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jeudi 2 décembre 2021

RDC: Moïse Tshombe, sécessionniste, balkanisateur et auteur du drame Katangais!

RDC: Moïse Tshombe, sécessionniste, balkanisateur et auteur du drame Katangais! 

Freddy Mulongo Mukena, Réveil FM International


Moïse Tshombe demeure le personnage historique le plus complexe de la mémoire nationale de la RDC. Sécessionniste ? Nationaliste ? Sécessionniste puis nationaliste ? "Président de l'Etat Indépendant du Katanga" (juillet 1960-janvier 1963) et "Premier ministre du Congo-Léopoldville" (juillet 1964-octobre 1965), Moïse Tshombe ne peut être compris que replacé dans la complexité.

Moïse Tshombe est l’épicier de la politique. L’homme qui cherche l’argent, le trouve, le joue, double sa mise et gagne. Jusqu’en 1959 il était dans le commerce de détail à Elisabethville. Il devient ensuite l’homme de paille de certains intérêts financiers belges au Katanga. Au milieu du fleuve, en automne 1961, il essaie de changer de cheval et tente de vendre ses services à un groupement français. Il échoue, reprend sa liberté, va en exil, revient et prend le pouvoir à Kinshasa. Nouvel exil : mercenaires, argent, déclarations, complots. Mais aussi : sang, morts par milliers, humiliation de fout un continent dans la personne de Moïse Tshombe, oublieux de sa dignité d’Africain.

Tshombe est pour le moment enterré dans une concession perpétuelle du cimetière de la commune bruxelloise d’Etterbeek. Sa famille, éparpillée entre la Belgique et la RDC, a notamment posé comme préalable la promulgation d’une loi de réhabilitation de Moïse Tshombe et l’annulation de sa condamnation à mort par contumace, qui date de 1967. les enfants de Moïse Tshombe sont, depuis plusieurs années, divisés autour de la gestion de son héritage et notamment de son vaste patrimoine immobilier en RDC. Plusieurs procédures avaient ainsi été initiées en 2008 par Chantal Tshombe, l’une des filles de l’ex-Premier ministre, à l’encontre de l’un de ses frères, André Tshombe – l’un des gestionnaires du patrimoine familial.

Le 11 juillet 1960, moins de deux semaines après la proclamation officielle de l’indépendance du «Congo Léopoldville», la province du Katanga fait sécession et proclame unilatéralement son indépendance. La crise politique s’installe durablement et dégénère en véritable guerre civile. La question du Congo est inscrite dans les débats de l'ONU dès la session de 1960, et l'affaire se soldera notamment par l'assassinat de Lumumba en janvier 1961. Les chants de "d'indépendance cha-cha" du 30 juin 1960 sont bien loin…

«Scandale géologique», le Katanga est riche d'un sous-sol minier sans comparaison (notamment le cuivre de la copperbelt). À telle enseigne que les croisettes de cuivre sont devenues l'emblème officiel du Katanga séparatiste. Le docteur Moïse Tshombé, surnommé «Monsieur Tiroir-Caisse», prend la tête de cette sécession contre le pouvoir fédéral de Léopold ville. Au Katanga, son parti, la Conakat, s'impose face au parti adverse, la Balubakat. Économiquement, le leader katangais est soutenu par l'Union minière du Haut-Katanga (UMHK) – société coloniale belge associée à la puissante Société générale de Bruxelles et qui exploite les richesses minières katangaises.

Politiquement, Moïse Tshombé est appuyé par différentes organisations anticommunistes internationales qui craignent les ingérences soviétiques – directes ou via leurs alliés – au cœur de l'Afrique, à la faveur de la décolonisation. La nomination de Patrice Lumumba comme chef du gouvernement fédéral à l'indépendance a constitué un accélérateur de leurs craintes (la CIA et le M16 britannique ont envisagé une opération «homo» à son encontre, c'est-à-dire une opération d'élimination physique). 

Le Katanga proclame son indépendance dans le cadre de la délicate décolonisation du Congo belge en 1960 et donne lieu à la première concentration de plusieurs centaines de combattants étrangers. Ils sont enrôlés par le gouvernement sécessionniste de Moïse Tshombé. Rapidement désignés sous l’appellation d’« Affreux », ces hommes sont le premier signe tangible de la recrudescence du mercenariat qui caractérise ensuite les conflits postcoloniaux sur fond de Guerre froide en Afrique.

Avec la difficile mise en place du gouvernement Lumumba, la crainte d’un retour de la puissance colonisatrice entraîne une vague de violences à Léopoldville au début de l’été 1960 ; elle est dirigée contre les Européens. Gagnés par un mouvement de panique, la plupart des ressortissants belges décident de quitter le Congo et de rapatrier leurs capitaux. Dès lors, le gouvernement, asphyxié par un manque soudain de fonds, sollicite de plus en plus fortement les sociétés minières implantées dans la province du Katanga. Organisées en syndicat, celles-ci envisagent alors de faire sécession. Officiellement fondé le 11 juillet 1960 par le président provincial Moïse Tshombé, l’État du Katanga peut compter sur l’appui officieux de la Belgique.

Jusqu’en 1967, mercenaires belges et français, en partenariat et en concurrence, jouent un rôle essentiel dans les rapports de force militaires et politiques internes du Congo-Léopoldville. Dès 1960, le commandement suprême des forces katangaises est confié à un Français, Roger Trinquier puis Roger Faulques. Ainsi, bien que l’ancien colonisateur belge soit omniprésent dans les mécanismes de recompositions du pays, il semble en partie éclipsé par son puissant voisin. Dans la décennie 1970, notamment sous Valéry Giscard d’Estaing, la France fera d’ailleurs figure de principal partenaire du Congo.

Il convient donc de chercher à comprendre selon quelles modalités la France développe sa politique d’influence au Katanga. Il s’agit surtout d’interroger cette politique, apparemment de circonstance (l’opportunité d’une sécession locale), pour comprendre comment elle s’inscrit dans une nouvelle ligne politique globale de défense et d’extension de l’ancien « pré-carré ». L’apparition des « Affreux » incite enfin à examiner comment cette politique d’influence envisage le recours à des mercenaires. Quel rôle leur est-il dévolu ? Dans quelle mesure disposent-ils d’une réelle autonomie de décision et de définition des objectifs que sous-entend ordinairement le terme de mercenaire ?

Moïse Tshombé sait qu’il bénéficie de l’appui de la Belgique, désireuse d’affaiblir le gouvernement Lumumba. Deux cent vingt hommes sont ainsi officiellement mandatés par Bruxelles sous couvert de coopération. L’ancienne métropole ne peut en fournir ouvertement davantage en raison des pressions exercées par la communauté internationale. À la demande du gouvernement congolais, l’ONU l’a déjà obligée, en août, à retirer ses officiers du Congo et somme désormais le Katanga de se soumettre à Léopoldville. Les militaires belges sont donc bien trop peu nombreux pour répondre aux besoins d’encadrement.

Les forces sécessionnistes comptent bientôt plus de 11 000 soldats. À leur tête, Moïse Tshombé choisit de placer un vétéran français. Le colonel parachutiste Trinquier a fait la guerre d’Indochine, participé à l’expédition de Suez avant de servir en Algérie où il s’est fait connaître comme théoricien de la contre-insurrection. Son commandement au Katanga ne dure finalement que quelques semaines avant qu’il laisse la place à Roger Faulques en janvier 1961.

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