisément toute leur importance aux langues régionales, qui reconnaît pleinement la place des auteurs africains et du monde entier dans la création littéraire francophone.

Je remercie à  ce titre ma représentante personnelle pour la Francophonie, Leïla SLIMANI, pour son action dans ce domaine. Nous savions depuis des années, grà¢ce à  nos actions de coopération sur le terrain, qu`un changement de paradigme était indispensable. C`est aussi pour cela que j`ai décidé de stabiliser, pour la deuxième année consécutive, le budget de notre coopération culturelle en 2019.

D`ores et déjà , nous avons augmenté de 50 % le nombre d`heures de français proposées aux réfugiés, accru de 20 % le nombre d`écoles bilingues à  l`étranger labellisés France Education, réuni tous les opérateurs concernés dans un consortium chargé de la formation des enseignements en Afrique francophone. Je salue également la création d`une Chaire francophone au Collège de France. Ces avancées sont considérables. Elles sont également favorisées par le dynamisme des journalistes de France Médias Monde et j`entends bien poursuivre avec vous et vous demander de redoubler d`efforts en ce sens, en lien avec l`Organisation internationale de la Francophonie comme en lien avec l`ensemble des opérateurs, dont TV5 Monde et l`Agence universitaire de la Francophonie.

Toutes ces actions d`influence ne seront possibles et efficaces en complément de la diplomatie économique que j`évoquais, que si nous redonnons à  notre politique d`aide au développement une ambition nouvelle et en faisant une véritable politique d`investissement solidaire. La France, en effet, inscrit sa politique de partenariat et de solidarité internationale dans la poursuite des Objectifs du développement durable des Nations unies. Pour être à  la hauteur de ces objectifs, j`ai décidé que notre nouvelle politique bénéficierait de moyens accrus, après une longue période de baisse, pour atteindre 0,55 % du revenu national brut en 2022. D`ores et déjà , pour garantir cette montée en puissance, le budget 2019 comptera un milliard d`euros en autorisations d`engagement supplémentaires.

Mais, je vous l`avais dit il y a un an, les moyens financiers à  eux seuls ne sont pas suffisants. C`est une nouvelle méthode qui est nécessaire, à  la fois en France et chez nos partenaires. D`ores et déjà , une nouvelle gouvernance a été mise en place avec la création d`un conseil national du développement. Le Premier ministre a reçu vendredi dernier le rapport qu`il avait demandé au Député Hervé BERVILLE et je remercie ce dernier pour le travail qu`il a mené et la large consultation ainsi conduite. Comme il le propose, une nouvelle dimension partenariale sera mise en place pour mieux associer la société civile, la jeunesse, les entreprises, les diasporas.

Cela implique d`agir au plus près du terrain. Je soutiens à  cet égard la proposition de rehausser les moyens mis à  disposition directement de nos Ambassades pour encourager les initiatives locales. Sur l`égalité femmes/hommes, sur le soutien à  l`innovation, vous devez être les premiers acteurs et les premiers relais de la volonté politique que j`ai exprimée. Je soutiens également l`idée d`une nouvelle loi d`orientation et de programmation pour entériner notre trajectoire d`aide et rénover le cadre de notre politique de coopération internationale.

Une politique ambitieuse d`évaluation sera mise en œ“uvre pour suivre les résultats de cette aide en toute transparence et des réorganisations profondes seront conduites autour de l`AFD. Je vous demande également de bien veiller dans le monde entier à  ce qu`une grande cohérence et une grande complémentarité soit respectée entre nos priorités nationales et les programmes européens de coopération et de développement. C`est, je crois, un gage de cohérence et d`efficacité pour nous tous.

Je finirai mon propos par le quatrième axe développé l`année dernière, sans doute encore plus d`actualité aujourd'hui, qui est notre priorité européenne. J`ai, au fond, tout au long de mon discours rappelé l`importance de l`Europe, qu`il s`agisse de notre sécurité, de notre capacité à  refonder l`ordre international ou de promouvoir notre propre intérêt. Le faire seul est la plupart du temps, si ce n`est voué à  l`échec, beaucoup moins efficace. Le faire avec une voix européenne forte, cohérente est, je crois, le gage de notre réussite. Depuis un an et notre dernier échange, nous avons proposé, nous avons avancé, nous avons d`ores et déjà  construit des alliances. Lors du discours de la Sorbonne en septembre dernier, j`ai proposé une vision complète, ambitieuse d`une Europe plus souveraine, plus unie, plus démocratique. Sur cette voie, nous avons déjà  obtenu de premiers résultats en matière de défense - je les évoquais tout à  l'heure -, en matière de travail détaché, en matière de convergence sociale et fiscale, de politique commerciale. Nous aurons dans les prochains mois à  continuer le travail en matière de migration ou de numérique.

Nous avons, sur cette base et compte tenu du contexte politique que notre premier partenaire allemand a eu à  connaître, mené un travail durant plusieurs mois qui a permis à  Meseberg en juin dernier de sceller une étape historique entre la France et l`Allemagne et de construire un document stratégique qui, sur tous ces points, y compris celui d`un budget de la zone euro, nous fixe un agenda commun d`ici à  2021 qui permettra, je crois, de développer de manière cohérente cette vision d`une Europe souveraine, unie et solidaire qui doit être la nà´tre.

Culture et éducation ; climat et énergie ; santé et alimentation ; numérique et innovation : dans chacun de ces domaines, nous avons avancé et proposé une initiative commune. Nous avons aussi adopté une méthode ambitieuse, celle de parler à  tout le monde, là  aussi en Europe. J`ai visité en un an plus de la moitié des pays de l`Union européenne. J`ai évidemment échangé avec l`intégralité, de manière bilatérale, des chefs d`Etat et de gouvernement. J`ai souhaité marquer le premier été par une tournée en Europe centrale et orientale et je serai demain au Danemark où aucune visite d`Etat n`a eu lieu depuis trente-six ans puis en Finlande.

Nous avons parfois oublié certains pays de l`Europe sous prétexte que nous les voyons à  chaque conseil européen. Mais il y a à  convaincre, à  comprendre aussi la dynamique profonde de nombre de peuples européens à  construire une relation bilatérale forte qui serve notre politique européenne. L`Europe ne se fait ni à  Bruxelles, ni à  Paris, ni à  Berlin : elle se construit dans la diffusion inlassable de nos idées, de nos projets, de manière non hégémonique.

Je vous le dis aujourd'hui avec gravité et humilité : ce combat européen ne fait que commencer. Il sera long, il sera difficile. Il sera au centre de l`action de la France tout au long de mon mandat et en particulier dans l`année qui s`ouvre, car nous sommes au milieu d`une crise européenne.

Partout en Europe, les doutes sont là . Le Brexit en est un symptà´me. La montée des extrêmes est presqu`une règle générale et la France fait figure d`exception. Les divisions entre le nord et le sud sur le plan économique, entre l`est et l`ouest sur les sujets migratoires fracturent encore trop souvent notre Union européenne et nous vivons aujourd'hui une crise politique sur les migrations à  laquelle nous devons faire face.

Alors face à  cela, quelle réponse apporter ? Ne rien renoncer de l`ambition exprimée il y a un an. Rien. Au contraire, apporter davantage de clarté et quelques angles que je veux ici, pour conclure mon propos, partager avec vous. D'abord, de quelle Europe parlons-nous ? Quand nous parlons à  l`Afrique, quand nous parlons de nous-mêmes, quand nous parlons de tous ces grands défis, le périmètre, le contour de cette Europe ne doit pas non plus faire l`objet d`une forme de confort intellectuel. L`Union européenne n`est pas écrite de tout temps et les modifications de son périmètre ne sont ni un drame ni forcément un mouvement qu`on devrait subir. Il y a bien évidemment d`abord le Brexit mais j`attire l`attention collective : n`y a-t-il pas quelque chose d`absurde dans une Union européenne qui aujourd'hui va consacrer une énergie colossale à  discuter du Brexit et, en même temps, voudrait discuter du début d`une négociation d`adhésion de l`Albanie ou de tel ou tel autre pays des Balkans occidentaux ? Tous ces pays ont quelque chose à  voir avec notre histoire et notre stratégie mais est-ce que nous sommes là , dans ce cercle initié et lucide, est-ce que nous pouvons être satisfaits de ce cours des choses ? Est-ce que nous pensons que c`est la meilleure manière de répondre à  nos défis ? Est-ce que nous pensons que les choses vont comme elles vont, quand il s`agit du périmètre de l`Europe, de quelle Europe nous voulons ? Résolument pas.

Alors pour ce qui est du Brexit, je souhaite que l`accord se fasse d`ici à  la fin de l`année en fixant le cadre de nos relations futures. Mais je le répète, le Brexit, c`est un choix souverain qu`il faut respecter, mais c`est un choix qui ne saurait se faire aux dépens de l`intégrité de l`Union européenne. C`est le choix du peuple britannique pour lui-même, mais pas pour les autres et la France souhaite maintenir une relation forte, privilégiée avec Londres, mais pas au prix de la dissolution de l`Union européenne. Et que l`intégrité soit défendue par la capitale dont c`est la cause, dans son propre pays, est une chose, mais nous avons à  défendre l`intégrité de nos valeurs, de notre socle et de l`Union européenne. Et donc nous aurons sur ce point un dialogue exigeant, indispensable, mais il nous faudra, quoi qu`il en soit penser la relation de l`Union européenne après le Brexit avec Londres, c`est indispensable. Et le penser consistera justement à  définir à  tout le moins un partenariat stratégique à  construire.

C`est la même exigence que je veux à  nos frontières, j`ai déjà  évoqué le cas de la Russie tout à  l`heure, le cadre d`une architecture européenne de sécurité et de défense, mais nous ne pouvons durablement construire l`Europe sans penser notre relation à  la Russie et la Turquie. La penser sans complaisance et sans naïveté. Est-ce que nous pensons aujourd'hui là  aussi de manière lucide et sincère que nous pouvons continuer une négociation d`adhésion à  l`Union européenne de la Turquie, quand le projet chaque jour réaffirmé du président turc avec lequel j`ai eu une intensité de contacts inédite depuis un peu plus d`un an, est un projet panislamique régulièrement présenté comme antieuropéen, dont les mesures régulières vont plutà´t à  l`encontre de nos principes ? Résolument pas. Et là  aussi nous devons sortir de l`hypocrisie pour construire une solution me semble-t-il plus efficace, plus cohérente pour nous. Il nous faut donc construire un partenariat stratégique qui n`est pas l`adhésion à  l`Union européenne, mais un partenariat stratégique avec la Russie et avec la Turquie, parce que ce sont deux puissances importantes pour notre sécurité collective, parce qu`il faut les arrimer à  l`Europe, parce que l`histoire de ces peuples s`est fait avec l`Europe et que nous devons ensemble construire notre avenir. Et donc sur tous ces plans il faut une relation que nous avons à  réinventer, sur un plan exigeant, mais sans céder à  l`espèce de tà¢tonnement bureaucratique auquel nous nous sommes habitués sur ces sujets.

Nous sommes sortis de la guerre froide et la Turquie du président ERDOGAN n`est pas la Turquie du président KEMAL. Ces deux réalités sont là  et il nous faut en tirer toutes les conséquences.

Ensuite il faut assumer, accepter, porter le fait que cette Europe sera une Europe de plusieurs cercles, parce que c`est déjà  le cas et donc il faut accepter qu`il y ait une Europe large, peut-être plus large que l`Union européenne, le Conseil de l`Europe étant d`ailleurs cette base la plus large, fondée sur nos principes, qui parfois sont remis en cause au sein même de l`Union. Mais il y a donc la place pour une Europe large, la place pour un marché commun et en ce cœ“ur la place pour des coopérations renforcées, une intégration plus forte. Et cela suppose d`avoir un peu d`audace et d`accepter de revisiter des tabous de part et d`autres, des tabous de transfert d`un cà´té du Rhin, des tabous de changement de traité de l`autre cà´té du Rhin. Et sur ce point la vision que porte la France aujourd'hui, celle que nous porterons dans le cadre des échéances à  venir, suppose une révision des traités qu`il s`agisse de la réforme de l`Union européenne comme de la zone euro, je la souhaite et je souhaite que nous puissions la construire sur la base des consultations démocratiques en cours, sur la base des résultats des élections européennes à  venir et d`un travail intergouvernemental qui s`imposera dans les semestres qui viennent. Parce que nous avons besoin de repenser notre organisation collective, nous avons besoin d`une Commission plus efficace et moins nombreuse et nous avons besoin de repenser les axes stratégiques de cette Europe.

Enfin, nous serons et nous sommes aujourd'hui collectivement testés parce que cette Europe, je l`ai dit à  plusieurs reprises et je viens de parler de son périmètre, de son étendue, a à  faire face à  tous les défis contemporains dont je vous parle depuis tout à  l`heure. Et nous n`avons qu`une réponse européenne crédible : celle de notre autonomie stratégique. La question n`est pas de savoir si nous arrivons à  convaincre les Etats-Unis d`Amérique, c`est un grand peuple et un grand pays, la question est de savoir si les Etats-Unis d`Amérique nous regarde comme une puissance avec une autonomie stratégique, c`est ça la vraie question qui est posée pour l`Europe aujourd'hui. Et force est de constater qu`aujourd'hui ce n`est pas le cas, nous devons nous regarder avec lucidité, quand bien même celle-ci est cruelle, je ne crois pas très sincèrement aujourd'hui que la Chine ou les Etats-Unis d`Amérique pensent que l`Europe est une puissance avec une autonomie stratégique comparable à  la leur. Je ne le crois pas.

Et je crois que si nous ne parvenons pas à  construire cela, nous nous préparons des lendemains moroses. Et donc comment construire cette véritable souveraineté européenne ? Eh bien en répondant aux défis dont j`ai parlé depuis tout à  l`heure, en faisant de l`Europe, le modèle de cette refondation humaniste de la mondialisation. C`est ça le défi qui est le notre et c`est ça exactement le débat qui est posé aujourd'hui au peuple européen dans le cadre des élections qui adviennent.

Il y a le choix clair d`un cà´té, l`Europe n`est pas efficace, elle ne répond plus à  ces défis de la mondialisation, ce n`est pas totalement faux. Elle n`a pas d`autonomie stratégique, il faut donc la désagréger.

Alors les plus sophistiqués vous diront : nous sommes pour la désagréger, sauf lorsqu`elle nous apporte quelque chose, parce que l`Italie est contre l`Europe qui n`est pas solidaire sur le plan migratoire, mais elle est pour l`Europe des fonds structurels lorsque j`écoute certains ministres ; le président du conseil italien le sait bien d`ailleurs, il est sur une ligne beaucoup plus structurée. La Hongrie de Viktor ORBAN, elle n`a jamais été contre l`Europe des fonds structurels, de la politique agricole commune, mais elle est contre l`Europe quand il s`agit de tenir de grands discours sur la chrétienté. Et donc il y a une voie claire de l`opportunisme européen, mais du nationalisme revendiqué, désagrégeons cette structure bureaucratique, elle ne nous apporte plus rien, faisons semblant d`oublier ce qu`elle nous apporte et assumons une ligne claire.

De l`autre cà´té, il nous faut porter une ligne, là  aussi claire, celle d`une volonté de souveraineté européenne, en quoi et comment l`Europe peut apporter seule une réponse à  nombre de nos défis ? Et je crois que c`est le cas, et je crois que c`est tout particulièrement le cas pour ce qui est de la crise politique aujourd'hui qui sévit en Europe. Je parle de crise politique, parce que les sujets dont nous avons parlé tout l`été en matière de migration, sont avant tout une crise politique. L`Europe a eu à  subir en 2015 une vraie crise migratoire, quand des millions d`Afghans, de Syriens sont venus en raison des conflits. L`Europe a eu à  subir, il y a un peu plus d`un an une vraie crise migratoire venant de Libye mais ces flux ont été divisés par dix ces dernières semaines, ce n`est pas une crise migratoire, c`est une crise politique, celle de la capacité justement à  répondre à  ce défi.

Sur ce sujet, il faut regarder les choses en face, pourquoi avons-nous cette crise politique européenne et en particulier italienne ? Parce qu`il n`y a pas eu de solidarité européenne. Pourquoi avons-nous eu une crise politique en Grèce naguère ? Parce qu`il n`y avait pas eu de solidarité européenne. C`est pour ça que j`ai toujours lié la solidarité européenne avec une vraie politique de souveraineté et donc ce qui arrive en Italie, nous l`avons produit politiquement par notre absence de solidarité. Est-ce que cela excuse les discours xénophobes, les facilités ? Je ne le crois pas et je crois que d`ailleurs ces mêmes xénophobes n`apportent aucune solution au mal qu`ils dénoncent. Parce que, qu`ils aillent chercher la solidarité de ceux dont ils veulent se séparer, grand bien leur fasse, ça ne marche pas souvent, et d`ailleurs tous ceux qui portent une voix nationaliste ou unilatérale s`entendent très bien pour dénoncer l`Europe, s`entendent rarement pour trouver les solutions communes, y compris pour eux-mêmes. Les axes dont on nous parle n`apportent aucune solution, aucune.

Et donc sur ce sujet, je crois que la France, avec les partenaires constructifs et la Commission européenne, doit mettre en place, contribuer à  mettre en place un dispositif pérenne, respectueux des principes humanitaires et du droit solidaire et efficace. Ce qui veut dire que nous ne devons, ni ne pouvons sortir du droit d`asile tel que nous l`avons pensé. J`écoute chaque jour les discours qui disent `` ne prenez pas les gens, ne les acceptez pas, c`est de la faiblesse, de la bonne volonté », la France, et je m`en félicite, fait partie des pays qui durant la crise politique de cet été a accueilli le plus de réfugiés, 250, je vous invite à  garder en mémoire la proportion de ces chiffres, parce que sur la base des cinq missions de l`OFPRA que nous avons organisées, nous les avons identifié comme relevant du droit d`asile. Mais qui sont les responsables politiques, responsables fondamentalement, lucides, qui peuvent nous expliquer qu`on devrait renoncer au respect du droit d`asile en France et en Europe ? Mais ce droit d`asile, il est dans notre constitution, nous Français, il est dans tous nos textes européens. La clé simplement, c`est d`accepter cette différenciation. Il y a ceux qui relèvent du droit d`asile qu`il faut accueillir de manière inconditionnelle en ayant la bonne organisation, avec l`autre rive de la Méditerranée et avec le reste de l`Afrique et il y a ensuite une politique de migration à  construire au niveau européen avec l`Afrique pour éviter, réduire, maitrise les flux migratoires liés à  des migrations économiques et organiser un retour beaucoup plus efficace à  ces derniers.

C`est le sens même de la loi qui sera promulguée dans quelques jours et que nous avons prise pour la France, c`est le sens même de l`action que nous portons en Europe, et du partenariat que nous voulons construire, avec l`ensemble des Etats africains, comme nous avons commencé à  le faire, à  Abidjan, à  la fin de l`année dernière, dans le dialogue entre l`Union européenne et l`Union africaine, à  Paris, il y a un an jour pour jour, avec l`Union africaine et nombre de pays d`origine et de transit, et avec nombre de nos partenaires, c`est cela la bonne réponse à  la crise migratoire.

C`est donc une politique européenne, exigeante, qui respectent nos valeurs, mais qui, parce que nous aurons trouvé les règles communes d`une protection aux frontières, et d`une solidarité interne, sera enfin efficace. La France a un défi migratoire, nous sommes le pays qui a eu à  recevoir quasiment le plus de demandes l`année dernière, le deuxième pays de demandes d`asile, un peu plus de 100 000, mais aucun n`est arrivé par des routes dites primaires. C`est l`incapacité de l`Europe à  gérer le sujet migratoire qui fait que nous avons eu autant de demandes d`asile. Et donc j`invite toutes celles et ceux qui tiennent des discours sur ce sujet à  regarder la réalité des faits. Si nous avons une organisation plus efficace au niveau de l`Europe, alors, nous avons une partie de la réponse à  nos propres défis, et parfois à  nos propres craintes.

Il faut le construire, de manière durable, exigeante, avec l`ensemble des partenaires concernés. Mais plus largement, vous l`avez compris, sur chacun de ces sujets, je plaiderai pour que l`Europe puisse être cette puissance qui, comme je viens de le dire, pour le sujet des migrations, et bien, construira les solutions auxquelles nous croyons dans la mondialisation. Une puissance économique et commerciale à  travers une zone euro plus forte, une défense de nos intérêts stratégiques et commerciaux, une indépendance financière avec des mécanismes que nous devons proposer, et c`est la demande que nous avons faite à  la Commission, pour asseoir l`autonomie financière de l`Europe, et mettre enfin fin à  l`extraterritorialité de certaines décisions financières et monétaires.

Une puissance économique et commerciale qui construira la convergence fiscale et sociale en son sein. Je veux une Europe qui soit puissance numérique, et de l`intelligence artificielle, à  travers les initiatives que nous avons commencé à  prendre, d`un fonds pour les innovations de rupture, d`un vrai marché unique du digital, d`une taxation juste des acteurs du numérique. Une Europe puissance écologique, alimentaire, et sanitaire, qui permette partout en Europe de garantir les mêmes droits d`accès à  une nourriture saine et à  un environnement plus sain.

Cette vision-là , nous la portons ; la mener seuls au milieu d`autres acteurs européens qui ne la suivent pas est impossible, c`est au niveau européen que nous devons mener, et que nous mènerons jusqu`à  son terme le combat pour la fin du glyphosate, que la France a initié, je le rappelle, et sans la France, c`était quinze ans d`autorisation qui étaient à  nouveau octroyés au glyphosate partout en Europe, mais également pour un prix unique du carbone, pour une vraie souveraineté énergétique, pour une vraie stratégie du renouvelable.

Je crois à  cette vision d`une Europe où à  l`heure des choix qui est le nà´tre, il y a la possibilité pour un humanisme progressiste, en Europe, je crois qu`il y a la possibilité pour un chemin qui permettra de faire pleinement percevoir à  nos concitoyens que l`Europe, sur nombre de sujets qui les inquiètent n`est pas simplement une partie de la réponse, mais le cœ“ur de notre autonomie stratégique, le cœ“ur de la réponse que nous pouvons apporter à  nos peuples, et vis-à -vis de nos partenaires.

Nous devons écrire et raconter l`histoire de l`Europe que nous voulons, en démontrer les résultats concrets, afin de convaincre nos concitoyens que la voie de la coopération en Europe, dans le monde, est la seule qui puisse conduire à  des relations de confiance mutuelle dans l`intérêt de la France.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, je vous ai présenté nos priorités pour l`année à  venir autour de ces quatre piliers que j`avais définis l`année dernière. Vous les mettrez en œ“uvre sous la conduite du Ministre de l`Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves LE DRIAN, que je remercie à  nouveau du travail sans relà¢che qu`il effectue, à  Paris et autour du monde, efficacement épaulé par Nathalie LOISEAU et Jean-Baptiste LEMOYNE et par tous les agents du Quai d`Orsay, au service de notre pays. Je souhaite ici leur exprimer, vous exprimer à  tous ma gratitude pour le dévouement, les compétences, l`intelligence, l`engagement et le courage.

Sur chacun des enjeux que je viens de décrire, la bataille n`est pas gagnée, et la France, parfois, semble avoir une voix solitaire, en tout cas, c`est ce que certains dénoncent ou voudraient railler. Je ne crois pas que cette voix soit solitaire, je crois qu`elle est attendue, je crois qu`elle est souhaitée, et je crois qu`elle est fidèle à  ce qu`est notre histoire, je crois qu`elle doit rompre aussi avec des habitudes ou des automatismes, et qu`elle doit chercher partout cette exigence qui nous est imposée.

Il y a 40 ans, quasiment jour pour jour, SOLJENITSYNE prononçait à  Harvard un très grand discours qu`on a appelé après le Déclin du courage, et il disait déjà  à  peu près tout de ce que je viens de décrire, sur la fragilité du monde occidental qu`il avait pourtant découvert et qui était perçu comme le lieu de toutes les promesses. Ce que nous devons enrayer aujourd`hui, c‘est précisément le déclin du courage.

Et donc pour y faire face, notre vocation est partout, et c`est ce que j`attends de vous, d`être une puissance médiatrice, une puissance diplomatique, militaire, culturelle, éducative, nationale et européenne, et d`être toujours médiatrice, médiatrice, ça veut dire que la France ne renonce jamais à  porter sa voix, mais qu`elle cherche toujours à  construire des alliances sur cette base, ça n`est pas une puissance de compromis, ça n`est pas une puissance médiane, c`est une puissance de médiation, celle qui justement cherche à  bà¢tir cet ordre international qui, seul, je le crois très profondément, nous permettra de rendre un peu plus humaine et humaniste, la mondialisation qui est la nà´tre.

Lire la suite...

Partager sur : Partager